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Résumé

Travaillant pour une ONG spécialisée dans la protection des forêts, Aurore T. débarque à Madagascar pour six mois et se retrouve bien vite au fin fond de la cambrousse, où l′arrivée d′une jeune blanche ne passe pas inaperçue. Après quelques difficultés d′adaptation, Aurore ne tarde pas à découvrir les moeurs très libres des habitants, qui n′allument pas que des feux de brousse, et les insolites pratiques sexuelles des marabouts qui ont plus d′un tour dans leur sac à malices…

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CHAPITRE PREMIER

À ma descente d’avion à l’aéroport d’Ivato, à Tananarive, la capitale de Madagascar, je m’attendais à connaître le stress habituel pour tout étranger débarquant dans un aéroport africain : bousculade, douaniers racketteurs et policiers corrompus prêts à tout pour vous extorquer de l’argent. Sans oublier les mendiants professionnels et les gamins prompts à vous mettre la main à la poche. Un premier voyage au Congo m’avait dégoûtée de ce genre de folklore et c’est avec réticence que j’avais répondu à la proposition de mon chef de mission, Walter, qui dirigeait à l’époque l’O.N.G. américaine « Save the Forests ».

— Aurore, j’ai besoin de toi ! Tu verras, les Malgaches sont pacifiques, oublie tes misères en Afrique !

Pour ma première mission pour cette O.N.G. spécialisée dans les problèmes de la déforestation de la planète, après avoir obtenu ma licence en Écologie des systèmes à Montpellier, j’avais choisi de vivre la grande aventure dans l’Ouest africain. Après une crise de paludisme et des frictions avec des militaires congolais qui trafiquaient des écorces de bois précieux et entravaient mes travaux auprès des paysans vivant dans les bois, le bilan était mitigé. Je ne me sentais pas prête pour repartir dans des conditions précaires et dangereuses. À vingt-deux ans, je n’avais sans doute pas assez d’expérience pour aller barouder dans des zones à risques. Aller étudier les ravages de la pollution dans un grand parc américain me semblait plus en adéquation avec ma formation. Mais Walter était revenu à la charge :

— Toi seule as le profil pour aller faire de la prévention auprès des paysans. Notre O.N.G. jouit déjà d’une bonne image de marque auprès de la population locale, ton charme fera le reste…

En disant cela, Walter, l’Américain prude et père de trois enfants, me fixait à travers ses lunettes rondes et rosissait devant ma forte poitrine à peine masquée par une chemise de bûcheron québécois, souvenir de mes dernières vacances dans le grand Nord canadien. Avec mes longs cheveux blonds bouclés et mes épaules de nageuse, j’avais essuyé pas mal de tentatives de séduction pénibles de la part des soldats congolais, enclins à se jeter sur la première étrangère venue, y compris les bonnes sœurs qui prolifèrent sous ces tropiques inhospitaliers… Pour achever de me convaincre, Walter me montra un DVD sur les ravages causés par le feu sur les collines dans le sud-est de Madagascar. Des kilomètres de bois ravagés par les flammes, à cause d’incendies allumés par les paysans pour récupérer des terres et les cultiver. Mettre fin à cette coutume ancestrale, voilà ce à quoi s’attaquait l’O.N.G. Avec moi dans le rôle de Jeanne d’Arc, susceptible de convaincre les paysans de la brousse de renoncer à ce massacre écologique.

J’acceptai finalement après avoir surfé sur le Net pour en savoir plus sur le pays, rassurée par sa stabilité et l’absence de conflits. Six mois dans le sud-est de Madagascar, avec une équipe réduite à une assistante-traductrice et un chauffeur, à sillonner les campagnes pour présenter notre programme de prévention et les alternatives possibles au tavy, la culture sur brûlis. Mon bagage à main en bandoulière, je passai le contrôle des passeports sans encombre, avant d’aller récupérer mon sac à dos sur le tapis roulant. Alors que je le mettais sur un chariot, un fonctionnaire malgache, petit et sanglé dans un costume lustré aux coudes, me salua avec onctuosité.

— Mademoiselle Aurore, bienvenue dans notre grande et belle île !

Walter m’avait prévenue qu’il me faudrait compter avec les fonctionnaires locaux, soucieux de s’assurer quelques subsides pris sur notre budget. Cela commençait à peine débarquée. M. Razafide, employé au ministère de l’Agriculture, m’aida à passer la douane sans encombres et m’accompagna jusqu’au parking où des porteurs munis de dossards fluo numérotés tournaient autour des rares touristes comme des mouches pour les délester de leurs bagages. Chose curieuse, personne ne vint nous importuner. Un gendarme malgache, à l’uniforme et au képi semblables à ceux de nos pandores hexagonaux, le salua et chassa un changeur de monnaie qui s’approchait de trop près. La voiture de fonction, un 4×4 flambant neuf avec le sigle du ministère, nous attendait, surveillée par un chauffeur appuyé avec nonchalance contre le capot. Il s’empressa d’ouvrir l’arrière du véhicule pour hisser mes bagages dans le coffre. Puis M. Razafide me tint la portière le temps que je me glisse à l’arrière du siège conducteur.

— Notre gouvernement organise ce soir un cocktail à l’hôtel Hilton pour toutes les O.N.G. œuvrant à la protection de l’environnement à Madagascar. Bien entendu, je compte sur votre présence !

Avec son côté pète-sec et ses manières d’instituteur à l’ancienne un brin guindé, M. Razafide cherchait à s’imposer. Le 4×4 quitta le parking et prit la route menant à la capitale. Dès les premières maisons, avec les échoppes aux façades peintes de façon vive, aux couleurs de Maggi ou Coca Cola, et les nombreux panneaux publicitaires en français et en malgache, je me sentis presque en terrain de connaissance. Malgré des trous, la chaussée était en bon état, des piétons marchant le long de la route saluaient en apercevant une femme blanche dans la voiture. L’absence de présence militaire contribuait aussi à chasser mes appréhensions. Dix minutes plus tard, après avoir traversé le quartier d’Ambohiboa, embouteillé par d’antiques Deux Chevaux et 4L beiges reconverties en taxis, le paysage changea. Une longue digue bordée de rizières et de maisons en terre cuite courait jusqu’à Tana avec, sur la gauche, une zone industrielle visiblement en pleine expansion, avec des terrains gagnés sur les rizières.

— Notre pays est en plein boom ! commenta M. Razafide.

Cette impression se confirma une fois au centre-ville, malgré les carrioles menées par des zébus qui se mêlaient aux nombreux 4×4 et minibus croulant de passagers. Le chauffeur s’arrêta derrière l’hôtel Colbert, un des plus anciens hôtels français de l’ancienne colonie, dans une impasse où notre O.N.G. avait ses quartiers. M. Razafide me remit un carton d’invitation pour la soirée et je me retrouvai seule devant un rideau de fer, vu l’heure matinale. Enfin seule, pas si longtemps, car une nuée de vendeurs de cigarettes et de journaux français s’abattit sur moi, surgie de nulle part. Ils se bousculaient pour me brandir sous le nez des paquets de clopes, de chewing-gums ou l’édition de la veille deLibération. Un coup de klaxon les chassa sur la chaussée, tandis qu’un 4×4 orné du sigle de mon O.N.G. grimpait sur le trottoir étroit. Jérôme, un grand gaillard avec dix ans de baroud dans les forêts tropicales du monde entier, sauta du véhicule et m’enlaça sous le regard ébahi des vendeurs à la sauvette.

— Aurore ! Désolé pour mon retard à l’aéroport !

Avec ses yeux rougis par le manque de sommeil et l’odeur de whisky et de tabac froid qui imprégnait sa chemise, il sortait visiblement d’une nouba dont il avait le secret. Il se baissa pour déverrouiller le cadenas du rideau de fer et le leva d’une seule main.

— Bienvenue à l’état-major ! plaisanta-t-il.

Je le suivis à l’intérieur en sentant derrière moi les yeux des vendeurs sur mon gros cul moulé dans un jean taille basse.

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