PEINTURES PAS FRAICHES

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DORLANDO Tony

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Broché / 126 pages


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Résumé

J’ai deux passions dans la vie : piloter des avions et m’amuser avec des filles qui aiment qu’on les maltraite un peu. Gifles, fessées, pinces à linge et autres taquineries qui donnent du piment aux ébats amoureux…
Tout allait bien pour moi jusqu’au jour où j’ai accepté d’aller chercher une collection de tableaux. J’aurais dû me méfier : la peinture c’est pas ma tasse de thé.

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Je m’appelle Colombus. Christopher Colombus. Mes parents avaient de l’humour. Et pas mal d’argent. Ils l’ont claqué avant que je puisse le faire à leur place. Ma mère avec des gigolos, mon père avec des poules. Je ne peux pas leur donner tort, mais s’ils avaient baisé ensemble, je ne serais pas obligé de gagner ma vie. J’ai deux passions : piloter des avions et torturer des filles. Un schéma simple : le Ciel et l’Enfer ! La première est facile à assouvir. Je me suis fait une bonne réputation. Pilote dans l’armée de l’Air, puis dans les forces spéciales d’intervention de l’OTAN pendant cinq ans, je me suis ensuite recyclé sans mal dans l’aviation civile. Transport, tourisme, affaires ou n’importe quoi qui nécessite un avion. Toujours des contrats courts. Par besoin d’indépendance.

Ma seconde manie est moins évidente à satisfaire. La règle veut que l’on n’aime pas être torturé ! C’est compréhensible : ça fait mal. La difficulté se double chez moi de deux exigences : que les filles soient d’accord et qu’elles y prennent du plaisir, ou au moins qu’elles fassent semblant. Je ne suis pas un compliqué. Quelques aiguilles, une poignée de pinces à linge, une cravache ou un bon vieux martinet suffisent à mon bonheur. Parfois ça ne va plus loin, d’autre fois le matériel est inutile et une fessée suffit pour me porter à l’incandescence. Ça dépend de la fille, des circonstances et de mon humeur. Une petite intello accro au pan-pan-cucul et qui y trouve son pied, peut être plus excitante qu’une prostituée qui prend deux mille balles pour trois coups de fouet en flanelle et deux brûlures de cigarette éteinte qu’elle « endure » avec des grimaces burlesques sur son visage fatigué. Je me laisse avoir parfois. J’ai de la sympathie pour les putes.

Les professionnelles spécialisées mises à part, toutes les filles sont loin d’être d’accord pour ce genre de pratiques. Par chance, il y a des exceptions. Il faut demander la permission avant. Elles acceptent ou elles refusent. On a parfois de bonnes surprises. Quoi qu’il en soit, l’expression d’une fille lorsque je lui propose, après les préliminaires d’usage, de lui planter des épingles dans les fesses ou de lui poser une pince au clitoris, par exemple, est plutôt drôle. Un mélange d’incrédulité amusée, de peur mêlée d’une vague excitation. La plupart se rhabillent et filent. Je ne fais rien pour les retenir. Elles doivent avoir la certitude d’échapper à un fou dangereux. D’autres, dès que leur petit cul a réintégré l’abri symbolique de la culotte, s’attardent comme si elles attendaient que je les force. Mais ce n’est pas mon genre. Alors, je dis que ce n’est pas grave, qu’il n’y a tout de même pas que le sadomasochisme dans la vie. Je propose une partie de rami, ou d’écouter un bon vieux disque de Cole Porter ou de Telonius Monk et de bavarder.

Certaines acceptent tout d’emblée. Trop vite. Les pinces, les aiguilles, la cravache et d’autres jeux plutôt louches. Je m’en méfie. Celles-là ont des projets à l’esprit : mariage, foyer, enfants. C’est fou ce qu’une femme est coopérante pour les trucs les tordus quand elle pense flairer le mari potentiel qui pourrait la mettre enceinte. Quant à cette dernière éventualité, j’ai réglé le problème une fois pour toutes : je les encule et j’éjacule dans le fond de leur gorge pour être certain que mes spermatozoïde seront détruits par leurs sucs gastriques. Je suis intraitable. Pas question de libérer mes bestioles dans leur vagin. C’est à prendre ou à laisser. Elles laissent. Allez donc fonder une famille avec un type qui refuse de vous baiser ! J’en rencontre tout de même qui font ça juste pour le fun. Sans arrière-pensée.

 

*

 

 

État de Floride. Orlando. Je viens de passer trois mois à faire de l’épandage aérien dans un gros ranch de la région. Dans quelques jours, je serai en Hollande où m’attend un autre job : moniteur dans un aéro-club. J’ai donc le temps de m’amuser un peu jusque-là.

Je suis descendu dans un hôtel minable, à proximité de Church Street. C’est tout juste si on remarque l’entrée coincée entre un marchand d’électroménager en solde, dont la camelote clinquante déborde jusqu’au milieu du trottoir, et un fast-food merdique bricolé par un Chicano qui se fait appeler Speedy. Le rideau métallique, couvert d’étiquettes de putes, est coincé en travers à mi-hauteur.

Speedy passe vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans son bouiboui, à dormir d’un œil et à servir des tortillas imbibées d’huile. Soledad, sa nièce, lui donne un coup de main. Une fille délurée, un peu boulotte, et dont les joues sont veloutées d’un duvet sombre. Ses gros seins semblent toujours sur le point d’échapper du décolleté. Je lui parle de Paris où elle rêve d’aller. Elle m’écoute fascinée, la bouche entrouverte, les yeux vagues et fixes comme un môme devant une vitrine de Noël. J’y mange midi et soir. Ce n’est pas une question de fric. Je ne me sens bien que dans ce genre d’endroits. De plus, les femmes qu’on y rencontre sont souvent intéressantes. Des putes, bien sûr, mais aussi des filles à la dérive, qui peuvent être tentées par une partie un peu dure pour oublier pendant quelques heures le merdier dans lequel elles se débattent.

J’ai fait un détour dans ce patelin pour retrouver Bonnie, une fille avec qui j’ai voyagé en bus trois mois plus tôt. Des anneaux un peu partout et tatouée au point qu’elle aurait pu sortir à poil sans que ça se remarque. Pendant presque deux cents kilomètres, il n’y avait eu que nous dans le bus. Nous avions pris du bon temps sur la banquette du fond. Bonnie était passionnée par ce genre de trucs. Une coriace. Elle criait pas. Quand ça faisait trop mal, son regard vacillait comme si elle jouissait, et elle se mordait les lèvres. Après avoir enfoncé dans son vagin et son cul les objets les plus incongrus que j’avais pu trouver dans mon sac de voyage, elle m’a laissé jouer avec ses seins. Plutôt petits, très mous et un peu pendants, ils étaient parfaits pour ce que j’avais à en faire. Elle avait juste refusé les incisions par peur d’abîmer ses tatouages ! Nous nous sommes quittés contents l’un de l’autre, et elle m’avait donné son adresse. Je suis tombé sur une copine à elle qui m’a dit deux choses : primo que Bonnie avait été torturée à mort quinze jours plus tôt par un maniaque sexuel, deuzio que je pouvais me tirer parce qu’elle n’aimait pas ma figure. Chacun ses goûts ! Je suis parti.

Un peu déprimé, je suis retourné chez Speedy pour manger une enchilada. La mort stupide de Bonnie m’a perturbé. Une chouette môme qui s’éclatait dans des trucs décalés. À force de penser à ce que ce salopard avait pu lui faire subir, je finis par avoir une érection démesurée. Le Mexicain avait repéré mon air soucieux. Il m’avait déjà rendu service. Il était capable de vous procurer n’importe quoi pour peu que ce soit illégal et que vous ayez de quoi payer !

— Eh, hombre que passa ? Tou veux una chicana à fouetter comme hier ? J’ai une clandestine. Vingt ans. Casi una niña ! Elle est un peu enceinte, mais très jolie ! Tu peux lui mettre le cul comme un hamburger pour deux cents dollars !…

Je refusai son offre : les femmes enceintes m’émeuvent au point que je ne peux rien faire avec elles ! Je me souviens d’un couple pervers. Le mari m’avait baratiné au téléphone pour que je punisse sa femme. Il s’agissait de bondage un peu dur après un dîner aux chandelles et à la con dont je me serai bien passé. Il en rajoutait dans le genre raffiné : « Madame sera punie dans le salon. Elle servira le café, nue, en bas et porte-jarretelles… Avez-vous une préférence pour la couleur ? » J’avais dit que j’en avais rien à foutre. Il avait trouvé ça tout à fait « cocasse » et « pittoresque ». N’importe, j’étais bien obligé, de temps à autre, de supporter ce genre d’imbéciles heureux pour assumer mes déviances ! Toujours est-il que j’étais arrivé pour découvrir que « madame », une jolie blonde snobinarde, brushing et nez refait, était enceinte jusqu’aux yeux. Le mari m’avait pris pour un con et en plus j’étais frustré de ma partie SM ! Un mauvais cocktail. J’ai dit au type que j’allais lui casser la gueule, sa femme s’est mise à hurler, les voisins ont appelé la police. Pendant quarante-huit heures, la vie a été un peu compliquée pour moi, puis ça s’est tassé.

Je fis signe à Soledad qui m’apporta une bière. C’est alors que je vis Juan Mendoza pour la première fois. Sec comme un coup de trique, le poil noir et d’un âge indéterminé entre vingt-cinq et cinquante ans, il était accompagné d’une jeune femme en pull noir, jean et basket. Le visage aux traits réguliers était sans maquillage sous les cheveux noirs tirés en arrière et noués en un chignon serré. L’un et l’autre étaient de toute évidence latinos, mais l’allure du couple tranchait sur la clientèle habituelle de l’endroit. Je ne connaissais pas encore l’homme, et je ne pouvais pas me douter qu’il allait être à l’origine de pas mal d’ennuis.

Ils échangèrent quelques mots avec Speedy qui les fit passer dans l’arrière-boutique. Puis le Mexicain vint vers moi.

— Hé, gringo, tu veux voir quelque chose d’intéressant ? Ça te changera les idées.

Je demandai des explications.

— La chica qui vient d’entrer avec le type, elle va être un peu malmenée. Bien fouettée. Peut-être plus que ça, même. Ça te plaît, non ? Cinquante dollars et tu seras comme au spectacle… Pour dix dollars de plus, tu emmènes Soledad. Pour te sucer.

Après tout, il faut traiter le mal par le mal. C’était un bon moyen de me débarrasser du souvenir de Bonnie ! Mais le Mexicain devenait gourmand. Je marchandai :

— Tu me prends pour un Américain, amigo ? Trente dollars, Soledad comprise !

Il discuta pour la forme, et finit par céder. Je lui donnai l’argent.

Soledad me conduisit aussitôt derrière l’établissement par une étroite ruelle encombrée de poubelles. Une porte en fer donnait sur une réserve exiguë où régnait une forte odeur de piment et de pommes de terre moisies. Elle écarta quelques boîtes de conserve et me désigna une fissure assez grande d’où je pourrais suivre ce qui se passait. J’y collai un œil pendant que la jeune Mexicaine, pressée dans mon dos, passait la main devant moi, ouvrait ma braguette et commençait à me branler.

L’homme et la femme discutaient. Elle était calme mais un peu tendue. Ils parlaient en espagnol. Assez fort pour que je puisse suivre leur conversation. Soledad se glissa à genoux entre moi et le mur. Ses lèvres happèrent ma queue. La fille alluma une cigarette et rejeta la fumée par les narines avec nervosité.

— Tu es certain que ces salauds me restitueront dans trois mois ? Ces types de l’Union nationale nous méprisent !

— Ne t’inquiète pas. Et ils te rendront en bon état. C’est convenu dans notre arrangement.

— Comme Porphiria !…

— C’était un accident. Tu le sais. Ils se sont excusés et ils nous ont dédommagés. Cinquante mille dollars.

Elle demanda d’une voix sourde :

— Le prix d’une militante ?…

— Sans argent, nous ne pouvons espérer renverser les impérialistes !… Nous sommes en guerre, Dolores. Nous devons chaque jour être prêts à mourir. Porphiria a donné sa vie pour la liberté. Nous la vengerons. Tu dois être forte.

— Je sais, Juan… Tu as raison. Je suis juste un peu nerveuse. Je ne connais pas leurs méthodes…

— Ne crains rien, tu as subi pire en stage. Ils n’ont que la version C du manuel de Luig.

« Version C du manuel de Luig » ! C’était quoi, ce business ?

Ce prénom à consonance catalane me frappa. J’étais loin de me douter que je l’entendrai beaucoup par la suite. La bouche de Soledad était onctueuse et chaude. Sa langue frétillait autour de ma queue qu’elle faisait filer entre ses lèvres avec des va-et-vient où se percevait une réelle tendresse. Peut-être pour me remercier de parler de Paris. Je lui caressai la tête. Elle abandonna un instant ma verge et leva les yeux.

— Tu vas pas me faire de mal, hein ? Mon oncle dit que tu aimes faire mal aux filles…

— Mais non, Soledad, je ne te ferai aucun mal. Suce en paix.

Je me préparais à ajouter : « … et que le Seigneur te tienne en sa sainte garde », quand je me souvins à temps qu’elle était très croyante. Elle hocha la tête avec une expression sérieuse et convaincue.

— Tu es un gringo, mais je t’aime bien, Christopher.

— Alors si tu veux me faire plaisir, enfonce-la bien au fond… Le plus loin possible…

Elle s’appliqua à me satisfaire. J’avoue que ses capacités d’absorption m’étonnèrent. Elle pouvait me garder tout au fond de son gosier pendant de longues secondes sans être secouée de spasmes. Je repris mon observation. Sur le conseil de son compagnon, la fille se déshabilla. Elle était très mince, à la limite de la maigreur. Des seins ronds comme des pommes se détachaient du torse souple et nerveux. Le rasage de la toison avait laissé un triangle bleuté sur le pubis très saillant, fendu haut par la vulve d’un bistre soutenu.

Sans être un expert en politique, il était clair que l’homme et sa compagne appartenaient à un mouvement révolutionnaire. Mais je voyais mal à quel moment la femme subirait les sévices annoncés. Je commençais à penser que Speedy m’avait arnaqué, quand trois hommes pénétrèrent dans la pièce. Au premier coup d’œil, on avait l’impression qu’ils se ressemblaient comme trois gouttes d’eau : grands, minces, sportifs. En baskets, jean et tee-shirt sous un blouson de cuir. Les cheveux coupés ras sous leur casquette de base-ball noire. Ensuite on distinguait deux jeunes et un plus âgé qui devait être leur chef. Ces types étaient de toute évidence des fachos. Le vieux appartenait à la pire espèce. Aussi à l’aise dans la théorie que dans l’action. Les deux jeunes restèrent près de la porte. L’un d’eux portait une mallette qu’il posa près de lui. Puis ils dégagèrent avec ostentation un pistolet du holster qu’ils portaient sous l’aisselle pour l’enfoncer dans leur ceinture. Des antiques Luger de la Seconde Guerre mondiale. Une petite faiblesse sentimentale qui pouvait leur coûter cher en face de gars équipés d’UZI israéliennes. Cette démonstration de force ne parut pas impressionner le Mexicain. Il serra la main du faf en chef et tous deux se donnèrent des claques sur l’épaule.

— Salut, Juan. Ça va ?

— Bien. Très bien, amigo. Nous avons eu ce fantoche de Delgado !…

Le général Delgado avait été pulvérisé quelques jours plus tôt dans l’explosion de sa voiture. Un attentat qui avait compromis des négociations en cours entre les États-Unis et Panama. L’activiste hocha la tête.

— J’ai lu ça dans les journaux. Beau travail !…

Toutefois, sous cette cordialité, on percevait le mépris du Yankee pour son interlocuteur latino.

Dolores s’était raidie à l’approche de l’homme qui la désigna d’un coup de menton.

— C’est elle ?

— Oui.

L’homme saisit un bout de sein et tira d’un coup sec. La mamelle prit une forme incongrue. Dolores esquissa une grimace de douleur, aussitôt contrôlée, et fit un pas en avant. Il lâcha prise avec une secousse de bas en haut. Le globe élastique trembla et reprit sa forme.

— Elle ne semble pas très solide. Nous ne souhaitons pas avoir les mêmes ennuis qu’avec la précédente.

Sa voix avait perdu toute chaleur. Le Mexicain haussa les épaules.

— Ne parlons plus de cette affaire, hombre. La fille était en bonne santé et bien entraînée. Ça a été un accident dû à la négligence de tes hommes. Celle-ci est résistante et se porte bien. Si vous en prenez soin, vous n’aurez pas de problème.

— Je l’espère pour vous. Nous prendrons toutes les précautions. Cette fois, si ça se passe mal, c’est vous qui serez responsable. Pas question de dédommagement.

Le révolutionnaire hocha la tête.

— Vous avez l’argent ?

Le facho en chef se tourna à demi vers celui qui gardait la mallette.

— Montre-lui, Mike.

Le jeune extrémiste ouvrit le bagage. Des liasses de billets de cent dollars y étaient rangées avec soin. Un sourire cynique tordit les lèvres.minces de l’homme.

— Je l’essaye avant.

— Claro, amigo ! Elle est prête. Tu fais ton essai pendant que je compte. C’est correct, non ?

Le chef approuva d’un bref coup de tête.

Dolores, sans qu’on ne lui ait rien demandé tira une chaise sous l’ampoule nue qui pendait du plafond. Elle s’assit et plaça les mains dans son dos, derrière le dossier. Sous la lumière jaunâtre, sa peau mate avait des tons blafards. Le chef se planta devant elle et l’observa avec attention, comme s’il voulait évaluer ses capacités.

— Il faut t’attacher, putain marxiste ?

Dolores cracha à ses pieds.

— Garde tes cordes pour te pendre, hijo de puta ! Après la révolution, tu seras le premier à qui je couperai les couilles !

Il la gifla. Un revers dur qui renvoya sa tête sur le côté. Un peu de sang suinta de ses narines, contourna les lèvres et sinua jusque sur le menton. Une grosse goutte écarlate tomba entre ses seins. Superbe ! Le Yankee émit un petit rire sans joie.

— Nous n’en sommes pas encore là, querida ! Nous réglerons nos comptes quand les traîtres qui dirigent notre pays se balanceront au bout d’une corde ! Et tu vas nous y aider, Nos braves petits gars doivent apprendre à torturer les vermines comme toi !

Cette coopération entre marxistes révolutionnaires et activistes d’extrême-droite ne m’étonnait pas. En revanche, la nature de la transaction m’intriguait.

Dolores reçut une autre gifle. Un claquement mat. Le sang perla avec plus d’abondance entre ses seins. Ma queue gagna un bon centimètre. Je maintins là tête de Soledad pour qu’elle ne bouge plus jusqu’à ce que l’orgasme naissant s’estompe. À ce moment, mon attention fut attirée par un infime crissement à proximité de mon visage. Je me détournais de la scène pour découvrir à quelques centimètres, une énorme blatte noire, grosse comme un pouce. Je soufflai dans sa direction avec autorité :

— Boucle-la, ahurie, tu vas nous faire repérer ! La bestiole s’arrêta et balança ses antennes dans ma direction. L’une après l’autre. Figer un cafard à la voix est tout à fait amusant. On a l’impression qu’il vous écoute. On peut lui raconter un tas de trucs. Dans certaines circonstances, il est réconfortant d’avoir quelqu’un avec qui on se sent en confiance. Je lâchai Soledad qui se remit à sucer. Sa bouche était suave autour de ma queue. La vue du sang qui gouttait entre les seins de la mexicaine m’excitait mais le danger d’une jouissance prématurée était écarté. La Mexicaine était volontaire. J’aurais volontiers cassé la gueule au fumier qui la frappait. Pourtant j’étais là à bander comme cerf dans la bouche de la nièce de Speedy pendant que je le regardais faire ! J’avais appris à vivre avec mes contradictions. Je ne poursuivis pas l’introspection plus loin.

Soledad s’interrompit encore et chuchota :

— À qui tu parles ?

— À la cucaracha !…

Elle émit un petit rire, et ma queue replongea entre ses lèvres, comme aspirée dans un puits palpitant, mouillé et sans fond. Ça se passait tout en bas de moi, dans l’obscurité. Je recommandai encore une fois au cafard de la fermer, et je repris mon guet. Juan s’était installé à la table encombrée de paperasses en désordre qui devait servir de bureau à Speedy. Il comptait l’argent avec soin. Le chef dégageait son ceinturon des passants du jean. Dolores, ses pommettes saillantes à peine marquées par les coups, le regardait avec indifférence. Elle demanda avec un sourire ironique :

— De dos ou de face ?

— Shut up ! Tu parles trop ! Je testerai tes seins en dernier. Tourne-toi.

La fille s’installa à califourchon sur la chaise, les mains serrées sur les montants du dossier. Les épaules animées de frémissements énervés exprimaient une impatience. Tout au moins, je me plus à le croire. Le premier coup laissa une large zébrure rouge sur le dos fin et souple. Dolores poussa un faible râle, très bref. L’homme la frappa pendant quelques minutes. Il cessa lorsque les premières gouttes de sang perlèrent. Durant toute la correction, pas un cri n’avait échappé à la fille. J’étais sur le point de jouir. Je repoussai la tête de Soledad pour me soustraire à sa voracité. Elle s’étonna :

— Pourquoi ? Je ne fais pas bien ?

— Très bien, au contraire. Mais je me réserve pour la suite. Je te dirai quand il faudra t’y remettre.

— Ils lui font quoi, à la fille ?

— Elle vient d’être fouettée.

Elle émit un petit rire.

— Alors, tu aimes ça pour de bon, hein ?

— Oui.

Je l’entendis pousser un soupir résigné, puis encore son chuchotement qui monta vers moi dans l’obscurité.

— Je t’aime bien quand même.

Dolores avait repris sa position initiale, de face. Juan qui avait fini de compter l’argent s’approcha.

— Alors, amigo ?

— Pas mal. Elle ne crie pas. On va voir si elle résiste à ça…

Il détacha du revers de son blouson un des multiples insignes qui y étaient piqués. Je ne pouvais en discerner le dessin, mais j’imaginais sans mal qu’il s’agissait d’un de ces symboles à la con qu’affectionne ce genre de guignol. Staliniens attardés, nazillons nostalgiques ou cathos intégristes, tous étaient fétichistes ! Si ces pauvres crétins avaient calé leur libido sur le triptyque « talons aiguilles, bas noirs et porte-jarretelles » au lieu de bloquer sur ces grigris merdiques, il y aurait eu moins de morts un peu partout. S’ils y tenaient à tout prix, ils auraient toujours pu appeler leur confrérie le « Cul-Cul-Clan » !

Bref, le vieux facho saisit un mamelon tira avec force et traversa avec lenteur l’aréole distendue. Une expression méprisante abaissa les lèvres de la fille. Pas un instant, son regard qui fixait l’Américain avec intensité ne vacilla. Il tirailla sur la chair pour refermer l’épingle. Il fit subir le même traitement à l’autre sein sans que Dolores manifeste davantage sa souffrance. Je bandais au point que ma queue recourbée touchait presque mon nombril. Soledad, à genoux entre la paroi et mes jambes, attendait. Si je la laissais faire maintenant, j’inonderai sa bouche en quelques secondes. Si j’attendais, je prenais le risque qu’il ne se passe plus rien d’excitant. Dilemme, Corneille, la chèvre et le chou, Charybde et Scylla !

Un nouveau coup d’œil me rassura. L’Américain venait d’allumer une cigarette et soufflait sur la braise pour l’aviver. Une légère pâleur altéra le visage de Dolores, mais elle trouva assez de ressources en elle-même pour adresser à son tortionnaire un sourire provocant. L’homme ricana, tira une bouffée brève et fit tomber la cendre.

— Avance les fesses au bord et écarte les cuisses, putain !

La fille s’exécuta. Il est probable qu’à ce moment elle devait se répéter qu’accélérer la chute du capital qui tardait un peu à s’effondrer sous le poids de ses contradictions valait tous les sacrifices ! L’homme approcha l’extrémité incandescente de la vulve entrouverte par la posture. Je jugeai que le moment était venu pour Soledad de reprendre sa tache. À tâtons, je poussais sa tête vers ma verge. Elle l’engagea aux deux tiers dans sa bouche, le gland calé au fond de son arrière-gorge. D’un mouvement tournant, l’Américain écrasa la braise avec lenteur au sommet de la fente. Les mains de la fille blanchirent aux jointures tant elle sera les bords du siège. Les yeux agrandis, les narines pincées, un long grognement de douleur lui échappa tout le temps que dura la brûlure. Je n’y tins plus. Je saisis la tête de Soledad. Mon sperme gicla, s’accumula en giclées épaisses dans son pharynx. Elle avala.

C’est dans ces circonstances que je vis Juan Mendoza pour la première fois. J’appréciais le goût du martyre de ses petites camarades, mais ses convictions politiques étaient trop éloignées des miennes pour que je songe à faire sa connaissance.

 

*

 

 

Il n’y a même pas la clim. Allongé sur le lit douteux, je regarde tourner les pales du ventilateur au-dessus de moi. La lueur d’une enseigne au néon à la gloire de Gator Land ou de Disney World, les points forts du coin, éclaire la chambre par intermittence. J’allume une cigarette. Le vol pour Amsterdam décolle dans trois heures. Ça me laisse le temps de réfléchir. Je récapitule ce que m’a appris le señor Mendoza.

 

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