Osez 20 histoires d’amour et de sexe

Osez 20 histoires d’amour et de sexe

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COLLECTIF

La MusardineOsez 20 histoires



256 pages


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Résumé

Quand romantisme rime avec érotisme…
L’’infidélité, les sexfriends, le libertinage, c’’est très excitant, mais le sexe entre amoureux, ce n’’est pas mal non plus, n’’est-ce pas ? C’’est en tout cas ce qu’’ont voulu nous prouver les auteurs de la collection « Osez 20 histoires » dans ce nouveau volume, exclusivement consacré à l’’Amour avec un grand A, décliné sous ses formes les plus chaudes dans 20 nouvelleS avec un grand S comme Sexy, Sensuelles, Salées, Sulfureuses, Sauvages… !
Qu’’on se le dise, les romans à l’’eau de rose mielleux et nunuches n’’ont pas le monopole du cœoeur : l’’amour se marie très bien aussi avec la littérature érotique la plus débridée. Et sous ses airs de petit ange jovial et boudiné, Cupidon se révèle être un fieffé coquin !

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Ça chauffe en cuisine – Octavie Delvaux

Le fumet qui s’échappait de la casserole où mijotait le bœuf Strogonoff envahissait la pièce d’un bouquet d’arômes appétissants. La cuisine était spacieuse, tout en longueur, comme on en trouve dans les appartements haussmanniens haut de gamme. Éléments en inox rutilants, équipement dernier cri, carrelage de prix, tout concourait à donner de la classe à l’endroit, y compris la belle femme trentenaire qui s’agitait devant les fourneaux. Gabrielle portait un fourreau de soie noire, fendu sur ses cuisses parées de bas couture. Par-dessus, un tablier en toile vichy rouge, bordé de broderie anglaise, tranchait avec la sensualité de la robe. Mais il lui donnait aussi un charme supplémentaire, une coquetterie enfantine non dénuée d’érotisme. Elle était la parfaite bourgeoise d’intérieur, digne et coquine à la fois. Les talons aiguilles de ses escarpins vernis claquaient à chacun de ses déplacements. Elle trottinait d’un placard à l’autre, pour piocher, ici un plateau, là un couteau de cuisine, sans oublier d’aller touiller régulièrement le ragoût. De temps en temps, penchée au-dessus de la casserole fumante, elle jetait un œil vers la pendule, qui indiquait sept heures moins le quart, puis elle pianotait sur le téléphone portable qui se trouvait dans la poche avant du tablier. Gabrielle semblait fébrile, un peu inquiète. Aussi se réfugiait-elle dans les préparatifs de la fête. Ce soir, c’était la Saint-Valentin, tout devait être parfait.

Dans la salle à manger, la table était déjà dressée : vaisselle en porcelaine de Limoges, verres en Cristal d’Arques, nappe blanche brodée à la main, et les indispensables bougies décoratives aux couleurs de la fête des amoureux qu’elle allumerait au dernier moment. Il ne restait plus qu’à sortir les mets du gigantesque réfrigérateur high-tech, une armoire bretonne à lui tout seul. Les aspics de homard aux petits légumes se consommaient froids, en revanche, elle s’empara de la superbe charlotte aux poires, et la déposa sur un plateau. D’une main de maître, elle y apporta une dernière touche, en disposant des bonbons en forme de cœur sur le glaçage chocolaté. Une fois de plus, Gabrielle coula un regard inquiet vers la pendule, interrogea son portable. Allait-il enfin répondre à ses SMS ? Toujours rien. Mieux valait laisser le champagne au frais. Pour s’occuper, elle trancha la baguette de pain, dont elle disposa les tronçons dans une panière.

L’attente devenait interminable dans l’appartement où régnait un silence de mort. La jeune femme se dirigea vers la chaîne hi-fi. Qu’étaient censés écouter les amoureux en pareille occasion ? Elle n’en avait aucune idée. Pourquoi pas de la musique de film ? Elle opta pour un CD qui s’ouvrait sur le concerto pour clarinette de Mozart joué dans Out of Africa.

Assise sur une chaise de la salle à manger, les coudes sur la table et le front entre les poings, Gabrielle attendait, désespérément, d’entendre le téléphone se déclencher. Elle avait éteint le feu sous le bœuf Strogonoff, qu’il faudrait réchauffer, à coup sûr, s’il tardait à arriver. Mais, tandis que son regard mélancolique se perdait parmi les facettes scintillantes du cristal, elle entendit sonner l’interphone. Aussitôt, elle courut appuyer sur le bouton porte, puis, dans le même empressement, elle alluma les bougies. Il lui restait un peu de temps pour étudier son image devant le grand miroir de l’entrée. Elle vérifia la couture de ses bas, le tombé de sa robe, opéra quelques retouches maquillage de-ci de-là. Sa haute taille, sa ligne mince, son visage fin aux traits élégants, illuminé par des cheveux blonds brillants, tirés en chignon vers l’arrière, lui donnaient des allures de star hollywoodienne. Elle avait du chien, comme on dit. Le moment était venu d’en tirer le meilleur parti.

Justement, on sonnait à la porte. Gabrielle attendit quelques secondes avant d’ouvrir, le temps qu’il lui fallut pour vérifier dans l’œilleton qu’il s’agissait bien de celui qu’elle espérait. Derrière la porte, un homme mince, de taille moyenne, patientait, souriant, un énorme bouquet de roses entre les mains. Christophe était passé chez le coiffeur. Il arborait une coupe parfaite, un brushing digne d’un acteur de sitcom américaine. C’était mignon, mais pas suffisant pour amadouer Gabrielle, qui ouvrit enfin la porte.

Dès qu’elle croisa le regard enjoué de l’invité, ses yeux se couvrirent d’un voile de sévérité qui déstabilisa son interlocuteur. Maladroitement, il lui tendit le bouquet de roses, qu’elle ne daigna pas accepter.

— Joyeuse Saint-Valentin, ajouta-t-il pour l’encourager à recevoir le cadeau.

— C’est à cette heure-ci que tu rentres ? interrogea-t-elle d’une voix glaciale.

Puis elle enchaîna, sans lui laisser le temps de répondre :

— Je me suis mise sur mon trente et un, je trime derrière les fourneaux depuis ce midi pour nous préparer un dîner d’exception, et tu oses me faire attendre. Tu t’étais engagé à être rentré pour sept heures. Qui donc t’a monopolisé si longtemps, on peut savoir ? Y aurait-il une autre nana avec qui tu voulais célébrer une Saint-Valentin clandestine ?

— Mais enfin, Gabrielle, qu’est-ce que tu vas imaginer ? Tu sais bien qu’il n’y a pas d’autre femme que toi, je ne maîtrise pas toujours mes horaires de bureau, c’est tout !

— Je ne veux pas le savoir, tu avais promis ! lança la belle blonde, enragée, avant de s’emparer du bouquet de roses pour en fouetter le visage de son partenaire.

Des pétales volèrent de tous côtés, pendant que l’homme, recroquevillé sur lui-même, se protégeait les yeux avec les mains.

— Tu ne vas pas encore me faire une de tes crises, bredouilla-t-il, alors qu’il recevait une seconde rafale de roses.

— Et pourquoi pas ? interrogea la femme aux joues rouges de colère.

— Parce que je te demande pardon, et je te prie de croire qu’il n’y a pas d’autre femme que toi !

— Eh bien, ça ne me suffit pas ! s’écria la blonde en lui envoyant une dernière estocade.

Les joues éraflées par les épines de rose, Christophe, piteux, prit son visage brûlant entre ses paumes.

Lorsque la furie lâcha le bouquet, les fleurs n’étaient plus qu’un misérable rameau de branches perdues sur un lit de pétales flétris.

— Tu veux savoir pourquoi je n’accepte pas tes excuses minables, viens donc voir !

Gabrielle saisit son partenaire par la manche et le traîna dans le couloir.

— Regarde la table que j’ai préparée ! lui dit-elle en désignant la salle à manger.

— Et ici, les mets qui nous attendaient, ajouta-t-elle en l’entraînant dans la cuisine. Ça a l’air délicieux, non ? Et tu as tout gâché, comme d’habitude, par ta goujaterie !

Tourné vers les plaques à induction, Christophe se pencha au-dessus de la casserole de bœuf Strogonoff, mais avant qu’il ait pu faire le moindre commentaire, Gabrielle s’était saisie de la cuillère en bois. Sans crier gare, elle commença à lui marteler les fesses du plat de l’instrument. Sous le pantalon, la chair bombée retentissait d’un bruit mat à chaque coup. Des gouttelettes de sauce giclaient en tous sens, maculant l’étoffe du costume de taches brunâtres.

— Ah non, pas ça ! Tu sais que ça fait mal ! protesta l’homme en se retournant pour fixer sa compagne d’un air de défi.

— Et alors ? Soit tu supportes, soit je ne te pardonnerai jamais, et tu peux tout de suite prendre tes affaires et partir, rétorqua Gabrielle.

Sans quitter Christophe des yeux, elle s’adossa contre la table de cuisine, puis, d’une voix qu’elle s’efforçait de teinter de sensualité, elle ajouta, en retroussant lentement sa jupe pour exposer ses jarretières en dentelles :

— Finie la chaleur de mes cuisses (elle écarta les jambes en grand), les moiteurs de mon sexe (elle caressa sa vulve rebondie sous le tulle noir de la culotte), adieu les parties de jambes en l’air enfiévrées (elle oscilla du chef en geignant), bye-bye les fellations impromptues (elle passa une langue obscène sur le pourtour de ses lèvres…). Tu connais mes talents, et tu voudrais tout risquer pour un petit caprice de rien du tout ? Je te fais passer l’envie de recommencer tes incartades, tu te laisseras faire, et ensuite, on fera la paix sur l’oreiller, ça te va ?

Hypnotisé par le numéro de charme de cette femme au sex-appeal irrésistible, Christophe n’eut pas d’autre choix que d’obtempérer.

— D’accord, dit-il dans un murmure, en serrant les cuisses, un peu honteux de l’érection qui gonflait sa braguette.

— Fort bien, alors retourne-toi, je n’en ai pas terminé avec tes fesses.

Sur l’ordre de la blonde, Christophe laissa choir son pantalon au sol.

— Ton caleçon aussi !

Lentement, les joues empourprées de honte, l’homme glissa les doigts sous l’élastique du boxer, pour offrir la vue de ses fesses bombées, déjà rosies par la volée de coups de cuillère.

— Cambre-toi bien !

Une fois l’acte humiliant accompli – tendre la croupe au maximum à la main qui s’apprête à frapper –, Gabrielle abattit le paddle de fortune sur la peau nue. Le contact du bois sur l’épiderme tendu émit un claquement sec, bientôt suivi de nombreux autres. Méthodique, la blonde frappait alternativement la fesse gauche puis la droite. Elle s’appliquait à la tâche avec tant de force que la cuillère semblait s’enfoncer dans les chairs comme dans de la pâte à pain. Chaque coup était suivi d’une plainte de l’homme malmené et d’une torsion involontaire de son corps.

— Si tu t’agites encore, je sévis ! prévint la blonde.

Mais la brûlure était trop vive, et le pauvre garçon ne put réprimer ses couinements et ses ruades.

Gabrielle n’était pas femme à transiger.

Lorsqu’elle accéléra la cadence, la croupe meurtrie se mit à danser devant ses yeux pleins de luxure. Aux derniers coups, assénés avec une vigueur extrême, l’homme émit deux cris stridents avant de tomber à genoux devant la cuisinière. Son cul était cramoisi et violacé par endroits.

Mais la blonde ne l’entendait pas de cette oreille. Débarrassée de la cuillère, elle approcha de son complice pour le soulever par le col :

— Eh bien, tu ne crois tout de même pas que c’est terminé. Accompagne-moi dans la salle à manger. Tu vas rester au coin, les mains sur la tête, pantalon en bas des pieds, pendant que je dînerai.

Christophe n’émit aucune protestation alors que la femme l’installait entre la cheminée et les doubles rideaux. Perverse, elle lui pétrit longuement la peau des fesses, où le sang affleurait. Il eut un râle d’impuissance sous la caresse des mains qui le brûlaient plus qu’elles ne l’apaisaient. Puis, bien qu’elle lui eût intimé l’ordre de ne pas quitter le mur des yeux, il observa son amie à la dérobée, pendant qu’elle se mettait à table.

Telle une reine, Gabrielle prit place devant son assiette d’aspic, se servit une belle cuillerée de sauce blanche et commença à déguster le plat de crustacé, sans manquer de ponctuer son régal d’exclamations sadiques :

— Mmh ! C’est un pur délice. Quel dommage, toi qui adores le homard, tu n’en auras pas une miette ! Et tu sais quoi ? C’est encore meilleur de prendre son repas devant la croupe rougie d’un homme repentant.

D’où il se trouvait, Christophe ne manquait pas d’envoyer des regards de biais vers sa partenaire, dont il appréciait plus que jamais la beauté hypnotique, malgré ses cruautés. La blonde faisait mine de ne pas s’en apercevoir, mais quand il poussa l’audace trop loin, elle le réprimanda :

— Je t’ai dit de garder les mains sur la tête ! Tu crois que je ne te vois pas te frotter les fesses ! Viens ici ! Allons, approche !

L’homme obéit.

— Pas debout ! Viens à quatre pattes, comme un bon chien.

De nouveau, Christophe obtempéra et se présenta devant son bourreau dans la position bestiale. Cette fois-ci, ce fut à main nue, mais avec autant de vigueur et de sévérité, que l’homme reçut la fessée. Sur sa croupe endolorie, chaque claque était plus douloureuse que la précédente. Christophe haletait. Entre deux hoquets, il suppliait la furie d’arrêter.

— Soit, dit-elle. Je vais user d’un autre expédient pour te corriger.

C’est alors que la perverse s’arma d’une des bougies décoratives qui trônait sur la table. Elle ne l’avait pas choisie au hasard. Blanche, conique, parsemée de cœurs rouges et de cupidons ailés, elle était surtout d’un calibre inspirant. Gabrielle tint l’objet au-dessus des reins de son compagnon, puis, d’un lent mouvement du poignet, elle laissa couler la cire chaude sur la peau. Sous l’averse de gouttelettes brûlantes, Christophe se cabra. De surprise, il laissa échapper un cri désarmant. Mais la blonde ne s’en laissa pas conter, et la pluie chaude progressa inexorablement vers les fesses rougies du supplicié, qui hurla en tentant de s’enfuir. La femme le retint par les cheveux et éteignit la bougie entre ses omoplates. Nouvelles plaintes, nouvelles remontrances.

— Ah, tu veux jouer ? Eh bien, nous allons jouer maintenant !

À deux mains, la perverse écarta les fesses de son partenaire, pour apprécier la vue de sa rosette contractée par l’anxiété et le désir. Conscient du sort qui l’attendait, Christophe soufflait fort. Une érection de bon augure dénonçait son désir de viol. Ce n’était pas la première fois que la blonde l’enculait, et chaque fois, il en éprouvait un plaisir si vif qu’il était pris de tremblements fébriles et bandait comme un âne en rut. Dépourvue de vaseline, Gabrielle garnit l’anus de sauce blanche avant de présenter le plus petit côté de la bougie à la bouche frémissante. Elle caressa les fronces à l’aide de la mèche encore chaude, puis elle poussa doucement. L’anus plissé s’ouvrit sous la pression lente, inexorable, du cône qui distendait petit à petit la chair. La femme n’enfonça pas l’engin de tout son long de peur de le voir se perdre dans l’orifice goulu, mais elle effectua tout de même quelques mouvements de va-et-vient qui firent couiner l’homme de plaisir.

— Ne fais pas l’innocent, je sais que tu aimes ça, alors tu pourrais bien me rendre la pareille. Ensuite, seulement, nous ferons la paix, lui dit Gabrielle en l’exhortant à maintenir lui-même le plug de cire dans ses tréfonds avec sa main. Après quoi, elle se déchaussa, releva sa jupe, dégrafa les attaches de son porte-jarretelles, et fit glisser lentement un bas le long de sa jambe lisse et blanche comme l’albâtre. D’un geste impérial, la femme trempa son beau pied aux ongles vernis de rouge dans le ramequin de sauce, puis elle le présenta à la bouche de son ami. Fétichiste et gourmet, l’homme ne se fit pas prier pour lécher les orteils souillés avec passion. Sa langue agile fit disparaître la crème blanche en quelques lapées, puis il aspira les orteils un à un. Sa bouche était comme une ventouse goulue. Gabrielle ne savait pas résister à ses succions, surtout lorsqu’elles s’assortissaient d’un massage savant de la voûte plantaire. Les caresses avides faisaient naître en elle des frissons piquants, comme une décharge électrique qui remontait du pied jusqu’à son sexe, et le berçait d’une chaleur plaisante. Plus les succions se faisaient énergiques, plus la langue frétillait autour de ses orteils, plus la volupté croissait. Elle avait fermé les yeux, balancé la tête en arrière, qui tanguait de droite à gauche, tandis qu’un souffle rapide s’échappait de ses lèvres. Sa vulve s’engluait ; elle était comme une huître chaude, prête à recevoir d’autres plaisirs… Et les interventions de Christophe, qui exprimait son régal en bruits humides et gémissements d’aise, étaient en parfait accord avec son extase…

Mais soudain, dans la salle à manger où seul résonnait le chant jouissif des deux complices, une sonnerie de téléphone portable résonna, rompant le moment de sérénité partagée. Tout à coup, Gabrielle revint à elle. Elle se redressa, glissa une main dans la poche du tablier. Il était neuf heures. Elle avait programmé le chronomètre à dessein. Bien qu’il lui en coûtât, elle ôta son pied de la bouche de Christophe et commença à se rhabiller. Personne ne dit mot avant qu’elle ne fût debout sur ses talons aiguilles.

— Voilà, c’est terminé, je vais tout de même vous ôter la bougie, dit la blonde en extirpant le plug improvisé de l’anus de l’homme.

Encore dans son rêve, Christophe peinait à retrouver ses esprits, mais, en garçon bien élevé, il prit sur lui de remonter slip et pantalon, et raccompagna Gabrielle dans le couloir.

La dominatrice défit son tablier pour revêtir un élégant manteau de cuir bordé de fourrure. Christophe lui tendit une enveloppe non cachetée, qu’elle entrouvrit discrètement.

— Merci pour tout. Vous avez été formidable. C’était la plus belle Saint-Valentin de ma vie ! s’enthousiasma l’homme au regard encore plein d’étoiles.

La jeune femme jeta un œil furtif au pactole pour vérifier que la somme y était.

— Je n’ai pas oublié la note de traiteur, ajouta Christophe. Vous êtes sûre que vous ne voulez pas rester ? C’était si bien, encore une fois, et puis il me reste tellement de nourriture.

La blonde esquissa un sourire mélancolique en faisant un signe de tête qui disait son refus.

— Bien, je n’insiste pas, j’imagine que vous êtes attendue. Forcément, un soir pareil. Une femme comme vous. Je ne vous retiens pas, alors. À bientôt.

En sortant du 150 rue de la Pompe, Gabrielle s’aperçut qu’il pleuvait d’abondance. La lumière des réverbères se reflétait sur les trottoirs humides. Des bourrasques glacées surprenaient les rares passants qui relevaient leur col en pressant le pas. Le froid et l’humidité saisissaient les jambes quasi nues de Gabrielle. Elle regrettait de ne pas avoir prévu un change : un jean et des bottes fourrées, qu’elle aurait pu passer dans un troquet avant de repartir. Tout en trottinant à vive allure, la blonde cherchait du regard un taxi libre, mais en cette soirée d’hiver, les voitures n’étaient pas légion sur l’artère bourgeoise. Gabrielle se résolut à se diriger vers la bouche du métro, bien qu’elle trouvât pathétique d’emprunter les transports en commun alors qu’elle venait d’empocher un beau paquet de billets. À dire vrai, tout cela : l’argent, le froid, la pluie, l’idée de se retrouver en talons aiguilles dans une rame peuplée de types louches l’indifféraient au regard de sa seule préoccupation du moment : son téléphone portable, dont l’écran demeurait désespérément vide de message et qui ne se résignait pas à sonner. Elle avait attendu toute la soirée un signe de Bertrand, cet homme avec qui elle vivait une relation houleuse autant que passionnelle depuis la Noël. En bonne midinette, elle avait espéré, une fois sa séance terminée, passer la soirée de la Saint-Valentin en sa compagnie, elle avait osé croire qu’il n’était pas de ces gens qui méprisent les fêtes commerciales… Mais elle s’était trompée. D’ailleurs, peut-être, s’était-elle trompée sur toute la ligne. Les doutes l’assaillaient. Éprouvait-il le moindre sentiment pour elle ?

Alors qu’elle était sur le point de dévaler les marches du métro, Gabrielle visualisa la triste Saint-Valentin qu’elle s’apprêtait à passer : seule sur le canapé, avec pour unique compagnie, son chat, Pégase, un paquet de chips, une pizza surgelée, un programme télé insipide. Ce tableau pitoyable lui amena les larmes aux yeux. Puis elle se souvint de Christophe, de ses élans passionnés, de son regard joyeux, de sa voix douce et charmante, de l’orgasme qu’elle avait failli avoir sous ses lèvres enchanteresses, et sans plus hésiter, elle rédigea un texto à son intention :

« J’espère que tu as gardé le champagne au frais. Je reviens, et cette fois-ci, tu as intérêt à finir le boulot. »

 

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