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Résumé

De par le vaste monde existent bon nombre de traditions bizarres. Véronique, jeune prof de dessin vacataire, ne l’ignorait pas. Pourtant, en rencontrant M. Chen, un riche homme d’affaires, elle ne se doutait pas qu’il lui proposerait de devenir sa fille adoptive afin de respecter une vieille coutume familiale liée à une de ses ancêtres. En contrepartie, elle devait s’engager à devenir une vraie courtisane experte dans les jeux du sexe. N’ayant jamais reculé devant une expérience, Véronique acceptera, et bien plus que la recherche du confort matériel, c’est la quête du plaisir qui sera sa voie.

Encore un nouvel érotique de Claude Delbouis. On y retrouvera ses thèmes de prédilection, mais cette fois avec un zeste de philosophie orientale. Laquelle ne fait que rejoindre ce qu’il a toujours pensé : les histoires de cul, ça commence d’abord dans la tête.

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CHAPITRE PREMIER

Que M. Chen vienne visiter une exposition de porcelaines chinoises n’avait rien de surprenant compte tenu de ses origines asiatiques. Que Véronique se trouve nez à nez avec lui était une coïncidence qui surprenait et amusait la jeune femme. Elle le connaissait pour l’avoir vu accompagner un jeune neveu au collège où elle était professeur de dessin. Il s’agissait d’un établissement privé, et elle savait qu’il était membre du conseil d’administration. Ce n’était pas n’importe qui. On disait qu’il possédait de nombreux restaurants et une entreprise d’import-export spécialisée dans les soieries. Véronique ne l’avait entrevu que deux ou trois fois, mais elle avait la mémoire des visages.

Lui aussi l’avait reconnue. Il lui souriait.

— Eh bien, ma chère, il me semble que nous nous sommes déjà rencontrés quelque part ?

La jeune femme expliqua qui elle était ; il hocha la tête.

— Oui, ça me revient ! Alors, vous avez un faible pour les porcelaines anciennes ?

Elle acquiesça. Il était plus petit, plus mince qu’elle, mais il l’intimidait avec son costume tiré à quatre épingles et ses lunettes cerclées d’or. Au fond, il ressemblait plus à un intellectuel qu’à un riche commerçant. Il était difficile de lui donner un âge. Cependant, à en juger par ses cheveux grisonnants, il devait approcher de la cinquantaine, ou même l’avoir dépassée.

À présent, il fixait Véronique sans sourire. Il semblait réfléchir. Le silence s’éternisant, elle se sentit mal à l’aise. Ils étaient seuls dans un coin de cette salle en sous-sol. Ce n’était pas qu’elle eût peur, mais elle ne saisissait pas pourquoi il la contemplait en silence, comme s’il l’étudiait. Elle cherchait une formule pour prendre poliment congé, quand enfin il dit :

— Je n’habite pas très loin. Puis-je me permettre de vous offrir le thé ?

Elle hésita, mais sa curiosité s’éveillait. Elle devinait qu’il avait une idée derrière la tête. En outre, elle était désœuvrée ce samedi après-midi, et l’idée de rentrer dans son minuscule studio où personne ne l’attendait ne la tentait pas. Elle accepta.

L’homme d’affaires, en effet, n’habitait pas loin. À trois cents mètres à peine après la sortie de la galerie, il fit franchir à Véronique une porte coincée entre une boutique de jeux vidéo et un magasin de sport. Au-delà du seuil, s’étendait un couloir étroit et mal éclairé. L’endroit ne semblait guère reluisant ; la jeune femme se demandait ce qu’ils faisaient là. Cependant, quand son guide eut ouvert une seconde porte au bout du passage, puis se fut effacé en l’invitant à entrer, elle dut admettre que les apparences étaient trompeuses.

Ils se trouvaient dans un grand salon dont les murs étaient cachés par des paravents et des tentures. Le mobilier était un mélange de style oriental et européen. Apparemment, Chen avait une prédilection pour les sofas profonds et les tables basses, outre les panneaux et les bannières ornées d’idéogrammes ; s’il y avait une fenêtre, elle était masquée. La lumière provenait de lanternes suspendues par des chaînettes fixées au mur. Elles étaient en verres multicolores enchâssés dans une armature métallique. Véronique n’osait croire que celle-ci était en or. Pourtant, cela semblait bien être le cas. Visiblement, le Chinois se délectait de sa surprise.

— Je reconnais que mes goûts sont plutôt ostentatoires, mais que voulez-vous, ma chère, ici, c’est mon petit domaine personnel. Alors, je me suis laissé aller à ma fantaisie.

D’un geste, il invita la jeune prof à prendre place sur un des sièges. À peine s’étaient-ils installés, une Asiatique surgit de derrière un paravent, comme si elle avait guetté ce moment. Elle était nettement plus grande que le maître de maison et devait avoir à peine une vingtaine d’années. Elle portait une lourde robe rouge et or qui lui tombait aux talons et était coiffée à la manière traditionnelle qui laissait croire que des ailes lui avaient poussé de part et d’autre du sommet du crâne. M. Chen lui ordonna d’aller préparer du thé. Elle s’inclina, puis disparut aussi prestement et silencieusement qu’elle était apparue.

Véronique était revenue de sa surprise. Non sans une pointe de malice, elle observa :

— Votre petit nid est somptueux. Je suppose que peu de gens l’ont vu ?

— C’est exact. Comme vous le pressentez, j’en suis sûr, si je vous y ai invitée, ce n’est pas sans raison précise. J’ai bien vu que vous vous étonniez de la façon dont je vous regardais. Je vous prie de m’excuser. C’est une impolitesse de fixer les gens, mais votre personnalité m’intéresse.

Ils échangèrent un sourire entendu. Véronique avait l’impression de participer à un duel, mais celui-ci était à fleurets mouchetés. Rien ne pouvait être plus amical que l’attitude de son hôte envers elle. Elle se demandait bien pourquoi, d’ailleurs : ils se connaissaient à peine.

La jeune Chinoise réapparut avec un plateau lourdement chargé qu’elle déposa sur la table basse, devant le canapé. Ensuite, elle fit mine de se retirer, mais M. Chen l’arrêta.

— Tu peux rester, Liu !

L’intéressée parut perplexe, mais, obéissante, se retira dans un coin, les mains dans les manches de sa robe. Avec une parfaite aisance, son patron fit le service. Véronique ne pouvait se défendre d’une impression d’irréalité. Ils se trouvaient dans l’un des arrondissements les plus animés de Lyon. Pourtant, dans ce salon luxueux où régnait un silence ouaté et où flottait un parfum indéfinissable, ils semblaient être hors du temps. Elle se secoua pour chasser le malaise et l’engourdissement qui s’emparaient d’elle. C’est alors que M. Chen prit la parole.

— J’ai une proposition à vous faire, mais d’abord, parlez-moi de vous.

Véronique n’y voyait aucun inconvénient, mais elle n’avait pas grand-chose à dire sur elle. Abandonnée très tôt par ses parents, elle avait été élevée jusqu’à sa majorité par une famille d’accueil. Elle avait étudié dans une école d’arts appliqués. Son ambition était de devenir styliste dans une maison de haute couture ou de prêt-à-porter de luxe, mais elle avait tourné court. Pour vivre, elle donnait des leçons et occupait des postes de professeur de dessin vacataire, comme celui qu’elle avait en ce moment au collège Sainte-Eudoxie. L’homme d’affaires écoutait avec attention. À la fin, il lui fit remarquer qu’elle n’avait pas soufflé mot de sa vie sentimentale. Elle hésita, puis révéla qu’elle s’était mariée avec un camarade de l’école d’arts appliqués, mais qu’ils avaient divorcé au bout d’un an. Devant l’air intrigué de son hôte, elle lui confia, avec réticence, que son ex-mari la trouvait trop exigeante au lit.

— Et depuis ?

— Oh, juste des rencontres occasionnelles dans des discothèques ou des boîtes de nuit. Je ne veux plus m’attacher.

Chen paraissait fort satisfait de ce qu’il avait entendu. Se tournant vers Liu, il ordonna :

— Va vite chercher le service, celui que tu sais, Liu.

La jeune fille eut un sourire éblouissant et s’en alla. Elle ne fut pas longue à revenir avec un grand coffret recouvert de velours qu’elle déposa sur la table. Son patron fit jouer le fermoir en or, souleva le couvercle. Véronique écarquilla les yeux. C’était aussi un service à thé qui se trouvait à l’intérieur, mais visiblement, il ne datait pas de la même époque que celui présenté sur le plateau. C’est un fait qu’il aurait eu sa place dans l’exposition de porcelaines anciennes. Chen expliqua qu’il datait de l’empereur Xuande, un des principaux représentants de la dynastie Ming.

— Ça ne lui fait jamais que six siècles, après tout !

Véronique ne releva pas la pointe d’humour. Elle se demandait comment cette pièce rare était en possession de son hôte. Même pour quelqu’un d’aussi riche, ce ne devait pas être facile à obtenir. Il s’agissait peut-être d’un héritage. Elle ne se trompait pas : Chen lui dit que le service était dans sa famille depuis son origine, ajoutant qu’il avait une histoire particulière. Il avait été donné à une de ses ancêtres par un haut personnage de la cour en remerciement de ses services.

— Autant que vous le sachiez, il s’agissait d’une courtisane, autrement dit, une prostituée de haut vol. Depuis, il s’est institué une tradition dans notre lignée. Le service passe de mère en fille aînée, à condition que cette dernière reprenne, au moins symboliquement, le rôle de courtisane de notre ancêtre pour honorer celle-ci.

L’anecdote était piquante, mais Véronique ne saisissait pas ce qu’elle venait faire là-dedans. Elle grignotait machinalement une pâtisserie et faillit s’étrangler quand Chen lui annonça qu’il envisageait de lui léguer le service.

Le temps de boire une gorgée de thé pour calmer sa toux, elle objecta :

— Mais ce n’est pas possible. Je ne fais pas partie de votre famille.

— Il y a longtemps que j’ai discuté de la situation avec mes frères. Eux n’ont que des fils et moi je n’ai pas d’enfant. La solution la plus simple serait que j’adopte quelqu’un. Vous savez, nous sommes très attachés à cette tradition.

Véronique se demandait si elle ne rêvait pas. Elle était là à discuter avec un homme riche comme Crésus qui envisageait de faire d’elle sa fille adoptive à condition qu’elle devienne une courtisane, autrement dit, une pute de luxe. Parce qu’elle ne pouvait pas se leurrer : c’était ça, le sens de la discussion.

D’un ton badin, Chen lui demanda comment elle avait financé ses études à l’école des arts appliqués.

— Ça revient cher, n’est-ce pas ? Surtout s’il s’agit d’un établissement privé. Je sais que les étudiantes qui ne sont pas issues d’une riche famille ont recours à des expédients. Il n’y a pas trente-six solutions pour une jolie demoiselle qui n’a comme capital que sa propre personne.

Véronique resta coite. Comme beaucoup d’autres, elle avait travaillé à mi-temps dans un fast-food, mais comme d’autres filles aussi, elle avait donné rendez-vous à des messieurs généreux dans des hôtels discrets quand l’argent se faisait rare. Malgré tout, elle ne comprenait pas pourquoi la proposition tombait sur elle. Elle jeta un coup d’œil à Liu. Cette dernière paraissait mieux placée pour reprendre le flambeau de la tradition. M. Chen devina ce qu’elle avait en tête.

— Montre-lui, Liu !

La jeune fille se pencha, prit sa robe par la lisière, la releva lentement. Elle portait des jupons, mais pas de culotte. Quand elle arriva à l’entrejambe, Véronique comprit tout : au lieu d’une fente, c’était un sexe d’homme qu’elle avait… petit, bien formé. S’exhiber l’excitait sans doute : sa verge se redressa. Chen lui fit signe de laisser retomber sa robe. Ensuite, d’une voix suave, il admit qu’il avait des goûts spéciaux.

— Liu ne demanderait pas mieux que d’être une femme ; malheureusement, elle est née homme, et la plus habile des médecines n’y peut rien. C’est une vraie qu’il me faut, qui puisse avoir une fille à qui elle léguera à son tour le service.

Il avait rempli à nouveau les tasses. Véronique vida la sienne d’un trait. Elle savait qu’il existait des coutumes bizarres de par le monde, mais tout de même, celle-là dépassait tout ce qu’elle aurait pu imaginer. Il est vrai qu’il s’agissait d’une tradition privée, qui ne devait pas être connue hors de la famille. Malgré tout, Véronique n’arrivait pas encore à y croire. Elle dit :

— Voyons, monsieur Chen, je veux bien admettre que j’inspire confiance, et que je ne suis pas une oie blanche, mais tout de même ! Vous ne me connaissez pas.

— Dans les affaires, ma chère, il faut parfois se décider très vite, et donc se fier à son instinct. Je l’ai déjà fait ; jamais, je n’ai eu à m’en repentir.

Elle n’avait rien à objecter.

Chen lui demanda si elle acceptait sa proposition. Elle répondit qu’elle devait réfléchir. Il lui tendit une carte de visite.

— Vous avez raison. Voici mon numéro privé. Appelez-moi dès que vous aurez pris une décision. Je vais commander un taxi pour vous ramener chez vous.

Il ajouta que tout cela devait rester entre eux, Sur ce point, Véronique était tout à fait d’accord. À qui donc pourrait-elle raconter cette histoire sans passer pour une mythomane ?

 

 

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