OPERATION BLANDINE

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Broché / 160 pages


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Résumé

J’avais les cartes en main. Et je suis expert en manipulations. Politiques, policières. C’est mon travail. J’excelle aussi dans l’art des manipulations physiques. Luce, ma femme, me l’a souvent dit. Elle sait de quoi elle parle, elle adore être manipulée avec énergie. Fouets, instruments, appareils insolites… Alors j’ai cru malin de joindre l’utile à l’agréable. Faire pression sur un parlementaire étranger, amateur de femmes très dociles, et offrir à Luce des sensations fortes. J’ai fait passer ma femme pour une prostituée masochiste. Mes supérieurs ont voulu vérifier qu’elle était capable de tenir son rôle. L’intermédiaire aussi. Rebaptisée Blandine, ma femme a assuré. Elle y a même trouvé du plaisir. Elle a tout subi, les viols, les tortures, les humiliations… Puis les ennuis ont commencé. Et pourtant je savais que mon beau-père avait des passions que la morale réprouve… Je n’aurais pas dû la surnommer Blandine. C’est le nom d’une martyre.

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Classé SECRET CONFIDENTIEL Retranscription de la bande magnétique AVL du 10/12/97. XML/G.

Source : Simon. — Destinataire : Argus. — Pas de copie

Sur le pubis de Luce, lisse comme une amande et poncé comme une poignée de porte, j’en ai accroché seize. Des vertes, des bleues, des rouges, des jaunes et des pas mûres. Des qui-serrent, des qui-serrent-pas, des crantées qui vous retiennent des draps humides en pleine tempête, des gentilles qui vous tendent une petite culotte au vent chaud. Du plastique et du bois. De l’ancien et du moderne. Peut-être que Marquis faisait sécher son linge dans le jardin. Les pinces étaient en vrac dans la belle, je n’ai pas choisi.

À la seizième, elle a laissé filtrer un souffle rauque entre ses dents serrées. Elle fermait les yeux, très fort, et respirait à petits coups. J’ai fouillé dans le bouquet de son sexe, à la recherche d’une place libre.

– Montre-toi, mieux que ça, allons !

Les tendons de ses cuisses vibraient comme des aussières, pourtant, on les lui avait écartées au maximum. croire qu’elle n’avait plus d’articulations.

Ce n’est pas moi qui l’avais préparée. Deux jeunes voyous, recrutés de l’autre côté de l’avenue d’Italie, s’en étaient occupé. Des Chinois. J’étais sûr qu’elle avait dû les prendre dans sa bouche, bien à fond, en écartant les mâchoires à les décrocher. Je l’ai regardée en plein et j’ai imaginé les paquets musculeux, tassés entre ses joues, et son petit nez perdu dans leurs poils. Ça m’a fait plaisir. :

Luce sait faire quelque chose que peu de femmes savent faire : elle suce à fond. Elle descend le long du membre viril, le le haut-de cœur quand le gland heurte le fond de sa gorge et s’empale un bon coup. Le gland force le passage. Elle avale ainsi des membres de près de vingt centimètres, des minces et des épais, elle prend tout, le nez dans les poils, sans faire ressortir le gros tuyau raidi et elle aspire.

Au tout début de notre mariage, elle avalait l’urine et le sperme mais depuis, bien sûr, elle a arrêté. C’est même un de mes grands regrets, de ne plus la voir déglutir et boire ce que les types lui expédient au fond de la gorge. Maintenant, celui qui veut jouir dans sa bouche enfile une capote.

Après qu’elle les ait pompés, les Chinois l’ont suspendue au plafond, par les poignets. Entre le mur et ses reins, ils ont calé un tabouret. Puis ils ont passé une corde dans le pli de ses genoux et ils ont tiré en arrière, pour qu’elle s’ouvre à fond.

Les cuisses dans le prolongement l’une de l’autre, sa chatte bombée se trouve projetée en avant, fente et lèvres bien ouvertes autour du papillon carmin. Une de ses positions préférées, à Luce. Ça ne permet pas de l’enculer, mais c’est l’idéal pour la fouetter. Ainsi disposé, son corps résonne comme un tambour.

Je discutais avec Marquis, au rez-de-chaussée. La porte de la cave était restée ouverte. On écoutait leurs rires pendant qu’ils la tripotaient et la contraignaient à des caresses ignobles.

– Ne craignez rien, a dit Marquis, ils né la baiseront pas. Je les paye assez cher pour ça

– Je vais la dilater, si vous le voulez bien, ai-je proposé. Après, elle n’aura plus rien à vous refuser.

J’ai laissé passer une ou deux minutes. C’est long quand vous êtes une femme et que deux racailles s’occupent de vous. Mais c’est un moment dont je ne me lasse pas : je discute avec notre partenaire d’un jour, de choses et d’autres, tandis qu’elle lèche des bites et s’exhibe. Une petite mise en train avant la fiesta. Après, je fais mon entrée. Je lui demande si on arrête. Elle veut toujours continuer….

À la seizième pince, donc, elle s’est mise à supplier. J’ai fait la sourde oreille, j’en avais trouvé quelques-unes au ressort tout neuf, prêt mordre. Je les lui aurais bien posées les pinces autour de l’anus, mais son œillet était encore froncé, rétracté par la peur. J’ai pensé que Marquis adorerait s’en occuper.

Il y avait encore un peu de place au bout des grandes lèvres, là où elles se rejoignent avant le périnée. L’entre-cuisse, si vous préférez. Je les ai posées là, les unes derrière les autres, sur la chair presque violette et j’ai pensé aux indiens de l’Amazone qui referment leurs plaies en se faisant mordre par des fourmis rouges. Les mandibules une fois refermées, ils arrachent la tête des fourmis et repartent avec leurs points de suture biodégradables.

Il y a des moments où moi aussi, j’ai envie qu’on m’arrache la tête. Toujours quand j’entre dans la chambre, la cave, le hangar et que je la vois là, crucifiée, nue, les seins et la chatte rougis, et son regard de folle. Luce, ma belle Luce, ma fille-à-papa Luce et ses yeux bleus, ses cheveux noirs, son teint d’ivoire, ses petites bagues Cartier, son chic naturel et ses gros seins qui rentrent à peine dans du 95 et qui lui donnent des complexes. Luce et son mètre soixante quinze, ses hanches d’amphore, ses mains fines. Mais Luce aussi sans son tailleur Chanel. sans ses escarpins, sans son linge, Luce à poil, quartier de viande suspendu à un crochet, prête à être foutue et fouettée

Elle adorerait que son diplomate de père la voit comme ça, en train de pomper gros nœud d’un client, avec un autre dans son cul, en train de la défoncer. Elle me l’a dit.

Elle hurlé quand j’ai fixé la dix-septième pince, celle-là au clitoris. Un cri bref, étouffé par un sanglot. Une jeune femme pourtant élevée à la dure, formée par mes seins. Probable que ça n’était pas son jour. Elle avait mal dormi ou elle avait ses soucis.

Mais moi aussi, j’avais les miens.

– C’est fini.

J’ai lâché sa chatte toute bringuebalante de pinces à linge, les bleues, les vertes, les jaunes et les pas mures, et sa vulve s’est refermée, collée, toute poisseuse, une vulve comme la bouche d’un épileptique en pleine crise. Sauf que ça n’était pas sa salive mais sa mouille. Un jus épais, laiteux, filtrait d’entre les rideaux de chair de plastique. J’ai plongé mon doigt, là où je savais que se trouvait son trou.

On est mariés depuis dix ans. Je ne ferais ça à personne d’autre qu’elle. Je la connais par cœur, ma Luce, c’est moi qui lui ai appris à me lécher les doigts avant de se les enfourner dans l’anus. J’ai vu ça dans un film d’Antonioni.

J’ai farfouillé un peu, histoire de remuer les pinces, et en levant les yeux, j’ai vu son ravissant visage sus pendu dans le vide. Il était couvert de larmes. Son chignon s’était défait et ses boucles noires collaient à ses joues et à son front.

Je l’ai ai embrassée sur les dents. La souffrance rendait son haleine un peu aigre, et son rimmel avait coulé sur sa bouche et son menton.

– C’était dur ? Ils ont été durs ?

– Elle a hoché la tête. Les voyous s’étaient bien occupés d’elle mais ils n’avaient pas giclé, j’ai vérifié. Après, j’ai enfilé mon index dans son cul, comme elle aime.

– Oh j’ai mal, j’ai maaal ! gémissait-elle.

– J’espère bien, j’ai dit. Il ne manquerait plus que tu t’habitues.

Je l’ai barattée, de toute la longueur de mon doigt. Elle transpirait tellement que sa sueur me gouttait sur les épaules.

– On ne fait que commencer, j’ai dit.

Elle pleurait surtout à cause des poids à ses seins, étirés comme s’ils allaient se déchirer, presque plats du bout, et dont la pointe devenait noire entre les mâchoires de la pince.

À vue d’ œil, il y en avait pour un bon kilo.

J’ai donné un petit balancement aux poids, d’une chiquenaude, et elle est devenue toute blanche. Elle m’avait dit une fois que c’était comme si on lui embrochait les deux seins par le travers avec une alène de cordonnier, mais j’ai une petite préférence pour ça. Ses gros seins ronds, si durs et si doux à la fois, ça me fascine de voir ce que je peux en faire : des gants de toilette, ou des bonnets de père Noël à l’envers.

Le plus incroyable, c’est qu’ils redeviennent comme avant dès qu’on enlève les gueuses de fonte.

Je la limais déjà depuis un bon bout de temps, un doigt dans le vagin, un autre dans l’anus, quand j’ai senti sa respiration changer. Elle était devenue mouillée et brûlante. Les anneaux de ses sphincters se sont détendus et j’en ai profité pour lui mettre deux doigts par-derrière et les trois autres par-devant.

Elle a fait : « Ah ! » Rien d’autre..

Les parois élastiques glissaient sous la pulpe de mes doigts comme des rideaux de soie : J’ai serré la paroi qui séparait le vagin et le rectum entre l’index et le médius ; avec le pouce, j’agaçais son gros clitoris raidi par la pince.

– Oh !

J’y suis allé de bon cœur. Je l’ai poignardée, je lui ai donné de tels coups qu’elle faisait des bonds. Elle avait la bouche grande ouverte et elle ahanait. Ses gros seins dansaient la gigue. Avec l’autre main, je les ai pincés jusqu’au sang.

Du coup, elle s’est ouverte complètement. J’aurais pu lui mettre la main jusqu’au poignet, tellement elle était dilatée. C’est une nature, ma femme. Elle met plus ou moins de temps à mater la douleur, à faire avec les épingles, les crocs, les lames, les brûlures, mais une fois que c’est fait, elle se laisse aller au plaisir en goulue. Elle se rattrape. Elle s’abandonne. J’ai pensé que c’était au tour du Marquis, je lui ai demandé si elle était prête.

– Je suis prête, a-t-elle fait avec une voix geignarde. Sa sève me coulait sur le poignet et elle commençait à donner des coups de reins. l’ai retiré mes doigts et elle a soufflé avec une voix de folle :

– Continue, bon dieu ! Remets-les moi ! Oh, je t’en prie, remets-les, à fond, tu ne peux pas me laisser comme ça !

J’ai enfoncé mes doigts l’un après l’autre dans sa bouche, pour les nettoyer. Celui qui était dans son rectum, et celui qui était dans son vagin.

– Pas question. Tu allais jouir…

Elle a fait les yeux blancs. Des spasmes secouaient ses aines. Alors je lui ai frappé les seins.

– Arrête !

L’iris noir comme du charbon est revenu dans le bleu noyé de ses pupilles. Elle a jappé :

– Salaud ! Sacré salaud !

Elle soufflait comme une forge.

J’ai vérifié ses liens ; ils avaient attaché ses poignets à une corde, elle-même passée dans un crochet fixé au plafond. Ses cuisses étaient écartées par des chaînes. Elle n’allait pas s’évader.

J’ai attiré un tabouret entre ses jambes et j’ai allumé la bougie. Je l’ai posée entre ses jambes et j’ai laissé passer un petit moment en contemplant son corps magnifique, tétanisé par la peur et le désir. La flamme n’était pas à dix centimètres de sa chatte et le bouquet de pinces à linge a commencé à chauffer.

Il faisait sombre dans la cave mais la bougie projetait une lumière dorée sur le pubis rasé. On aurait dit un abricot, déchiré par le milieu. Un abricot fondant, plein de soleil et de sucs. Les poids de fonte oscillaient doucement en projetant des ombres pointues sur son ventre plat.

Ses bras tremblaient. Elle était belle comme une Piéta.

Quand la première pince a commencé à fondre, elle a tiré sur ses liens, mais ils l’avaient solidement attachée aux tuyaux du chauffage central. La chaleur a gagné les replis de son sexe et elle s’est mise à respirer vite, à petits coups.

J’ai ramassé un vibro-masseur, le plus gros : un chiure de plastique de trente centimètres de long, avec un gland épais comme une figue, et je lui ai enfoncé dans la bouche. Elle a fermé les yeux, d’humiliation, et des larmes ont jailli d’entre ses cils.

Je suis allé à la porte et j’ai crié au Marquis de descendre.

C’est comme cela que tout a commencé, monsieur le directeur. Si je devais dater précisément le début de l’opération Blandine, celle qui devait nous assurer la conquête du marché du siècle en chars de combat –250.000 heures de travail et six cents emplois à la clé pendant sept ans — ce serait ce jour-là, un mardi du mois d’août dans l’après-midi.

Et s’il fallait le situer, ce serait là, dans la cave d’un sado-maso recruté sur Minitel.

Comme quoi…

 

Note d’Argus :

Qui a engagé ce cinglé ?

Annexe 01-004.

Confidentiel Classé AB. Source : G.

Pièces attenantes : certificat de naissance, certificats de scolarité, livret militaire, extrait de casier judiciaire, copies de diplômes, Curriculum Vitae, statuts de société, pièces bancaires, copie passeport, rapport des Renseignements Généraux concernant Marquis Nestor né le 10/08/53 à Brives. PIÈCES MANQUANTES.

Notes annexes : articles de l’Expansion, de l’Express et de l’Événement du Jeudi sur “le marché du siècle”.

 

Je suis entré à la Division de Surveillance Intérieure en 1989 et vous êtes arrivé un peu après, dans les fourgons d’un nouveau ministre. Vous avez su vous rendre indispensable, vous êtes resté même quand le ministre a été viré, on vous appelle Argus, Monsieur le directeur.

Argus est ce bouvier grec qui avait cent yeux tout autour de la tête : certains s’ouvraient avec le jour, d’autres se fermaient avec la nuit. Argus voyait tout, tout le temps. C’est pourquoi Héra, femme de Zeus, lui avait demandé de garder la belle Io, que convoitait son mari.

Qui ne connaît votre surnom ? Vous savez tout sur tous. Les fichiers, les banques de données, les dossiers compromettants, les archives : rien en France n’échappe à votre indiscrétion dévorante. Vous travaillez avec les Renseignements Généraux, la DST ; le SDECE, les officines gaullistes, les réseaux socialistes.

À la DSI même, chacun sait qu’un de vos yeux le suit.

Et donc vous savez presque tout de moi, Monsieurs le directeur. Que je suis entré à la DSI sur intervention de mon beau-père. Que je travaille sur les exilés politiques africains et que je ne suis pas très bien noté. Ce n’est pas que la morale m’étouffe, mais je ne me donne pas à fond dans mon métier. Les planques interminables, les filatures nocturnes, les dépouillements d’écoutes, je laisse volontiers cela à d’autres. Persécuter ces pauvres bougres, en câliner d’autres en prévision du jour prochain où on les mettra sur un trône, merci bien. Je suis plutôt un analyste qu’un homme de terrain, vous le savez.

Vous savez que je suis marié et que j’ai deux enfants. Ils sont en pension, à Versailles, cela se fait dans le milieu d’où vient ma femme. Vous avez peut-être vu leurs. photos dans mon bureau — Luc, 7 ans, et Francis, 10 ans, — on dit que vous visitez nos bureaux après la fermeture. Mais vous n’avez jamais vu ma femme.

Sa photo, je la garde dans mon portefeuille. Je l’ai prise au tout début de notre mariage.

 

Annexe 01-012.

Photo noir et blanc 13×9 bords blancs.

Visage d’une femme brune en gros plan : cheveux très noirs, teint très blanc, yeux clairs, un sexe d’homme enfoncé dans la bouche. Elle serre deux membres virils dans ses mains, les glands sont posés sur ses joues, deux jets de semence coulent sur son front, ses paupières, ses joues. Elle fixe l’objectif.

 

Aucun de vos yeux, Monsieur le directeur — vous permettez que je vous appelle Argus ? — aucun de vos yeux n’a vu ma Luce dans la salle de torture de Marquis ce jour-là. Vous n’étiez pas là pour la voir se tordre dans ses liens, les yeux agrandis par l’effroi, la vulve hérissée de pinces et les seins distendus par les poids. Cela, j’ai su vous le cacher

L’opération Blandine a tourné à la catastrophe, Monsieur le Directeur, parce que vous ne vous êtes jamais douté que l’esclave offerte au Prince était la femme d’un de vos collaborateurs.

Mais reprenons notre récit.

Le Marquis a descendu les escaliers lentement. Il savait que le temps est une torture en soi, et je lui en ai été reconnaissant.

Ces interminables secondes qui la séparent du martyre, ma femme les apprécie plus que tout. C’est une cérébrale, comme tous ceux qui s’adonnent aux délices de la soumission : entendre le pas de celui qui aura bientôt tous pouvoirs sur vous, sentir son ombre glisser sur votre peau avant même de le voir, c’est déjà souffrir et c’est déjà jouir. Savoir qu’il vous regarde, et que ce qu’il voit, personne ne l’a jamais vu chez tous ceux qui croient tout savoir de vous, c’est un plaisir aigu.

Comment vous l’expliquer ? Luce jouit d’être exposée ainsi, bras levés, cuisses grandes ouvertes, le sexe béant et les seins mutilés. Elle jouit de sa bouche distendue par le gode en caoutchouc, de sa beauté blanche clouée sur le mur noir de la cave. Elle n’a fermé les yeux que lorsque le Marquis a été près d’elle, à toucher.

Très grand, portant beau, avec d’abondants cheveux noirs lustrés en arrière, il avait le physique classique du dominateur. Un bouc à l’ancienne prolongeait sa mâchoire forte et pointue, et dans ses yeux allongés luisait une lueur cruelle. Un vrai Méphistophélès, qui avait aménagé le sous-sol de sa villa en chambre des tortures et qui, chaque fois qu’il avait un moment de répit, draguait les couples amateurs d’émotions fortes sur les BAL spécialisées.

La veille, j’avais répondu son annonce sur la messagerie 36-15 AÏE ! La voici :

 

Marquis, tous traitements, tous rituels, pour femmes et couples. Réel uniquement.

 

Car moi même, faut-il vous l’avouer, je sévissais sous le pseudonyme de H20 :

 

Cpte imaginatif, pratiquant réel, H dom, femme O. Pour h. f couples.

 

Qui n’a pas lu l’Histoire d’O, cette merveilleuse confession de Pauline Réage, ne peut pas comprendre. L’avez-vous lue, Argus

Il m’avait bien fallu une heure pour ferrer Marquis et obtenir son numéro de téléphone. Le compteur tournait, ça allait dans les poches de l’État, mais je sentais que c’était un vrai contact, pas un de ces petits bran-leurs qui disparaissent en cours de route. Ceux-là sont la malédiction des minitels roses : pour un contact sérieux, de quelqu’un sachant réellement ce qu’il veut et bien décidé à l’obtenir, il y a bien dix fantasmeurs.

Finalement, je l’ai eu au bout du fil, et la première chose qu’il m’a demandée, c’était si Luce était bien telle que je lui avais décrite trente-deux ans, cheveux de jais, yeux bleus, 1,62 m, 95-58-90.

J’ai dit qu’il allait pouvoir vérifier. J’ai précisé qu’elle avait le sexe rasé et qu’elle était maso-hard.

– C’est à dire ? a-t-il demandé d’une voix distinguée, assez grave. Il n’était pas du genre à s’exciter au téléphone.

– Fouet, martinez lanières, orties, ceinture, gode devant et derrière, pinces, poids, bondage, cire fondue… J’ai réfléchi un peu avant de continuer : écarteurs, boules de geishas, lavements, et naturellement, elle se fait prendre et enculer.

– Ah. C’est du sérieux ! a-t-il lancé.

– Très sérieux, ai-je répliqué. On trouve rarement des partenaires à la hauteur.

– Je vous comprends, H20. Je crois pouvoir vous satisfaire, a lancé Marquis, et j’ai pensé que le courant était passé. Et vous ? Que ferez-vous pendant ce temps-là ?

– Moi, je regarderai…

On a convenu d’un rendez-vous près de chez lui, dans un bistrot, et j’ai raccroché. C’était la botte qui payait ce genre de conversations, mais autant ne pas s’éterniser. Et puis j’étais pressé d’annoncer à Luce que j’avais trouvé un vrai dominateur. Ça faisait bien quinze jours qu’on n’avait rien fait d’intéressant

On s’est vu au Celtic de l’angle de la rue d’Alésia avec la rue Marguerin. Luce a plu au Marquis, bien sûr. Il l’a emmenée dans les toilettes du café et elle s’est mise à poil au-dessus des chiottes à la turque. Elle a dû ouvrir son sexe à deux mains, puis son anus, comme elle me l’a raconté par la suite. Il lui a demandé de se tirer les pointes des seins puis d’uriner devant lui. Ils sont remontés au bout de cinq minutes.

Luce était un peu rouge, et lui très calme.

Il a payé les consommations et on est monté dans sa voiture, une Saab. Il nous a emmenés chez lui, une maison en plein Paris, place des Peupliers, avec un jardin derrière.

Les deux aides, ça n’était pas prévu et on a toujours peur de se faire agresser dans ce cas-là, mais j’avais dit oui. Marquis a précisé qu’ils veillaient sur sa maison quand il n’était pas là, et qu’ils faisaient quelques petits travaux pour son compte. fis sont arrivés au bout de dix minutes, ils ont déshabillé Luce devant nous et ils l’ont descendue dans la cave.

Note en date du 01/12/97 du Service des Mœurs, Préfecture de Police. A/AB. : “N’avons pas pu retrouver les deux chinois indiqués. Rien au fichier. Contact avec les Triades infructueux.”

Rapport confidentiel sur 36-15 AIE, relevé des pseudonymes. H20 inconnu. Marquis présent environ toutes les 2 semaines durant l’année précédant les événements référencés.

 

Marquis a éteint la bougie entre deux doigts. Il s’est assis devant ma femme, le visage à hauteur de sa vulve et l’a d’abord examinée. Longuement, minutieusement

Luce haletait, le regard fixe.

Marquis s’est relevé, est allé tourner un commutateur, et un spot s’est allumé, clouant mon épouse dans un rond de lumière. Ses yeux bleus comme le Pacifique lui mangeaient toute la figure et elle a tourné la tête pour se cacher derrière ses cheveux noirs.

Marquis s’est rassis et, de sa voix posée, il s’est mis à l’interroger. Quand avait elle été réglée ? Combien d’amants ? Se masturbant à quel age ? Première pipe quand ? Sodomisée la première fois quand ? Aiment les femmes ? Active, passive ?

Je m’étais assis dans le fond de la cave, elle ne pouvait plus me voir. Je la regardais se débattre dans les filets de Marquis. Des dizaines de questions coulaient à flot continu de la bouche charnue de son tourmenteur, tandis qu’il la tenait sous le feu de son regard de braise. Ses grands yeux bleus à elle s’agrandissaient de minute en minute.

Marquis la tenait. Luce aime le verbe. Elle aime les mots secrets qui font venir les choses innommables. J’ai été content. Dominer est un jeu, mais c’est aussi un art, qui exige de la psychologie, de la patience, de la finesse. On rencontre trop souvent des soudards, des psychopathes, des complexés avec cent mots de vocabulaire, des ongles noirs, des queues pas nettes.

Marquis était an type heureux, ça se voyait. Luce allait déguster.

J’ai pensé aux interrogatoires que nous menons, nous, dans les locaux discrets de la rue Meyan. À ces pauvres types suants, blêmes, que nous affolons, que nous déstabilisons, que nous poussons à la faute. Pour les retourner, comme on dit Pour qu’ils nous servent de taupes chez leurs congénères et nous permettent de tous les tenir à l’ œil. Luce était comme eux, et ça m’excitait. La panique tordait sa jolie bouche tandis qu’elle répondait d’une voix hachée à l’humiliante litanie des questions intimes.

Je me suis calé sur mon tabouret et j’ai allumé une cigarette.

Tandis qu’elle confessait une expérience amoureuse avec un cousin, des caresses avec ses amies, un amant qui l’enculait sur le lit de ses parents, Marquis lui soupesait les seins l’un après l’autre, soulevant et maniant les lourdes outres de chair blanche. Il a ôté les poids, puis les pinces une par une, et à chacune, Luce a eu un spasme.

Quand elle a été nue, très blanche et très noire sur le mur de pierres de la cave, il a siffloté doucement :

– Vous êtes très belle. Il a longtemps que votre mari vous prostitue ?

– Depuis notre mariage, a-t-elle soufflé.

– C’est lui qui vous rase ?

Sa large main brune, couverte de poils noirs, s’était fichée comme un coin au bas des aines. Il a enfoncé ses doigts et elle s’est mordu les lèvres.

– Répondez !

– Non. Il me fait épiler.

– Non, Maître, a dit Marquis d’une voix atone.

Il avait dû la pincer de l’intérieur parce qu’elle a crié, un cri très bref, perçant.

– J’ai dit : Maître !

Elle a repris d’une voix chevrotant

– Il me fait épiler, Maître. Rue Saint-Georges, dans un salon. Une esthéticienne s’occupe de moi, toujours la même, une belle africaine en sari. Mon mari reste là, il me regarde les jambes levées et écartées… Il demande toujours à ce qu’on m’attache les bras le long des pieds de la table, il…

Elle s’est encore mordu les lèvres. Marquis la branlait doucement, l’air absorbé..

– Et ?

– Quand elle a arraché toutes les bandes de cire, elle…elle me fait jouir avec un vibro-masseur.

Elle n’a pas dit que c’était le modèle le plus gros, le Big Bang avec réservoir incorporé, mais Marquis a dû le comprendre parce qu’il a enfilé toute sa main dans son vagin, jusqu’au poignet.

Il a tourné une ou deux fois seulement, tellement elle était dilatée et humide.

Luce a expiré, avec un bruit rauque, vidant ses poumons à fond.

– Bien, a dit Marquis, et on a compris tous les deux que ça allait devenir sérieux.

Il s’est désengagé, et lui a tendu sa main luisante de jus. Luce a hésité, puis elle a léché la moire salée de ses propres sécrétions en soutenant son regard

Dans ces moments-là, elle devient très courageuse. Dans les moments où on ne peut plus reculer.

Marquis s’est amusé un moment à lui fouiller la bouche avec ses doigts ; il explorait bien tout, en prenant ses aises, palpant les dents, le palais, essayant d’attraper la langue qui se dérobait. Et moi qui savais qu’elle adorait ça, que c’était pour elle le plus délicat et le plus insolent des viols, j’ai envié le plaisir qui montait en elle.

Puis notre hôte s’est éloigné vers le fond de la cave et il a ouvert une armoire métallique. Les portes ont grincé et on a entendu des bruits familiers. Luce est restée là, son corps luisant sous la lumière électrique. Ses seins ronds montaient et s’affaissaient au gré de sa respiration tumultueuse et ses cuisses étaient couvertes de sa cyprine jusqu’aux genoux.

Des bruits de chaînes, de menottes, d’objets métalliques. Des sons plus étouffés, de cuir, de bois ou d’étoffe. Luce m’a cherché, mais elle avait la lumière du spot dans les yeux. Je l’ai laissée seule avec terreur qui montait en elle.

Au bout d’un moment, Marquis a surgi dans la lumière. Il avait ôté ses vêtements et il était encore plus grand que je ne le pensais. Son corps était cylindrique, recouvert d’une épaisse toison noire, et il avait des tatouages sur les épaules. Malgré son poids, il se déplaçait avec une étonnante rapidité.

Autour de son sexe, j’ai vu qu’il avait sanglé un phallus creux, doré, un manchon de mousse durcie, m’a-t-il semblé, qui doublait le diamètre de sa verge. Dessous, ses testicules montaient et descendaient.

J’avais déjà fait baiser ma femme par des types très bien montés. Et même, pour l’un d’eux, affligé d’un membre viril stupéfiant. Celui qu’arborait notre hôte n’était pas plus long, mais il était plus épais. Un gland énorme, pareil à une mangue, couronnait la tige étincelante. Ainsi monté, il avait tout de la créature mythologique.

Luce n’a pas cillé. Elle fixait l’énorme mentule et se passait frénétiquement la langue sur les lèvres.

Le risque, dans les séances SM, c’est que le dominateur devienne fou. Que du jeu, il passe au vrai. Qu’il abandonne le théâtre pour le fait divers. Ça arrive tous les ans : un type ou une femme-massacrés, suppliciés à mort. vaut mieux le savoir et en ce qui me concerne, j’avais toujours une matraque télescopique dans la poche. Mon arme de service. J’allais dire : mon arme de sévices.

cette fois-ci, je n’étais pas vraiment sûr que ça suiffirait à arrêter notre partenaire s’il pétait les plombs..

Mais il a été très bien. Très bien, vraiment Il avait à sa disposition une femme qui l’inspirait, et il a su en tirer tous les sucs, tous les cris. Ça a bien duré une heure mais je n’ai pas vu le temps passer. Il l’a saccagée méthodiquement, il a su lui arracher tous ses secrets, la faire capituler.

À la fin, Luce en redemandait. Elle râlait pendant qu’il la possédait par-derrière en lui bourrant les côtes et l’échine avec le manche de son fouet

Parce qu’il l’a fouettée ; longuement

En prenant du recul, d’abord. Un fouet de charretier, avec une mèche de trois mètres. Très impressionnant, vraiment. Il cueillait Luce où il voulait : sous les seins, entre les cuisses, au-dessus de l’anus, dans le creux poplité. Elle ne pouvait strictement rien faire pour lui échapper. Elle hurlait et sanglotait.

Ensuite, avec un chat à neuf queues. Et après, avec martinez. En se débattant, elle avait distendu ses liens, mais au lieu de se dérober, elle s’offrait toujours davantage. Ils étaient comme des démons, tous les deux. Deux démons luisants de sueur, rouges, ronflants, bondissants. J’entends encore leurs cris.

Il y a eu une accalmie. Marquis a rallumé la bougie. Je savais ce qui allait se passer. Luce aussi.

Elle est allée de toutes ses forces au devant de la flamme. Elle s’est offerte en ciboire, en bûcher. Tandis qu’il promenait lentement la flamme au-dessus de sa peau luisante, elle poussait de longs soupirs.

Après, il a incliné la bougie. La cire fondue a coulé, comme si elle brûlait de rejoindre la matière opaque et lisse dont Luce semblait faite. Ou Luce était-elle de cire ? Elle ressemblait à ce moment-là à une grande chandelle blanche. Chaque goutte de cire brûlante s’écrasait en chuintant sur les douces rotondités de ses seins, de son ventre où de ses cuisses, et formait une fleur. Un edelweiss. Un muguet. Un cratère brûlant, qui lui arrachait des cris.

Marquis a tracé de grandes lignes sur le pubis ras. Sur les hanches déclives. Sur la gorge palpitante. Il a écrasé la flamme là où commençait sa toison, et j’ai senti une odeur de poils brûlés.

Et pourtant, elle était lisse.

Vous commencez à comprendre ? Vous touchez là au grand mystère du sado-masochisme, Argus. À son ambiguïté fondamentale : sa générosité et sa cruauté sont étroitement complémentaires. J’offrais Luce à ses amants — ou j’offrais des amants à Luce — et ils la faisaient jouir mieux que je ne pouvais le faire. Mais je ne me sentais pas humilié. Les avanies qu’elle subissait, son abaissement, la jouissance qui la tordait sous mes yeux, c’étaient des cadeaux que je lui faisais. Il n’y a pas de fierté dans ces jeux-là, Argus, il n’y a que le but suprême : jouir.

Si je n’avais pas été là, elle aurait éprouvé un plaisir bien moindre. Vous comprenez, Argus ? Le sado-masochisme, c’est une grenade dégoupillée : le couple doit être étroitement uni pour que la cuillère ne parte pas. L’explosif est coincé entre eux, tout prêt à claquer. Dix ans de mariage, Argus : nous formions un couple en béton.

A la fin, Marquis a possédé Luce par-devant. J’ai regardé jusqu’au bout. Ses fesses puissantes qui se contractaient en cadence, ses reins qui se creusaient, ses coups de boutoir. Son phallus énorme était entré sans mal, il distendait le fruit ivoire du pubis, s’engouffrait dans le pertuis luisant et ressortait en clapotant pour replonger de plus bel au fond des douces entrailles.

Comment vous faire partager mon exaltation ? Marquis était devenu ma créature, la concrétisation de mon désir, de mon amour pour Luce. Il la défonçait pour moi. Il l’asservissait et la servait. Il était l’officiant et elle était le calice. Les imbéciles croient que les dominateurs dominent, Argus : en vérité, ils sont l’instrument de leurs proies. Marquis était assez fin pour le savoir et l’accepter.

Et vous n’imaginez pas le visage de Luce alors qu’il la défonçait : zébré de larmes, de rimmel et de sueur. Les narines frémissantes, les yeux sortis de l’orbite. Ahanant et râlant sous le soc monstrueux, et sitôt ressorti, il cinglait son bas-ventre d’un bouquet de lanières. Elle se cassait en deux, ses seins devenaient des cloches, si grosses qu’elles débordaient d’entre leurs corps. Elle me dédiait ses yeux cernés de bistre. Sa bouche ouverte, sans souffle, m’envoyait un baiser ! Pas une fois, elle ne s’est plainte.

Je doute que vous puissiez comprendre cela Argus. Vous êtes célibataire, paraît-il. Sachez qu’après cela, Marquis lui a détaché les jambes. Il n’a eu qu’à la faire pivoter au bout de ses liens et elle lui a tendu son cul.

Son merveilleux cul cambré, lisse, intact.

Il aurait pu la fouetter par là aussi mais il a arraché le fourreau qui cachait son phallus. Il s’est simplement collé contre elle et a éjaculé sur ses reins

Après, il m’a parlé du Prince.

Nous étions dans la chambre de Marquis, au premier étage. Une pièce blanche, vide, avec un lit de sangles. Luce gémissait en passant de la crème sur ses coups. La sainte musique !

Elle est revenue dans la pièce en minaudant.

– J’ai cru que vous m’écorchiez vive !

Son ventre, ses seins, le devant de ses cuisses étaient couverts d’un fin treillis pourpre. Par endroits, le fouet avait laissé des marques noires, des écrasements bleus, toute une géographie qui évoquait la guerre.

– Je suis navré, a décliné courtoisement Marquis,

Rhabillé, il faisait plus hommes d’affaires que jamais.

– Ne vous excusez pas, a dit Luce en se laissant tomber sur le lit. J’en ai bien profité.

Sa voix était lourde de reconnaissance.

On a ri. C’était l’instant heureux où la tension qui nous habitait s’évanouit d’un coup. Où l’on se sent plus proche de celle ou de celui qui a partagé nos jeux que de nos meilleurs amis.

On a bu un whisky de treize ans d’âge et croqué des petites saucisses chaudes et des canapés au fromage. La nuit tombait derrière les rideaux, on entendait la rumeur de la circulation automobile. Les malins passent par la place des Peupliers pour éviter les embouteillages de l’avenue d’Italie, a expliqué Marquis, qui se plaignait de ne plus pouvoir garer sa voiture.

Il nous a proposé de faire revenir les deux Chinois.

– Si Luce en a encore la force, je la fais prendre par les deux ensemble, là, devant nous. Ou bien, ils l’enculeront, l’un après l’autre. Ils sont infatigables.

Son œil brillait

J’ai refusé gentiment Il faut toujours finir sur un regret, et je sais qu’elle avait envie de rentrer à la maison, de manger légèrement et de se coucher. Ces séances sont aussi épuisantes que des séismes.

J’ai ajouté que la baby-sitter ne pouvait pas rester après vingt-deux heures.

– Parce que vous avez des enfants ? s’est étonné notre hôte.

– Mais oui. Nous vivons notre sexualité en marge, comme vous le voyez.

Je me suis tu. Règle numéro 2 : livrer le minimum d’informations. Règle numéro 1 : en obtenir le maximum de celui qui est en face de vous.

Je n’étais pas dans le renseignement pour rien.

Marquis a levé les mains, beau joueur.

– Soit. Permettez-moi de faire un compliment à votre épouse : elle est non seulement très belle, mais elle a été délicieuse à martyriser. J’ose espérer que je ne vous ai pas déçus, l’un et l’autre.

– Aucunement, me sui-je récrié.

Ces politesses sont irrésistibles, si l’on pense qu’il venait de battre et de posséder mon épouses

– La première fois, on cherche toujours ses marques, s’est-il excusé.

J’ai trouvé les miennes, a plaisanté Luce en remontant sa robe.

Ses cuisses étaient maintenant noires de coups. Elle a fait la moue.

– Un peu juste pour aller à la piscine samedi.

– Ah, vos êtes adorable, a mugi Marquis avec sa voix de baryton. Et votre mari est si sympathique !

Il s’est tourné vers moi, souriant.

– Je ne sais même pas votre prénom !

J’ai hésité un peu, puis :

– Simon.

Mon pseudo habituel quand nous allions chez des amateurs de bondage et de domination. Je l’avais gardé pour infiltrer les Congolais de l’opposition.

– Et, si je puis me permettre, que faites-vous dans la vie, Simon ? a demandé Marquis en resservant nos verres.

Ses yeux ovales, aux longs cils, me contemplaient pensivement.

J’ai menti.

– Je suis dans la sécurité d’entreprise.

Il était dans le commerce extérieur, il savait donc que la Sécurité intérieure est un vocable commode pour désigner des activités occultes sur les marchés étrangers : paiement des pots de vin, écoutes illégales, armement des milices privées, relations avec la douane, les politiciens locaux etc.

Il n’a pas insisté.

On a parlé de son travail à lui.

Nestor Marquis était un expert international en gisements off-shore, pipe-lines, usines de dessalage d’eau de mer etc. Actionnaire à 51 % d’un des plus célèbres cabinets européens d’ingénierie. Toujours en voyage, une villa à Paris, une autre à Menton (un bien de famille) divorcé sans enfants, de l’argent. Un de ces grands vendeurs qui sillonnent la planète en tous sens d’un bout à l’autre de l’année et passent des marchés de plusieurs millions de dollars. Un membre de l’aristocratie du Commerce extérieur, polyglotte bien sûr, distingué, cultivé, cynique. Assez seul, et donc bavard. Et je sais faire parler les bavards.

Les flics, c’est ça la seconde nature de homme, assez proche somme toute du bourreau. Surveiller son prochain, l’anticiper, au besoin le punir. Au nom d’une entité que l’on finit par perdre de vue — bien public

– ou plutôt que l’on finit par incarner soi-même. Refusez donc de répondre à un flic, il en fera une affaire d’État. Mais ce type qui ne me connaissait pas n’avait plus rien à me refuser.

Il avait baisé ma femme. lui avait tordu les seins et limé la chatte sans qu’à aucun moment j’intervienne, et il se sentait redevable. Ça, et le scotch, pour lequel il avait la main lourde. Assez vite, on en a été aux confidences.

C’est comme ça que le prince est venu sur le tapis.

Depuis dix ans Marquis lui fourguait des usines de dessalinisation d’eau de mer, des réseaux téléphoniques, des ponts, que sais-je encore. (voir annexe 01-004). Nous ne dirons pas son nom, Argus, c’est convenu.

Nous l’appellerons le Prince.

Quand son nom est arrivé dans la conversation un signal d’alarme a grelotté quelque part dans ma tête.

Si je travaille essentiellement sur l’Afrique Noire, les connexions étaient trop nombreuses entre l’argent des grands États Arabes et la poussée musulmane en Afrique de l’Ouest pour que je ne tende pas l’oreille. Le Prince était musulman, mais c’était un oriental. Il hériterait à la mort de son père d’un territoire minuscule, quelque part entre l’Indonésie et l’Australie, minuscule mais fabuleusement riche. Son pays était assis sur une nappe pétrolière équivalente à la consommation de l’Occident pendant quarante ans.

– C’est un ami, plastronnait Marquis, je suis en affaire avec lui depuis dix ans. Il est ministre de la Défense dans le gouvernement. Un type fascinant, qui voyage en Learjet et s’offre les plus belles putes du monde…

Il était un peu parti, et nous avec. Il s’est penché et a retroussé la robe de Luce sur ses hanchés :

– Je suis sûr qu’elle lui plairait à la folie, Simon !

C’était on ne peut plus direct.

Luce était restée comme il l’avait mise, la robe remontée au-dessus du pubis, ses longues cuisses brunies par des bas noirs rangées sagement l’une contre l’autre. À l’imperceptible frémissement de ses paupières, j’ai senti que ça l’intéressait.

– Je vous ferais bien enculer, a dit Marquis, l’œil allumé.

– Vous disiez que je plairais à son altesse ? a-t-elle réplique.

C’était un de ses fantasmes favoris : être vendue à des inconnus. Souvent-presque toujours en fait, — je la présente à nos partenaires d’un moment comme on le ferait d’une prostituée. Je vante son corps, son habileté, je précise les services qu’elle rend. Elle est là, mains dans le dos, et elle nous écoute discuter de la profondeur de sa chatte, de son anus serré, de la résistance de ses mamelles. Et vous savez quoi, Argus ? Les femmes sont les plus féroces à ce jeu-là. Ce sont elles qui exigent les détails les plus gênants. Luce doit préciser à voix haute qu’elle se fait enculer, ou qu’on peut l’étriller à la cravache. Quand on lui passe la main entre les cuisses, on constate qu’elle est trempée.

– Ce qui intéresse Luce, c’est d’être forcée, ai-je objecté.

J’avais laissé passer un petit temps, comme si je pesais le pour et le contre. En réalité, tout ce qui avait un rapport avec ce prince-là avait forcément un intérêt pour la boîte. Et, le cas échéant, je pourrais échanger ces renseignements contre d’autres, plus directement en rapport avec mon champ d’activité.

– C’est très exactement ce qu’il recherche, a renvoyé Marquis.

Il nous a considérés attentivement, puis a baissé la voix :

– Vous me comprenez, Simon ? Le Prince a les mêmes goûts que vous et moi. Il les satisfait avec des professionnelles, mais il est très friand de jeunes femmes occidentales non vénales, mariées de préférence… Encore que, s’est-il empressé d’ajouter, il soit aussi généreux avec elles qu’avec les putes de haut-vol. Et même davantage, si l’on considère qu’elle sont plus rares.

Son intérêt était assez clair : en rabattant une proie dans les filets du prince, il confortait sa position et assurait ses débouchés. Je ne voyais pas encore le mien, mais j’étais sûr que ça allait venir.

– Les professionnelles qui se font dominer sont rares, continué notre hôte. Très chères, mais cela, mon client s’en fiche, naturellement. Il est riche à milliards. Non, le problème c’est qu’elles n’aiment pas se faire esquinter. Le sadisme est une prise de risque, et et elles ne sont pas assurées pour ce risque là. Je les comprends tout à faits

Il fixait la fente rasée de Luce, au-dessus des bas fumés.

– Bon dieu, Simon, votre femme est vraiment magnifique ! Et elle aime tellement se faire frapper ! C’est vous qui commandez, non ? Laissez-moi organiser une rencontre, et vous ne le regretterez pas !

Je me demandais ce que j’avais lu sur l’Émir dernièrement. Encore un de ces scandales que les gens comme lui avaient le don d’étouffer aussi vite qu’ils les suscitaient ?

Marquis a souri gentiment.

– Vous n’y êtes pas du tout, Simon. Ce n’était pas celui-là, mais un émir du Golfe Persique. Le mien est un grand ami de la France, et il est très protégé. Je ne doute pas que ses goûts un peu particuliers soient connus de tous, mais personne n’ira jamais l’inquiéter.

– Dans ce genre d’affaire, ce sont toujours les lampistes qui trinquent, ai-je objecté.

– Je serai le… médiateur, Simon. J’ai l’habitude, je lui ai déjà rendu ce genre de service. Une fois, une seule fois ! Livrez-moi votre femme, Vous n’aurez pas à le regretter. Ni elle.

Annexe 01-003.

Dossier Quai d’Orsay sur le Prince.

Trois pièces numérotées 45, 44 et 43 du service de protection rapprochée des Personnalités.

Un (1) feuillet blanc du SDECE (source Antigone)

 

À ce moment-là, j’ai eu la certitude aveuglante que Marquis était prêt à tout pour nous retenir.

Il est assez rare en effet que l’on se revoie après une séance, dans le milieu des amateurs SM. L’énergie est épuisée, il n’y a plus de mystère. Comme il est assez rare que la femme soit vraiment soumise. Le plus souvent, elle ne fait que suivre le désir de son mari. Luce était exceptionnelle : elle jouissait véritablement d’être profanée. Notre entente sexuelle était basée là-dessus : satisfaire en elle ce besoin d’asservissement toujours plus profond dont j’étais le seul à connaître l’origine.

J’ai demandé :

– Il n’est pas dangereux, au moins ?

– C’est un homme exquis, éduqué en Angleterre et en Suisse. Très beau, qui plus est. Mais exigeant, oui, très exigeant. Et comme l’argent n’est jamais un obstacle pour assouvir ses rêves, alors, naturellement, il faut tenir sa place. Luce fera cela très bien, Simon. Je connais peu de femmes qui acceptent de s’exhiber dans les toilettes d’un café puis de suivre un inconnu dans une salle de tordues.

Je me suis tourné vers Luce. Les yeux brillants, elle fixait un point au dehors,.

– Chérie ?

Certains dominateurs ne demandent jamais l’avis de leur esclave. Moi, si. C’était encore meilleur pour elle et pour moi.

– Je n’y vois pas d’objection, a-t-elle chuchoté.

– Et c’est un Oriental, ai-je ajouté.

Elle a souri. C’était un private-joke, entre nous.

– J’adore les Orientaux.

Je me suis tourné vers Marquis.

– Elle ira avec moi. Il n’en est pas question autrement

Marquis a réfléchi.

– Je comprends.

– Je la protège. C’est ma femme.

– J’expliquerai cela au Prince. Nous trouverons une solution. Comment puis-je vous joindre ?

– C’est moi qui vous appellerai.

Il a bien insisté pour avoir notre numéro de téléphone, mais j’ai tenu bon. Ça le contrariait vraiment, il n’était pas sûr de nous retrouver et son client n’apprécierait pas la plaisanterie, nous a-t-il expliqué.

Je ne me suis pas laissé fléchir.

– Nous ne donnons jamais notre numéro, pas plus que nos noms. Luce a un métier. Nous avons des enfants, imaginez une rencontre de hasard qui leur déballe tout ? C’était très bien, à la cave, cher ami. Luce se soumettra de nouveau avec plaisir, et, pourquoi pas, à votre client.

Il a demandé alors à la photographier, pour la montrer au fils de l’Émir.

– Il adorera. Elle ressemble à cette actrice américaine des années 50, vous savez…

– Gene Tierney, je sais. Et bien, si vous voulez, ai-je concédé. J’ai regardé Luce : À poil, trésor.

Marquis l’a photographiée sur un mur blanc. Elle est campée sur ses haut-talons, les jambes un peu écartées, ses gros seins durs rassemblés entre ses deux bras. Elle ouvre sa vulve à deux mains, et on voit distinctement les marques de fouet, de cravache et de lanières sur sa peau. Ses mamelons sont encore pincés du bout et il y a dans son regard cette étincelle de folie qui fait que je l’aime.

Une mèche de cheveux noirs et brillants lui balaye le front.

 

Annexe 01-005.

Photos NB de Madame G.

Voir descriptif annexe pièce 15 bis

 

Marquis avait commandé un taxi. Luce s’est endormie sur mon épaule avant même que nous n’ayons passé la Seine. Je réfléchissais.

Je savais bien que depuis six mois on négociait pied à pied avec le Prince un fabuleux contrat d’armement pour les industries de Défense françaises, regroupées pour l’occasion au sein d’une même entité juridique. Le montant du contrat donnait le vertige. On ne parlait que de cela dans les services de renseignement, espionnage, contre-espionnage, surveillance du territoire etc…Vous même, Argus, vous aviez sans doute plusieurs dizaines d’yeux fixés sur cette affaire, bien qu’elle ne soit pas de votre ressort.

Le Prince devait venir à Paris au mois d’octobre. On savait que les Américains faisaient le forcing pour lui refiler leurs joujoux à la place des nôtres. Leurs chars Ml à la place de nos Leclerc. Leurs hélicoptères d’assaut Cobra à la place de nos Panthères franco-allemands. Leurs missiles Harpoon à la place de nos Hot-Micra. Ils nous avaient virés du centre de l’Afrique à coups de pied au cul, et ils entendaient bien nous rappeler que l’Asie était leur chasse gardée.

Je pouvais peut-être glisser un grain de sable dans leur belle mécanique. Un grain de sable nommé Luce.

Annexe 01-001.

Confidentiel. Source G-DSI. Destinataire Argus.

Deux copies, diskette détruite. 02/09/97.

Objet : opération Blandine.

Proposition : introduire auprès de l’Émir de… (nom de code Prince) un contact privé pour induire un comportement conforme aux intérêts Français.

4 pages.

 

Rentré à la maison, j’ai gardé ça dans un coin de ma tête.

Dans les semaines qui ont suivi, on a eu beaucoup de travail à la DSI : le Zaïre, la république démocratique du Congo, la Guinée, Angola…Ça craquait partout. Les opposants s’agitaient. Les émissaires du Quai d’Orsay nous donnaient rendez-vous dans des bistrots et lisaient nos notes de synthèse avec un petit air dédaigneux. Ça sentait le roussi. Ils étaient paumés, impuissants, mais se seraient fait arracher les ongles plutôt que de l’avouer.

Ça s’est un peu calmé vers la fin août. J’ai pris une semaine de congé avec Luce et les gamins. Puis on les a donnés à ma mère, jusqu’à la rentrée, et j’en ai profité pour emmener Luce sur une péniche.

Il y avait une soirée « cuir ». On avait reçu l’invitation sous pli discret. Luce s’est fait prendre par une dominatrice, devant toute l’assistance. Elle n’avait gardé qu’une voilette mouchetée et ses chaussures. La maîtresse — la femme d’un écrivain très connu — avait accroché un double godemiché à sa guêpière, et elle a limé Luce par l’anus et la vagin. Luce a sucé une dizaine de types. C’était bien.

Le lendemain, au bureau, j’ai repris mes notes sur le Prince. J’avais lu dans le journal que le Secrétaire d’État Américain faisait la tournée des capitales de la ceinture Orientale, et qu’il allait s’arrêter chez le Roi. Il verrait l’Émir, et on savait tous ce que ça voulait dire.

J’ai demandé à mon contact au Ministère du Commerce extérieur de me faire suivre une note de synthèse. En principe, c’est interdit, mais je ne voulais pas me ramasser.

Puis j’ai passé quelques coups de fil au Groupement des Industries de Défense, ici et là.

J’ai tapé ma proposition sur l’ordinateur de la maison. Je ne voulais pas qu’il y ait une trace sur le réseau DSI. J’ai fait une sortie sur l’imprimante de mon fils aîné, puis j’ai jeté la diskette dans la chaudière.

Vous avez trouvé les quatre pages tapé-serré sur votre bureau un lundi matin.

J’avais rappelé Marquis la veille. Il était furieux et ravi à la fois, depuis le temps qu’il attendrait mon coup de fil. Il avait téléphoné au Prince. La photo de Luce avait beaucoup plu.

Je ne lui ai rien promis. On a parlé une bonne heure. Je lui ai raconté en détail la soirée sur la péniche. mais ne lui ai pas dit qu’en rentrant à deux heures du matin, j’avais troussé Luce dans les escaliers de l’immeuble, et qu’on s’était aimés comme des amoureux, au milieu des poubelles.

Annexe 01-014.

Procès-verbal de police. 12/12/97. Interrogatoire de M.V. par les inspecteurs Legouy et Charmant. (RG) sur demande d’Argus (GSI)

 

Je suis le barman de la péniche « La Charmante » amarrée près du Pont Alexandre III et qui appartient à la Société Ludaffaires S.A., spécialisée dans les prestations ludiques et les séminaires de travail sur l’eau. La péniche est louée tous les deux mois par un couple, Liliane et Serge V, propriétaires de la chaîne de magasins Whipper. Whipper fabrique, commercialise et vend de la lingerie et des articles de charme, et organise des fêtes à thèmes. Ce samedi 23 août, cinquante invitations. avaient été lancées sur le thème de l’« Inquisition Heureuse ».

La jeune femme dont vous m’avez montré la photo est arrivée avec son mari vers 22 heures. Comme le bar est situé près de la passerelle qui relie la péniche au quai, je tiens aussi le contrôle des entrées et le vestiaire. Elle était vêtue d’un imperméable en vinyle, ses cheveux coiffés en bandeaux avec une voilette accrochée par des épingles. Le mari était en noir, lui aussi.

L’usage à bord est que les arrivants se débarrassent de tout ce qui ne relève pas du thème imposé. La jeune femme semblait nerveuse mais elle a ôté son imperméable sans hésiter. Comme je l’avais pensé, dessous, elle était intégralement nue, avec des bracelets de cuir aux chevilles et aux poignets et rien d’autre.

Presque toutes les soumises amenées par leurs amants ou leurs compagnons ont traversé Paris nues, certaines à l’arrière de taxis. J’ai remarqué le pubis rasé de celle-là, fendu haut : le clitoris saillait, sans doute l’avait-on branlée. Je précise qu’elle était bronzée intégralement.

La jeune femme a insisté pour garder sa voilette, qui cachait imparfaitement ses yeux bleus très sombres. J’ai relié ses bracelets par une autre chaînette en lui maintenant les bras dans le dos, et sur la demande son mari, j’ai posé deux pinces sur le bout de ses seins. Il les a reliées par une troisième chaînette qu’elle a dû prendre entre ses dents en veillant à ce que ses mamelons. soient tendus vers le haut.

– Elle vous plaît ? m’a-t-il demandé.

Je n’allais pas dire le contraire.

– Eh bien, vous pourrez la baiser ou l’enculer, a-t-il continué. Ou vous faire sucer. Mais avant, il faudra la battre…

Elle est devenue très pâle. On l’a fait tourner pour l’examiner en détail, et je l’ai tripotée un peu. Ce sont les petits à-côtés de mon métier… Les globes de sa poitrine, très gros mais très fermes, dardaient vers le haut leurs pointes étirées par les pinces.

Juchée sur des escarpins avec un talon de dix centimètres, elle titubait un peu.

– À tout à l’heure, a dit le mari. Il lui a pris le coude pour l’aider à descendre l’escalier.

Une fois les derniers invités arrivés, vers minuit, j’ai rentré la passerelle, branché le système d’alarme et j’ai rejoint l’assemblée en bas.

La fête battait son plein. Le grand salon polyvalent avait été transformé en cave avec des décors de cinéma loués pour l’occasion, et l’on avait suspendu des chaînes, des cages et des harnais au plafond. Dans l’après-midi, un camion avait livré des chevalets, des roues, des tables et des grilles fabriqués dans un goût moyenâgeux, et il y avait un brasero, avec des aiguilles portées au rouge.

Le couple V, en habits d’Inquisiteurs, assurait l’animation, avec l’aide de plusieurs habitués, parmi lesquels j’ai reconnu un cinéaste, un écrivain et des vedettes du show-business. Il y avait beaucoup de musique — Kraftwerk, de la techno, des tambours africains aussi — et l’on avait baissé les lumières.

J’ai vu ce que l’on voit toujours dans ce genre de soirée privée : de toutes jeunes filles agenouillées devant de vieux messieurs. Des femmes très élégantes se faisant prendre sous les yeux de leur époux par de très jeunes garçons (recrutés pour la plupart dans les boites de nuit). Et des hommes et des femmes entre eux, des couples maître-esclave, l’esclave toujours à quatre pattes. Tout le monde était déguisé, car c’est obligatoire. Il y avait beaucoup d’évêques et de sorcières.

L’assemblée s’était regroupée au centre de la pièce, et j’ai eu un peu de mal arriver au premier rang. Là, j’ai vu la jeune femme aux cheveux noirs.

On l’avait couchée à plat ventre sur ce genre de harnais qui sert dans les back-rooms, et qui ne vous soutient que par le milieu du corps en laissant libre tout le reste. Ses poignets étaient enchaînés à deux anneaux fixés au sol, situés à un mètre l’un de l’autre, ses jambes très écartées étirées vers le haut par d’autres chaînes tendues depuis le plafond.

Elle devait être dans cette position depuis son arrivée parce qu’elle transpirait beaucoup. J’ai vu qu’on lui avait enfoncé un speculum dans l’anus. Sa tête était maintenue relevée au moyen d’un collier que tenait V, sa voilette roulée pour laisser libre sa bouche.

Néra, une amie des organisateurs, était près d’elle. Elle enfilait une ceinture avec deux prothèses, l’une plus courte que l’autre mais plus épaisse. Le silence est tombé d’un coup. Cette dominatrice est très connue dans ce milieu. Corpulente, très imaginative et très cruelle, elle exerce son art à Vincennes, méprise les hommes jusqu’à les détester mais adore supplicier les femmes. Dans les soirées S.M., elle choisit une esclave et en fait une loque.

Elle avait jeté son dévolu sur la femme aux cheveux noirs. Elle y passerait toute la nuit s’il le fallait.

  1. l’a aidée à engager son double phallus entre les cuisses de la malheureuse. D’un coup de reins, elle a été au fond et, bien campée sur ses bottes à talons, elle a commencé à la posséder comme l’aurait fait une brute sans pitié. Tout le monde regardait.

La femme brune ne pouvait absolument rien faire pour lui échapper, et V. — l’organisateur — s’est enfoncé dans sa bouche pour la bâillonner On entendait le harnais de cuir gémir, les chaînes cliqueter, et une sorte de gargouillis, de plainte, qui sortait de la bouche de l’esclave. Néra lui a cinglé les fesses puis elle s’est couchée sur elle et lui a pris la pointe des seins entre les ongles. La fille hurlait, tandis que V. enfonçait sa verge entre ses lèvres, mais Néra n’a pas arrêté.

Elle la besognait avec une telle violence qu’une femme de l’assistance s’est interposée et a demandé à faire boire la suppliciée. Elle en a profité pour lui demander si elle désirait que l’on arrête, mais la brune aux yeux bleus a refusé. La femme qui avait eu pitié d’elle a été immédiatement punie par son compagnon et a été mise à genoux. Un gros type lui a fourré sa verge dans la bouche.

Pendant ce temps, Néra a recommencé son va-et-vient, pénétrant sa prisonnière au plus profond et lui arrachant des râles. Je dois dire que c’était assez effrayant. Les phallus artificiels étaient munis de réservoirs, Néra a fini par se vider longuement dans le ventre et les reins de son esclave, puis elle s’est retirée de mauvaise grâce.

L’autre fille, pendant ce temps-là, léchait une femme par-derrière, en hoquetant et en pleurant.

Les participants qui le désiraient ont alors pu prendre la suite. Ils ont usé et abusé de la fille aux yeux bleus sans qu’elle se débatte ou fasse semblant de résister. Il y a eu une dizaine d’amateurs. Les femmes ceignaient des godemichés pour la sodomiser, les hommes l’enculaient ou s’enfonçaient dans sa bouche. À la fin, la fille qui était punie a dû la prendre par l’anus en tenant un gode entre les dents.

Je crois que finalement tous les participants de la fête se sont servi d’elle d’une façon ou d’une autre avant qu’on ne la délivre et qu’on la mette sur une croix de Saint-André, la tête en bas, les chevilles solidement entravées par d’épais bracelets de cuir.

Elle a été flagellée par V, puis par sa femme. Au sang. À ce moment-là, j’étais requis à l’autre bout de la pièce où une chanteuse — bien connue — avait — accepté de subir un interrogatoire sous les yeux de son amant, mais j’ai bien entendu les cris qu’elle poussait.

Quand je suis repassé un peu plus tard, ils l’avaient allongée sur une table, et laissée là. J’aurais bien profité d’elle, mais elle était vraiment dans un triste état. Je me suis simplement servi de sa bouche et elle s’est laissée faire, la nuque tournée.

Ils sont repartis vers deux heures du matin. Je ne crois pas avoir vu son mari la toucher, encore moins l’approcher. Les V. m’ont dit que c’étaient des habitués, mais je ne les avais jamais vus auparavant.

 

Note de l’inspecteur Legouy :

Luce G. et son mari pratiquent aussi les soirées échangistes dans les clubs spécialisés du 17ème arrondissement. Nous avons pu vérifier sur le fichier de Whipper que G. est un acheteur assidu de matériel et de films. Ses goûts sont exclusivement sadomasochistes, sans que rien ne laisse à penser qu’il ait des tendances homosexuelles. Le relevé de ses derniers achats est joint à ce présent rapport.

 

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