NEE POUR SOUFFRIR

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DESPAIR Léon

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Broché / 128 pages


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Résumé

Dans un luxueux salon parisien, des pervers sont conviés à la vente aux enchères d’une jeune fille immobilisée dans une sculpture d’acier qui expose ses charmes les plus intimes. La malheureuse Christelle n’est-elle vraiment née que pour souffrir ?
Contrainte d’abandonner ses études, placée comme bonne à tout faire chez les parents de celle qu’elle prenait pour sa meilleure amie, Christelle dut se laisser violer, flageller, avilir pour que son propre père puisse la photographier et faire commerce de ces clichés obscènes.
Cette carrière involontaire de modèle pornographique commençait à lui valoir quelque renommée quand elle fut vendue pour devenir meuble vivant chez un vieux noble. A la suite du cambriolage du château, la voici offerte à la lubricité d’ouvriers clandestins. Cherche-t-elle à fuir ? Elle se retrouve couverte de plumes et transformée en dinde parmi d’autres phénomènes de foire !
Ce soir, Christelle pourra-t-elle prouver qu’elle est aussi née pour aimer ?

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I – Soirée spéciale chez Sir Théo

Ce vendredi soir promettait d’être inoubliable. Les rendez-vous trimestriels concoctés par l’étrange Sir Théo Cheprib avaient acquis une réputation sulfureuse. Cet excentrique et riche Parisien, tapi comme une araignée dans un hôtel particulier du XVIe arrondissement, goûtait le plaisir peu banal d’organiser des soirées « particulières », comme il aimait à le souligner sur ses cartons d’invitation. « SM » ou « fétichistes » étaient des qualificatifs trop galvaudés pour lui. Même si l’on y poussait des hurlements de douleur et si le cuir et le latex y rivalisaient avec les dentelles et l’acier, il refusait la mode trop facile d’une terminologie codifiée.

« Soirée particulière » gardait la part de mystère et d’imprévu qu’il entendait préserver.

Mystère dont il nimbait d’ailleurs sa propre personne, aussi insaisissable et bizarre qu’on puisse l’imaginer. À trente-cinq ans, mais sans âge, il s’était imposé discrètement sur la scène fétichiste européenne sans qu’on sache d’où il venait. D’Angleterre, il n’avait que le « Sir ». D’aucuns le croyaient suisse, en raison d’une diction un peu lente et atonale, parfois traversée d’un rire sauvage et inattendu. Sir Théo réagissait à contretemps. D’autres avançaient des origines allemandes…

Sa fortune même, difficile à jauger, était une énigme. Les esprits échauffés par les effluves caoutchouteux de leurs combinaisons imaginaient les origines les plus variées. Du simple héritage au commerce le plus illicite, tout avait été murmuré. Les rumeurs les moins romanesques le décrivaient comme un vulgaire boursicoteur. Des femmes que le danger excitait, racontaient qu’il revendait de jeunes et belles Européennes pour les harems d’Arabie. Sir Théo cultivait ces interrogations et prenait des allures de Monsieur Arkadin quand on le questionnait trop directement, jouant sur les sous-entendus.

Il se définissait comme un jouisseur incorrigible de toutes les perversions de l’âme et du corps, et avouait un goût immodéré pour la collection d’objets pornographiques. Un sens flagrant de la mystification et de la mise en scène l’avait poussé à la réalisation de ces soirées. Les invités en ressortaient avec le sentiment d’avoir été des privilégiés. Les spectacles offerts par Sir Théo, jusqu’à présent, surpassaient toujours les attentes les plus folles.

La grande salle de réception de son hôtel était le témoin de souffrances inavouables et d’insoupçonnables dépravations. Le rasage intégral et les châtiments endurés par Madame C., romancière féministe réputée, restaient dans toutes les mémoires. Le récital musical de cris qu’il avait orchestré à partir d’une cinquantaine de croupes harnachées et fessées par vingt virtuoses flagellants comptait parmi les délires les plus prégnants de l’impossible Sir Théo. L’initiation aux tortures chinoises prodiguées par un Oriental émérite sur les personnes de trois prostituées donnait encore la chair de poule à ceux qui y avaient assisté ou… qui en avaient entendu parler. Chaque trimestre apportait une escalade supplémentaire dans le délire cruel et réjouissant et lagamme des jouissances éclectiques.

L’humiliation magistrale qu’il avait fait supporter, trois mois plus tôt, à Catherine Girard était son dernier coup d’éclat. Cette superbe femme de trente ans, star adulée du cinéma français, volant de succès en succès, avait abdiqué toute liberté sous le fouet impétueux de Sir Théo. Après des heures de tortures échevelées aux cours desquelles un projecteur 16 mm crachait sur elle les scènes de son meilleur film, le corps pantelant et couvert d’hématomes, elle remercia celui qu’elle implorait désormais comme son « maître » devant une vingtaine d’yeux éberlués par la performance de l’actrice dont ce devait être la dernière présentation en public !

Que pouvait donc mijoter, le cher Sir Théo ?

Le carton d’invitation, toujours rédigé de la même façon, annonçait simplement : « Sir Théo est heureux de vous avoir choisi pour sa soirée particulière le samedi… ». Il n’était exigé aucune « tenue correcte », aucun « dress code », mais le salon rassemblait les tenues les plus étonnantes du moment. Les hôtes de Sir Théo témoignaient d’un sens aigu de l’équilibre et les cuissardes ou les escarpins étaient pourvus de talons aiguilles démesurés. À quelques millimètres de ces talons rampaient des esclaves nus ou harnachés, tenus en laisse ou « libres », à la convenance de leurs maîtres et maîtresses.

Plateau remarquable. La fine fleur de la domination.

L’œil averti reconnaissait la jeune Jamilla, redoutable dresseuse brune, à la tête d’un réseau internet. Elle bavardait avec l’une de ses associées, la diva du cinéma italien, Miss Sophia Canale, la soixantaine arrogante. Au bout de sa laisse, la chair déjà attaquée par la morsure de la cravache, Sybill Linder, dominatrice déchue réduite à la servilité par cette jeune fille sans scrupule, croisait avec amertume le regard d’anciens clients.

On distinguait aussi Netty Castel, héritière d’une île privée sur laquelle elle donnait libre cours à ses fantasmes les plus délirants, transformant, paraît-il, les mâles les plus endurcis en canassons dévoués. Les téméraires qui s’étaient risqué au voyage n’étaient jamais revenus. « Ils font de l’exercice en plein air et ne manquent de rien ! » s’amusait-elle à raconter, l’œil coquin. Ce soir-là, en l’honneur de Sir Théo, elle avait revêtu sa tenue de cavalière la plus sexy.

Jean-Claude et Karine Deschamp, couple modèle, discutaient avec une jeune blonde habillée en maîtresse d’école qui demandait à leur garçon, un homme d’une trentaine d’années si infantilisé qu’il en paraissait douze, comment se déroulait sa scolarité.

Mais les deux personnages les plus bizarres de cette assemblée n’étaient ni cloutés, ni latexés, ni étranglés à la taille, ni « piercés » : ils portaient de simples complets-vestons, d’une désespérante banalité. Le plus petit s’esclaffait à tout moment aux interjections proférées par l’autre, ce qui entraînait aussitôt chez celui-là un rictus d’agacement. Ils se tenaient raides, stupéfaits par l’imposante bibliothèque de Sir Théo. Le rieur s’amusait des étonnements de l’autre qui commentait ses découvertes à haute voix.

— C’est pas possible ! Oh ça alors ! psalmodiait le plus grand.

Il était émerveillé et jaloux de la collection d’ouvrages pornographiques qui s’étalaient aussi impunément devant lui. Son attention était focalisée par une quantité astronomique de romans-photos pornos classés comme de grandes œuvres littéraires, sous papier cristal.

— Ça alors ! aboyait-il toutes les deux secondes.

Et l’autre de se tordre de rire avant que son attention ne soit happée par l’apparition d’une créature en tout point semblable à Barbarella, jusqu’au pistolet spatial, de forme équivoque, qui battait sa cuisse nue.

— Ça alors ! se surprit-il à répéter comme un perroquet.

Ces Dupont et Dupond, insolites dans ce contexte, étaient, murmurait-on, des célèbres collectionneurs ès pornographie. Éric Platadev, ému par Barbarella, avait écrit un gros volume sur l’importance des petites culottes et de la lingerie féminine dans la sexualité. L’autre, le plus grand, absorbé par la contemplation de cette bibliothèque, se nommait Michel Pierles.

Toutes et tous attendaient l’arrivée du maître de céans. Une fiévreuse impatience régnait dans l’assistance. L’ambiance électrique trahissait leur émoi. Les invités étaient rongés par la curiosité de l’événement et restaient insensibles à la débauche de luxe qui les entourait. D’inconcevables sculptures pornographiques pivotaient au milieu des convives. Au centre de la pièce, en dessous du grand lustre, un magnifique corps féminin, métallique, tournait inlassablement sur lui-même. L’œuvre avait dû naître de l’esprit d’un artiste tourmenté. La femme sculptée était nue, corsetée et bondagée dans la tradition des bandes dessinées américaines. Une commande privée de Sir Théo, probablement. Sur le socle rotatif était scellée la pièce métallique inférieure qui constituait la base verticale d’un pilier au-dessus duquel s’encastrait un corset composé de deux mâchoires larges, semblables aux « dents » d’une grue de chantier. Elles pressaient la taille de façon stupéfiante. De part et d’autre de cet étranglement, jaillissaient le buste et les fesses de la statue, aussi épanouies que la taille pouvait être contractée. Le visage d’acier était figé dans une expression extatique fascinante, la bouche bâillonnée par un gode.

Soudain, frémissement. Chuintements des cuirs, crissements des latex. Une porte claqua à l’étage… Les conversations s’interrompirent. Dominateurs et esclaves dressèrent la tête vers la rambarde qui dominait le salon, en contre-plongée. Sir Théo aurait dû être comédien. Il en possédait le sens du cabotinage et soignait ses entrées, spectaculaires et théâtrales. Le silence s’installa un court instant. Puis des bruits de talons aiguilles, caractéristiques, sur le parquet dallé.

En haut des marches, de chaque côté d’un somptueux escalier de marbre blanc, le staccato des talons s’acheva. Deux créatures, postées comme des Amazones, s’étaient immobilisées. Les deux fidèles esclaves de Sir Théo, assistantes précieuses de ses agapes nocturnes, intimaient un silence respectueux. On racontait qu’elles étaient sœurs jumelles et sportives de haute compétition avant d’être « achetées » par le maître des lieux qui vouait un culte aux femmes athlétiques. Leur ressemblance troublante intriguait et les jeux saphiques très poussés auxquels elles se prêtaient l’une et l’autre attisaient les fantasmes. Jeunes demoiselles d’une vingtaine d’années, aux courbes voluptueuses, elles n’étaient vêtues ce soir que de quelques bracelets d’acier aux poignets et au cou, et d’une ceinture à la taille, à laquelle pendait un long fouet et de cuissardes en latex. Une paire était noire, celle de « N°1 ». L’autre était blanche, celle de « N°2 ». On ne connaissait aux jumelles que ces deux chiffres en guise de nom. Leurs muscles palpitaient comme au début de chacune de leurs apparitions. La peau huilée miroitait sous la lumière éclatante du lustre. Leurs poitrines fermes se soulevaient en cadence. Jambes écartées, mains sur les hanches, elles dévisageaient l’assistance d’un air hautain, exposant fièrement leur sexe glabre et magnifique, rehaussé par l’éclat argenté de l’anneau qui transperçait leur clitoris.

Il ne manquait qu’une musique de circonstance. À moins que le silence des souffles retenus ne soit plus enivrant ? Seul était perceptible le vrombissement sourd des sculptures pornos tournant sur leur socle. Sir Théo sortit de l’ombre, s’avança majestueusement. Pour les novices comme pour les habitués, c’était toujours la même stupeur. Le cérémonial frisait le grotesque. Sir Théo flirtait avec le mauvais goût et la provocation caractérisée. Lui aussi fit entendre des claquements de talons aiguilles. On le devinait géant comme une drag-queen. Entre ses deux sbires, qu’il dépassait d’une bonne tête, il se tenait en haut des marches, l’air ravi de son effet. Sarah Bernhardt et sa jambe de bois auraient suscité pareille émotion. Sir Théo était à la fois étonnant et excitant. Sexué comme un travesti de Rio, suffisant comme un père fouettard. Entre les jumelles, il avait choisi, dans un sens de l’harmonie, deux effarantes cuissardes lacées jusqu’aux cuisses, d’un rouge sang, sa couleur favorite. Une veste de dentelles rappelait son dandysme décadent. Et surtout, point de convergence de tous les regards, son bas-ventre affichait un sexe en érection d’assez belle taille, orné à sa base d’un cockring qui amplifiait les proportions. L’exhibitionnisme et la mégalomanie de cet homme se résumaient dans la taille de ce phallus qu’un ingénieux dispositif lumineux projetait en une ombre gigantesque sur le mur. Un véritable culte à Priape !

— Bonsoir !

On l’eut reconnu entre mille, la voix décalée de Sir Théo. Il descendit les marches, suivi de ses deux girls, en reine de Music-Hall. Son sexe tressaillait dans le vide à chaque avancée. Quand il fut parmi ses invités, il les salua un à un avec une affabilité amusée, effleurant de son gland les cuisses nues des dames ou le cuir des jupes. Jamilla-Dominax, visiblement très intime, considéra de la main la fermeté de ce membre, tandis qu’il l’embrassait sur la bouche. Les esclaves lui léchaient le bout des cuissardes. Il passa devant l’homme-enfant et le gratifia d’un bonbon acidulé. Quel maître de maison attentionné !

— Vous avez pu étudier ma bibliothèque, cher Monsieur Pierles ?

Il se tourna vers le collectionneur congestionné par ses trouvailles et l’ambiance survoltée de la soirée. Sir Théo lui avait promis un échange mirobolant, mais il ne s’attendait pas à une telle assemblée de dépravés. Perturbé par le vit énorme de son hôte, Monsieur Pierles rougit comme une pivoine. Réfugié depuis des années dans la pornographie imprimée, il n’avait jamais côtoyé de si près la luxure. Sir Théo sortit du rayonnage un roman-photos porno sur papier glacé intituléLa Baronne salope du donjon des souffrances. Un titre qui faisait fantasmer le pauvre homme depuis des lustres. Ses yeux sortaient des orbites devant la couverture très explicite de l’objet : une dominatrice vicieuse forçant du manche de son fouet l’anus contracté d’une fille affolée et attachée à un cheval d’arçon. Le tout dans une crypte aux accessoires gothiques. Tout pour lui plaire ! Cela lui rappelait les films d’épouvante italiens, responsables de ses premières érections cinéphiliques. Du moment qu’une vierge effarouchée et bien en chair hurlait au fond d’un cachot, sous la menace d’un monstre libidineux, notre Monsieur Pierles voyait sa queue battre la chamade. Son pantalon, à cet instant précis, arbora une bosse suspecte qui enfla davantage quand il constata l’état neuf de l’ouvrage. Un dos parfaitement lisse, une couverture pelliculée neuve, pas l’ombre d’un pli, des couleurs éclatantes, le livre sortait quasiment des imprimeries. C’était l’état « mint », comme disent les Américains, celui pour lequel les cotes officielles s’enflamment.

— Et… l’échange ? hasarda-t-il, la voix étranglée par l’angoisse. Je… je dois partir rapidement.

— Allons, Monsieur Pierles, n’êtes-vous pas en bonne compagnie ? Je vous réserve, ainsi qu’à vous tous, mes amis, une nuit mémorable ! Nous avons tout notre temps, cher Monsieur. C’est une pièce rarissime, m’avez-vous dit. Je vous la vendrai si vous la méritez !

Sir Théo se tenait planté droit devant le collectionneur, scrutant son impatience, ravi de cette torture mentale qu’il infligeait, la première touche sadique de la soirée. Peu à l’aise, l’invité reculait constamment à mesure que le gland turgescent de son hôte venait cogner contre lui. Heureusement pour lui, le maître se détourna. Et le phallus avec.

— Quant à vous, Éric Platadev, vos analyses théoriques sur le fétichisme m’ont vivement intéressé. C’est à leur qualité d’écriture et à la finesse de vos interprétations que vous devez d’être là ce soir. Puisse cette nuit vous inspirer quelques-unes de ces pages brillantes dont vous avez le secret.

Au sourire narquois de Platadev, Sir Théo percevait déjà qu’il ne s’était point trompé. Celui-ci rêvait de nouvelles pages, l’œil rivé sur les cuisses de la Barbarella.

— Et maintenant, place au spectacle ! Vous allez assister cette nuit au récit bouleversant de toutes les turpitudes éprouvées par une frêle jeune fille d’à peine vingt ans. Certains, comme moi, sont nés pour dominer. D’autres peuvent être dressés et obéir. Je veux aujourd’hui vous démontrer qu’il est aussi des êtres nés pour souffrir, tant leur vie n’est qu’une suite ininterrompue de tortures et d’humiliations. Depuis longtemps, je suis blasé par le masochiste primaire, qui retire le moindre plaisir des châtiments qu’il reçoit. Il me fatigue et contrarie ma soif de sadisme. Quoi de plus excitant qu’un être masochiste contre son gré ? Façonné en esclave par les aléas d’une existence misérable ! Nous nageons en plein roman-feuilleton, bien sûr. Sachez donc, chers Maîtres et chères Maîtresses, que j’ai trouvé l’une de ces deux orphelines de la perversion, jolie victime innocente mais dévoyée, dont la destinée, depuis sa majorité, n’est qu’un inventaire à faire pâlir le divin Marquis lui-même. Et pour l’heure, sa destinée s’arrête dans ces murs, devant vous, pour un bilan provisoire et un catalogue raisonné des mille et une manières de souffrir.

Pendant cette entrée en matière, Sir Théo, en Monsieur Loyal, avait négligemment déposé sur un guéridon le roman-photos objet des convoitises de Monsieur Pierles et s’était installé dans un fauteuil Empire, juste à côté.

Sur un signe de leur hôte, les invités s’assirent en face de lui, de l’autre côté du salon, sur deux rangées de fauteuils. Platadev s’était judicieusement placé derrière la Barbarella pour l’étudier tout à loisir tandis que Monsieur Pierles jetait des regards paniqués sur le précieux guéridon qui supportait La Baronne salope du donjon des souffrances en état « mint ».

Juste à côté de lui, la plantureuse Sophia Canale, quoiqu’un peu fripée par le temps, se massait les cuisses à côté de lui, le sourire maternel l’invitant à d’hypothétiques ébats. Plongeant dans son décolleté, il crut reconnaître la star italienne, l’une de ces reines de péplums qui l’avaient tant ébloui. Quarante années s’étaient écoulées depuis la réalisation de Maciste contre la reine des Atlantes, et monsieur Pierles se croyait plutôt victime d’une hallucination.

Pendant ce temps, l’inquiétante assemblée des jouisseurs attendait l’arrivée de cette demoiselle… née pour souffrir !

— Je suis sûre qu’elle va surgir, harnachée comme une pouliche de concours, expliquait à son voisin Mademoiselle Netty. Elle clopinera sur ses quatre sabots, le mors déformant sa jolie frimousse. Je sais que notre ami raffole des jeux équestres…

— Moi, répliquait l’autre, un Maître camouflé derrière une cagoule de cuir, je crois qu’il en a fait une soubrette en latex et qu’elle va sortir de cette porte, tenant attaché au cou et à la taille un plateau d’apéritifs.

Ses deux lèvres rouges, débordant de la fermeture éclair ouverte de son masque, bougeaient comiquement.

Chacun imaginait l’entrée spectaculaire de l’esclave selon ses propres passions secrètes.

Tendant la main vers le guéridon, Sir Théo saisit une télécommande et la manipula. Les trois sculptures pivotantes s’immobilisèrent. En actionnant un autre bouton, qui électrifiait l’armature métallique des sculptures, il fit entendre le grésillement du courant, puis l’interrompit après quelques secondes. Un gémissement lugubre emplit tout le salon, une longue plainte indescriptible et étouffée, lointaine.

Seconde décharge. Deuxième plainte qui semblait émaner de la sculpture centrale !

D’un claquement de doigts, il ordonna à N° 2, l’une des jumelles, de s’approcher de la femme d’acier. Elle retira le gode qui obstruait la bouche de l’œuvre d’art. Celui-ci était d’une longueur et d’un diamètre impressionnants. Surtout, il suintait de salive ! Sir Théo appuya quelques secondes sur son boîtier. Un hurlement distinct cette fois-ci sortit du tréfonds de l’orifice noir de cette bouche immobile. La pauvrette que l’on s’attendait à voir surgir à chaque instant, était dans le salon depuis le début de la soirée, mêlée aux invités à leur nez et barbe, prisonnière d’un carcan métallique qui, à en juger par l’étranglement de la taille et la sévérité du bondage imposé par la sculpture, devait lui infliger d’horribles courbatures.

N°1 s’avança vers sa sœur jumelle, armée de tournevis, de clés anglaises et d’une dévisseuse électrique. Toutes deux entreprirent, sous les regards éberlués de l’assistance, le déboulonnage méthodique du carcan d’acier. Les fesses argentées furent dévissées, s’ouvrirent et laissèrent apparaître la chair nue et rose d’un derrière rebondi. Les cuisses et les jambes repliées sur elles-mêmes furent libérées des pièces d’acier qui les emprisonnaient. Mais les cerclages qui maintenaient ses cuisses écartelées de part et d’autre du sexe demeurèrent en place. Le buste de métal fit jaillir une poitrine encore plus appétissante que ne le suggérait la sculpture. Les deux globes laiteux retombèrent, impressionnants de volume, soumis à l’attraction terrestre comme les pis d’une vache. Les bras, ramenés en arrière à faire toucher les coudes, disparaissaient sous l’épaisseur d’un redoutable corset. Seules les amins, enfoncées dans un même gant, dépassaient entre les épaules pour venir se fixer à l’anneau arrière du collier du cou. Le froid baiser des mâchoires métalliques enserrait la taille. Dépendant du pilier qui soutenait le corps à un mètre du sol, elles maintenaient celui-ci dans une position obscène et insupportable.

Les chevilles avaient été ramenées à la naissance des fesses, jusqu’au haut des cuisses, et attachées à celles-ci par les larges boucles d’acier. Les pieds restaient emprisonnés dans deux ballerines en caoutchouc dur au bout desquelles sortait un anneau chromé qui se fixait au dispositif central du corset, entre les deux omoplates, créant dans les cuisses une extrême tension et les gardant parallèles au niveau du torse.

Jouant de sa télécommande, Sir Théo s’amusa à diriger son jouet en actionnant différents boutons. Tout partait de la taille, centre névralgique des mouvements. Elle pouvait pivoter de gauche à droite, ou de bas en haut, la tête projetée au sol et le cul pointé vers le plafond, position idéale pour bien détailler l’intimité de la fille, ou inversement. Sir Théo choisit une inclinaison modérée mais suffisante pour bien avoir les deux orifices en face des, yeux ! Les jumelles fixèrent au corset deux chaînettes reliées au collier qui encerclait le cou. Leur tension fit redresser la lourde tête d’acier, désormais sur la même parallèle que le niveau des fesses. La position nécessitait un maintien des cervicales de chaque seconde, mais avait l’avantage de présenter à l’assistance un visage bien droit. Et c’est vrai, ma foi, qu’il eut été criminel de la priver de cette contemplation. Lorsque N° 1 et N° 2 dévissèrent le diabolique masque de fer dont l’ouverture buccale conservait la bouche démesurément grande, les spectateurs découvrirent les traits encore juvéniles d’une charmante personne, deux beaux yeux bleus, un petit nez retroussé, des pommettes saillantes, une bouche prometteuse de mille faveurs et deux ravissantes couettes blondes qui achevaient de donner à la fille son aspect de fillette attardée. N’eût été la situation scandaleuse dans laquelle elle se trouvait, cuisses largement ouvertes, on lui aurait donné le bon dieu sans confession. Elle sortait d’un couvent, et ce n’était pas le moindre de ses charmes.

 

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