Osez 20 histoires érotiques racontées par des femmes

Osez 20 histoires érotiques racontées par des femmes

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COLLECTIF

La MusardineOsez 20 histoires



256 pages


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Résumé

Où sont les  feeeeeeeemmmmmes ?

Pour ce recueil de nouvelles érotiques, nous n’avons exceptionnellement sollicité que des femmes. 20 histoires écrites par 20 femmes avec des scénarios, des fantasmes et des styles certifiés 100% féminins. Elles vous raconteront tour à tour un orgasme en pleine foule, une initiation au BDSM, une femme qui se découvre « fontaine », une étudiante qui met tout en œuvre pour séduire son prof, une première fois « entre filles »… Non, les femmes ne sont pas « plus romantiques » que les hommes, elles n’associent pas nécessairement le sexe à l’amouuuuur, elles n’ont pas peur d’appeler un chat un chat, et surtout elles excellent autant que ces messieurs dans l’art de l’écriture qui émoustille !

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Les anciens combattants – Eugénie Daragon

« Ma chère Lison,

Cette saleté de guerre n’est pas fini pour mes camarades mais je suis quand à moi soulager d’être rapatrier à l’arrière. J’ai été amputer suite à une balle au pied gauche, alors que j’étais envoyer en reconaissance. Je suis inapte au combat. Il me tarde de voir au plus vite la gentille jeune fille qui m’a autant soutenu dans l’épreuve. Nous nous somme tellement écrit que j’ai l’impression de déjà vous connaître. J’aurais aimer que vous rencontriez un héros et non un pauvre infirme mais on ne choisit pas. (…) »

Lucien Barbot mentait. Il avait choisi. En réalité, il a déraillé quand on leur a distribué des masques à gaz en leur parlant de grenades qui font pleurer à s’en arracher les yeux et qui brûlent la peau. Il s’est demandé jusqu’où ça irait, les conneries pour récupérer l’Alsace et la Lorraine. Alors, il s’est tiré dans le pied gauche. Et Lisette, sa marraine de guerre, avait beau lui écrire qu’il faisait la fierté de sa brigade, de Pétain et de la France, les histoires de gaz moutarde vraiment, c’était trop. Il n’était pas le seul et c’est toujours le même pied qui prenait, le gauche, à bout portant, c’est même ça qui rendait ce genre de blessure suspecte, sinon il fallait s’injecter du pétrole dans le genou et le temps que ça pourrisse bien, ça prenait du temps. Il savait que le Joubert le laisserait pas finir en cour martiale. C’était son ami d’enfance et il était médecin-major, Joubert. Le formulaire de blessure suspecte n’a jamais été contresigné. On l’a mis dans un train pour la gare de l’Est. C’est comme ça que Lucien a fini à l’hôpital militaire Bégin à Vincennes, et pas au peloton d’exécution. Il est arrivé en civière dans un dortoir de quatre poilus où il a dormi deux jours pendant lesquels on a dû le réveiller quatre fois pour le faire becqueter. Il s’agissait pas de faiblir et de choper la première tuberculose qui passe, on l’avait mis juste au-dessus de l’étage des cracheux. Dans six semaines, il rentrerait enfin chez sa mère.

Mensonge ou pas, il n’avait pas tellement d’autre fille à qui écrire, de toute façon. Les marraines de guerre, c’étaient des bonnes femmes qui jouaient les correspondantes avec les soldats pour qu’au moment de la distribution du courrier, il n’y en ait pas qui ne reçoivent jamais rien. Parce que le moral des troupes, ça tenait à peu de chose : le rata, le pinard et juste après, le courrier, qui leur rappelait qu’ils n’étaient pas juste de pauvres couillons à l’abattoir. Qu’on les encourageait. Et les encouragements aux tétons roses, ça fonctionnait bien. Ça leur donnait envie de rentrer avec des tas de médailles.

Lisette, bien consciente de son indispensable rôle dans l’effort de guerre, et bien qu’elle fût issue de la bonne bourgeoisie, s’était engagée à l’usine de munitions. Elle lui avait tricoté plusieurs paires de chaussettes porte-bonheur envoyées dans des colis de tabac, de saucisson et de chocolat. Et même si elle ne l’avait jamais vu, son filleul, elle entendait bien le porter jusqu’à la victoire finale contre l’envahisseur.

« Cher Lucien. Les mots me manquent pour vous dire à quel point je suis soulagée de vous savoir à l’abri. Ne vous tourmentez plus, soignez-vous. Les autres ouvrières de l’usine et moi-même vous embrassons bien fort, vous me verrez dès demain samedi, je prendrai le tram de 10 heures. »

En lisant cela, Lucien fut transporté de joie malgré les douleurs fantômes à sa guibole manquante. On l’avait prévenu, mais entre ça et se faire rincer à la gnôle pour avoir le courage d’attaquer un boche (qui aurait d’ailleurs largement préféré piffrer sa bratwurst tranquille chez lui) et se faire finir au lance-flammes dans la boue, il sentait qu’il avait bien fait.

Après une nuit agitée de cauchemars d’obus et de casques à pointe, de tripes étalées et d’odeur de gangrène, Lucien a demandé une bassine d’eau pour se raser et se brosser les dents, les ongles et tout ce qui dépassait de ses habits. Il avait presque bonne mine quand Lisette est entrée dans la chambre en analysant brièvement, par déduction, lequel était Lucien : ça ne pouvait pas être celui à qui il manquait le bas du visage caché dans des bandages, rendu muet. Ni le sergent Dupuy, qui avait perdu ses yeux. Le troisième fumait avec le seul bras qui lui restait avec un air nonchalant, c’était Briet. Celui qui souriait de toutes ses dents, aux cheveux bien peignés et avec une seule jambe, qui s’était redressé d’un bond dans son lit comme si une guêpe l’avait piqué au cul, était forcément Lucien. Elle a approché de son lit de métal, lui a trouvé un visage agréable. C’est vrai qu’il était joli garçon avec son grand regard sombre presque un peu bridé, sa moustache toute bien taillée… Même avec une prothèse de tibia, il resterait correct.

Ils se sont souri un peu bêtement, elle lui a tendu la boîte de pâtes de fruits qu’elle lui avait achetée pour se donner une contenance et elle s’est assise sur une petite chaise dure à la gauche du lit près de la fenêtre qui donnait sur le parc et d’où l’on voyait d’autres estropiés boiter, la pipe au bec, les pensées perdues à leurs « chez eux ». La conversation était difficile. Les « Vous voulez un verre d’eau ? » et autres « Ça va, vous êtes bien installé ? » les occupèrent un moment jusqu’à ce que Briet, celui qui n’avait qu’un bras, solidaire de son compagnon d’infortune, les lance sur l’usine de munitions, puis, dès qu’il sentit que la conversation cahotait, sur Lénine et la révolution russe, puis sur la nourriture qu’on leur servait à l’hôpital, puis… Briet finit par avoir l’impression que c’était lui qui méritait la petite Lisette.

L’heure des visites de terminait, et dès qu’elle eut tourné les talons en promettant de revenir le lendemain dimanche, l’aveugle a demandé comment qu’elle était, visiblement remué par la voix, le rire et le parfum de Lisette même s’il n’avait pas osé causer avec elle. Lucien a soupiré d’une voix amoureuse« Rhaa… elle a les cheveux bruns et bouclés remontés en chignon, des fossettes aux joues et le reste je te dirai pas, sinon tu vas imaginer des tas de saloperies sur elle », alors Briet a fait « C’est une bourgeoise à petits seins pointus sous son pull avec des mollets ronds sous sa pupe plissée. C’est ça qu’il veut savoir ». Celui sans mâchoire a ri d’un rire rendu monstrueux.

« Ta gueule, Briet, occupe-toi de ton canard où tu lis des trucs sur Lénine que t’utilises pour impressionner les dames qui viennent pas te voir », a lancé Lucien, agacé.

« T’as du bol, moi, la mienne, j’crois bien qu’elle est moche comme un pou », a dit l’aveugle.

« Tu t’en fous, tu la verras jamais », a répondu Briet.

Un rire forcé et malsain éclata dans la pièce où planait une odeur d’éther et d’alcool camphré.

Huit jours plus tard, Lisette et Lucien étaient passés au tutoiement et à la bise. Encore huit jours, et ils se tenaient la main et s’écrivaient, entre deux visites, des choses sur leur cœur qui battait plus fort. Encore huit jours, et Lucien demandait de l’aide à Briet, qui était si malin, pour lui tourner un petit courrier qui la convaincrait de se laisser embrasser le samedi suivant…

« Tu lui parles de ta pauvre maman si malade qui aurait aimé te voir marié avant de mourir.

« Mais elle est pas malade, ma mère… »

« Pas grave, tu lui diras qu’elle s’est retapée, au pire, faut tout t’apprendre à toi, ma parole, tu crois qu’elles nous disent que des trucs vrais, à nous ? Ah, t’as bien 22 ans pour être aussi naïf ! »

Lucien a suivi les conseils de Briet, mais surtout, il se demandait à quelle échéance il pouvait estimer soulager son bas-ventre qui le tourmentait de plus en plus au fur et à mesure qu’il reprenait des forces. Il n’avait jamais eu de quoi se payer les putes à soldats au front et avait du sperme jusqu’aux amygdales. Il cherchait dans quel recoin il pourrait tenter d’attirer Lisette clopin-clopant qu’il était.

Il ne se doutait pas que Lisette, de son côté, en était à peu près au même point. Les plaisanteries des filles de l’usine étaient moins grasses, mais on manquait tellement d’hommes depuis des années qu’aucune d’elles n’aurait trop fait la fine bouche. Galons, pas galons, estropié ou pas, elles avaient bien la dalle, les demoiselles, et cette nouvelle mode de raccourcir ses robes largement au-dessus de la cheville « parce que c’était plus pratique », tu parles ! C’était surtout une excuse pour rendre les rescapés barjos et prêts à tout pour leur fourrer le fion. Du coup, ça a bien ricané, à l’usine, quand elle leur a lu les histoires de maman malade et de mariage : « Tu vas quand même pas lui faire croire que tu veux bien te marier avec lui, le pauvre ! Une fille de notaire avec un petit troufion, il manquerait plus que ça ! »

Lisette est venue le samedi d’après plus tard que d’habitude, en milieu d’après-midi. La surveillante était partie. Les injectés à la morphine roupillaient. Elle lui a fait une bise bien plus longue et appuyée que d’habitude et s’est assise sur le lit pour la première fois. Regards silencieux. Briet ronflait légèrement, l’aveugle ne voyait rien et celui qui ne pouvait plus parler… ne pourrait rien répéter. Lucien a chuchoté « Veux-tu bien m’embrasser pour de vrai ? ». Elle s’est penchée vers lui, a posé sur sa bouche un baiser léger de papillon, mais il l’a contrainte à un baiser profond en la retenant d’un bras ferme. Il a murmuré à l’oreille « Dis-moi que tu veux bien, je n’en peux plus, je te veux tellement, si tu savais, je deviens fou, tu me rends fou, Lison, il faut que tu dises oui, tu te rends pas compte de l’effet que tu me fais, ou alors ne viens plus jamais, c’est trop difficile de te voir sans te toucher, oh, je t’en supplie fais quelque chose pour moi, je pense à toi du matin au soir, comme un lion en cage, dis-moi que tu veux bien de moi… ».

Lisette, ça lui a bien plu, cette petite tirade. Ça lui manquait de tourner des têtes. Et puis elle savait bien que les autres aussi, dans la chambre, se trouvaient dans le même état, et qu’une bonne patriote ne saurait laisser ces soldats blessés pour la France dans cette misère sexuelle avancée sans bouger le petit doigt. Elle a posé l’index sur sa bouche en faisant « Chuut » et a relevé sa jupe jusqu’à sa jarretière en murmurant « Regarde » alors que Lucien a fait un « oui » rapide de la tête en se remplissant les yeux du carré de peau blanche au-dessus des bas gris clair. Il a posé sa main dessus, il lui a semblé n’avoir jamais rien touché de plus doux. Elle voyait son rythme cardiaque accéléré à travers le coton blanc du maillot de corps et une protubérance sous les draps indiquer que l’émotion était grande. Il jetait des regards affolés vers les autres soldats, vers Dupuy l’aveugle, qui savait mal comment interpréter l’absence de conversation, et vers le muet qui n’en perdait pas une miette et lui a fait un « oui » de la tête pour l’encourager, les yeux exorbités d’envie au-dessus des bandages. Briet se mit à ronfler plus lourdement alors que Lisette, qui tournait le dos au muet et à l’aveugle, ouvrait son corsage pour montrer au joli Lucien une paire de seins menus, fermes, aux minuscules pointes très brunes, comme deux raisins de Corinthe qui regarderaient vers le haut. Encore des seins d’adolescente à 20 ans, à défier les lois de Newton, à la fois ronds et pointus, à la peau si veloutée qu’il y avait de quoi se mettre à genoux. Si on avait encore des genoux, évidemment.

Elle a entendu le muet sans mâchoire pousser un râle qu’elle a tout de suite compris : il voulait qu’elle se tourne pour qu’il puisse voir aussi ses nichons. Lucien, parti pour l’ignorer, a pris les poches de chairs douces à pleines pognes. Pourtant, elle s’est retournée, en retenant sa jupe à sa taille, offrant ainsi sa lune à la vue de Lucien et ses seins à la vue du muet qui a failli en faire une crise cardiaque. Elle était juste là, à deux mètres à peine, le muet savait bien qu’il pouvait profiter uniquement de la vue, qu’il n’était pas question de venir toucher, qu’il devait rester allongé lamentablement et admirer le bonheur d’un autre, bien moins amoché que lui. Prenant parti pour l’aveugle, elle a dit « Dupuy, mon brave, puisque vous ratez tout, tenez » en lui mettant sa culotte dans la main. La portant à son nez, le petit sergent Dupuy fut pris lui aussi d’une violente érection. Une belle roulure à l’entrejambe visqueux et odorant, qui avait laissé sur le tissu fin plus de phéromones que toute une colonie de petites girl-scouts. « Oh, mais… vous faites quoi ? » a-t-il osé demander. « Elle nous réconforte parce qu’on est de bons soldats, pardi », a dit Briet, qui était sorti de sa sieste et mangeait des yeux Lisette, sa taille minuscule et ses hanches pleines. « Même que Barbot, il est en train de perdre son falzar, si tu veux savoir. » Effectivement, Lisette s’attaquait à la braguette du jeune Lucien qui, bien qu’il ait imaginé autre chose que la scène en cours, se laissait aller, dans son impatience d’en découdre avec les chairs roses et blanches, à cette exhibition qu’il aurait préféré s’éviter, pour être parfaitement honnête.

« Ça y est ! Elle le pompe comme le Trésor public ! » La petite bouche s’activait dans des mouvements rythmés et bien baveux, elle s’arrêtait parfois à hauteur du gland pour reprendre son souffle, mais elle y allait de bon cœur, la marraine de guerre. Le goût musqué, loin de l’offenser, saturait sa chatte d’un jus glissant. À croire qu’elle était née pour vider des valseuses de brigadier. « Doucement, doucement, je vais pas tenir », gémit Lucien en fermant ses paupières biseautées, deux doigts posés sur la fente qui s’ouvrait sans effort. À cet avertissement, elle sortit une grande langue pour lui lécher le frein, écarta ses cuisses toujours ornées de jarretelles grises et de bas fins.

Seul, le muet se paluchait sous ses draps, estimant qu’étant le moins susceptible de retrouver un jour une femme qui veuille bien de lui, il pouvait bien se permettre cet écart. Les autres se retenaient. Ils se contentaient d’absorber le spectacle pour se finir à un moment où ils seraient seuls.

« Viens sur moi, Lisette », a dit Lucien.

« Va sur lui, Lisette », ont dit en cœur l’aveugle et le manchot. Le muet a fait « Ghghankghkan » et ça pouvait vouloir dire « Va sur lui » ou « Vos gueules », mais on ne saura jamais.

Alors, Lisette a grimpé sur son infirme et l’a gratifié d’une douce chevauchée. Ça faisait un gros bruit de bouillie qui s’étalait à la fois sur son pubis et sur ses roustons. Briet, qui affectait toujours une nonchalance insupportable, choisit ce moment pour remettre du tabac dans sa pipe et l’allumer, ce qui plongea rapidement la pièce dans des volutes bleues. Ajoutée au jour mourant, l’épaisse fumée rendait la scène flottante et trouble. L’aveugle, au son du grincement du sommier métallique, la culotte collée aux narines, comprit ce qui était en train de se produire. La petite n’eut pas le temps de s’essouffler car un spasme violent secoua rapidement le corps du jeune Lucien.

Pris d’un embarras bien compréhensible, il se reboutonna fissa, attrapa ses béquilles et faillit proposer à Lisette de la raccompagner au moins jusqu’à l’escalier pour la saluer correctement, mais il n’avait pas non plus prévu la suite. S’il avait juté, c’est que c’était fini, non ? Mais les femmes avaient décidément pris de drôles d’habitudes en l’absence prolongée des hommes…

Eh non, Lisette n’était pas « satisfaite ». Prise d’une rage de jouir, d’exhibition et encouragée par les commentaires salaces de l’odieux Briet, elle s’est saisie de la petite chaise pour la poser au milieu de la pièce et s’asseoir dessus jambes écartées, faisant face au muet et à l’arrogant, pour entamer une masturbation à deux mains. La main droite s’agitait sur le clitoris, tandis que deux doigts de la main gauche disparaissaient au fond de sa chatte. Un sirop blanchâtre ressortit avec les phalanges, coula jusqu’au bois de la chaise. Elle ondulait comme une chienne avec sa chatte farcie et entendait bien se faire jouir le plus vite possible, redoutant le passage du dîner d’une minute à l’autre. Briet, maigre comme un barbelé, immense et voûté, les joues creuses sous l’ombre brune de sa barbe de trois jours, avec ce dédain libidineux que l’on garde pour les pires radasses, la regardait de haut en tirant sur sa pipe. « J’arrive pas à me branler avec la main gauche, mais le cœur y est, crois-moi », qu’il a dit. La petite marraine de guerre s’est touchée encore deux ou trois minutes, son petit visage rose tout froncé, puis à la surprise générale, a déchargé. Ça a giclé pour de vrai. Ils en avaient entendu parler, mais ils n’avaient jamais vu cette étrangeté. Enfin, Dupuy, l’aveugle, n’a pu qu’imaginer, et Lucien voulait juste que tout ça s’arrête le plus vite possible, mais Briet s’est levé pour allumer l’électricité et mieux voir les gouttes sur la chaise et le sol. Lisette, rouge, soulagée, détendue, souriante, s’est abstenue de tout commentaire parce qu’elle retrouvait son altitude des beaux quartiers.

On a compris que le muet avait joui parce qu’il avait arrêté sa gymnastique sous les draps tachés. Il leur avait fait grâce de son orgasme d’infirme.

« Eh bah, merde alors ! J’avais jamais vu ça. Vive la France ! » a persiflé Briet.

Lisette rajustait son chemisier bordé de dentelle de Calais. Évitait les regards trop prolongés avec Lucien. Ça se mettait de travers pour qu’elle soit sa marraine de paix.

Abasourdi, il a senti une bise claquer assortie d’un « Soigne-toi bien, mon Lucien » alors que ses talons claquaient déjà dans le couloir vers la sortie. Pour garder une contenance devant ses camarades, il n’a su que bafouiller « C’est toujours ça que les boches n’auront pas… »

Briet a bougonné « Toujours le bon filon, hein, Barbot, bordé de nouilles comme pas deux… » alors que Lucien voyait s’éloigner Lisette par la fenêtre, debout sur sa seule jambe droite, pétri de gêne.

« Quoi, bordé de nouilles ? »

« Oh ça va… La marraine de guerre pas farouche… L’abeille dans le pied gauche, comme par hasard… ya pas à dire, tu t’en sors toujours bien, mon salaud… »

Lucien Barbot a dégluti, bien plus paralysé à l’idée que les autres se doutent de son automutilation, qui faisait de lui le dernier des lâches, qu’à l’idée qu’on l’ait vu se faire pomper le dard entre deux pansements. Le muet et l’aveugle faisaient semblant de pioncer.

Du couloir montaient un bruit sec de quinte de toux et l’odeur fade de leur dîner.

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