L’Esclave secrète

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DE LA FORCE Sarah

ContraintesMedia 1000


BDSMdomination F/HhumiliationpunitionSM


Broché / 126 pages


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Résumé

Andrée est la soeur aînée de Blanche, une soeur que Blanche aime et envie d’être si belle. Une soeur dévouée qui, à la mort de leurs parents, a accepté un mariage de raison pour l’élever et lui permettre de poursuivre ses études. Oh, elle n’a pas épousé un monstre, seulement un vieux garçon encore chaperonné par sa mure et très soucieux de son statut de notable… Andrée vient d’être trouvée morte. Dans un hôtel de passe. Son corps porte des marques de coups, mais tout laisse supposer qu’elle était consentante à ces mauvais traitements et qu’elle s’est suicidée. Le scandale est inévitable. Pour comprendre quel affreux secret est à l’origine de ce drame, Blanche découvre un monde glauque et violent dans lequel le sadomasochisme, sous couvert de divertissement ê la mode, sert à cacher l’impuissance à aimer. En s’aventurant au bord du gouffre qui a englouti Andrée, Blanche ne risque-t-elle pas de succomber à son tour au vertige ?

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LIMINAIRE

Ce n’était pas la première fois qu’Andrée pénétrait en compagnie d’un homme dans ce petit hôtel près de la gare de Lyon et elle était chaque fois douloureusement choquée par l’aspect de la chambre, cette vilaine petite pièce éclairée d’une lumière rectiligne et poussiéreuse. Contre un des murs, un lit fatigué était recouvert d’un couvre-pieds spongieux, orange et mal remis en place, et au-dessus, il y avait, vissée de travers dans le mur, une coque de plastique verdâtre dont, elle le savait, l’ampoule ne fonctionnait pas.

Elle n’avait pas besoin non plus d’ouvrir la porte mal jointe de la salle de bains pour contempler le mur ripoliné en jaune pisseux, la baignoire étroite avec son filet de rouille, le linoléum usé… Cet ensemble misérable qui n’atteignait même pas au sordide et donnait à son corps une crispation pénible.

Elle se tourna vers l’homme qui souriait d’un air un peu gêné et se crut obligé de dire :

Le cadre n’est pas fameux, mais pour un moment…

Tandis qu’elle posait son sac sur la petite table couverte d’un morceau de toile cirée, il continua à regarder Andrée, semblant quêter une approbation. Elle enleva son manteau et s’assit sur le lit.

— Ça me va tout à fait. J’y suis venue plusieurs fois.

Il m’avait bien semblé que le réceptionniste vous saluait comme une personne de connaissance.

Tout en souriant plus franchement — soulagé — l’homme se défit de son imper, jeta des regards appréciateurs sur les jambes et les seins d’Andrée.

Lorsqu’il l’avait rejointe une demi-heure plus tôt dans une des grandes brasseries qui font face à la gare de Lyon, il avait été surpris et agréablement chatouillé par sa beauté, son élégance, cet air de femme comme il faut, accentué par le manteau de vison.

Le réseau avec lequel il était en contact — qui lui avait fourni déjà un certain nombre de soumises — ne l’avait pas habitué à de si belles proies et, rétrospectivement, il avait eu un regret à la pensée de l’hôtel minable dans lequel il avait réservé. Mais Andrée ne semblait pas dépaysée et, en se lavant les mains, il se dit qu’il avait bien fait de ne pas dépenser davantage. Si elle se comportait comme une bonne soumise… s’il la revoyait… eh bien, il l’emmènerait peut-être dans un endroit plus flatteur.

— Si vous voulez bien vous déshabiller… dit-il en revenant dans la chambre et en posant sur la toile cirée, près du sac d’Andrée, une sacoche en cuir qu’il ouvrit.

Andrée baissa la fermeture à glissière de sa robe qu’elle fit passer par-dessus sa tête d’un geste devenu si habituel qu’il semblait s’accomplir en dehors de sa volonté. Elle regarda l’homme avec un demi-sourire.

« Un petit bourgeois, songea-t-elle en ôtant son soutien-gorge. Un petit bourgeois qui a découvert le S.M., n’ose pas en parler à Bobonne et se prend pour Sir Stephen. »

Un instant, bref comme un battement de paupière, son sourire s’agrandit, brillanta ses prunelles, mais il s’éteignit lorsqu’elle pensa à Nox. Est-ce qu’il le faisait exprès, depuis quelques mois, de ne la livrer qu’à des rustres, des dominateurs au petit pied ? Des maîtres d’opérette qui ne pouvaient s’empêcher, toutes les cinq minutes de demander : « Ça va ? C’est pas trop dur ? ».

Quelle différence avec les dominateurs qu’il lui avait fait rencontrer au début de leur histoire… avec Nox lui-même ! Nox… Une crispation douloureuse s’empara du cœur d’Andrée. Nox… Est-ce qu’il l’aimait encore ? Elle frissonna et s’obligea à prêter attention à l’homme au front dégarni qui, tel un représentant, étalait sur la toile cirée ce qu’il nomma « son petit matériel ».

Ce n’était rien que des objets banals — martinet, liens de cuir, pinces à seins — sans grandeur et sans grâce, qu’il s’était procurés dans le premier sex-shop venu, mais qu’il considérait d’un regard affectueux.

« L’ennui, pensa Andrée en se plaçant face à l’homme, les mains sur la tête, c’est que j’ai découvert le sadomasochisme avec un maître véritable, un être cruel à temps complet… »

Mais elle avait suffisamment d’expérience pour faire semblant d’avoir du plaisir à se livrer, pour offrir son abaissement à Nox et en jouir parce que souffrir ce mal, c’était encore souffrir pour et par lui.

***

D’abord, l’homme lui demanda de déambuler dans la chambre, de marcher de long en large, autant que l’exiguïté de la pièce le permettait. Il s’était assis sur le lit et, n’ayant pas pu faire fonctionner l’applique, s’était résigné à la méchante lumière qui allongeait les ombres sur les murs.

Andrée, en mini-slip, talons haut et bas noirs, évolua pendant une dizaine de minutes, plus comme si elle se trouvait sur un podium pour un défilé de mode, que sur un trottoir pour aguicher le chaland. Elle avait beau faire et vouloir, elle ne pouvait se départir d’un maintien, d’une allure qui faisait dire d’elle : « Ça, c’est une femme qui a de la classe ! ».

— Vous êtes une très jolie femme, dit l’homme en attachant ses regards sur les fesses minces d’Andrée, ne se résignant pas à la tutoyer. Est-ce qu’on vous a déjà dit que vous ressemblez à Michèle Mercier ?

Et comme elle ne répondait pas, il s’empressa d’ajouter :

— Quand elle était jeune ! Dans la Marquise des Anges, plus précisément.

Andrée se contenta de sourire en inclinant légèrement la tête.

Elle ne comptait plus les fois où on lui avait parlé de cette ressemblance ! Il y avait même eu un temps où Blanche, sa petite sœur, — en plein âge ingrat — en avait été jalouse. Mais elles étaient loin les années où Andrée ressentait une jouissance de vanité quand on vantait sa luxuriante chevelure vénitienne, ses yeux en amandes qu’elle accentuait à l’eye-liner, sa bouche grande et bien dessinée.

Elle portait toujours les cheveux longs, mais attachés en chignon la plupart du temps, et elle ne se maquillait plus que légèrement, sauf quand Nox exigeait qu’elle habille son visage d’ombres et de lumières.

L’homme continua avec un rire sensuel et sournois.

— Je vous avoue que j’ai été un peu surpris quand je vous ai vue… Surpris et très content ! Je vous ai trouvée très… Enfin, comme je viens de vous le dire, je ne pensais pas avoir un jour le plaisir de dominer la marquise des Anges !

Andrée ne répondit pas.

— Vous n’êtes pas très bavarde, dit l’homme en se levant, s’approchant d’elle et prenant ses seins.

Elle se força à sourire, murmura :

— Ça ne me dérange pas que vous parliez… mais je préfère rester silencieuse.

— Bien… Bien…

Il continua à caresser sa poitrine, se baissant pour prendre l’un, puis l’autre des tétons d’Andrée dans sa bouche.

— T’as vraiment de très jolis nichons ! souffla-t-il — la tutoyant enfin — le visage enfoui entre ses seins.

Malgré la fatigue qui la courbaturait, le peu d’enthousiasme que lui inspirait l’homme, Andrée se redressa légèrement, tandis qu’un petit frisson de désir lui creusait les reins. Être admirée, désirée, puis avilie par un homme qu’elle ne connaissait pas, qu’elle ne reverrait jamais… ces sensations que Nox lui avaient fait découvrir et cultiver, refleurirent dans son ventre, lui firent tendre les seins et pousser un gémissement.

L’homme se colla à elle, tout à fait excité maintenant. Elle sentit la verge dure contre son ventre, les mains qui tremblaient un peu en s’emparant de ses fesses.

— Aaaah ! Je sens que t’es une bonne, chuchota-t-il en glissant ses doigts entre les fesses d’Andrée. T’aimes ça, hein ? Tu fais pas semblant… J’vais t’en donner… Tu vas voir.

Et sans cesser de frotter le paquet dur de son sexe contre le pubis d’Andrée, il chercha son anus et essaya d’y enfoncer un doigt. Comme il n’y arrivait pas, il ramena sa main vers le visage de la jeune femme et introduisit ses doigts dans sa bouche. Docilement, elle les aspira, étudiant avec un mélange d’excitation et de dégoût leur forme et leur saveur, sachant que la salive dont elle les imprégnait allait servir à violer son cul.

Il revint entre les fesses d’Andrée et, brutalement, lui enfonça son index dans l’anus. Elle frémit, ébaucha un geste de révolte.

— Du calme ! cria l’homme, la saisissant à la gorge pour la faire tenir tranquille.

Et parce qu’il avait compris que cet attouchement déplaisait à la jeune femme, qu’il l’humiliait particulièrement, il le prolongea, joignit un deuxième doigt, essaya d’écarter les parois du rectum et se plaignit de leur manque d’élasticité.

Voilà un petit cul qui n’a pas été souvent défoncé, marmonna-t-il. Il va falloir que je m’en occupe… En attendant, tu vas me nettoyer les doigts.

Et les retirant du cul d’Andrée, il les considéra à la lumière jaune de l’ampoule, regrettant peut-être qu’ils ne soient pas souillés. De nouveau, avec autant de docilité que la première fois, Andrée prit les phalanges. Ce n’était plus l’étonnement du début, la surprise de les sentir si énormes et rugueuses contre son palais, mais en levant les yeux, en les attachant à ceux de l’homme qui la regardait avidement lécher les sucs de son cul, elle ressentit une vague de honte chaude qui avait fait frémir ses reins.

***

À présent, elle était toute nue, accroupie sur l’unique chaise, les fesses tendues vers la fenêtre que l’homme avait ouverte. Le bref crépuscule de novembre avait fait place à un air noir, brumeux et glacé. Sur ses fesses offertes — que l’homme avait cravachées durement — l’haleine froide de la nuit se posait en couches frigides, sans pour autant calmer la brûlure qui irradiait jusque dans son dos.

Sous le bandeau de velours, Andrée fermait les yeux, heureuse de pouvoir s’enfouir dans une bienheureuse obscurité pour y analyser ce qu’elle ressentait. Elle était à l’écoute de son corps, de la douleur qui jaillissait de différents points… de ses seins relevés et tendus sur le dossier de la chaise, de son sexe dont les pinces martyrisaient et modifiaient les formes, de ses fesses à la peau écorchée. Elle aurait eu envie de passer les mains dessus, sentir cet aspect de tôle ondulée que prenait sa chair mortifiée. Mais elle ne s’autorisait pas un mouvement, se contentant d’accueillir les vagues de son mal, simultanées et intermittentes.

De temps en temps, l’homme qui ne parlait plus mais tournait autour d’elle en soufflant, redonnait un peu de vigueur à une sensation particulière, soit en lui frappant les fesses de deux ou trois coups de cravache, soit en donnant une poussée, un mouvement de va-et-vient aux poids attachés à ses seins.

Elle le sentait devant elle, et elle eut un mouvement de recul lorsqu’il caressa ses cheveux en lui demandant si elle souhaitait qu’ils fassent une pause.

Ça va… murmura-t-elle, espérant sans oser lui demander qu’il cesse de lui caresser les cheveux.

Lorsqu’elle était « en situation », elle se faisait — par soumission à Nox — une règle d’accepter tout ce que ses dominateurs lui imposaient, si dur que cela fût, mais elle avait du mal à supporter les gestes qui pouvaient exprimer un peu de tendresse. Seul, Nox avait le droit de la posséder comme une femme aimée. Pour les autres, elle ne voulait n’être qu’un corps, et même, elle aurait souhaité ne pas avoir de prénom.

L’homme s’était assis sur le lit. Sans le voir, elle devinait qu’il avait ouvert sa braguette et qu’il se branlait doucement.

T’es une sacrée bonne esclave, je dois dire, déclara-t-il tandis qu’il se levait et revenait vers elle. J’ai pas vu beaucoup de filles qui encaissaient comme toi. On m’avait prévenu que t’étais une vraie maso, mais… J’en espérais pas tant !

Il était tout près maintenant, fasciné par ce corps torturé qui restait beau, la peau si claire et fine, le ruissellement luxueux des cheveux blond roux. Il avait cessé de se caresser, il ne voulait pas jouir trop vite. Il songeait qu’il n’avait jamais possédé une aussi belle femme, et malgré son désir de faire mal, il hésitait, de peur d’aller trop loin.

Il avança la main vers les seins d’Andrée, ébaucha une caresse, mais les poids mis en mouvement arrachèrent à la jeune femme un premier gémissement.

Ah, quand même ! Je me demandais jusqu’où il allait falloir que j’aille pour obtenir un soupir !

Ôtant l’une des deux pinces sans prévenir Andrée, il lui tira un second gémissement, puis un cri, tandis qu’elle se cabrait et que le poids qui restait, allongeant son téton, se mettait en branle.

— Du calme ! Du calme !

Effrayé par les cris qu’il avait voulu provoquer, l’homme saisit le poids.

— Je vais te l’enlever… Lève-toi !

Gracieusement, comme si une douzaine de petites pinces ne mordaient pas les lèvres de son sexe, comme si ses seins n’avaient pas été torturés et ses fesses mises en sang, Andrée se leva, présenta son torse souple, ne pouvant réprimer un tremblement tant elle avait froid. Ce n’était plus d’ailleurs une sensation qu’elle pouvait apparenter au mot « froid », c’était plutôt une souffrance rigide, un tourment qui grandissait, comme une paralysie polaire.

— Assieds-toi sur le lit !

L’homme ôta la pince et le poids et, à genoux devant Andrée, il lui massa les tétons, se demandant comment il se faisait qu’une femme supportant des traitements aussi rudes ait encore de beaux seins.

— Ça fait combien de temps que tu te fais dominer ? demanda-t-il.

— Deux ans.

— Et de la domination hard, je suppose ?

— Plus ou moins.

— Eh b’en… c’est rare qu’une fille à qui on met des poids garde une aussi belle poitrine. Tu fais du combien ?

Allons… voilà qu’il recommençait à bavarder ! Si seulement il fermait la fenêtre ! Andrée serrait les mâchoires pour empêcher ses dents de claquer et c’est d’une voix tremblée qu’elle répondit.

— Quatre-vingt dix.

— Oui, mais… Quatre-vingt dix combien ? Y’a une lettre derrière, non ?

— Quatre-vingt dix C…

La voix d’Andrée n’était plus qu’un soupir.

— Ouais ! T’as vraiment de beaux nichons ! Tu sais que tu vas te les faire bouffer tout à l’heure ?

Et avec une inquiétude soudaine :

— Tu baises au moins ? Tu fais pas que te soumettre ?

Ça c’était le comble !

Depuis que Nox semblait la négliger, se détourner d’elle, Andrée n’avait plus sa vivacité habituelle. Elle se leva cependant, tendant les mains pour garder son équilibre et elle laissa tomber d’une voix mordante :

Baiser ? Mais… c’est ce que j’appelle me soumettre !

Et retombant dans son rôle avec, cependant, un reste d’ironie dans le ton et l’attitude :

Que puis-je faire à présent pour vous être agréable ?

***

La petite chambre donnait sur la cour d’un immeuble dont les fenêtres s’étaient allumées peu à peu. En se plaçant à reculons, les fesses sur l’appui de fer de la fenêtre, Andrée s’était demandé si c’était pour cette raison que l’homme l’avait retenue, ou si c’était une circonstance fortuite dont il voulait profiter.

Tandis qu’il lui enlevait les pinces qui avaient imprimé dans la chair de ses lèvres des dessins capricieux, l’homme se rendit compte que quelqu’un les observait. Il demanda à Andrée d’ouvrir largement les jambes, et il se plaça derrière elle, prenant ses seins, les offrant au voyeur. Presque tout de suite il eut un cri de dépit.

— Ah, le con !

L’homme en face, comprenant qu’il était repéré, avait disparu dans les profondeurs de son appartement et, maintenant, le partenaire d’Andrée la faisait placer les fesses en vue et écartées, espérant le retour du voyeur, de plusieurs peut-être.

Quels sont les gens qui vivent là-dedans ? se demanda la jeune femme quand l’homme ouvrit la fenêtre avant de lui bander les yeux. Elle avait encore l’image du mur suiffeux, des voilages sales révélés par des éclairages mesquins…

Une seconde, elle eut une autre vision. Celle des bois autour de sa maison, le grand salon où les chrysanthèmes en bouquets absorbaient le rougeoiement des flammes de la cheminée.

Mais elle n’était pas à Champ-Bataille ! Elle se trouvait à Paris, offerte à un voyeur qui ne venait pas ! C’était la volonté de son maître et si, dans cette séance, il n’y avait rien du raffinement qu’elle aimait, elle y goûtait tout de même un plaisir amer.

— Ah, le revoilà !

L’homme lui assena un coup de cravache, s’efforça de ne pas regarder vers l’immeuble, surveillant cependant le voyeur du coin de l’œil. Mais celui-ci disparut à nouveau et déçu, l’homme s’exclama :

— Décidément, c’est un con !

« Peut-être pas si con, pensa la jeune femme en revenant vers le lit où l’homme l’attachait bras et jambes écartés. Il devait avoir envie de voler des images… pas de servir de témoin passif… »

***

L’homme lui retira son bandeau et Andrée le regretta sans oser se plaindre. Elle avait beau garder les yeux fermés, ce n’étaient plus les ténèbres dans lesquelles elle s’était réfugiée, mais une pénombre semée de points multicolores où elle se sentait plus vulnérable. Son corps aussi, d’où refluaient les souffrances infligées par la cravache et les pinces, mais où le froid demeurait, lui semblait plus fragile.

L’homme se dévêtit et le lit émit un grincement lorsqu’il s’installa à califourchon sur Andrée. Maintenant, il n’avait plus envie de lui faire mal, ou très légèrement, pour le jeu. Il bandait comme cela ne lui était pas arrivé depuis des mois et, déjà, il cherchait de quelle façon il pourrait convaincre Andrée de le revoir régulièrement. C’était une drôle de belle femme, sacrément endurante ! Mais… il avait du mal à deviner ce qu’elle pensait. Appréciait-elle sa domination ? Avait-il été assez sévère ? Trop peut-être ? Il aurait voulu lui poser des questions, mais les yeux clos, l’absence de toute expression sur les traits de la jeune femme l’intimidait, comme il n’avait pu trouver aucun défaut. Il aimait bien, lors de ces séances, saisir une tare, même légère, un complexe, dont il puisse user pour mieux asseoir sa domination. Mais Andrée l’impressionnait, avec son beau visage, ses longues jambes, ses seins pulpeux… Avec un peu d’agacement, il saisit les seins de la jeune femme.

Ce n’étaient plus les affleurements légers du début. Il avait dit à Andrée qu’elle allait se faire bouffer et il le lui redit, tandis qu’il rapprochait ses seins, suçait les tétons avec des bruits gloutons. En même temps, il eut un léger mouvement des reins pour se frotter les couilles sur son ventre, et il regretta de l’avoir attachée, car il aurait aimé qu’elle les lui caresse.

« Tout à l’heure peut-être »… songea-t-il vaguement. Il tira sur les bouts, puis donna de légères claques aux mamelons pour mieux en sentir la densité et le galbe.

Andrée s’apaisa un peu. Il lui semblait que le fluide glacé qui avait changé son corps en pierre, s’il ne refluait pas encore, avait cessé du moins sa progression douloureuse. Elle aimait que l’on joue avec ses seins, qu’on les caresse et qu’on les morde. Cette partie de son corps était liée à ses premières émotions érotiques. Un mois de mai particulièrement glorieux, où, dans une pénombre liquide et dorée, seule devant l’armoire à glace de sa chambre, elle avait eu son premier orgasme.

Dans les mains de l’homme, elle les sentait rouler et elle eut un grognement de satisfaction quand il les reprit dans sa bouche. Il suffoquait, étouffait à vouloir dévorer sa chair, mais il trouvait encore le moyen de parler !

— Punaise ! Je pourrais te les bouffer pendant des heures ! Mais tu vas me bouffer aussi, hein ?

Il se redressa, plaça le bout décalotté de sa verge contre les lèvres d’Andrée. Un mince filet liquide en sortait et la jeune femme, essayant de réprimer une grimace, saliva pour ne pas l’avaler. L’homme n’était pas repoussant, enfin pas plus que d’autres qu’elle avait sucés, mais peut-être à cause du froid qui raidissait son corps, de la fatigue, elle aurait aimé ne pas avoir à le faire. Elle était engourdie et s’obligea à ouvrir les yeux pour ne pas glisser dans le sommeil.

— Ah ! Enfin ! souffla l’homme. J’aime que les soumises me regardent quand elles me sucent !

Et tenant toujours sa verge, il força les lèvres d’Andrée, buta contre ses dents.

— Eh bien ? Tu vas l’avaler ?

Sur la fluidité marine des prunelles, au fond de la pupille agrandie d’Andrée, naquit une telle expression de colère méprisante, l’homme se vit si petit et minable au fond de ces deux miroirs ronds, qu’il faillit se retirer. Pourtant, la jeune femme ouvrit les lèvres, passa une langue habituée à caresser sur le gland humide.

— Ah, salope ! Tu fais la bêcheuse… J’voulais être sympa avec toi, mais puisque c’est comme ça…

Et comme si ce discours n’était que la continuation du rôle qu’il avait joué depuis que tous deux étaient entrés dans la chambre, l’homme, tout en poussant son sexe au fond de la gorge de la jeune femme, vomit des insultes.

— Putasse ! Pour qui tu te prends ? Pour une princesse ? Une grande dame ? Si tu crois que ton manteau de vison m’impressionne… alors là, non ! Suffit pas d’avoir une fourrure pour être de la haute ! T’es qu’une pute ! Peut-être un peu plus raffinée que la majorité, mais t’es qu’une pouffiasse ! Allez, avale ! Montre-moi comment ça suce une bonne pute soumise !

Sentant monter l’excitation, s’obligeant à ne pas attacher d’importance au regard d’Andrée, il se défoula en l’insultant, se vengea de l’impression que lui faisaient sa classe et sa beauté, du léger malaise qu’il ne pouvait chasser, cette idée qu’elle était d’un milieu très supérieur au sien et qu’elle ne le tolérait que parce que son maître l’y avait contrainte.

— Regarde-moi ! gronda-t-il.

Andrée, étouffée par le paquet de chair qu’il enfonçait dans sa bouche, fermait les yeux et essayait de retrouver sa respiration.

— Ha, ha, ha ! Tu devrais te voir ! Ah, t’es belle avec ma queue en travers de la gorge ! Elle te plaît pas, ma queue ? Eh bien, tu vas la bouffer quand même. Mieux que ça ! Tu suces mal ! Recommence. Je veux que tu me suces comme… Une chienne aimante !

Et plus il parlait, plus sa hargne montait, comme son plaisir, qui lui faisait parfois grincer des dents.

Andrée, même si elle gardait les yeux ouverts et fixés sur son maître d’occasion, ne participait plus. Elle était trop fatiguée… trop lasse !

Cet homme au ventre tombant qui faisait aller sa verge dans sa bouche si vite et si maladroitement qu’elle ne pouvait le caresser, qui semblait trouver tout son plaisir à faire cogner son gland contre sa luette, à guetter son spasme et à lui dire des sottises… Elle le subissait, mais sans presque plus l’entendre ni le sentir.

Au-dessus d’elle, l’homme s’emportait et regrettait que la jouissance soit si proche.

Salope ! T’as de la chance que j’aie les couilles aussi pleines ! Sans quoi, ton petit cul… Je te l’aurais défoncé… T’aurais été… moins fière !

Il ralentit ses va-et-vient, mais la jeune femme, le sentant sur le point de jouir, le repoussa d’un coup de menton, détourna la tête juste à temps pour éviter les giclées de sperme.

C’était terminé ! Enfin !

Redevenue elle-même — ou presque — elle laissa l’ironie allumer ses iris. L’homme s’affaissa sur les genoux et une expression à la fois soulagée et mécontente alourdit ses traits. Il avait pourtant eu l’intention de jouir dans sa bouche, que ça lui plaise ou non ! Mais tout attachée qu’elle fut, c’est elle qui avait mené le jeu à la fin, le frustrant d’une partie de son plaisir.

Sans un mot, il se leva, se dirigea vers la salle de bains, tournant vers Andrée un dos irrité.

— Si vous voulez bien me libérer…

L’insolence dans la voix… La fausse complaisance… qui ne dissimulait pas tout à fait la femme habituée à donner des ordres. Il se retourna d’un bloc, retrouvant toute sa colère.

— Te libérer ? Si je veux… Y’a pas le feu et je ne suis pas très content de la façon dont tu m’as pompé.

— Je suis désolée si je vous ai déçu, mais… — Elle eut un regard vers la nuit noire enfermée dans la fenêtre. — Je ne puis rester plus longtemps. Je regrette, mais c’est terminé.

Il revint vers elle et, sans parler, commença à ôter ses liens. Il ne pouvait empêcher ses yeux de s’attarder sur les jambes au modelé si délié, sur les hanches minces, les seins denses aux bouts pointus. Il avait envie de la corriger, de lui faire payer ses airs de duchesse et le peu d’empressement qu’elle avait mis à lui appartenir. Une envie sombre et rouge qui lui serrait la gorge et faisait frémir ses mains. La massacrer ! Et après, la baiser comme elle ne l’avait jamais été !

Mais non… Le jeu était fini ! Pour lui, elle n’avait été qu’une soumise de passage, presque de passe. Son maître véritable, celui auquel elle avait obéi en se livrant, c’était un autre. Un homme qui avait eu assez de puissance pour soumettre cette femme fière et en faire son esclave.

Le réseau auquel il adhérait avait des strates et des ramifications qui lui restaient interdites, où les dominateurs comme lui, malgré le désir qu’ils en avaient, n’étaient pas admis. Tout au plus, par le truchement des soumises qui leur étaient livrées, pouvaient-ils apercevoir ce monde et en rêver.

Il finit de détacher les poignets et les chevilles d’Andrée et, avec un dernier regard de désir et de haine, il se détourna pour entrer dans la salle de bains.

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  1. Jocelyne le à
    Jocelyne

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