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Résumé

Perle, « née sous X », ça vous campe un personnage, surtout lorsque l’héroïne découvre, au détour de ses lectures de l’Enfer, que cet X n’est peut-être que la révélation d’un destin sexuel hors du commun. S’appropriant cette lettre comme identité plutôt que de la porter comme une croix, elle va l’incarner dans le monde interlope et libidineux d’un Paris de débauche. Puis rompre avec cette vie, et se retirer en bord de mer, dans la Brière. Mais sur sa route, elle croise Alanik, marinier taiseux, avec qui des horizons nouveaux se déploient. Les légendes locales, la terre, l’eau, les huîtres laiteuses, le bon vin, tout devient prétexte à exacerber un amour torride et pastoral qui en appelle aux cinq sens… et à l’outrance.

Débuter la lecture

Je m’appelle Perle et suis née sous X, cette mystérieuse lettre cruciforme qui ne dit que l’innommable. On ne peut être plus concis : X.

La langue française ne sait pas dire ni concevoir l’abandon maternel avec un vrai mot.

Cette croix d’illettré ne dut pas suffire à ma destinée, on peaufina mon pedigree en me nommant Perle. Sans doute ma génitrice vit-elle en ce nourrisson extrait de sa chair la plus grosse bévue de son existence, ce minuscule corps parasite entré par effraction dans son ventre, cultivé contre son gré, transformé en un joyau trop beau pour elle. Le prénom de Perle s’imposa alors pour nommer ce qu’elle allait abandonner. Mais peut-être est-ce l’administration perverse qui m’affubla de ce saugrenu prénom, allez savoir…

Perle née sous X, ça vous expédie la plus sage des enfants dans un monde interlope.

Mes parents adoptifs ont profité de mon apprentissage de l’alphabet pour m’enseigner que le X signait ma venue au monde. Je brandis alors l’insupportable pourquoi de la petite enfance. Pourquoi « X » ? Mon père adoptif ne supportait pas l’aveu de son ignorance, il préféra improviser une réponse laconique :

« Si l’on veut rayer un mot, le supprimer, on fait une croix dessus. On trace un X comme on gomme. Le X efface les circonstances de ta venue au monde. Cette lettre remplace tout ce qui est caché, tu, inconnu, indicible. »

Ce père tombé du ciel cachait sous le prétexte de la vérité due aux enfants la plus vive des cruautés. C’est souvent comme ça les bons sentiments, ça dégouline tout miel pour faire semblant de faire du bien. Effrayée par ce coup de gomme infanticide, je renonçais à dégainer un autre pourquoi. Ce X avait biffé et annulé mon existence au moment même où je poussais mon premier cri. On m’expliqua doctement que ma mère avait ce droit : me confisquer ma filiation et me jeter dans la vie sans savoir dans quel ventre j’avais été conçue ni de quel nom j’héritais. À maternité impossible, enfant impossible.

Puisqu’un enfant doit tout savoir le plus tôt possible, je sus avant même d’apprendre à lire le Petit Poucet que les mères abandonnent leur couvée de bon droit sans pour autant qu’une cellule psychologique ne soit mise en place pour l’orphelin. On ne trouva rien à me répondre quand je demandai en retour la raison pour laquelle un enfant qui n’avait pas plus désiré venir au monde, surtout sans mère, n’avait, lui, aucun droit, pas même celui de répudier ses parents adoptifs. Ce manque d’équité me fichait dans des colères sans fond.

En CM2, l’institutrice nous fit lire Sans famille de ce sadique Malot. Mais si je sanglotais, c’était surtout de jalousie, je n’arrivais pas à la cheville du petit Rémi, il n’y avait pas d’épilogue à mon histoire, pas de retrouvailles, je n’étais l’héroïne de rien ni de personne. Les écrivains sont de gros pervers, il n’y a que dans leurs livres que les orphelins suscitent l’intérêt, les enfants abandonnés y vivent des existences fabuleuses et libres avec juste ce qu’il faut de déchirant pour faire chialer leurs lecteurs ravis. Si loin de la réalité.

Me sentant violentée et exclue, je décidai de faire volte-face en brandissant ce X à chaque fois que l’on me demandait mon patronyme et ceux de mes père et mère. Butée, je refusais même d’inscrire mon prénom, j’indiquais simplement née sous X, suivi des noms de mes parents substitutifs. Qui m’ont adoptée non pas par grandeur d’âme, mais parce qu’ils étaient stériles. Je comblais leur mal de conception, ils m’aimèrent pour eux et non pour ce que je suis et qui les désespère aujourd’hui. L’adoption n’est pas toujours un véritable acte d’amour, pas plus d’ailleurs que le fait de concevoir un enfant. Ils ne m’ont voulue que pour remplir un vide, pour me mettre dans leur maison clôturée de vilains thuyas avec leur caniche idiot parce qu’un couple sans enfant se retrouve trop vite face à son pathétique ennui et à son désamour.

Le cœur généreux disaient-ils, de l’amour à brader… alors qu’ils n’étaient pas fichus de nourrir celui qu’ils avaient l’un pour l’autre. À leur tour, ils ont aujourd’hui tracé le X maudit sur mon existence et ne veulent plus avoir pour enfant celle que je suis devenue.

Au collège, mon prof de maths me fit aussi le coup du X. Résultat, ces inconnues dont il prétendait me voir m’escrimer à rechercher leur identité me paralysèrent. Je refusais de me mettre en quête du terme de l’équation. Que tous les X du monde se démerdent, je n’allais pas passer ma scolarité à enquêter sur des identités et des origines dissimulées expressément quand on était infoutu de me livrer les miennes. Je me contentais de calligraphier ce X de tourment à l’infini sur mes classeurs et les murs de ma chambre, en lettres arabes, gothiques et de tous les alphabets du monde, en m’inventant une fierté d’être différente et de m’extraire du lot commun. Enfin, je m’isolais dans la lecture pour me faufiler à chaque livre ouvert dans la peau d’un personnage toujours différent.

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