L’expiation

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LEYNES Marie

ContraintesMedia 1000


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Broché / 160 pages


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Résumé

Est-ce ma faute si mon mari est cloué à un fauteuil roulant ? Je ne sais pas, mais j’éprouve le besoin d’expier. J’accepte tout ce qu’il m’impose : les amants anonymes et brutaux, les exhibitions dégradantes, les femmes qui me fouettent et me torturent. Par amour pour lui qui n’a jamais levé la main sur moi mais observe dans l’ombre et s’assure que je souffre dans mon corps et ma dignité. Maintenant, il y a cet homme qui promet de guérir mon mari en échange de ma soumission inconditionnelle à ses vices excentriques. J’ai peur qu’il soit fou, qu’il ne tienne pas ses promesses… J’ai peur du fouet, des pénétrations sans fin, des supplices électriques… Peur d’avoir mal. Peur d’y prendre plaisir…
Un roman exaspéré qui décline avec maestria et élégance les figures de la cruauté la plus perverse.

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I

En tournant la tête, je croise le regard de mon mari.

On m’a suspendue comme un quartier de viande entre les montants de la cage d’acier. Ce n’est pas vraiment une cage, plutôt un échafaudage qui dessine la forme d’un cube. Des entretoises à mi-hauteur permettent de disposer la proie humaine de multiples façons. Mes pieds s’y appuient, mes bras sont étirés par des lanières de cuir.

Cuisses écartées au maximum, j’offre ma croupe évasée à l’homme qui m’encule.

Il me sodomise à grands coups de reins, si puissamment que tout mon corps vibre. Je me tends en arc de cercle chaque fois qu’il me pénètre. Il me porte ainsi quelques secondes en avant, empalée sur sa queue épaisse, quelques secondes qui durent une éternité. Au bas de mon ventre luisant de sueur, ma chatte couleur de nacre s’ouvre sous le mince buisson clair. Puis l’homme ressort de mes reins ; il ne ressort pas totalement, son gland épais maintient l’œillet brun et rose ouvert comme un œil…

Et de nouveau, il me pourfend, avec un « han ! » de bûcheron. Mes seins broyés s’écrasent et jaillissent en globes informes entre les doigts épais de l’homme qui me tourmente.

Ses ongles sont manucurés.

C’est un sauvage. Il aime me forcer. Sa verge repousse les parois de mon rectum, m’emplit, gonfle. En moi, une phrase tournoie : Il me viole. Il me force par-derrière et je me laisse faire…La bouche ouverte, les yeux exorbités, je dois avoir l’air d’une folle, mais j’aime ça. J’aime que Claire me voie dans cette position, accroupie comme si j’étais aux toilettes, sur un siège à la turque. Le type en profite, qui me besogne comme une brute et qui parfois lâche mes seins pour pétrir les globes de mes fesses, les écarter comme s’il voulait les disjoindre, mettre à jour la corolle distendue de mon anus. Et, à chaque va-et-vient de sa verge, mes fesses poisseuses de sueur clapotent contre son ventre.

— Ouvre les yeux, dit Claire.

Quand je lève les paupières, j’aperçois Louis. Les roues parfaitement huilées de son engin n’ont pas fait le moindre bruit. Les mains crispées sur les accoudoirs, il dévore des yeux le spectacle que je lui offre : sa jeune femme échevelée, gémissante.

Claire se penche sur lui.

— Tu es content ? J’ai fait comme tu as dit.

— Je suis content, articule mon mari, la gorge sèche. Elle a bien tout subi ? Tu lui as imposé tout ce que je voulais ?

— Il reste le fouet..

— Maintenant ! dit-il, sans me quitter des yeux.

Quand l’homme se retire, ça fait un autre bruit, encore plus excitant, un son explosif après lequel mon anus reste béant. Claire vient vérifier. Elle prend la place de l’inconnu, passe la main dans la vallée brûlante de mon entre-fesse, plonge deux doigts, puis trois. Elle les tourne, lisse les parois distendues, me griffe un peu en sortant

— Elle est complètement ouverte. On pourrait la faire prendre par un cheval !… Dix coups de fouet, en suçant ton client, décide-t-elle.

Je supplie, mais en vain. Le type a fait le tour, il se présente devant moi. Le cadre d’acier qui me supporte permet de me disposer à différents niveaux. Il relâche un peu les cordes et m’ordonne de mettre pied à terre. Je tremble de fatigue et d’excitation en m’accroupissant de nouveau, la bouche à la hauteur de son sexe.

— Ouvre grand, ordonne Claire.

Je sais qu’elle est derrière moi, le terrible martinet à huit lanières dans sa main droite. J’ouvre les mâchoires, et le type enfonce son membre énorme jusqu’au fond de ma gorge. Le gland couvert de mon mucus intime m’arrache un haut-le-cœur mais l’homme bloque ma nuque et pousse. À l’extrême limite de mon champ visuel, j’aperçois mon mari qui se penche et dévore la scène des yeux. Dans son fauteuil roulant, il ressemble à quelque créature mythologique, mi-homme mi-machine.

Tandis que je suce l’inconnu, je sens les lanières qui caressent mon entrejambe doucement, avec insistance.

Je m’applique, je m’emplis la bouche, je me distends les joues, pour que Louis voie bien que je lui obéis. Une première fois, les lanières frappent les reliefs délicats de mes grandes lèvres et de mon anus. Une fois, deux fois, trois… D’abord, ce n’est pas grand chose, puis les coups deviennent plus profonds, plus secs.

Maintenant, Claire envoie son bras loin en arrière, et elle a cette torsion du poignet qui rassemble les lanières en un boisseau de cordes. La torsade de cuir fouaille ma corolle secrète, de plus en plus fort, et plante dans ma chair torturée des aiguilles innombrables. Claire sourit, ses yeux clairs sont d’une fixité de statue. Je geins, étouffée par le bâillon de chair.

— Pompe ! ordonne mon bourreau.

Ma langue se glisse dans le peu d’espace qui reste au creux de ma bouche, elle se fait servante, esclave, insidieuse et appliquée. Je lèche le roide barreau palpitant, le prépuce roulé et fripé à la base du gland énorme, les veines qui saillent. Je donne de la nuque, pour approfondir ma caresse, pour faire entrer en moi toute cette chair musculeuse, odorante, gonflée de sang. Et là, en bas de moi, entre mes cuisses grandes ouvertes, le fouet va et vient toujours, cinq, six, sept…

— Est-elle prête ? souffle mon mari d’une voix blanche.

— Presque.

Huit. Neuf. Dix.

Je hurle. Ce coup-là a claqué, me traversant de part en part. Des larmes jaillissent de mes yeux. On me hisse. Mes articulations craquent.

— Lève les pieds ! jette Claire d’une voix dure.

Me voici de nouveau suspendue, la croupe béante, pesante. Claire se place devant moi, elle me prend dans ses bras et je sens son parfum, mêlé à l’odeur excitante de sa transpiration. Ses seins cachés sous le caraco de cuir pressent les miens ; elle saisit mes fesses à pleines mains, brutalement, et les ouvre.

— Entre.

Et l’homme s’enfonce de nouveau, mais cette fois-ci sans hâte. Il me perfore lentement, tournant des hanches pour mieux m’élargir.

— Encore !… Plus loin ! dit Claire.

Elle me tient comme on tient une petite fille pour la faire pisser, mais elle tire sur les plis de l’anus. Son doigt caresse la verge qui glisse en moi. L’homme creuse le ventre, bute sur mes profondeurs.

— Voilà, dit Claire. Ta femme se fait enculer à fond.

— J’en rêvais, murmure Louis.

Elle s’écarte et il s’approche, les yeux fous. C’est comme si j’étais présentée à lui au bout du membre de l’homme. Le bourreau est resté engagé de toute sa longueur dans mes reins. Je regarde Louis. Il me regarde. Il regarde mes larmes, ma bouche profanée, mes seins aux pointes rougies, ma chatte inutilisée qui bâille.

— Ce n’est que le début, dit-il.

Et sur un signe de lui, Claire revient dans la danse. Son client se retire et je ne peux réprimer un gémissement d’humiliation. Elle se campe devant moi, les jambes droites dans les cuissardes, la taille souple ; elle évalue la distance, et recommence à me fouetter.

Cette fois, ce n’est pas pour me préparer à la pénétration, mais pour me faire crier. Elle cingle mon corps de haut en bas, à grands coups de faucheuse. Mes seins ballottent de droite à gauche, se couvrent de rose. Mon ventre tressaute, mes cuisses vibrent. Maintenant, je crie, et je crie encore, tandis que les lanières saisissent mes seins par en dessous, là où la chair est tendre d’être oubliée, et blanche. Mes mamelons se dressent, plus douloureux que si on les pinçait.

Claire change de position.

— Comme cela, Louis ?

— Continue.

Elle passe par-derrière, me travaille le corps à grands coups de fléau. Les reins, les fesses, le dos. Elle s’acharne, revient par-devant. Il lui est facile de me faire souffrir, offerte comme je suis. De nouveau, elle cingle cette poitrine dont je suis si fière, mes hanches, mon ventre… Cette fois-ci, je crie à pleine gorge. Louis, penché, muet, m’épie. Il goûte chacune de mes larmes, chacun de mes cris. Il montre de l’index mon pubis aux boucles blondes mâchées de transpiration.

— Là, jette-t-il. Surtout là.

Je sais ce qu’il désire, et je l’accepte. Là où il ne peut pas rentrer. Dans ce pertuis de chair nacrée où, tout à l’heure, mon bourreau allait et venait pour se mettre en condition, à la paresseuse, en fumant une cigarette. Humiliation sans pareille d’être sur la table, ouvrant mon sexe à pleines mains pendant qu’il me donnait quelques coups de boutoir en discutant avec Claire, sans même me regarder. Claire l’a raconté à Louis, je le sais, ou peut-être était-il déjà là, dans le noir.

Galvanisée par l’ordre de Louis, elle me travaille de plus belle, entre les jambes, sur les bordures, à l’intérieur des cuisses, dans le pli profond où brille ma rosée. Je jappe quand les langues de cuir mordent mon clitoris mais elle n’en a cure.

— Ne bouge pas. Laisse-toi bien faire.

Sur la motte élastique de mon pubis, les lanières s’acharnent, croisant et recroisant leurs stries incandescentes. Mon sexe devient brûlant, il me semble qu’il coule sous moi. Je sens ma sève goutter sur mes cuisses, par terre. Une chienne en chaleur, disait Louis avec rage. Je grogne, le cœur au bord des lèvres.

— Pitié, Louis, pitié…

Claire s’arrête, en sueur. Elle allonge la main, m’empoigne le sexe, enfonce ses doigts dans ma vulve.

— Ça lui plaît. Tu devrais la faire fouetter plus souvent…

— Finissons là, demande Louis. Maintenant.

Quand ils me délient, le sang revient dans mes extrémités avec une telle violence que je grimace de douleur. Mais sans attendre, Claire me met à genoux devant Louis. J’attrape les roues de son fauteuil roulant, j’enfonce les ongles dans le caoutchouc des boyaux.

Il se dénude nerveusement. À genoux sur la moquette poussiéreuse, j’avale son sexe mort et froid.

— Les couilles aussi.

Les testicules font une boule velue, hostile, contre mon palais. Je dois ouvrir la bouche à m’en décrocher la mâchoire pour absorber toute la grappe. Pendant ce temps, Claire me dispose : cul tendu, reins cassés.

— Reins cassés ! gronde-t-elle, et je crie sous le coup de cravache.

M’ayant fait placer ainsi, Louis a une vue parfaite de l’arc double de mes fesses, de la rotondité molle et moirée de sueur au sein de laquelle va s’enfoncer mon bourreau. De longues secondes s’écoulent, sans qu’il ne se passe rien. Ils me regardent, et je sens le poids de leurs regards sur mon corps torturé. Claire se tient de côté, elle voit ma poitrine qui pend entre mes bras tendus, ma bouche déformée par le paquet de chair. L’homme est derrière, il fixe l’œillet béant de mon anus, la fente verticale de ma chatte, mon ventre qui palpite. Louis a levé le bras pour donner le signal de la curée.

Quand il l’abaisse, l’inconnu s’enfonce d’un coup. Le visage dans l’étoffe du pantalon, étouffant mais n’osant plus bouger, je reçois l’assaut sans broncher.

Cette fois-ci, l’attaque est encore plus furieuse que le taraudage qu’on m’impose depuis une heure. L’homme est pressé de se délivrer, il cogne, martèle, cherche son plaisir dans l’incendie de mes muqueuses. La voix de Louis me parvient, lointaine, hagarde.

— Bourrez-la ! Remplissez-la ! Pas de pitié !

— Tiens ! râle mon bourreau. Prends tout, dans ton cul bien ouvert ! Tiens ! Tiens !…

Je ne suis plus qu’un sac que l’on secoue férocement, que l’on perce et que l’on éventre. Louis a saisi sournoisement les pointes de mes seins et les pince. Il tire comme s’il voulait les arracher, les roule, les presse, les broie entre ses doigts. Il peut sentir chaque coup de boutoir que m’assène le bourreau, chaque avancée du membre viril au plus profond de moi.

— Tiens-toi bien, souffle l’homme, laisse-toi enculer, laisse-moi te remplir de foutre…

Il accélère. Louis me prend par les hanches pour me porter au devant de lui, pour approfondir encore le viol. Quand l’homme éjacule – je le sens à une vibration imperceptible contre mes parois internes – je peux hurler à mon tour, de colère et de plaisir.

Je retombe, brisée, avec toujours entre les lèvres cette verge inerte, ces boules endormies. Les poils tressent autour de ma bouche humide un cercle, comme une moustache.

Le client de Claire se vide en moi, avec des petits cris, comme s’il se brûlait : il se vide vraiment, oui, profitant des spasmes de mon sphincter, dans l’obscurité liquoreuse de mes intestins. Son préservatif m’épargne le contact de son sperme, mais je peux le sentir éjaculer à longs traits. Comme une bête.

Claire ne m’avait pas menti. Il a tenu plus d’une heure en me prenant de toutes les façons possibles.

La main de Louis se pose sur ma tête, et des larmes de joie me viennent aux yeux. Je l’ai fait. Il est content. J’ai franchi le précipice pour le rejoindre.

Nous habitons boulevard Malesherbes. C’est un beau quartier enfoui sous la verdure, percé d’avenues larges et bruyantes, mais nos fenêtres donnent dans une petite rue paisible, où dorment à l’année des voitures couvertes de poussière. Ce sont les parents de Louis qui nous ont offert cet appartement de cinq pièces ; les miens ont payé les travaux de réfection. Comme Louis, je viens de ce qu’il est convenu d’appeler une bonne famille. La sienne a du sang arménien, ce qui explique que Louis ait d’abondants cheveux noirs, un nez fort et de sublimes yeux verts. Les miens descendent de hobereaux normands qui ont fait fortune dans l’immobilier, sous Napoléon III.

Nous nous sommes mariés, il y a deux ans, au Pavillon Gabriel, comme tous les gens de notre milieu. Il y avait un orchestre de jazz et un orchestre classique. La fête a duré toute la nuit. Nous avons fait l’amour dans les toilettes. Avec Louis, ça ne pouvait pas attendre. Et nous avons recommencé dans la voiture, au petit matin, sur la route de Fécamp, où mes parents avaient loué un petit hôtel rien que pour nous. J’ai été heureuse. Je suis belle. Louis gagnait beaucoup d’argent. Que reste-t-il de tout cela en cette fin d’après-midi de juin ?…

Nous sommes rentrés à l’appartement dans le taxi Espace que Louis utilise chaque fois qu’il doit sortir. Son fauteuil roulant ne rentre dans aucun autre véhicule habituel. J’ai pris une douche, un lavement, je me suis brossé les dents mais je sens toujours le sexe du client inconnu au fond de moi, au fond de ma gorge, dans le chemin de mes reins. Je suis brisée mais Louis ne me laisse pas tranquille longtemps.

— Tu te mets nue.

Je laisse tomber mon peignoir. Je sais ce qui va se passer. Une lassitude mortelle m’envahit, en même temps que ce trouble que je connais bien. Deviendrais-je aussi perverse que lui ? Il me fait asseoir sur un tabouret, écarter les cuisses. Une main en appui, par-derrière, l’autre par-devant, sur mon sexe.

— Raconte-moi tout en détail. Tu me dois ça. Avant, avant que je n’arrive, que s’est-il passé ?

Dans la grande glace du salon, je nous surprends. Marie et Louis.

Une jeune femme distinguée, avec un visage à l’architecture délicate, un nez fin, une peau presque translucide…

Je rougis facilement. Est-ce que j’ai rougi quand j’ai dû m’exhiber devant le client, renversée en arrière sur les talons ? Mon corps aux formes pleines est sillonné de traces, mais on dirait qu’il a déjà tout oublié. Mes seins durs se dressent avec orgueil, ma coupe durement fouettée est aussi ronde qu’avant.

Louis, dans un fauteuil roulant, un tout jeune homme cloué à vie, bouillant d’une rage intérieure que rien n’apaise.

Marie et Louis. Un corps infirme et un corps superbe, le mien. Tout cela est de ma faute. Oui, je lui dois bien ça.

Alors je raconte.

J’ai sonné à la porte, le cœur battant la chamade. Il était deux heures de l’après-midi. Nous avions déjeuné dans une brasserie de l’Étoile mais je n’avais rien pu avaler. J’avais dû m’habiller devant lui : string, porte-jarretelles, bas noirs. Un soutien-gorge échancré, qui présentait mes seins comme sur un plateau. Une robe noire, toute simple, avec une fermeture-éclair dans le dos. Et ces chaussures de pute, aux talons invraisemblables, que j’avais dû acheter dans le magasin qu’il m’avait indiqué. Au dernier moment, il m’avait fait me caresser, devant lui, un pied sur l’accoudoir de son fauteuil, en enfonçant bien les doigts, mais j’étais restée sèche.

— Tu me paieras ça, avait-il jeté.

La porte s’est ouverte. J’ai jeté un dernier coup d’œil vers le hall tranquille de l’immeuble, la rue ensoleillée, les trottoirs où flânaient des femmes comme moi, des bourgeoises cossues avec des maris sans histoire, des amants, des enfants. J’ai pensé que, plus jamais, je ne serais comme elles.

La porte s’est ouverte, une main a doucement saisi la mienne.

— Entrez, Marie, je vous attendais.

L’odeur me surprend. Celle des corps nus qui se sont succédé dans cet endroit depuis le matin. Une odeur de ménagerie, de fauve. D’homme. Et l’ombre épaisse, trouée ici et là de lampes Gallée oranges. J’explique à Louis que ces odeurs et cette obscurité m’ont tout de suite avertie de ce qui allait se passer, et que j’ai accepté cette évidence sans résister.

— Vous êtes vraiment très jolie, chuchote l’hôtesse. Venez là, sous cette lampe, que je vous voie mieux. Quelles jambes ! Quel âge avez-vous ?

C’est une grande blonde, les hanches larges, les yeux gris. Elle n’est couverte que d’un bustier de cuir et d’un string en dentelles, avec des bas noirs à bandes élastiques et des chaussures montantes.

— Vingt-six ans. Je… je suis venue…

Je cale. Claire me fixe, un petit sourire aux lèvres. Elle me semble plutôt distinguée. Je craignais le pire.

— Oui ?

— Je suis… j’ai obéi à Louis. Je viens me prostituer.

C’est dit. Un étourdissement me prend. Me prostituer, pour que Louis me voie gémir et râler sous d’autres hommes, lui qui ne peut plus rien faire pour moi.

— Je sais, dit Claire d’une voix apaisante. Nous ferons cela très bien. Votre client est là.

— Le client ?

L’angoisse me saisit.

— Un homme très bien, me rassure Claire. Ne tremblez donc pas comme ça ! Vous avez pourtant eu des amants ?

— Non.

— Non ? – Elle réfléchit en se mordillant la lèvre. – Louis m’a dit qu’il t’avait eue vierge. C’est vrai ?

— C’est vrai.

Elle hoche la tête.

— Incroyable. Un beau morceau comme toi… Pas même tripotée par un type ou deux ?

J’hésite. Elle sourit.

— Si, bien sûr. Nous te ferons raconter plus tard. Enlève tout cela.

— Tout ?

— Ce client-là aime les esclaves déjà nues…

Sous le petit projecteur, je me déshabille. Mes doigts tremblent, je suis morte de confusion, et Claire doit m’aider à dégrafer mon soutien-gorge. Elle sifflote.

— Quels beaux seins ! Tu fais du combien ?

— 92.

— Bonnets profonds ?

Je me tortille. Ce genre de détails est si humiliant !

— Il va se régaler ! Ton slip maintenant.

C’est le plus difficile, mais comment reculer ? Je fais glisser mon string en me détournant mais elle change soudain de ton.

— Ah, non, ma petite ! Les mains dans le dos, et écarte-toi bien !

D’une poigne de fer, elle m’a plaquée au mur. Comme une écolière attendant la sanction, je reste là, mains dans le dos, tête baissée, mes absurdes chaussures à hauts talons projetant mon ventre en avant.

— Quelle merveilleuse chatte, si bombée !

Claire a saisi entre deux doigts le triangle de chair délicate et le pince, s’amusant à fermer et ouvrir la fente de ma vulve.

— Tu dois être sensuelle, toi ! Ça se voit. Les femmes qui ont un pubis renflé comme le tien n’attendent qu’une chose, et tu sais quoi ?

Elle me fixe, goguenarde. Je balbutie.

— Qu’on se serve d’elles…

— Qu’on les baise, ma jolie ! Qu’on les enfile ! Qu’on les encule, qu’on les pénètre de mille manières !…

Elle rit.

— C’est ce qu’on va te faire, fais-moi confiance. Le client que je t’ai réservé, c’est une bête. Tu feras tout ce qu’il voudra, tu m’as comprise ? Absolument tout… La gorge sèche, j’incline la tête.

— Allez, ouste ! ordonne Claire en me claquant les fesses. Passe devant !

Et je me trouve propulsée en pleine lumière. L’entrée de l’appartement fait un coude. Passé ce coude, nous arrivons dans une grande pièce étincelante : des batteries de projecteurs montés sur pieds me font cligner des yeux et, instinctivement, je mets la main en auvent sur mon visage.

— Pas de ça !

La main sèche, incroyablement dure, de mon hôtesse, me cingle les fesses.

— Les mains dans le dos ! Les seins tendus ! Mieux que cela… Toute la gorge en avant, offerte. Et les cuisses écartées. Vous avez vu ces jambes ? Et cette chatte ?

Elle s’adresse à quelqu’un qui se trouve en face de moi, appuyé à un assemblage de tubes en acier ; en fait, il s’agit d’une cage carrée, ouverte sur deux faces, avec des barreaux horizontaux sur les deux autres côtés. C’est un homme massif, puissant, avec un ventre proéminent, des épaules et des bras de déménageur.

— Je ne vous avais pas menti, continue Claire, avec un ton de bonimenteur. C’est une splendeur, non ?… Elle est pour vous pendant deux heures, et elle acceptera tout ce que vous lui ferez faire. N’est-ce pas, Marie ?

— Oui.

— Oui, qui ?

— Oui, Maîtresse.

C’est venu tout seul. C’est comme cela que Louis l’appelle : ta maîtresse. Ou bien Claire.

— C’est une danseuse ? demande l’homme. Ce cul haut perché, ces jambes nerveuses… C’était cher mais vous m’avez gâté !

Ainsi, il m’a achetée ?

Il est à contre-jour et je ne peux le détailler, mais l’oserais-je, si je le pouvais ? Il a tout pouvoir sur moi.

Je me sens vaincue par la position obscène que je dois prendre devant lui, anéantie de lui exposer ainsi mon intimité la plus secrète ; mais, en même temps, au plus profond de moi, je suis excitée de savoir que je lui appartiens. Pour combien de temps ? Deux heures ?

— Elle est magnifique ! continue-t-il d’une voix de bronze.

Il est tout près maintenant, son large visage penché sur moi : un homme d’une cinquantaine d’années, avec un catogan sur la nuque, un double menton, des yeux froids démentant la cordialité apparente de ses traits. Je frémis parce que ce qui a frôlé ma cuisse, c’est sans doute son sexe, mais je n’ose baisser les yeux. Il tend les bras et ses mains en coupelles cueillent mes seins avec délicatesse. Il les soupèse, doucement, avec insistance, puis referme ses doigts sur la pulpe fragile et serre.

— Résistante, au moins ?

Je pense qu’il parle à Claire et je ne réponds pas. Je suis toute entière à la pose que je dois garder, les mains appuyées au creux des reins, tout le haut du corps tendu.

— Résistante ? répète-t-il, en enfonçant ses doigts dans les outres sensibles de ma gorge et en tournant.

Un gémissement franchit mes dents serrées.

— Je… je n’ai jamais été soumise…

— Jamais ? Jamais été fouettée ? Pincée ? Travaillée au gode ?

— Des fessées. Des fessées par mon mari…

Je croyais lui donner des gages, je ne fais que m’enfoncer. Il éclate de rire.

— Des fessées ! – Sa voix est méprisante. – Et c’est tout ?

La chaleur est infernale, le feu des projecteurs perce mes rétines. Et surtout, je viens d’apercevoir les chaînes et les lanières pendant à l’aplomb de la cage, ainsi qu’un bric-à-brac menaçant posé sur une table. Le cœur battant, je me confesse.

— Et des godes aussi… Louis m’a obligée à me caresser devant lui avec des godes…

J’entends un conciliabule. Ils parlent de l’accident.

— Oui, bien sûr, fait l’inconnu. Ça ne me dérange pas du tout. Mais laissez-moi la préparer un peu avant, qu’il la la surprenne en pleine fête…

— Oh, je vous fais confiance ! répond Claire avant de se tourner vers moi. Toi, à genoux ! Cambrée en arrière, en appui sur les mains !

J’apprends vite à obéir. Me voilà à genoux, renversée en arrière, la tête pendante. J’ai empoigné mes chevilles, de sorte que mon corps fait un arc de cercle et ne cache rien de ses replis secrets. Je sens son regard sur l’entrée de mon vagin, sur mes seins qui pointent, sur ma gorge qui palpite. Une humidité sournoise perle en bas de moi, dans le repli rose. L’homme est au-dessus de moi. Il est nu. Cette fois-ci, je peux le voir. Son sexe énorme, couronné d’un gland écarlate, presque noir, est bandé à l’horizontale. Il pivote, m’enjambe, et ses fesses descendent sur mon visage. Il ne va tout de même pas…

— Lèche ! ordonne Claire.

Alors, affreusement, avec une volupté âcre, désespérée, je lèche cet entrejambes chaud qui frôle mon visage. Je bois la sueur qui perle dans les poils noirs, pièges d’une fragrance lourde, insidieuse, qui m’englobe et me submerge. Mon champ de vision s’est rétréci aux deux rotondités massives, musclées, et à l’œillet qui fronce un peu, en arrière des bourses. Celles-ci sont grosses, pendantes, et quand je hasarde ma langue sur l’anus, elles se posent sur mon menton avec la délicatesse d’un fruit…

J’interromps mon récit. Louis aurait-il tressailli sur son fauteuil, en m’écoutant rapporter mes humiliations ? Mais non, il a aussitôt repris son impassibilité coutumière. Devant lui, cuisses écartées, je me masturbe, à grands coups de poignet. Lentement, je recommence à raconter.

— Une bonne petite esclave…

L’homme s’est redressé, et je constate que son sexe palpite, tel un monstrueux métronome chargé de sucs… Et soudain, il est sur moi, il m’a prise dans ses bras, et ce geste tendre me surprend, me déroute et me fait douter que c’est à cet homme-là que Louis m’a vendue. Sa langue s’enfonce dans ma bouche et fore un puits de salive entre mes dents. Pendant ce temps, ses mains m’explorent, brutalement, hâtivement, telles les mains d’un maquignon.

— Les nichons sont gros, dit-il. Écartés, parfaits… Le cul, bien ouvert… Une chatte de petite fille, poncée, limée. Les jambes longues… Jolie peau à l’intérieur… Ouvre-les. Mieux que ça !

Et son doigt me pénètre, va et vient, rejoint par un autre.

— Tu es prête, tu m’obéiras en tout ?

— En tout, je chuchote, en tout…

Alors il m’a allongée sur une table de massage. Le cuir a crissé sous ma peau humide. Claire manipulait des poulies, des cordes et des chaînes, quelque part sur ma gauche.

— Ouvre-toi, a ordonné l’homme. Avec les deux mains… Tire de chaque côté, ouvre bien. Je veux tout voir.

J’ai utilisé mes deux mains. Et, dans mon sexe béant, il s’est engouffré. Claire nous regardait. Il a allumé une cigarette pour elle, une autre pour lui. Il donnait de petits coups de reins, à l’ennuyée. Moi, dents serrées, je me suis longtemps retenue de jouir.

Mais là, devant Louis qui m’écoute attentivement, je me laisse aller comme une folle, m’empalant jusqu’au poignet. Alors, Louis allume, lui aussi, une cigarette. Il se penche et il l’éteint sur mon pubis.

Je n’irai pas. Je suis devant la porte de Claire et je me redis que je n’irai pas. Il fait une chaleur incroyable pour un mois de mai. Je ruisselle déjà.

Hier, Louis a fait une crise, pire que les précédentes. Tout en ce bel été lui rappelle ce qu’il a perdu. À la fin, c’est moi qui lui ai proposé d’appeler Claire.

— Je ferai ce que tu veux, lui ai-je promis. J’étais à bout de nerfs.

Elle a dû me voir par l’œilleton, parce que le battant s’ouvre à demi et sa main saisit la mienne.

— Tu fais attendre ta maîtresse ? Tu vas voir !

Et, sitôt à l’intérieur, elle me gifle, un aller-retour.

— Petite chienne ! À genoux, vite !

Je me retrouve à quatre pattes dans l’entrée, ma robe légère relevée jusqu’aux reins. Dessous, pas de culotte.

— Écarte !

Elle donne un coup de pied dans mes chevilles, pour que ça aille plus vite. Je sens sa main qui m’empoigne la motte.

— À plat ventre, le cul levé ! jette-t-elle.

Abasourdie, j’ai obéi, j’ai pris cette position ignoble. À genoux près de moi, la jeune femme enfile sa main dans ma vulve et m’explore sans ménagement. Son autre main m’écarte les fesses et l’entrejambe. Ça clapote. À ma grande honte, je hume dans l’air une odeur qui m’est familière : celle de ma féminité émue. Le parfum de ma jouissance.

— Ah, petite salope ! Tu aimes ça !

— Oui, maîtresse, j’aime ça… – Je râle et je geins, les jambes à l’équerre, les seins écrasés sur la moquette. – Oh, c’est si bon, vous le faites si bien…

— Dis : « merci, maîtresse » !

— Merci, maîtresse… Merci de me travailler ainsi…

Au ras du sol, l’air est poussiéreux, opaque, presque irrespirable. Et il fait très noir. Les lampes sont des phares lointains, presque éteints, dans la pénombre du vaste appartement. Je mouille abondamment quand elle me viole de ses trois doigts réunis et approfondit sa poussée.

— Creuse-toi. Je veux que tu me prennes jusqu’au poignet ! Jusqu’au poignet, tu entends ? Il faudra bien que tu y arrives !

Mais je n’y arrive pas. Dilatée à craquer, il me semble que je vais me déchirer. Je supplie.

— Pas aujourd’hui, par pitié, par pitié…

Elle cesse de me baratter l’entrecuisse et m’empoigne les cheveux.

Aujourd’hui, elle porte une blouse blanche, et des bas blancs avec des chaussures plates, en dépit de la chaleur. Une parfaite tenue d’infirmière, pourquoi ?

— Enlève ta robe, exige-t-elle.

Les doigts tremblants, j’ôte ma robe mousseuse et la jette dans l’ombre, sur un fauteuil.

— Sur les talons ! Laisse-toi aller, les reins contre le fauteuil ! Écarte-toi !

En soutien-gorge à balconnet et chaussures à hauts talons, je ne suis plus qu’une proie qu’elle brutalise et humilie à son aise. De ses doigts réunis, elle me viole alternativement devant et derrière, m’élargissant inexorablement.

— Ah, tout de même !… Notre ami a fait du bon travail. Reste comme cela !

Elle m’a laissée seule. Les cuisses tremblantes, couverte d’une transpiration glacée, je n’ose bouger. Les minutes s’écoulent. Les ondes de plaisir refluent peu à peu, remplacées par une peur insidieuse.

Qu’a-t-elle préparé ? Son client de la semaine passée est-il revenu ? Ou est-ce un autre ? Et si je fuyais ? La porte est là, à quelques mètres : quelques pas et c’en serait fini du cauchemar. Mais elle a emporté ma robe, et Louis ne me le pardonnerait pas

— Viens ici. Première porte à droite. À quatre pattes ! lance Claire au loin.

Oh, ramper comme un animal ! Être réduite à l’état d’esclave, d’objet, presque de machine ! Éperdue de honte mais pleine d’une délicieuse impatience, je parcours les quelques mètres qui me séparent de mon bourreau et je me présente seins pendants, jambes ouvertes, reins bien cassés. Les mocassins blancs vont et viennent devant moi.

— Voici votre esclave, docteur. Des gros seins qui s’écartent, bien durs, avec des petites pointes. J’ai pensé que ça vous ferait plaisir…

— En effet, dit quelqu’un, d’une voix atone.

— Relève la tête, toi. Bouche grande ouverte !

Je reste ainsi, les yeux fermés sous la vive lumière qui descend du plafond et, étrangement, cela m’est plus pénible que tout. Ils voient mon visage et c’est comme s’ils lisaient mes sentiments, le désir qui me tenaille d’être avilie plus encore, et la peur qui ne me quitte pas.

La pièce est exiguë. Une table, comme dans l’autre pièce, mais pas de cage. Un petit meuble à roulettes, devant moi.

— Redressez-vous, fait la voix masculine, une voix que je n’aime pas, doucereuse, calme.

Très rouge, j’obtempère. Celui que Claire appelle docteur est un homme d’une soixantaine d’années, en blouse blanche, lui aussi. Il est grand, maigre. Son visage ascétique, sa bouche encadrée de deux plis sévères et ses petites lunettes d’acier me terrorisent.

— Grimpez sur la table, mon petit. Les pieds dans les étriers.

C’est une table de gynécologie. Quand j’y suis allongée, les talons calés dans les étriers d’acier, Claire me présente.

— Elle s’appelle Marie. Son mari la force à se prostituer et il recommande les traitements les plus rigoureux.

— Les plus rigoureux, vraiment ? chuchote l’homme en me détaillant. Il est dans l’axe de mon ventre et fixe mon sexe, impassible.

— Elle a déjà reçu le fouet et la cravache, précise Claire en roulant mes seins sous ses paumes. Ah ! et puis un homme s’est enfoncé dans son cul, sa chatte et sa bouche, bien sûr. Il a bien dû la défoncer pendant une heure, sous les yeux de son mari. Tu as aimé cela, n’est-ce pas, Marie ?

Je déglutis avec peine. La lumière me tombe droit dans les yeux, chirurgicale, impitoyable.

— J’ai aimé que Louis me voie ainsi, dis-je dans un murmure.

— C’est une petite vicieuse encore mal dégrossie. Je compte sur vous pour poursuivre son éducation, achève Claire d’un ton rieur.

— Je crois pouvoir y arriver, dit le client très froid, sérieux.

C’est sans doute un timide, qui a des problèmes avec les femmes. Combien Claire lui a-t-elle vendu la libre disposition de mon corps ?

— Elle est à vous.

Et Claire rabat soudain les étriers en avant, de sorte que je dois remonter les jambes sur mon ventre. C’est la position la plus humiliante pour une femme, qui la réduit à n’être plus que des trous, un trou ourlé de lèvres et un autre, en dessous, brun, honteux. Je gémis de mortification quand le client me garrotte les poignets aux pieds de la table et descend la partie articulée qui supporte mon buste et ma tête.

— Nous allons sérieusement la préparer.

Me préparer à quoi ? Sa voix lui ressemble, désincarnée, froide, avec une trace d’accent slave. Polonais ? Balte ? Placée comme je suis, tout le haut du corps renversé et mon entrecuisse exposé à la lumière, il me semble qu’elle provient de très haut, de quelque juge ou procureur qui instruit mon procès.

En dehors du champ de lumière, Claire manipule des flacons et des instruments.

L’homme me pénètre comme elle a fait quelques minutes auparavant : trois doigts réunis, qu’il enfonce dans mon vagin et qu’il tourne et retourne, comme si sa main essayait un gant. Heureusement que je suis lubrifiée.

— Laissez-vous faire, dit-il d’une voix monocorde, exactement comme les médecins de mon enfance, ceux qui n’aimaient pas les enfants et avaient toujours l’œil sur leur bracelet-montre.Toussez. Écartez. Et soudain, fulgurant, un souvenir me revient. Un autre médecin, penché sur moi. J’ai quinze ans. Il enfonce le speculum et…

Je manque de crier quand une bouche vorace se colle à ma fente. L’homme me dévore goulûment.

Tel un quartier de viande épaisse, musclée, sa langue furète dans mon intimité, lisse les ouvertures secrètes de mon ventre, mordille mes bouches cachées, aspire mes sucs. Il grogne, enfonce son groin toujours plus avant dans mon sexe, et – délice affreux – il me lèche l’anus voluptueusement, chatouillant et couvrant de bave mon sphincter instinctivement serré.

Soudain, il explose, furieux, mais d’une fureur affectée, dont je comprends qu’elle est jouée, préparée de longue date.

— Ah, la chienne velue ! Elle a encore tous ses poils !… Combien de fois devrai-je vous dire qu’elle doit être rasée, entièrement glabre ? Là, ici et là !

Il enfonce durement son doigt dans mon aine, entre mes fesses, sur mon pubis où s’arrondit encore la cloque de la semaine dernière.

— Qu’est-ce que tu as là ?

— Mon mari a éteint sa cigarette sur moi

— Tout est prêt, docteur ! avance Claire d’une voix tranquille.

Je sursaute lorsque quelque chose de frais, d’humide et de souple s’enfonce dans mes plis. C’est Claire qui officie, sous l’œil vigilant du client.

Elle tient un blaireau dans une main, un rasoir à double lame dans l’autre. Elle tourne et retourne la mousse onctueuse sur les reliefs de ma vulve et de mon anus, monte le long des aines, engloutit les boucles soyeuses de ma toison dans les flots crémeux.

L’homme est contre moi, je vois son érection sous sa blouse et le même souvenir me revient, comme un film qui redémarre par à-coups : le médecin profite de ce que ma mère est restée derrière le paravent pour m’empoigner les seins par-dessus le chandail puis, tout aussitôt et avant que je sois revenue de ma surprise, il saisit le speculum et le fait aller et venir dans ma vulve de jeune fille…

— À moi, dit l’homme.

Il s’est déboutonné et exhibe un membre d’une belle longueur, avec une peau ivoire d’un grain très fin. Ce n’est pas la queue de l’homme en catogan, mais une queue plus mince, polie comme un surgeon de bouleau, prolongée d’un gland étroit.

En un tournemain, il a glissé sur lui l’enveloppe translucide d’un préservatif, m’ôtant ainsi les dernières raisons que je pouvais avoir de le refuser. Qu’il se protège, qu’il ajoute aux gestes du désir ce geste clinique, désincarné, accroît mon excitation. Je ne suis donc pour lui qu’un outil ?

Il enfonce son membre dans ma bouche et, en deux poussées, atteint le fond de ma gorge.

Puis il m’enjambe, en ayant soin de rester engagé entre mes lèvres. Ses jambes de pantalon m’enserrent les tempes. Je n’entends plus rien, je ne vois plus que cette verge d’une inquiétante pâleur jaillissant de la braguette ouverte pour me profaner la bouche. Et, n’entendant plus rien ni ne voyant plus rien, mes autres sens s’en trouvent décuples, ma sensibilité tactile s’accroît. C’est comme si mon corps dénudé, crucifié, béant, m’envoyait des messages par dizaines.

Ce bruit crissant, c’est celui du rasoir glissant sur mon pubis, entamant la toison dont j’étais si fière, saccageant boucle après boucle le joli triangle vaporeux, creusant une, puis deux tranchées du ventre à ma fente.

Que va dire Louis ? Il aimait mes poils. Ou bien est-ce lui, encore, qui a élaboré cette humiliante cérémonie, qui en a fixé toutes les règles ?

Le client a pourtant l’air de savoir ce qu’il fait, et d’y trouver un plaisir qui va grandissant. Sa mentule gonfle entre mes dents, pesant sur ma langue et mon palais tandis que le rasoir va et vient, suit les déclivités de mes aines, s’attaque à l’intérieur des cuisses…

— Un doigt dedans, pour gonfler les lèvres, ordonne-t-il d’une voix brève.

Aussitôt, Claire m’enfile un doigt dans le vagin, le recouvre pour tendre mes grandes lèvres où le rasoir débusque et fauche quelques poils indiscrets.

— Elle est si sage…

Ce n’est pas que je sois sage : je suis prisonnière de mon affreuse posture, des jambes masculines, des regards qu’ils portent sur moi et de cette lame tranchante qu’il promène de haut en bas de mon intimité. De temps à autre, Claire me baigne avec un gant de toilette, qu’elle rince dans une bassine. Les sons clairs, le ruissellement de l’eau, leurs silences sont autant de composantes de ce rituel si délicieusement dégradant.

— C’est presque fini, dit l’homme.

Il bouge un peu des reins, m’assénant des coups de boutoir au fond de la gorge.

— Il n’y a presque rien sur l’anus, mais voyons tout de même…

Quand c’est fait, Claire m’oint tout le bas-ventre et l’entrejambes d’une crème fluide qui sent bon et apaise l’irritation. Sa main habile plonge en moi, par-devant et par-derrière, un doigt, deux doigts.

— Magnifique. Elle plaira beaucoup.

— Oui. Une de plus.

L’homme oscille dans la caverne de ma bouche, son gland butant contre mon palais. Sans les voir, au silence qui s’est installé, je sais qu’ils échangent un coup d’œil complice. Qu’est-ce qu’il a voulu dire par « une de plus » ?

Je n’ai pas le loisir de m’interroger davantage. Un autre sexe s’est glissé dans mon vagin, un sexe énorme, d’une rigidité compacte. Instinctivement, je tente de me redresser, mais l’homme me tient captive.

— Laisse-toi violer, ordonne-t-il d’un ton apaisant.

— Ce n’est pas tout à fait un viol, commente Claire en riant. Voyez, elle est béante…

À sa position, j’ai bien compris que c’est elle qui me possède à l’aide d’un godemiché.

— Une élève appliquée… grogne l’homme.

Il va et vient de toute sa longueur maintenant, tandis qu’en bas de moi, l’autre sexe me baratte avec des oscillations transversales comme si l’on voulait m’élargir encore. Le pantalon du client a glissé, et je vois son entrejambes, les poils gris autour de son anus qui bat rythmiquement. Aussitôt, je referme les yeux. Ils me secouent avec une telle force que la table craque.

— Laisse-toi aller…

Bruits, odeurs. Ce vertige qui commence comme une nausée. Je me fends en deux… Et je me mets à jouir à longues coulées crémeuses. Oui, je jouis d’être leur instrument, ouvert de tous côtés, qu’ils emplissent à leur aise…

Louis est-il là, seulement ? La semaine dernière, j’avais entendu la sonnette de la porte un peu avant que Claire n’aille lui ouvrir, mais aujourd’hui, rien.

— Maintenant ? demande la voix lointaine de Claire.

L’homme m’a saisi les seins et les serre très fort, portant mon excitation à son comble.

— Un seul.

— Celui-là, dit la voix étouffée de l’homme.

— Tiens-toi bien, m’ordonne Claire. Ça ne durera qu’une seconde. Tu seras à nous.

Une brûlure au sein droit, aiguë, profonde comme une lame. Je hurle, la bouche écumante.

La douleur s’apaise aussi vite qu’elle est venue. L’homme s’est retiré. En tendant la nuque, je vois l’anneau d’or qu’ils ont posé sur mon téton, un minuscule anneau qui le traverse de part en part. Plus bas, un gode fiché dans mon ventre d’une blancheur de nacre.

Ils mont complètement rasée. Mon pubis, renflé et dodu, est celui d’une toute jeune fille : gorgé de sève, et pourtant désarmé, presque disgracieux. La fente s’élargit autour du lingam de plastique, se colore de rose là où le plaisir l’irrigue. Tout autour, la peau laiteuse rejoint les aines et les cuisses et, plus bas, la concave rotondité de mes fesses.

Ils ne m’ont pas seulement enlevé les poils, ils m’ont ôté des années. Cet été-là, j’ai quinze ans, mes règles tardent à venir, mon premier duvet s’épaissit à peine et le médecin me branle dans le dos de ma mère.

L’homme retire l’autre pal. Me guidant avec précaution, il m’emmène dans la salle de bains, me fait enjamber la baignoire et lever une jambe. Assis sur un tabouret, il contemple mon sexe glabre avec passion.

— Pisse !

Je me laisse aller, pleine d’une honte délicieuse. Le jet frappe l’émail, rejaillit sur mes pieds, tandis que je laisse échapper un gémissement de plaisir.

Quand je relève la tête, je découvre Louis.

Depuis combien de temps est-il là ? Le plaid qui couvre ses jambes s’agite rythmiquement. Il détourne les yeux et recule.

— Elle est prête maintenant, dit Claire.

— Vous allez la punir, n’est-ce pas ? Sa voix est tendue, hargneuse. La punir très fort ?

— Ne t’inquiète pas. Elle en bavera.

Ces bruits ? Du tissu remué. La voix grave de Claire, soudainement étouffée, comme si…

Le docteur m’essuie avec des gestes tendres. Puis il me fait disposer sur le rebord de la baignoire, cuisses grandes ouvertes, et, sur la tablette, saisit une brosse à dents.

— Ouvre. Avec tes mains.

J’ouvre la fleur de nacre encore luisante. Quand les poils de la brosse à dents entrent en contact avec mon clitoris, je pousse un long hurlement de plaisir.

Quand je ressors de la salle de bains, Louis n’est plus là. Les roues de son fauteuil ont laissé deux sillons profonds dans la moquette grise.

 

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