Osez 20 histoires sea, sex and sun

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COLLECTIF

La MusardineOsez 20 histoires



256 pages


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Résumé

L’été sera chaud,  l’été sera chaud…

Sea, sex & sun, chantait Gainsbourg à la fin des années 1970 dans une France insouciante et joyeuse. Portées par un vent de liberté qui a traversé les décennies, les notes de cette mélodie populaire imprègnent chaque page de ce nouveau recueil de la collection « Osez 20 histoires ». Initiation au sexe entre filles sur une plage bretonne, baise décomplexée dans le wagon surchauffé d’un train du sud de la France, remake porno de Bienvenue chez les ch’tis sur une plage du Nord, étreinte torride sur la dune du Pilat mêlant un homme entre deux âges et une Lolita tombée du ciel… Ce recueil vous fera voyager dans tous les sens du terme et ne contredira pas le refrain de cette autre chanson populaire : l’été sera chaud !

Débuter la lecture

Memento – Irène Louÿs

Été 1977

Après le départ du car, les au-revoir et les embrassades, je suis allée dans la vallée musicale. Je suis redescendue jusqu’au bas du village de cases et je me suis allongée sur le banc, avec le bruit de la mer. J’ai écouté Dark Side of the Moon, réverbéré par les grandes enceintes posées sous les pins.

Alain était parti. De retour en France après deux mois au Club Méditerranée dans le sud de l’Italie, il était plein d’amour pour moi, de joie d’avoir vécu sa première expérience sexuelle. En montant dans le car, il m’avait dit « Je t’attends en septembre, je veux te présenter maman ». Il allait vite.

Bien sûr, ce beau grand jeune homme de vingt et un ans – mon âge, G.O. arts martiaux, athlète, joliment métis, tout juste diplômé en biochimie – méritait d’être écouté. Et pourquoi moi, la petite Italienne, avec les drames que je trimbalais, mes kilos en trop malgré mes beaux yeux, ne l’aurais-je pas suivi ? Après mon bac littéraire, ma mère m’avait mise à la porte. Je mourais d’envie de vivre en France ; à la fin de mon contrat d’assistante du gestionnaire du village – que j’avais obtenu parce que, bilingue, je pouvais à la fois faire le travail en français et négocier en italien avec les commerçants locaux – je n’avais pas de lieu où aller.

Alors pourquoi pas Alain, son envie d’amour toujours, son enthousiasme au lit, encore un peu maladroit… À son âge, les Italiens étaient bien plus expérimentés que ce sportif élevé par les oratoriens et un peu naïf. Moi, naïve, cela faisait un petit moment que je ne l’étais plus.

Un souffle de vent, une pulsation, Money… je l’avais écoutée, dans la Villa Borghese, une nuit, à sa sortie, quatre ans auparavant. J’ai fermé les yeux, en me souvenant.

Une ombre est venue estomper la lumière du soleil au-delà de mes paupières closes… quelqu’un. J’ai ouvert les yeux : Senusit.

Son nom de club, celui qu’on lui donnait quand on le présentait aux touristes, c’était « Sans Souci ». Ça ne lui allait pas très bien. Il était grand, sec, musclé et mince à la fois. Des éclairs argentés striaient ses boucles brunes : une dégaine de pirate sarrasin.

— Le petit est parti, a-t-il dit à mi-voix, avec son léger accent berbère.

Il n’a pas vraiment souri ; a seulement soulevé le coin de sa bouche ironique. Dans son regard, petite, moi, je ne l’étais pas. J’ai su qu’il voyait mes calculs, mes hésitations.

De la poche de son short bleu délavé, il a sorti une clé à l’ancienne, pas très longue, patinée.

— Tu vas au bout du village, tu passes derrière le bâtiment du restaurant, tu prends le passage dans la haie. Tu verras la maison, la porte verte. Tu entres et tu m’attends sans bouger. Un quart d’heure.

Où voulait-il m’envoyer ? Senusit était le vrai chef du village, l’intendant, le responsable de l’approvisionnement et des stocks, celui qui permettait tous les jours, dans l’ombre, que mille cinq cents personnes, mangent, dorment, se douchent, se baignent, dansent… Moi qui connaissais les ouvriers, les femmes de ménage, les locaux, je savais que même s’il n’était pas italien, il avait le bras long, un pouvoir. Comme on dit ici, il était connu. Respecté. Et peut-être craint.

Non content d’être respecté, il se voulait respectable. Sa femme était venue passer quelques jours au mois de juillet : une jolie secrétaire française blonde, mince, aux traits délicats, âgée d’une trentaine d’années, dont la figure pâle contrastait avec les joues creuses et la peau hâlée de Senusit, qui la dominait du haut de sa taille et de sa quarantaine. Il l’exhibait sobrement, ainsi que ses deux enfants sages.

Je suis passée derrière le bâtiment du restaurant, j’ai découvert le sentier, la haie. Le mur blanc de la maison renvoyait l’éclat chaud du soleil, les cigales crissaient, la mer était juste de l’autre côté du rideau de pins. C’était une grande bâtisse carrée badigeonnée de blanc, la porte d’un vert écaillé. J’ai tourné la clé, l’ombre fraîche des constructions méditerranéennes m’a accueillie. Une grande pièce sombre, des tas et des masses partout, des formes pendant du plafond. J’ai cligné des yeux. J’étais dans le magasin des provisions du restaurant et du village. Des boîtes en carton, des piles de boîtes de conserve, des réfrigérateurs, des lots de produits d’entretien, des fromages ; des jambons, pendus aux poutres, diffusaient leur odeur poivrée. À droite, des piles de cageots de fruits et de légumes, la senteur douceâtre des pêches. Partout, des sacs, des paquets s’entassaient, toute une richesse dont je ne distinguais pas les différents éléments, même si mes yeux s’habituaient à la pénombre.

Surprise, involontairement docile, je suis restée debout, deux mètres à l’intérieur, sans bouger. La porte s’est ouverte dans un éclat de soleil, puis s’est refermée. Il était derrière moi. M’a attrapée. Mes cheveux noirs de pâtre bouclé, assez courts, n’offrant guère de prise, il a serré dans son poing les petites mèches au bas de la nuque pour me tenir. Je n’ai rien dit. J’ai retenu mon souffle. Ou plutôt, mon souffle s’est coupé tout seul.

Il m’a poussée lentement, dans le plus parfait silence, vers une pile de grands sacs, au centre de la pièce, qui m’arrivait, à cause de ma petite taille, presque sous la poitrine. Il a ôté mon débardeur, défait le nœud du haut du maillot deux-pièces, il a dégagé mes seins. Placé derrière moi, il les a soupesés lentement. Je n’avais pas besoin de le voir pour deviner son sourire ironique, sa satisfaction de savoir que leur poids et leur taille correspondaient à ce qu’il avait anticipé. J’ai rougi. J’ai toujours eu honte d’admettre que l’abondance de mes formes pouvait me valoir l’envie des hommes. C’était comme une raison humiliante, indécente, d’être désirée. Je sentais qu’il le savait, et que cette honte l’excitait à ce moment précis.

Pourquoi l’ai-je laissé faire ? Bien sûr, les aventures d’un soir, les rencontres d’une heure étaient courantes entre G.O. J’en avais eu plusieurs avant mon histoire avec Alain, ça ne portait pas à conséquence. Mais Senusit, ce n’était pas un G.O. comme les autres, il ne faisait pas partie de ce groupe joueur. Il était sombre et sérieux. Il faisait peur. Et cette peur me plaisait tellement que je le laissais faire en silence.

Il n’y a pas eu de mots, ni non plus de demande ou d’explication. Il a tiré sur le nœud de mon paréo, a fait tomber le slip autour de mes chevilles. Il m’a soulevée et a posé mon buste sur les sacs de farine. Mes jambes pendaient dans le vide. Les sacs étaient recouverts de toile de jute rêche, qui agaçait la peau de mon ventre et la pointe de mes seins. Il a posé la main entre mes omoplates.

— Regarde !

J’ai tourné la tête vers lui au moment où il sortait son sexe. Il était beau, circoncis bien sûr. Je l’ai regardé fermer son poing et se caresser lentement. Il a glissé sa main entre mes cuisses, a ouvert ma fente en l’écartant à deux doigts, d’un geste factuel .Je me suis sentie rougir. Avant même qu’il glisse en moi, j’ai gémi ; j’ai eu un sanglot quand son pénis m’a remplie fermement, jusqu’au fond, et qu’il est resté là, sans bouger.

Ses mains se sont posées sur mes fesses, les ont serrées, caressées, pincées. Comme pour mes seins, je sentais la satisfaction qu’il éprouvait à tenir mes rondeurs ; j’avais honte de son désir explicite pour mes formes abondantes, et en retour, son désir s’attisait de mon humiliation.

Il s’est penché, m’a mordu doucement la nuque ; quand il s’est mis à bouger lentement en moi, j’ai recommencé à gémir, submergée par le désir.

— Demande ! a-t-il proféré brièvement.

— Plus fort ! j’ai dit d’une voix aiguë que je ne reconnaissais pas. Plus fort encore…

Alors, il a frappé fort et vite, au fond de moi, sans même me caresser ni me toucher, et j’ai crié, prié, sangloté alors que je montais vers la première vraie jouissance que j’aie jamais connue. Je l’ai entendu gronder, il m’a mordue plus fort, son sexe a palpité en moi.

Une fois qu’il s’est retiré de moi, Senusit a rentré son membre dans son short, qu’il n’avait pas quitté. Il a pris sur un comptoir un bout de ficelle, l’a passé dans l’anneau de la clé, a noué la ficelle autour de mon cou, près de mes colliers en perles multicolores.

— Tu reviendras quand je te ferai signe, a-t-il dit simplement.

Je savais que je reviendrais.

Le matin suivant, dans les bureaux du village, alors qu’il allait, comme chaque jour à la même heure, voir Hervé, le gestionnaire, Senusit a posé sur ma table un billet avec ces mots : « Aujourd’hui, à 18 heures ».

En début d’après-midi, entre deux dossiers, j’ai écrit une lettre à Alain : oui, j’allais le rejoindre à Paris, pour les quelques jours dont il disposait en septembre, avant de partir au service militaire. Oui, j’allais rencontrer sa maman, et j’allais voir si je pouvais trouver à Paris un travail qui me permettrait de m’inscrire, comme j’en rêvais, en fac d’histoire à la Sorbonne, peut-être même en prépa.

Et après avoir exposé ces projets en vue de construire ma future petite vie bien rangée, je suis allée me doucher et j’ai repris le chemin qui longeait la plage et menait à la maison blanche. Je suis entrée avec ma clé, et j’ai attendu une nouvelle fois dans la pénombre.

Lorsque Senusit a poussé la porte, la lumière dorée de la fin d’après-midi a éclairé un instant les sacs de jute, qui avaient été plus proprement empilés sous les jambons qui pendaient du plafond.

Une fois la porte refermée, il ne m’a pas touchée, mais m’a ordonné de me déshabiller, lentement, entièrement, puis de m’approcher de lui.

— Prends tes seins et offre-les-moi.

Docile, j’ai soulevé mes gros nichons et je les lui ai présentés. Toujours impassible, il a pincé mes tétons, avec lenteur et méthode, puis, se baissant, il les a mordus.

— Va te mettre à plat ventre sur les sacs.

Comme ils étaient trop hauts, pour m’allonger dessus, j’ai dû sautiller maladroitement. J’étais très excitée. Senusit est venu derrière moi, a claqué mes fesses, pincé mon clitoris et m’a prise brusquement. J’ai joui presque tout de suite. Alors, il est sorti de moi, s’est dirigé vers le bidon orange qui contenaitla réserve d’huile d’olive, et prenant de l’huile avec la louche, il en a versé sur ses doigts, au-dessus de l’évier. Il est revenu ensuite près de moi, et a badigeonné mon anus offert avec ses doigts couverts d’une huile un peu piquante. J’ai gémi de peur, et d’anticipation. Il ne m’a pas demandé si c’était la première fois : il le savait.

Il a posé son gland épais sur ma rondelle serrée, et il a poussé. J’ai crié et me suis débattue : la douleur était trop forte, et je contractais mes muscles. Senusit s’est arrêté, m’a retenue, les mains appuyées sur mon dos :

— Tu as le choix, tu peux t’en aller, il suffit de le dire… tu te lèves et tu pars ; mais si tu veux rester, tu essaies de t’ouvrir et tu me prends en silence.

J’ai pensé un instant m’en aller, puis je suis restée là, figée.

— Tu peux pleurer, a fait alors Senusit.

Il m’a sodomisée lentement, avec détermination, en caressant mon clitoris. Il m’écartelait, mes larmes coulaient, mais nous avons joui ensemble. Très vite, il s’est rajusté, il est reparti sans plus de commentaire.

Pendant les quinze jours qui ont suivi, presque tous les soirs il m’a convoquée dans la réserve, toujours en silence, toujours avec détachement et mépris. Et plus il me mettait à distance, plus je jouissais, et je pensais à lui toute la journée.

À la fin du mois d’août, sa femme est revenue ; elle est restée trois jours, et durant tout ce temps, Senusit ne m’a plus convoquée. Le deuxième soir,pendant que je me baignais au ponton, il y est descendu avec sa compagne pour contempler le coucher de soleil. J’ai remonté l’échelle pour sortir de l’eau. Je l’ai frôlé en passant pour revenir au bout de la jetée, je les ai regardés en riant et j’ai plongé. J’ai fait beaucoup de natation étant petite, et je plongeais bien. Je frimais.

— C’est beau, la jeunesse, a-t-il dit, moqueur.

Deux jours après, alors que sa femme et ses enfants étaient déjà repartis, je suis descendue relever la caisse du bar, au bas du village près de la piscine. Senusit est passé à côté de moi, a pris sans rien dire le tiroir de la caisse et l’a enfermé à clé dans l’un des placards du bar. Il m’a prise ensuite par le coude, d’un geste faussement amical, m’a fait descendre les escaliers qui menaient à la plage, a tourné à droite le long de la mer. Un peu plus loin, au fond de la langue de sable où jouaient les enfants du miniclub, poussait une haie fournie de roseaux. Nous l’avons contournée ; caché derrière, se trouvait un vieux bateau de pêcheur, décoloré, laissé là par les hommes du pays voisin qui pêchaient la nuit au lamparo.

Senusit est entré dans la barque, s’est assis sur le banc de rame, m’a fait agenouiller devant lui sur le fond qui blessait mes rotules. Il a écarté ses jambes, sorti son sexe du short. C’est là, dans le chant des vagues toutes proches, les cris des enfants qui jouaient et le bruit de leurs plongeons, l’odeur des beignets de la cahute sur la plage, qu’il m’a appris, dans les premiers jours de septembre, à avaler son sexe, jusqu’au fond, à maîtriser les spasmes de ma gorge, à le faire jouir de mes lèvres ou à lui offrir, docile, ma bouche à baiser.

Le dernier soir avant la fermeture du club, il a mis un pantalon blanc et une tunique blanche. Cette fois, il est venu me chercher à la sortie du bureau. Il était beau, sec, bronzé. Il m’a prise par la main et m’a accompagnée jusqu’à sa case, la plus belle du village, une case double qui fermait vraiment. Au centre, il y avait un grand lit tout blanc. Il m’a déshabillée doucement, m’a allongée, m’a caressée, m’a souri.

— Demain tu pars. Il faut y aller, à Paris, il faut aller voir le petit, il faut rester avec lui.

Ses caresses me déconcertaient tellement que je n’osais même pas gémir.

— Tu es la plus belle, tu es celle que je voudrais, tu es grosse comme j’aime, tu es douce, tu es obéissante quand je te veux, j’aurais pu quitter ma femme pour toi, mais tu vois, tu es trop intelligente, tu es trop bourgeoise, tu en sais trop. Un an avec moi, qui ne sais presque pas écrire, tu t’ennuierais, tu te révolterais, tu serais malheureuse, même si je peux te dompter quand je te commande. Alors, tu vois, tu ne pouvais être que ma pute, et j’ai fait de toi ma pute. C’est pour ça que je t’ai baisée dans la réserve, comme une pute. C’est pour ça que ça m’a excité de t’enculer là où les jambons sont suspendus… moi, musulman, ça m’a fait bander comme un diable.

En me disant ces dernières paroles, il a écarté mes cuisses et m’a prise doucement, pour la première fois par-devant, en me regardant dans les yeux avec tendresse.

— On serait ensemble, tu voudrais m’oublier au bout de trois ans. Mais pour ce que je t’ai fait, pour chaque fois que je t’ai baisée, pour chaque fois que tu m’as sucé à genoux, pour chaque fois que je t’ai enculée, tu te souviendras de moi encore quand tu seras vieille, le soir.

Mars 2018

Dont acte. Je me souviens. J’ai toujours la clé.

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