ORACLE Ô DESESPOIR !

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GUEZ Eric

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polar



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Résumé

Oracle ô désespoir !

— Ah, soixante-neuf ! emphatisa Hector en remplissant les verres ; certes, sur un certain plan, je préfère soixante-huit, mais tout dépend si l’on se trouve dans un lit ou sur une barricade ! Soixante-huit, ça sent la poudre, et soixante-neuf, ça sent bon la crevette ! Finalement, c’est complémentaire… Entre une partie de jambons et une bastonnade avec des gardes mobiles, je me sens comme l’âne de Buridan…

Boissansôif s’exaltait, devenait tout rouge ; les filles nous offraient un son et lumière dont le grandiose effaçait les arènes de Nîmes et le château de Versailles réunis.

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Tout a une fin, surtout les bonnes choses.

GRAND-MÈRE.

C’est le soleil qui m’a réveillé, je crois. Les doubles rideaux mal tirés lui ménageaient un passage, et ce con me martyrisait la rétine. Durant plusieurs minutes, je me suis interrogé sur ma présence en ces lieux inconnus ; au travers d’un brouillard, je distinguais des meubles cossus qui luisaient doucement dans la pénombre ; le lit était moelleux à souhait, et j’étais seul dans la vaste chambre. Et j’avais le crâne qui faisait boum boum, et la langue épaisse comme celle d’un pendu, et une soif horrible que rien, me semblait-il, ne pourrait étancher. Première déduction de la journée : j’étais victime d’une redoutable gueule de bois.

Un léger toussotement retentit dans la pièce voisine, et je compris également que je n’étais pas seul. Ne sachant de qui il pouvait bien s’agir, la chose me chagrina ; oh, bien sûr, je m’en doutais ! J’étais dans le pieu d’une greluche que j’avais dû draguer la veille au soir dans quelque boîte chic et chère, mais je ne me souvenais de rien. Je roulai sur le lit et m’emparai d’un paquet de blondes traînant sur la table de nuit à dessus de marbre ; je tirai une bouffée qui m’arracha les bronches, et je me mis à tousser comme un perdu, avec une vague envie d’aller au refile.

– Tu es réveillé, mon chéri ? lança une voix enjouée.

Ma première réaction avait été de rétorquer méchamment : « Non, je suis somnambule »; mais, ayant posé un regard trouble sur l’arrivante, je grimaçai un sourire… Elle était jolie. Très jolie. Et nue comme un lombric qui vient de naître. J’avais l’impression de la rencontrer pour la première fois, et je remontai pudiquement le drap vert d’eau sur mon ventre. En riant, la fille se jeta sur moi et me susurra à l’oreille :

– Tu étais plus décontracté, cette nuit…

Elle embrassait goulûment, avec un jeu de langue qui inspirait le respect ; ses seins lourds s’écrasaient sur mon torse, doux et chauds comme deux bêtes bizarres. D’une main impatiente, elle avait repoussé les draps et me pétrissait d’une manière qui en disait long sur ses projets matinaux.

J’aime les femmes, tout le monde le sait ; j’aime l’amour, c’est une évidence ; mais là, avec ma soif et mon estomac flottant, un coït me semblait la chose la plus répugnante du monde. Je l’ai repoussée fermement et j’ai sauté du lit en lui demandant où se trouvait la cuisine. J’ai bu à longs traits une Kanter glacée, lancé un rot à faire trembler les remparts de Carcassonne, et je me suis senti mieux. Sur le pas de la porte, mon hôtesse me regardait, gentiment ironique ; elle constata :

– Tu étais vraiment très ivre, hier soir… J’espère que tu n’as pas oublié tes promesses ?…

Mes promesses ? Un peu, que je les avais oubliées ! Et pas seulement mes promesses : j’avais TOUT oublié ! Je suis passé sous la douche, et j’ai préféré jouer franc-jeu.

– Écoute, j’ai dit ; faut pas m’en vouloir, mais je ne me souviens de rien ; même pas de ton prénom…

Elle a pris un petit air attristé.

– Même pas de notre nuit ?… Tu m’as merveilleusement fait l’amour…

– Si ! ai-je menti ; sur ce plan-là, j’ai des souvenirs merveilleux… mais pour le reste…

Pendant que je m’essuyais, elle a récapitulé.

– Je m’appelle Lisbeth. Nous nous sommes rencontrés au Bilbao, où tu offrais des tournées générales… Tu m’as fait danser, et à trois heures du matin, tu as tenu à me raccompagner chez moi… Tu connais la suite.

– Pas tout à fait… Je t’ai promis quelque chose, disais-tu ?

– Naturellement ! Nous partons ensemble à Saint-Tropez, où tu dois acheter une villa avec vue sur la mer…

Sacré nom de dieu ! Tout à coup, le voile s’est déchiré, et la mémoire m’est revenue. Elle aurait mieux fait de rester où elle était. Je me suis composé un sourire radieux.

– Où donc avais-je la tête ! Mais bien sûr, ma villa de Saint-Trop’ ! On part ce soir, mon amour, le temps d’expédier deux ou trois affaires courantes.

Lisbeth, rassurée, m’a embrassé en m’entraînant vers sa chambre ; j’ai compris que, cette fois-ci, je n’y couperais pas.

Elle a commencé à s’activer sur mon sexe flaccide, avec la bouche, avec le doigt ; pour ce faire, elle m’avait enfourché, et ses fesses pleines ondulaient sous mon nez. Je les pétrissais machinalement, l’esprit ailleurs ; je pouvais, une fois de plus, être fier de moi. J’avais juste envie de mourir, là, avec des lèvres autour de mon chibre et un cul dans les mains ; une belle fin pour Denis Perrot, Dan pour les intimes. Mourir d’orgasme, en pleine félicité ; mourir de plaisir, comme disait Vadim, sans douleur, surtout. Quelle connerie ! Ce si joli magot, hérité de ma défunte épouse, qui aurait pu me permettre de couler des jours paisibles sans rien foutre, je l’avais joué. Oui, joué à Auteuil sur une carne qui s’était pété un genou dans les dix premiers mètres ! Envolé, le pactole ! Envolée, la belle vie pleine de nénettes balancées comme des déesses ; envolés, les restaus à cent sacs la note avec la considération du patron ! Quel con, mais quel con j’avais été ! D’accord, j’avais bu ; mais c’était justement là ma première connerie. Je revoyais parfaitement, à présent, ma folle et triste soirée au Bilbao, où j’avais décidé de claquer les derniers biftons qui me restaient ; où j’avais embarqué Lisbeth en lui promettant monts et merveilles alors qu’il ne devait me rester que cinquante sacs en poche. Mon séjour dans l’opulence se terminait abruptement, et j’allais à nouveau être obligé de chercher une combine vaseuse pour me permettre de ne pas crever de faim. Bien fait pour ma gueule, pas vrai ?

Mine de rien, ma suceuse était parvenue à ses fins, et les cerfs auraient pu m’envier en cet instant ; essoufflée, la fille se redressa et s’empala sans façon sur l’engin dressé avec un râle de satisfaction. Elle me tournait toujours le dos, et je pouvais contempler la tige luisante entrer et sortir de son corps, juste en dessous du pli de ses fesses marmoréennes. Charmant spectacle, d’accord, mais je n’en profitais qu’à moitié, assailli comme je l’étais par de sombres pensées concernant mon avenir. Le mouvement Roux et Combaluzier de Lisbeth s’intensifiait, et des vagissements modulés s’échappaient de ses lèvres ; je l’empoignai par les hanches, histoire de dire que je participais à son orgasme. Elle en eut deux, à trente secondes d’intervalle, en poussant des mugissements de vache à l’agonie ; les parois de son vagin me pressaient spasmodiquement, et je me laissai aller à mon tour, oubliant pour un bref instant ma noire situation. Lisbeth s’effondra en travers de mes jambes avec un profond soupir de contentement.

Tandis qu’elle se récurait l’intérieur dans la salle d’eau, je me suis sapé vite fait ; son sac, qui traînait sur une bergère Louis XV, contenait deux talbins de cinquante mille que je mis dans ma poche. Les temps allaient être durs, et ce n’était pas le moment de laisser échapper les occasions. Deux minutes plus tard, j’étais dans la rue Surcouf, baignée d’un soleil d’hiver aveuglant. Il faisait froid et je remontai frileusement le col de mon pardessus. Un taxi me conduisit au George V où j’avais quelques affaires indispensables ; je récupérai mon rasoir, deux paires de chaussettes, et je laissai le reste. Je prévins la réception que je quitterais l’hôtel le lendemain, et qu’ils soient assez aimables pour préparer ma note… Comme ça, pour rire. Je n’avais certes pas l’intention de la payer.

 

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