Osez 20 histoires de sexe à l’hôtel

12345
Loading...

COLLECTIF

La MusardineOsez 20 histoires


adultère


256 pages


Papier 8€20 Ebook 5€49

Acheter

Disponible sous 48 heures
8€20 Acheter

Télécharger Format Epub

Téléchargement immédiat
5€49 Télécharger

Résumé

On parle souvent de « dormir à l’hôtel », mais beaucoup n’y vont pas pour y dormir… De la nuit en amoureux dans un hôtel romantique pour la Saint-Valentin à la chambre « donjon BDSM » louée dans un love hôtel en passant par l’hôtel discret en périphérie pour couples adultères, l’hôtel de passe dans une rue chaude, l’honnête « pension de famille » où il s’en passe de belles quand les portes se ferment, ou le palace 5 étoiles où la jet-set décadente se donne rendez-vous pour partouzer, vous découvrirez dans ce livre toute la charge érotique et fantasmatique de l’hôtel. Et qui sait, peut-être aurez-vous envie à votre tour d’y réserver une chambre ?

Débuter la lecture

Surya Namaskar – Eugénie Daragon

— Est-ce que le sexe est sale ?

— Seulement s’il est bien fait.

Woody Allen

— What does she say ? Do we know when we’re leaving ? ai-je demandé au seul Occidental près du guichet, dans la foule désolée du terminal 2 de l’aéroport, sur le coup de 16 heures 15 en ce mois de décembre.

C’est Madras, c’est les vols retardés par la mousson, c’est les saris quand même imperturbables des hôtesses d’Air India.

Il m’a répondu avec le sourire navré de celui qui ne sait rien de plus, en passant sa main dans le coiffé-décoiffé trop long qu’on connaît par cœur :

— No idea, it looks like we are stuck for a while.

Avec un accent londonien, puis tendant son index avec un petit air intéressé vers mon café :

— Where did you get your coffee ?

Avant que je puisse dire un mot, son portable a sonné, il a répondu dans un français tout aussi parfait, sans impatience ni inquiétude :

— Salut… Bah, écoute, je suis à l’aéroport, mais on est coincés à cause d’un orage… Je sais même pas si l’avion va décoller ce soir ou pas… Bah c’est l’Inde, quoi… écoute, je peux pas trop te parler, là… Je te tiens au courant… ouais… allez, bye.

Trésor du métissage qui coule dans mes veines, il ne s’attendait pas à ce que je comprenne qu’il a expédié son coup de fil pour moi.

J’ai poursuivi en français :

— Le Starbucks, c’est là-bas à droite.

Le type a eu les yeux agrandis par l’étonnement et un rire léger :

— Aah, une compatriote ! Je vous avais prise pour une Indienne. Ça fait plaisir, un café qui ressemble presque à un café, hein? Ici, c’est pas trop leur truc.

Nous avons machinalement remonté le couloir en parlant de galères de mousson et en évaluant nos chances de décoller le soir même. J’ai vite compris que c’était du baroudeur, qu’il s’en foutait de partir un jour plus tard ou plus tôt, vu qu’il avait encore trois semaines sur place et devait rejoindre un petit groupe d’amis au Népal pour un trek en passant par Delhi.

De près, ça devait avoir dans les trente ans, à peine, nettement plus jeune que moi qui frise les quarante. Aurait-il seulement pris la peine de me regarder dans les détails en France, au point de se rendre compte que je pouvais lui plaire ? Un je ne sais quoi de bon goût de gauche, quelque chose de parisien, mais en plus sympa. Il s’évitait même le tatouage pénible dans ce qui dépassait des vêtements… Le camaïeu de bruns des cheveux, de la barbe taillée court, du hâle, des yeux. Le blanc du lin de la chemise qui répondait à l’ivoire de son sourire plein de fossettes. Le bleu ciel du pantalon roulé sur les mollets de granit pour faire bermuda. L’annulaire gauche nu.

Il avait tout en forme de petit quatre-heures que je me disais, comme un jour de régime quand on passe devant chez Ladurée. Le genre calibré pour te faire baver et t’en faire baver, livré avec kleenex pour tous les fluides corporels qu’il provoquera. Le truc qui crie : « Si t’y vas, t’es conne… si t’y vas pas, t’es encore plus conne. » J’espérais juste ne pas trop avoir l’air d’une cougar en manque, parce qu’assez vite, ça n’a plus été de la conversation d’aéroport entre deux portiques de sécurité. C’était presque trop facile, dans la complicité et l’intimité artificiellement démultipliées par l’exotisme de la situation.

C’est ainsi que j’appris que le mec s’appelait Émilien, que sa mère était anglaise, qu’il était venu suivre un stage de yoga dans un ashram pour l’enseigner près de Dijon. Il passait beaucoup la main dans sa tignasse pour se donner une contenance, mais dégageait une force calme, un peu nonchalante, avec son rire aérien, sa voix douce, il parlait bas, surtout de lui. Et puis la folie ambiante en France, de l’état d’urgence qu’il a fui. Difficile à catégoriser. Pas désopilant mais distrayant. Je me suis dit que ça devait être le genre à demander un plateau végétarien dans l’avion et l’ai imaginé saluer le soleil.

J’ai demandé :

— Vous croyez qu’on se serait parlé si on était simplement coincés dans une gare un jour de grève, en France ?

Il a évité de répondre frontalement, a regardé ailleurs en étirant son bon mètre quatre-vingt-cinq.

— C’est un peu ça qu’on cherche, quand on voyage seul et loin, se sortir de sa petite zone de confort… sortir de ses habitudes…

Alors que le crépuscule et la pluie tombaient de l’autre côté des baies vitrées de l’aéroport.

Quatre heures plus tard, j’avais l’impression d’en savoir plus que nécessaire sur l’ayurveda, les tisanes détoxifiantes, et jusqu’à sa connasse d’ex-barrée en prenant même Bacchus, le chat. On en était donc là, au chapitre chagrin d’amour, quand on a appris que le vol était définitivement remis au lendemain. Comme une galère arrive rarement seule, un congrès de dentistes avait pris d’assaut tous les hôtels corrects, et nous avait laissé le « moyenne gamme » indien. Pas le choix. Un petit autocar était passé nous prendre pour nous déposer à l’hôtel Peninsula. Nous avons couru ensemble sous des litres de flotte, il m’a tendu la main pour m’aider à sauter par-dessus une énorme flaque, l’a gardée dans la sienne une fois à l’abri dans l’hôtel, sommes arrivés dégoulinants main dans la main devant le réceptionniste qui m’a parlé en tamoul, parce qu’il me prenait aussi pour une Indienne habillée à l’occidentale et flanquée d’un Blanc, autant dire presque une pute. Nous voyant main dans la main, le réceptionniste nous a logiquement attribué une seule chambre. Toujours en nous tenant du bout des doigts, nous avons suivi le groom qui portait nos valises dans un uniforme en synthétique marron taché, avons contourné l’enfant handicapé qui se traînait par terre à même le carrelage imitation marbre, traversé les odeurs de bombe anti-insectes et d’épices, et sommes arrivés dans une chambre au premier étage, sur rue bruyante. On y distinguait parfaitement les hèlements des chauffeurs de rickshaw et du petit vendeur de thé, les klaxons qu’ils utilisent a priori sans aucun discernement.

Son regard effleurait régulièrement mes tétons noirs collés à mon débardeur jaune mouillé. De vraies tétines café, perchées sur des petits nichons qui tiennent en l’air sans soutien-gorge.

Il y avait deux lits jumeaux qu’il était encore temps de laisser séparés, dans un sursaut de camaraderie.

J’ai soupiré passant soudainement au « tu » :

— Bon, tu crois qu’on va réussir à dormir ?

Il a répondu avec l’air du mec qui se la joue bourlingueur :

— Boah… Il est très bien cet hôtel… et puis on est pas forcément obligés de dormir… Enfin, sauf si t’es très fatiguée… Mais t’es en vacances, tu vas pas me faire croire que t’es fatiguée.

Tout en tripotant l’absurde dizaine d’interrupteurs répartis dans la pièce pour trouver celui du ventilateur au plafond. J’ai répliqué :

— Toi, t’as l’air en forme, hein ?

Émilien a éteint l’affreux néon, allumé la veilleuse du mur qui faisait face aux lits, une ampoule au filament rougeâtre, et debout, les mains dans les poches, l’épaule appuyée au mur et le visage plongé dans la soudaine quasi-obscurité, m’a dit :

— Tu viens ? On va se prendre une douche ?

Pour de vrai, j’ai été estomaquée par la proposition, pourtant je me suis levée du lit en parodiant presque la Milf moyenne :

— On a commencé la douche dehors de toute façon.

J’ai éclairé la salle de bains peinte en vieux rose écaillé par endroits, me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de fenêtre à la fenêtre et que mes jambes avaient du mal à me porter, me suis donc assise sur le contreplaqué d’un tabouret, cuisses ouvertes, pour qu’il s’y tienne debout.

En contre-plongée, l’ai contemplé déboutonner puis ôter sa chemise. Ai ouvert le pantalon pour me rendre compte qu’il ne portait rien dessous, ai eu un rire surpris. Ai aidé le tissu bleu à glisser le long de ses jambes bien dessinées surmontées d’un torse sec à la pilosité maîtrisée, ai noté l’absence de marques de maillot sans rien dire. De mes deux mains patientes, ai exploré le plein des deltoïdes et des dorsaux, le creux des clavicules alors que sa carotide battait la chamade, et puis les autres pleins, et puis les autres déliés. N’ai pas touché le sexe à moitié enflé au prépuce entier, pour le faire attendre, en remerciant Dame Nature de sa générosité. Ses mains légères et assurées ont glissé sous le jersey tiède de mon débardeur, contre mes flancs, tranquillement. Ma jupe blanche tomba au sol sans bruit suivie du synthétique rose de ma culotte. Il m’a entraînée sous la douche, et là. Paye ta loose dans une salle de bains sans une seule goutte d’eau.

Le rire a pris un instant le dessus sur ce que nous avions entamé, je suis restée debout dans l’encadrure de la porte, entre la pénombre de la chambre et la lumière rose de la salle de bains, pendant qu’il appelait la réception dans son anglais de BBC. « Bon, eh bah, on aura pas d’eau jusqu’à nouvel ordre. » Information qui m’a plongée dans une excitation et une gêne extrêmes. J’ai baissé les yeux vers l’étroite ombre brune de mon entrejambe en pensant à cette interminable journée dans cette chaleur moite de mousson. Cette panne d’eau était peut-être la meilleure mauvaise nouvelle de la journée.

Le mec s’est assis au bord du lit et m’a entraînée vers lui pour que je m’assoie sur sa cuisse droite. Tout devint aussi léger que son rire : les baisers du bout des lèvres aux commissures, les mains qui en crèvent d’envie, mais qui n’y vont toujours pas. Je serais incapable de dire si je suis restée assise contre lui quelques secondes ou de longues minutes. Continence des gémissements dans ma gorge, seule ma respiration trahit peut-être l’attaque atomique en cours dans mon sexe, l’émotion érotique plus grande que moi, la bonne grosse vrille au cerveau. À en suffoquer. Complètement défoncée à la dopamine, pour l’évidente beauté de phalanges hésitantes sur fond de chambre 27.

Le mec a dû se dire « Il faut que je fasse un truc », s’est levé, a attrapé le tabouret, m’a mise debout, m’a posé un pied dessus et s’est accroupi juste là, dans l’entrebâillement de mes jambes, avec un drôle de petit sourire. Le voilà poser son nez contre le pied pégueux appuyé sur le siège, inspirer fort et retenir son souffle comme pour garder l’odeur à l’intérieur de lui le plus longtemps possible, tout en caressant d’une main la rondeur ferme de mon mollet. Il faisait ça, comme ça, sans prévenir, sans demander, et puis en plus. J’ai pensé aux petites tennis de toile portées sans chaussettes depuis huit jours par 30 degrés sous la pluie, me suis sentie très embarrassée et très excitée tout en même temps, dans une ambivalence que j’aurais préféré ne pas ressentir. Je l’ai trouvé extrêmement précoce pour ce genre de plan-là. Le beau visage d’Émilien est remonté vers l’intérieur de ma cuisse en humant la peau fine, probablement dans un nuage de Guerlain, de Nivea, de sexe, et probablement, d’autres évocations de saleté, pisseuse que je suis. Je me suis sentie tout ce qu’il y a de plus crasseuse, et tout ce qu’il y a de plus bandante. Si y’a pas de gêne, y’a pas de plaisir, ça se vérifiait encore. Se rapprochant de l’entrejambe, a léché longtemps la frontière des poils, collés par ma sueur et mon excitation. Quand il a eu atteint le goût animal et salé, il a pris sa queue dans sa main, s’est caressé doucement en poussant de délicieuses petites plaintes qu’on aurait pu prendre pour des sanglots. Debout au-dessus de lui, je tentais de garder mon équilibre en admirant les faibles reflets de lumière contre son dos de marbre grec, essayais d’ignorer le vacarme de la rue et la musique Bollywood de la chambre mitoyenne pour me concentrer uniquement sur sa bouche collée à mon entrejambe parfumé bien au-delà de ce qui conviendrait, surtout pour un premier contact… Le mec avait un vrai karma de gynécologue, rien à apprendre sur ce qu’on a dans le Princesse Tam-Tam. Il s’appliquait en faisant des bruits mouillés vulgaires de pute mâle qui se goinfre, une grosse fringale. Pas sûr qu’on baise beaucoup dans les ashrams de Madras, on aurait pu le prendre pour un détenu qui sort de tôle. S’est relevé en essuyant sa barbe d’un revers de la main, a dû s’aider d’un coin de drap, le regard fiévreux. Un murmure à mon oreille « Tu sais que je bande depuis l’autocar ? », m’a embrassée pour la première fois, alors que son visage était repeint à la sueur de chatte, et puis « Tu me donnes envie de te prendre comme un animal prend sa femelle ». Registre très risqué, qui eut pu frôler le désaveu érotique. Pourtant, dans ce lieu et ce contexte, c’était parfaitement cohérent. Règne animal, classe des mammifères, ordre des primates, genre humain. Nous avons travaillé à un petit traité de biologie de la reproduction, une étude des comportements sexuels primitifs. Extinction du sapiens et réapparition de l’homo erectus entre mes mains de femelle habilis. Seuls les organes se cherchent et se trouvent, et ils se trouvèrent drôlement bien. Entre ses fesses offertes, précisément, une odeur animale, sèche, organique, d’étable propre, un agneau posé dans de la paille. Pas de transpiration, rien des âcretés que l’on serait presque en droit d’attendre de ces replis-là un jour de coupure d’eau. Le mec a soupiré quand j’ai pris sa température avec ma langue. Trente-sept degrés, tout va bien, beaucoup de bonne santé à palper dans ses valseuses. Impudique, quand il s’est mis à quatre pattes en se cambrant et en murmurant « fais ce que tu veux de moi, tout ce que tu veux, je suis d’accord pour tout », alors qu’il aurait mieux fait de dire clairement qu’il mourait d’envie de se faire péter son joli petit cul. Je lui ai demandé « T’aimerais pas les mecs, aussi ? », il m’a dit « Je sais pas, j’ai pas essayé ». Bien parti pour me piner par tous les trous, comme un bon petit soldat, dans un mélange étonnant de force et d’alanguissement.

Me suis retrouvée debout, toujours un pied en appui sur le tabouret, avec sa queue plantée comme un tuteur au fond de la chatte, par-derrière, appuyée au mur, tellement dégoulinante et tellement ouverte que ça frôlait l’absurde, un vrai dégât des eaux qui s’étalait sur mes cuisses. Dans des conditions pareilles, impossible de me déglinguer quoi que ce soit, le mec devait avoir l’impression de se cogner un pot de confiture laissé au soleil, tiède et visqueux. Le fond de mon vagin tentait d’agripper ce qu’il pouvait de son braquemard malgré ses parois onctueuses et glissantes. J’ai peut-être une faiblesse pour les plaisirs de la chair, mais il faut avouer que ce serait une insulte à la vie de refuser ces instants-là. Toutes les ampoules de mon cerveau s’éteignirent les unes après les autres, il n’y avait plus que ce coït annulant toute notion d’espace et de temps. Accueillir le sexe d’Émilien, entre deux aéroports, tout en sachant que rien ne sortirait de cette chambre, que la porte se refermerait sur toutes les saletés que nous nous accorderions.

Je me souviens de sa jouissance, après m’avoir baisée comme un primate, quand je lui ai dit qu’il avait une gueule à se faire pisser dessus, peut-être aucun lien, une simple coïncidence, comment savoir. Mes cuisses écartées au maximum dont il s’échappa pour répandre son orgasme dans ma bouche. Je lui ai dit ça :

— C’est bon d’ouvrir les cuisses pour toi.

Ai reçu sur ma langue son jus de bite poivré, comme une récompense ou comme « le corps du Christ » à la messe.

Nous sommes sortis manger. En revenant, le réceptionniste était fier de nous annoncer que l’eau était revenue, alors on en a profité pour se laver, pour de vrai, avec du savon et tout, dans un air de Carmen qu’il sifflotait gaiement.

L’âge d’airain, dans les volutes de vapeur rose, quand il a passé la main dans ses cheveux mouillés. Ai bien pris soin d’observer les détails, en me disant que je ne le reverrai jamais, qu’on en parlerait même pas, qu’il ne serait question ni du lendemain ni des jours suivants. Que tout cela était gratuit, sans négociation ni sentimentale ni d’aucune autre sorte, dans la zone franche du Peninsula. Trop éphémère pour les compromis.

Les bruits de la rue ont fini par se tasser, mais ont repris très tôt, vers cinq heures. Entre les deux, je n’ai pu que somnoler. La pluie avait enfin cessé dehors. Dans les premières lueurs du matin, il m’a prise à quatre pattes par terre, pour éviter le grincement du lit, devant le miroir de l’armoire, en me disant « regarde-toi, regarde ta tête quand tu te fais enculer » alors que mon rectum absorbait gentiment sa queue à grand renfort de crachats. J’ai regardé mes yeux cernés, ma bouche entrouverte, le rose aux joues malgré la fatigue qui me dévastait. J’ai préféré refermer les paupières sur la tempête de l’orgasme qui arrivait. Mes gémissements si sonores qu’il a recouvert mon corps du sien, me coinçant sous son poids, a posé sa main sur ma bouche en chuchotant « chhhh, laisse les voisins dormir… jouis sur ma queue… Chhhht… prends, prends… Chhht », en se calant bien lentement, bien profond. J’ai joui, démolie, dans des geignements pas loin de la douleur. Il a déchargé ses dernières forces dans mon ventre, le visage couvert de gouttes de sueur.

J’ai plaisanté « elle était bizarre, ta salutation au soleil, c’est comme ça qu’on t’a appris ? J’crois qu’on s’est foutu de ta gueule, c’est pas comme ça, le surya namaskar ». Il a ri de bon cœur, en se renversant sur le dos et en ajoutant « Ouais, t’as raison, c’était la salutation à ta lune, pas au soleil… Mais détrompe-toi, tout est bon à prendre pour faire circuler l’énergie des chakras ! »

De la fenêtre sans fenêtre, j’ai surplombé la rue plongée dans le petit matin en pensant à la folie des nombres, aux probabilités qu’on se soit rencontrés, et que ça ait fonctionné. Des milliards de combinaisons possibles d’ADN, le meilleur comme le pire. Bon coup de bol d’être aussi compatibles, que je me disais. Quel heureux hasard. Cela me fit dire, en allumant une cigarette, que j’eus trouvé la situation presque romantique. Il répondit qu’il n’était pas romantique, qu’il ne voyait pas ce qu’il pourrait y avoir de romantique. Comment le pourrait-il, d’ailleurs. Se raconte-t-il seulement le quart des histoires que je me raconte ?

C’est ça, c’est le jour sur Madras. C’est la jeunesse de l’homme qui dormait de toutes ses forces allongé sur le dos, un rai de soleil en travers des jambes. C’est son sommeil que j’ai pris en photo pour garder un souvenir, en ayant l’impression de lui voler quelque chose. C’est l’arrière-goût de crise de la quarantaine dans le thé aux épices que je suis descendue boire, et l’autocar qui n’allait plus tarder. C’est ma valise, qui semblait plus lourde à traîner que la veille, la vache à cornes peintes qui bloquait la route et les mobylettes où ils s’entassent à quatre. Le coup de fil où il a dit « Non, j’ai très mal dormi » en me faisant un petit clin d’œil. C’est la carte d’embarquement, le vol où on s’est endormis avant même que l’appareil décolle. Le plateau végétarien qu’il a, bien sûr, demandé. Les adieux sur le tarmac de Delhi, en se serrant fort et en se disant :

— C’était super bien.

Et puis, voilà.

Et puis c’est tout.

 

Vous avez aimé ce texte, vous aimerez sûrement ...

Donnez nous votre avis !

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *