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Résumé

Sarah est une femme sensuelle. Aussi, quand elle rencontre Serge et qu’elle se donne à lui, elle se laisse conduire, sans grande résistance, sur les sentiers fiévreux de la soumission érotique. Prise en main par Léa, l’étrange amie de Serge, elle suivra un long parcours initiatique, qui la mènera, à travers le labyrinthe des plaisirs interdits, jusqu’à… l’inquisiteur.

De la honte à la souffrance, et de l’émotion pure à la plus grande des voluptés, elle s’abandonnera alors à ce qu’on exige d’elle.

Jean-Charles Rhamov n’a de cesse d’explorer le monde obscur de l’âme féminine. Il pousse ses héroïnes jusqu’aux limites de la folie des sens. Lui seul sait faire partager les émotions de l’asservissement sexuel librement consenti. Nul doute que le lecteur ne sortira pas indemne de ces pages.

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CHAPITRE PREMIER

Quand un chariot lourdement chargé vint percuter le sien, Serge se prit à maudire cette idée qu’il avait eue de faire ses courses un vendredi soir. Le supermarché regorgeait de monde et il lui était difficile de se frayer un chemin entre les gondoles. Mais cette fin de semaine avait épuisé ses réserves. Il lui avait fallu ouvrir son bar à quelques collègues de travail – une soirée bien arrosée qu’ils avaient décidé de finir chez lui – et héberger, en catastrophe, sa vieille tante de Castelnaudary. Elle ne venait pas souvent sur Hossegor, mais quand il lui prenait l’envie d’une tournée familiale, Serge n’échappait pas à la corvée. Il avait donc eu quelque raison d’avancer le renouvellement de ses provisions. La vieille tante était partie jouer les parasites vers d’autres cieux mais le frigo s’en était trouvé sérieusement écorné.

Donc, ce vendredi soir, par maladresse ou par inattention, son chariot s’était trouvé curieusement imbriqué dans un autre. Et s’il considéra immédiatement avoir été l’objet d’une agression, il fut surpris quand il dévisagea son… agresseuse. Il s’agissait d’une jeune femme, à peine la trentaine, grande, la chevelure droite, dans un châtain naturel, un pull moulant à col roulé et une jupe aux dentelles vaguement romantiques. Si l’aspect général donnait dans le classique, les yeux par contre brillaient d’une fièvre étrange. Et alors qu’il avait eu envie d’injurier l’importune, ce fut lui qui se confondit en excuses. Il se perdit dans quelques justifications maladroites, balbutia de vagues excuses, et se dépêcha de disparaître rapidement dans les rayonnages.

Ce n’était pas dans ses habitudes de se laisser impressionner par le premier jupon venu, mais quelque chose d’étrange émanait de cette femme, quelque chose d’indéfinissable et de troublant. Et s’il n’y avait eu le fossé de l’âge – par sa trentaine, elle affichait vingt ans de moins que lui – il aurait sans doute engagé la conversation. C’était dans sa nature de charmer son entourage, il ne pouvait résister à l’envie de plaire, mais là, il aurait eu l’impression de se laisser aller à quelque chose d’incongru, presque inconvenant, comme s’il s’était autorisé un détournement de mineure.

Fraîchement divorcé, la cinquantaine, les tempes argentées et plutôt bel homme, il savait plaire aux femmes. Pourtant il n’avait simplement pas su conserver la sienne. Il s’en voulait d’ailleurs. Peut-être ses idées sur la vie y étaient-elles pour quelque chose. Plutôt libre-penseur, il avait tenté d’esquiver une cérémonie à l’église et cette seule idée lui avait valu les foudres de sa promise. Ce n’est que sur l’insistance de ses proches, belle- famille comprise, qu’il avait accepté le mariage religieux. Ensuite il avait sacrifié au rituel dominical du repas chez belle-maman. Ce qui l’avait contraint à supporter les mièvreries de la conversation et à s’extasier sur la sempiternelle crème anglaise, que sa femme ratait une fois sur deux. Et chaque année, début juillet, avant que les tarifs des catalogues ne prennent leur envol, il suivait madame pour des vacances à Port-Barcarès. Toujours le même hôtel, toujours la même chambre. Sans la vue sur la mer : ça coûtait trop cher.

Le rituel de Port-Barcarès il avait bien tenté de s’y soustraire aussi plusieurs fois. Il avait proposé une croisière dans les îles grecques ou le tour des châteaux de Bavière. Il avait tenté Londres ou Paris, les grands lacs italiens ou la magie d’Istanbul, espérant faire rêver son adorable moitié et satisfaire son propre désir de découverte, mais rien n’y fit. Sa jeune femme ne pouvait se passer de Port-Barcarès, du front de mer, des longues heures sur la plage, à se montrer et à regarder les autres. Et il y avait aussi le paseo, le soir venu, près du port, auquel il fallait sacrifier. Ils y rencontraient leurs voisins d’hôtel et se fendaient alors de quelques conversations à la banalité consternante.

Ce n’est qu’après dix ans de cet enfer, alors qu’il croyait avoir tout supporté, avoir tout renié pour elle, que sa femme le quitta pour son meilleur ami. Divorce, ronde des avocats, vente de la maison et il se retrouva seul, remerciant le ciel de n’avoir pas eu d’enfant. Il se passa six mois pendant lesquels il rumina son malheur, regrettant parfois son manque d’énergie. Peut-être que s’il avait insisté davantage, ou s’il avait su la convaincre, il aurait brisé la routine du couple, de ces routines qui grippent les relations et qui affadissent la vie. Peut-être alors n’aurait-elle pas eu envie de le quitter… Peut-être s’aimeraient-ils encore…

Puis, au fil des mois, la conscience prit le pas sur les regrets. Il commença à apprécier sa liberté nouvelle. Il se laissa aller à passer des dimanches en robe de chambre, à lire tout ce qu’il n’avait jamais eu le temps de lire, à écouter en boucle tout ce qu’elle n’avait jamais aimé, le jazz et l’opéra. Tout y passa, de Haendel à Verdi et de Miles Davis à Keith Jarrett. Il s’essaya même à écrire, mais sans grande conviction. Il y eut aussi le golf, auquel il s’essaya avec un certain bonheur. Ce furent quelques collègues de bureau qui l’entraînèrent dans cette activité ludique et il se prit au jeu, si bien qu’il se mit à fréquenter assidûment les club-houses du sud des Landes et de la côte basque. Grâce à cette activité, et grâce aussi à ses nouvelles fréquentations – son ancien directeur, un homme charmant et bon golfeur, Roger un de ses meilleurs amis, et d’autres encore – il reprit goût à la vie. Et si aucune femme ne vint troubler son célibat forcé, il s’en trouva heureux et remercia le ciel de l’avoir enfin libéré d’un enfer annoncé.

Il s’en voulait encore d’avoir avancé ses courses au vendredi quand quelqu’un le bouscula à nouveau jusqu’à écraser ses talons. Le choc fut assez rude et Serge s’apprêtait à abreuver d’injures le maladroit quand il reconnut la femme qui l’avait percuté précédemment, cette femme au pull moulant et à la jupe de dentelles. Il ravala sa rancœur et fit contre mauvaise fortune, bon cœur. Quant à elle, cette fois-ci elle s’excusa mais ne recula pas. Elle fit mine d’avoir à prendre un objet, haut sur le rayonnage, et se leva sur la pointe des pieds, le bras tendu vers la plus haute des étagères. Le hasard fit qu’à cet instant le regard de Serge se trouva à hauteur d’une poitrine aux courbes délicieuses et à la fermeté évidente. L’espace d’un instant il s’imagina qu’elle faisait exprès de tendre son corps sous ses yeux, mais à observer son visage, il crut y déceler comme une simple naïveté. Quelque chose d’enfantin et de naturel qui semblait ne pas pouvoir prêter à confusion. Et c’est tout naturellement qu’il proposa ses services avec son meilleur sourire.

— Laissez-moi vous aider !

— Je n’arrive pas à prendre ces corn-flakes. Ceux du haut, sur la droite.

Serge déplia son bras, saisit la boîte indiquée et la tendit à son charmant agresseur. Il se dit que la voix collait parfaitement au personnage. Un timbre grave, une modulation suave dans laquelle il crut percevoir cet éternel féminin qui fait fondre les hommes.

— Merci.

— C’est un plaisir d’aider une jolie femme.

Il eut le sentiment d’en faire trop mais il n’avait pu s’en empêcher. Et comme elle agrippait toujours sa main sur l’étagère, tendant vers lui ses délicieux appas, il ajouta :

— Vous avez besoin d’autre chose ?

— Non, ce sera tout, conclut-elle en reprenant une attitude naturelle et en affectant de rougir légèrement.

Le quinquagénaire apprécia ce rougissement. Pendant presque plus d’une minute elle avait étiré son corps, et il avait cru à quelque malice, peut-être même à une tentative de séduction. Maintenant il ne savait plus trop quelle conduite tenir.

— Vous venez souvent ici ? s’entendit-il énoncer mièvrement.

Elle ne répondit pas mais le regarda avec un sourire empreint de surprise. Ne sachant trop que dire, il répéta machinalement :

— Vous venez souvent ici ?

Cette fois-ci elle se fendit d’une réponse laconique, deux ou trois mots que Serge entendit mal, ou qu’il ne comprit pas. Il s’apprêtait à poursuivre la conversation quand elle le remercia une dernière fois et tourna les talons pour disparaître dans le labyrinthe des gondoles.

Il resta un long moment perplexe et se prit à rêver de cette adorable jeune femme. Il revoyait ses seins, parfaitement moulés par la laine et dont les pointes tendues vers lui paraissaient appeler les caresses. Il pensa à ses lèvres adorablement ourlées et à l’harmonie de sa voix. Se pouvait-il que cette rencontre ne soit que fortuite ? Le hasard lui faisait-il un signe ? Plusieurs fois, par le passé, il avait tenté le rayon des surgelés – un collègue lui avait glissé à l’oreille que tous les célibataires s’y retrouvaient – mais jamais il n’avait pu, ou n’avait su, concrétiser une rencontre. Les seules femmes qu’il y avait rencontrées, soit lui avaient paru trop âgées, ou trop… blettes, soit ne présentaient aucun attrait physique. Regard éteint, kilos en trop et cette façon de se vêtir des femmes délaissées, sans charme ni originalité… Nul doute qu’elles se trouvaient seules, mais à choisir, il avait préféré ne pas tenter le diable. Mieux vaut être seul que mal accompagné, se répétait-il souvent.

Très vite il oublia l’incident et remplit son -chariot. Il passa à la caisse rapidement, se força d’un sourire sans conviction à la caissière et s’enfuit vers les confins du parking.

Contrairement à la majorité des mortels, il avait pris l’habitude de se garer loin de l’entrée. Non qu’il soit masochiste, mais il savait en pratiquant ainsi qu’il trouverait plus facilement une place et, soucieux de sa voiture, un coupé Toyota aux lignes fines et acérées, il évitait ainsi quelques rayures intempestives.

Alors qu’il rabattait le hayon et qu’il s’apprêtait à ranger le chariot, son attention fut attirée par les agissements inhabituels d’un véhicule dans son dos. À cet endroit le parking était quasiment vide, aussi, entendre un bruit de moteur proche troubla sa quiétude. Il se tourna et, malgré les vitres teintées de la Twingo vert pomme, il crut discerner une silhouette féminine. D’abord interdit, puis un rien intrigué, il abandonna le chariot et s’approcha.

La Renault s’était immobilisée dans l’allée et semblait attendre quelque chose, ou quelqu’un. En trois pas il se trouva à hauteur de la portière. Et comme il se baissait, tentant de percer le voile sombre de la vitre teintée, celle-ci s’abaissa sans bruit.

— C’est vous ! s’exclama-t-il.

— Ça vous déplaît ? répondit une voix féminine. Cette voix à la coloration sensuelle qu’il avait eu le plaisir d’entendre trop brièvement dans le supermarché.

Il avait face à lui la jeune femme au pull moulant, celle qui l’avait bousculé si maladroitement. Et comme il cherchait une formulation quelconque pour engager une conversation, elle le prit de vitesse.

— Je ne vous ennuie pas, j’espère…

 

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