Osez 20 histoires de chasseuses d’hommes

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COLLECTIF

La MusardineOsez 20 histoires


MILF


Broché / 156 pages


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Résumé

Tour à tour Lolita délurée en quête de son Humbert, hôtesse de l’’air dans une compagnie aérienne de luxe résolue à croquer du milliardaire, cougar obsédée par le meilleur ami de son propre fils, analysante narcissique qui met tout en oeœuvre pour conquérir son psy, dans Osez 20 histoires de chasseuses d’’hommes, les femmes se font prédatrices… et parviennent souvent à leurs fins ! Au grand plaisir de leurs proies masculines, qui contrairement aux préjugés, adorent être chassés…

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Les chroniques du cougar – Dora B.

Cougar : femme ayant dépassé la quarantaine, qui recherche des hommes plus jeunes. La femme cougar aime chasser, et ensuite contrôler ses proies.

 

 

Rayon frais

 

Je venais de découvrir un terrain de jeu formidable. Comme quand, petite, je jouais à la marchande.

Voilà que je mettais dans mon panier les hommes-objets à câliner. Moi, qui n’en pouvais plus du sentimentalisme consensuel de Meetic, des tractations trop crues de Netechangisme, je me trouvais enfin à l’aise sur un site.

Je sortais d’une relation avec un écrivain dépressif, qui ne me touchait plus depuis des mois. J’étais en manque, il n’y avait plus de temps à perdre.

En ce vendredi soir, peu d’hommes en ligne. Mais après avoir compulsé les pages du catalogue qui promettait de bonnes affaires, je repérai un visage au regard intense qui me plut immédiatement. Les échanges mails furent rapides, l’homme était direct. Une heure plus tard, il sonnait à ma porte.

Benjamin était bien mieux que sur sa photo. Le cheveu mi-long soigneusement ébouriffé, la barbe de quatre-cinq jours, les jambes longues dans le jean slim, la besace en bandoulière : un vrai dandy.

À le voir sourire sur mon paillasson, je me repris à croire aux contes de fées, et avant que sonnent les douze coups de minuit, je lui pris la main, l’attirai à l’intérieur.

Il n’y avait pas besoin de mots, c’était reposant. Je commençais à défaire les boutons de sa chemise, promenais mon nez dans son cou pour le flairer.

— Tu sens bon, c’est quoi ?

— Mon lait corporel.

J’étais tombée sur un métrosexuel. C’était la première fois que je rencontrais un spécimen de cette catégorie répertoriée par les magazines féminins ! Lui se laissait faire, me caressait distraitement les fesses pendant que je poursuivais mon exploration…

La musculature fine du torse soulignée d’une frise de poils sombres, les tétons d’un ovale parfait que j’aspire l’un après l’autre, le sexe prometteur que j’empaume à deux mains… Je fais glisser le caleçon, sa queue est longue, altière. Très amicale : quand je la salue d’un coup de langue, elle vient à ma rencontre. Je me laisse tomber à ses genoux, le visage dans sa toison, dans un parfum moite de vétiver. Il soupire d’aise :

— Oui… viens… j’ai envie de te pénétrer.

Il me pousse sur le lit. Dès qu’il m’effleure, je commence à trembler. Ses doigts écartent ma culotte, se glissent dans mon sexe trempé. Je voudrais l’aspirer en moi d’un coup, mais il se fait attendre, joue à l’entrée de ma chatte avec sa queue brandie. Mes hanches sont en apesanteur, aimantées vers lui qui se dérobe pour mieux revenir. Puis, d’une seule poussée effroyablement lente, il s’enfonce. Je vois son sexe disparaître dans le mien. Les toisons se fondent, brun sur blond, c’est beau comme de l’art contemporain, et quand il est au fond de moi, tout au fond, je l’immobilise.

— Tu me remplis toute, tu es chez toi. Tu sens comme je t’attendais ?

Il commence à bouger, avec un incroyable sens du suspense. Je sens que je perds pied. L’orgasme arrive comme une houle, je lui crie de venir aussi. Oui, ensemble, en simultané, comme quand on est vraiment amoureux ! Mystère des corps et des âmes…

 

— Allez… je te laisse te rhabiller, chou. On s’appelle ?

Les doigts encore imprégnés de son odeur, des effluves de vétiver dans les cheveux, je m’installe à mon clavier. Le suivant sur ma liste, c’est un certain Gianni au regard bleu.

 

*

*    *

 

Tom ou comment
s’en débarrasser

 

L’Italien était en Italie, sur le tournage d’un improbable téléfilm (une histoire de mafia, pour changer). À part se chauffer mutuellement par des mails enflammés, notre histoire était au point mort. Il se montrait déjà exigeant, et je devais me creuser la cervelle pour lui servir des scenarii susceptibles de ranimer une libido plutôt blasée.

Cela me laissait le loisir de courir plusieurs lièvres à la fois :

Simamanmevoyait : « Un homme doux et sensuel. »

Dinerenville : « Portez-vous des bas ? »

Jolyjumper : « Hey, Calamity, on se retrouve au saloon ? »

Charlenri : « J’aime votre visage décidé et volontaire. » (C’est un soumis ou quoi ?)

Le plus pressant, c’était Tom. Trois photos sur son profil, dont une sur sa moto. Habite le 78.

« J’ai peur en moto et j’ai peur en banlieue. En plus, je suis plus âgée que vous. »

Mais il a réponse à tout et me promet « une jolie ptite nuit de folie corporelle avec grasse matinée, lol ». Il dit aussi « nickel », « coucou toi » et « oki ».

 

Tom est grand, large d’épaules. Il ne fume pas, ne boit pas. Il adore le sexe. Il a déjà tout connu : les couples échangistes, les femmes-fontaines (une seule), les femmes frigides (plusieurs), les partouzes dans les châteaux, et même le Moon City, le palais des sens. Il veut vite me faire profiter de sa technique : il passe au cunni direct. Il m’ouvre largement, me travaille le clito de la langue avec une précision chirurgicale. C’est redoutable. Je me mets à faire des bonds de carpe pour tenter de lui échapper. Il le prend comme l’expression du plaisir suprême, resserre sa prise, accentue sa caresse pointue… Je le repousse gentiment, je ne veux pas le froisser. Je tente une approche vers son sexe pour faire diversion, mais des relents de petit garçon négligé m’ôtent l’envie d’aller plus loin. Je le plaque sur le dos pour le neutraliser, et je l’enfourche. Je commence à faire aller et venir mon bassin sur lui.

Tom est peu contrariant, peu bruyant. En fermant bien fort les yeux, je peux presque oublier qu’il est là. Je laisse monter l’excitation, me prends à fantasmer sur le charismatique petit serveur du Saint-Jean… La queue fichée en moi est parfaite, dure à souhait. Comme toujours dans cette position, je décolle vite…

 

Assouvie, je me glisse sur le côté. Je murmure :

— Désolée, je crois que je vais m’endormir.

Tom, bon garçon :

— Pas de souci !

Et je le laisse lâchement se finir à la main. Au réveil, je le sentais bander contre mes fesses. Comment éviter l’érection matinale et ses exigences ? Il avait déjà la bouche sur mon sexe. Mais qui leur apprend ça ? Brigitte Lahaie ? Dr O. de secondsexe.com ? Pitié, il faut qu’il se calme !

C’est un texto providentiel de ma fille qui me sauve : « Mam, jsuis là ds 10mn. Jtm. »

— Pas de souci, dit Tom.

Il enfile son sweat à capuche. Il dévale l’escalier.

 

*

*    *

 

Vertige des avatars

 

L’épisode précédent m’avait rendue circonspecte. Je consacrais plus de temps à la prise de contact par mails afin « d’affiner ma recherche ». J’en profitais pour entretenir une correspondance loufoque avec la bande des farfelus de service : Obéissant, Esclave, Lèche-Pieds et autres Mimi l’Arrosoir. Puis je faisais mon marché. Il y avait des jours avec et des jours sans.

 

Attila :

« Bonsoir, Dora. T’es souvent en talons ? »

Moi, déjà agacée par un éventuel fétichiste de l’escarpin :

« Je suis en stilettos, en Converses, en bottes d’équitation, en mules à pompon et en sandalettes en plastique. Et toi, t’es en quoi ? »

« Je demandais juste parce que, en talons, tu es plus grande que moi. »

« Ah oui, c’est un problème… Si tu viens chez moi, je t’accueillerai sans chaussures, mais je garderai les Dim-Up. »

Attila est scotché.

« Oncvoit kan ? »

« Bah… De préférence, jamais. »

 

Idem pour Alextokyo, au regard vorace de trader. Il cherche une relation « débridée et suivie » (ben, comme tout le monde, non ?) et me soumet à un véritable questionnaire d’embauche :

« Tu as la chatte épilée ? (Il tolère le ticket de métro) Tu as des tabous ? (Traduction : Tu veux bien être ma pute gratuite ?) Tu aimes les endroits insolites ? (Il ne peut pas recevoir chez lui, il habite avec sa copine.) »

Et il me propose une première rencontre dans les toilettes de son ancien bureau sur les Champs-Élysées, qui, paraît-il, valent le détour (les chiottes, pas les Champs).

Cela me vexe. Je le vire illico de mon panier. Je clique sur « ce mec est un boulet », qui s’affichera désormais sur sa fiche. Derrière mon écran, je savoure ma perfidie.

 

Dans un tout autre genre, Kalinkokin annonce vingt-six ans sur son profil. Vu sa bouille attendrissante de jeune chien, il en a dix de moins. En arrière-plan, le papier peint à motif de motocross trahit d’ailleurs la chambre du prépubère dans le pavillon parental. Lui non plus n’a pas de tabous, mais il l’écrit « taboos », c’est plus frais. Il veut venir tout de suite, avec des fleurs, du champagne, des macarons. Il me supplie : « Essaie-moi, tu ne seras pas déçue ! »

Mais Roman Polanski vient de se faire coffrer pour un viol de mineure commis trente ans plus tôt. Alors, je résiste à la tentation et je lâche l’affaire, malgré sa moue désolée « Snif ! Regarde la tête que je fais ! » envoyée par MMS.

 

*

*    *

 

Me goûter

 

Finalement, nous avions convenu avec Gianni que c’est lui qui aurait les yeux bandés. J’arrivai dans une autre dimension, le temps s’était arrêté, et l’air vibrait en noir et blanc. Là, c’était la pénombre presque austère d’un appartement inconnu.

Il m’attendait. Il portait un masque comme ceux que l’on met dans les avions pour dormir. Il était à demi allongé sur le canapé rouge, il ne tressaillit même pas à mon approche. C’était comme un rêve, je ne le connaissais pas et pourtant, c’était mon amour. Je pris sa tête entre mes mains, collai ma bouche à ses lèvres fines.

Il y avait un fond musical, genre Billie Holliday. J’aurais préféré le silence. Il était très mince, les cheveux ras, poivre et sel. Les yeux clairs que j’avais tant aimés sur sa photo, je ne les voyais pas. Mais je savais son odeur, je l’avais déjà connue sur d’autres corps.

Je le voulais nu. Les boutons de la chemise : tout son corps est rasé. Les boutons de la braguette : il ne porte rien dessous. Il bande, bien sûr.

Je le caresse, j’ai envie de lui murmurer les mots idiots que je leur dis à tous : « Je t’attendais », « Tu es beau », « Touche-moi partout, sens comme je suis à toi ».

C’est ça qui m’excite, les baiser comme si je les aimais. Car de l’autre côté du miroir, la vérité est inversée. C’est bien plus tordu que les fantasmes débiles des nouvelles érotiques. J’aime les mots que je prononce, j’aime voir mes mains sur leur peau, l’élégance de mes gestes quand je tiens leur queue. J’aime l’idée de la cambrure radieuse de mes reins quand je m’offre par-derrière, de mon regard fou quand je leur dis « Il n’y a que toi qui me fais ça » et qu’ils me croient. L’autre jour, j’ai carrément lâché : « Tu as la plus belle queue du monde. » Je le redirai, c’est trop bon.

Cet amour-là se montrait directif. Mais je ne voulais pas poser ma chatte sur son visage, je préférais m’empaler sur lui bien profond. À cet instant, de tout mon être, j’aimais cet acteur sans public et notre mise de scène de pacotille.

Après quelques va-et-vient, je me retirai et j’allai me goûter sur sa queue. Retrouver ce goût impossible et franc, acidulé, secret.

Ses mains tenaient mes cheveux, il me parlait comme on calme un cheval emballé : doucement, là, tout doux, ma belle… J’avais envie de le mener au bout à présent, il ne résisterait pas longtemps. Je serrais la tige plus fort, à deux mains, je laissais couler un filet de salive – « j’adore ta queue, elle est trop belle, j’adore te sucer » –, puis quelques grognements en écho des siens, et il m’emplit la bouche d’une giclée de printemps.

À quel moment a-t-il enlevé son bandeau ? Je me souviens qu’il m’a préparé un Martini avec un zeste d’orange, et que nous avons parlé.

 

*

*    *

 

 

Suceuse(s)

 

Les publicitaires, les graphistes, les responsables en audiovisuel qui occupent le terrain en semaine, disparaissent le week-end, maqués ou parents alternatifs.

Comme John, mon gentleman anglais. Il a une ex-femme, une compagne, une fillette de sept ans. Maintenant, il a aussi une maîtresse : moi.

Il arrive toujours avec un cadeau : une huile de massage (nous glissons l’un sur l’autre comme des anguilles), une boîte de préservatifs parfumés « c’est pour nous », sauf qu’il faut que je fasse attention à ne pas tout utiliser avec les autres, un petit livre sur un photographe branché (cela nous fait un sujet de conversation pendant la période réfractaire, entre deux coups). Laissé pour compte du plan Erasmus, il travaille dans le marketing, un domaine très rébarbatif. Je comprends qu’il ait besoin de se distraire. Après chaque partie de jambes en l’air, il m’envoie des mails de remerciements, avec force « hmmmm » et smileys hilares. Il m’ennuie un peu. Le matin à neuf heures, je ne suis pas toujours au top, même si j’aime son corps d’homme-enfant et son parfum bio bizarre.

 

De temps en temps, d’anciens amants se manifestent.

Vox :

« Tu ne me remets pas ? Depuis aujourd’hui à nouveau sur le site, j’avoue que j’espérais tomber sur toi. »

Moi :

« Ah ? Tu te souviens de mes talents de suceuse ? Mais il me semble que tu étais un peu trop porno pour moi. Et un peu trop fidèle. »

Vox :

« Je ne suis jamais porno tout seul, j’ai cru qu’on s’était bien amusés. Quant à la fidélité, elle va, elle vient. »

Moi :

« J’ai quand même échappé de peu à l’éjaculation faciale ! »

Vox :

« Tu te souviens de ma queue ? »

Moi :

« Heu ? Elle est belle ? Je ne suce que les belles queues. »

Vox :

« Étant donné que tu l’as sucée, et divinement, je vais en conclure qu’elle te plaisait. »

Moi :

« C’est loin tout ça. D’autres m’ont plu depuis. Et toi, qu’as-tu fait ? »

Vox :

« D’autres suceuses m’ont plu, mais cela ne m’empêche pas de très bien me souvenir de ta bouche. De tes ongles rouges assortis au rouge à lèvres, ton allure classe, tes tenues sex, ta façon de marcher devant moi pour aller dans la chambre. Tout cela, c’était unique. Tu fais quoi ? »

Moi :

« Je sais pas. Je suis seule et je m’emmerde un peu. Tu viens me tenir compagnie ? »

 

*

*    *

 

Sexting

 

  1. me manquait. Depuis un mois, plus de nouvelles. Il a dû se lasser, me disais-je, ou s’amouracher d’une lolita quelconque.

Je n’appelais pas, je regardais sa page Facebook, dépitée. Ou alors je prenais mon téléphone, j’allais à Mes Messages, puis Mes Dossiers. J’ouvrais le sien. Certains offrent des roses. B., lui, m’envoyait des photos de sa queue. Des petites vidéos aussi où il se branlait, pour que je l’entende se pâmer, que je le voie jouir.

 

Extraits :

21 h 40 : « Je me caresse doucement, j’ai envie que ça dure, je bande, ma queue est dure, je vous imagine la prendre, la sucer longuement. »

21 h 53 : « Voulez-vous jouir avec moi ? »

Moi : « Des amis à la maison. Jouissez seul, je pense à vous. »

21 h 59 : « Voulez-vous m’entendre, au moins ? »

Moi : « Laissez votre voix sur ma messagerie. Plus tard, je me caresserai. »

Une fois les amis partis, le portable à l’oreille, je me laissais emporter par ses soupirs, ses paroles, toujours les mêmes, en une litanie chuchotée :

« Je te la mets, je pense à tes mains, ta bouche agile, tes seins que je mange, je te pénètre comme tu aimes, je vais jouir, c’est trop bon… »

Je l’écoutais en boucle, chavirée. Le pouvoir érotique de ce dispositif était une vraie révélation. Je me tordais sur les draps, ma main descendait.

 

Cela me rendait dingue, je le bombardais de textos lyriques :

« Je pense à vous, mouillée et douce. Très mouillée. À vous. Vous faire jouir et jouir de vous. Je vous prends dans ma bouche, je promène ma langue le long de votre queue, vous glissez vos doigts en moi, vous me branlez doucement. Je gémis, je vous aspire encore plus fort. Je ne me lasse pas de votre belle queue ardente. Je suis liquéfiée. Il faut que vous veniez me combler, me remplir. Moi, jupe troussée, et vous qui m’enfilez sans ménagement. Vous criez, je sens le foutre monter le long de votre dard, exploser en longs jets, je vous bois, c’est bon comme l’enfer… »

Je lui envoyais des photos aussi, de moi nue, de parties de mon corps mises en scène, photographiées dans le miroir et recadrées ensuite. Les jambes en noir, croisées puis écartées. Ma main glissant sur ma fente. Les fesses soulignées par le porte-jarretelles. Un doigt entre mes lèvres entrouvertes. Un sein caressé.

Je les envoyais à tout moment, imaginant sa tête dans le métro, et l’érection intempestive ainsi provoquée.

Il fallait donc fermer la parenthèse. Je me réinscris sur le site un moment déserté. Quelques jours plus tard, j’hallucine en voyant qu’un profil masculin avec le même pseudo que moi a visité ma page. Et je lis :

« Je cherche Dora B. Je n’avais plus de téléphone, il a été volé. Je ne cherche ici qu’une seule personne, Dora B. ! Peux-tu m’envoyer ton numéro, je t’en prie. J’ai un nouveau téléphone, j’ai gardé le même numéro. »

Bien sûr, mon B. joli, nous allons pouvoir recommencer… Tout de suite !

« Je pense à vous, vos cheveux à pleines mains, votre épaule mordue, vous souffler de me fesser un peu plus fort. Pour jouir toujours plus loin. »

 

*

*    *

 

La levrette et le boa

 

Ce jour-là, il y avait une promo au rayon exotique, ou alors, ils avaient décidé de récompenser les clientes fidèles, car je tombais en arrêt : Latinexpress, sourire ravageur, log cheveux de jais et crucifix autour du cou, version masculine de la bomba latina. Il doit y avoir un vice caché, c’est un gigolo, un fake pour que je renouvelle mon adhésion. Mais non, l’inscription est gratuite. Alors ?

Je me lance, je n’ai rien à perdre, que du temps, ici ou ailleurs (et ailleurs, ce sera devant ma télé, peut-être Relooking Extrême ou un documentaire animalier, donc y a pas à hésiter).

Moi : « Je vous veux. Je vous prends, je vous caresse de haut en bas et en plus, après, je vous dis merci. »

Lui : « Vous m’aurez, c’est sûr. Où vous voulez, quand vous voulez, c’est garanti après achat. »

C’est si simple, la vie virtuelle.

Sauf que moi, je suis prête pour un plan hyper-classique, toi venir chez moi, bonjour, la découverte, ta peau contre la mienne… Le risque est déjà monstrueux, ils ne se rendent pas compte. Mais il leur faut du piment, de l’inédit, du frisson XXL ! Et Latinexpress voulait m’en mettre plein la vue.

« … tu as laissé la porte entrouverte, tu m’attends dans une pièce, posée sur tes mains et tes genoux, en position levrette. Mais attention ! Lis bien ce qui suit : tu as le dos tourné et tu ne dis plus un mot à partir de là. Je t’ai trouvée, tu sens un parfum masculin, tu es rassurée. Mes mains caressent délicatement ton corps des pieds à la tête, tu as les yeux fermés, tu sens mon souffle sur ta nuque. Puis je me mets face à toi, tenant ton visage dans mes mains, je m’approche, je t’embrasse sur la commissure de tes lèvres douces qui m’appellent, tu n’en peux plus, tu veux ouvrir les yeux, mais tu tiens le coup… Doucement, je me déshabille, tu es toujours dans la même position, je me retrouve nu. Et, tel un boa, je parcours ton corps par-dessous, dessus, devant, derrière. Pour enfin me retrouver sous toi, toi au-dessus de moi. Et je te serre tout contre moi, mes mains s’approchent de tes yeux pour enfin les ouvrir. Et là, tu vois que j’existe, blablabla… »

Je fastforward la suite, je ne comprenais pas tout de cette séance à géométrie variable. Le boa, j’étais pour, mais la levrette muette et aveugle sur le tapis du salon, « cimer » comme dirait en verlan l’ado qui habite chez moi (à moins que ce ne soit l’inverse, mais c’est une autre histoire). De plus, je le soupçonnais de m’avoir envoyé un copié-collé. Cela ne pouvait être que l’émanation d’un webmaster pervers.

Je devais reprendre la main :

« Si on inversait les rôles ? Je peux laisser un foulard à ma porte et te guider quand tu auras les yeux bandés. J’en ai un rouge très joli. »

« Arrivé à ton étage, je sonnerai et me tournerai le dos à la porte, ainsi TOI, tu me mettras le foulard. Ça te va ? »

 

Il a sonné, il avait le dos tourné, je lui ai bandé les yeux, rouge sur noir, c’était magnifique. Un métis latino-indien, très décoratif, vraiment, vêtu de satin et de velours, le bouc stylisé, et qui, loin de l’arrogance que je redoutais, se montrait ému et maladroit. Je le plantai au milieu de la pièce. Je tournais autour de lui, jouant de l’effet de surprise pour lui prodiguer caresses et baisers tout en le déshabillant.

Sa peau était une splendeur dense et soyeuse, ambrée, fraîche. Je n’avais jamais rien touché de pareil. La mienne à côté me faisait penser à du carton bouilli. Sa chevelure m’inondait, j’aurais voulu en enrouler les mèches autour de mes poignets, rester arrimée à lui par cette matière sauvage et vive.

Quand il fut nu, son sexe obscène, épure bleutée reposant sur son ventre, m’attira irrésistiblement. Puis l’œillet finement froncé de son trou du cul me happa la langue avec passion.

Prosternée, le nez entre les fesses admirables de l’inconnu, je rendais grâce à sainte Rita, patronne des causes perdues, et à d’autres saints moins catholiques.

 

*

*    *

 

 

 

Coming next

 

Après un tel pic émotionnel, j’avais besoin de souffler un peu, moi.

Tiens, un mail de Bel-Ami :

« Vous entraîner par la taille dans les rues de Paris, flâner, visiter… Tant que je vous vois arborer un sourire, tout m’ira ! »

Un romantique. Cela va me faire des vacances !

 

 

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