TROIS LECONS POUR FANNY

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CHOLSTITZ DT

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Broché / 160 pages


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Résumé

Fanny est une comédienne jeune, belle, presque célèbre et pas tout à fait heureuse. Le soir de Noël, elle rencontre un inconnu qui va la mettre au défi : en trois leçons, est-elle prête à devenir la vraie Fanny ? Un corps soumis à toutes les audaces, un corps profané, abaissé, sublimé par les désirs les plus pervers ? Fanny dit oui. Car cet inconnu, elle le connaît trop bien. Elle a dejà partagé avec lui un mariage minable et un divorce expéditif qui lui ont laissé un arrière-goût de bonheur manqué. Mais est-il toujours le même homme ? Elle dit oui et plus jamais elle ne pourra dire non. Sous le bâillon, les chaînes, le fouet, dans la mystérieuse maison du Grand Sommeil, Fanny s’éveille à la servitude.

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PREMIERE LEÇON

27 décembre

Fanny avait regardé sur un plan. Le sauna était tout au bout, près d’un boulevard extérieur de Marseille. Bien sûr, elle aurait pu arriver par le haut, mais elle n’aurait pas eu le temps de réfléchir. Elle gara donc sa voiture de location et marcha à l’abattoir, sentant monter en elle un trouble si violent qu’il était proche de la nausée.

Elle en avait rarement éprouvé de semblables. Avec Perros, en fait, les premiers temps de leur mariage, quand il la forçait à faire des choses qui la révoltaient. Un pâle soleil de printemps filtrait à travers de minces nuages effilochés, semblables à de la gaze, et la grande cité Phocéenne bourdonnait, active et insouciante, tel un gigantesque animal étalé au bord de la mer.

Elle approchait du sauna et, au fur et à mesure qu’elle approchait, elle ralentissait son pas. Il lui semblait que tout le monde la regardait. Des commerçants lui jetaient un coup d’œil goguenard. Les ménagères la suivaient des yeux en se chuchotant des choses atroces. Les hommes qu’elle croisait se retournaient sur son passage. Ils savaient. Ils savaient tous qu’elle allait se prostituer là-bas, dans cet établissement louche aux vitrines noires.

Ça devait se lire sur son visage. C’était écrit sur sa poitrine haletante. Elle était sûre qu’on l’avait reconnue. L’année précédente, elle avait fait une tournée dans les Bouches-du-Rhône avec la troupe du théâtre ; quelqu’un avait mis un nom sur cette ravissante brune aux yeux cachés par des lunettes sombres, et ce nom volait de lèvres en lèvres : « Je l’ai vue, elle allait là-bas, toute seule, se mettre à poil, se montrer à tous les clients… » On riait, sans doute. Des enfants la montraient du doigt. « Ils vont se la passer et se la repasser comme une pute à l’abattage… Ces artistes, tous des vicieux, je vous dis… » Oh mon dieu, elle était perdue.

Fanny Lenfant s’arrêta et fouilla dans son sac. Le petit bout de papier y était toujours, avec l’adresse que lui avait donnée son ex-mari. « Nous allons bien voir si tu as changé… » Elle le froissa nerveusement dans sa main moite et le jeta à terre. « Tu serais capable de te faire prendre par plusieurs types à la file ? Devant moi ? De ne rien dire, de te laisser faire, et de jouir en criant ? » Et quand elle avait répondu : « Oui, oui oui, je pourrais le faire, je ne t’aime plus, je te le montrerai ! » Perros avait eu ce même regard que dix ans plus tôt, dans cette soirée chez les L…, quand on jouait au strip-poker avec sanctions, et qu’elle avait dû baisser son slip devant tout le monde.

Elle avait vingt ans, alors, et elle était éperdument amoureuse de lui. « C’est bien fait pour toi, ma chère, tu n’avais qu’à mieux jouer.. » avait-il ri.

En deux heures, elle avait perdu sa robe, ses chaussures, ses bas, et s’était retrouvée en petite tenue au milieu de cette assemblée de notables, la plupart encore complètement habillés. Et surtout de leurs femmes, des femmes de quarante, cinquante ans, excitées par l’alcool et la jalousie. Elle sentait encore la meute autour d’elle.

« Mes compliments, mon cher, » avait susurré une de ces salopes, une grande bourgeoise qui savait jouer au poker à la perfection et n’avait enlevé que ses bracelets. « Votre femme est une véritable merveille ! Ces seins d’adolescente, ces hanches de garçon… C’est bien dans votre goût ! »

Fanny se tenait là avec sa culotte à la main, au centre de la pièce, ne sachant plus que faire et elle éprouvait cette nausée irrépressible, cet abandon de tout le corps qui appelait un abandon pire encore, les profanations les plus dégradantes, les traitements les plus humiliants. Comme aujourd’hui, oui, tout à fait comme aujourd’hui.

Quand Perros l’avait entraînée dans une chambre, avait-elle pensé que c’était pour être seul avec elle, ou avait-elle espéré autre chose ?…

Elle savait, maintenant. C’était là. Sauna Cupidon.

Qu’elle était naïve alors ! La chambre était sombre mais elle avait bien vu leur hôte, qui les attendait près du grand lit. Son cœur s’était affolé et elle avait aspiré l’air désespérément, comme en ce moment. « Alors on vient payer les dettes de son mari ? » avait dit leur hôte en riant. Il avait plus de soixante ans, bien conservé, mais avec une peau ridée. « Mettez-vous à genoux, comme cela, face à moi. Comme une prisonnière, oui. Renversez-vous en arrière, les mains sur vos chevilles ! » Ses mains sèches écartaient ses cuisses sans ménagement,plongeaient en elle, derrière, devant : « Quelle ravissante enfant ! Cette toison serrée, ces aines bien lisses, ah, mon cher, vous avez bien de la chance… »

Elle n’avait rien oublié de ce qui avait suivi : une fois bien dilatée, bien mouillée, la petite madame Perros avait été couchée sur le lit, les genoux ramenés de part et d’autre du visage. Et, toute sanglotante sur la fourrure noire, elle avait laissé l’inconnu enfoncer une corne raide dans son ventre. Perros, son mari, assis près d’elle, lui tenait les bras écartés et fixait des yeux de fou sur sa vulve martyrisée….

Elle était sur l’autre trottoir.

« Tu dois t’engager à les prendre tous, comme une pute. Sinon, ce n’est pas la peine de venir. »

La chaussée la séparait de la façade discrète, aux vitres opaques. Une simple rue mais large comme un fleuve. Elle se lança.

Il y a dix ans, le type avait éjaculé en elle et Perros l’avait maintenue de force jusqu’à ce qu’il se soit entièrement vidé. Elle sentait encore le choc du jet dans ses entrailles. « Naturellement, tu seras protégée ; je m’occupe de tout. » Ses jambes mollirent, elle dut s’appuyer sur une voiture à l’arrêt.

Quel nom idiot ! Sauna Cupidon ! Les joues chaudes, elle franchit le seuil sans regarder autour d’elle.

Perros était là, qui contemplait des photos d’hommes en maillot dans une vitrine. Il tenait quelque chose à la main, un paquet rectangulaire de la taille d’un parapluie repliable, et il sourit en la voyant.

Elle tremblait.

– Je savais que tu viendrais, dit-il.

Il la provoquait, un sourire cruel sur les lèvres, et elle s’étonna de le trouver beau. Il avait vieilli, bien sûr, mais il avait toujours ce fort visage carré, une crinière avantageuse poivre et sel, et ses belles mains.

Il ajouta :

– C’était bien, hier soir.

– Ça t’a plu de sauter ton ancienne femme ? lança Fanny avec colère.

Deux pas en arrière, et elle était dehors. Mais elle ne les fit pas.

– Moelleuse, mais plus nerveuse, dit Perros avec cynisme. Tu as de l’expérience, une sorte d’abandon hargneux…

Il goûtait chaque mot, et chaque mot était une gifle.

– Tu jouis facilement, maintenant, non ?

– J’ai appris.

– Sans moi, je sais.

Il avait l’air de s’en moquer totalement.

– Mais tu n’as appris que la surface du plaisir. Son écume. Avec moi, tu vas toucher le fond.

Il souleva une lourde tenture et ils furent dans l’entrée, une petite antichambre tendue d’autres portraits d’hommes, ceux-là entièrement nus, dans des positions suggestives.

– Mais c’est une boîte homo ! souffla Fanny.

– Pas toujours. dit Perros. Dans la journée, ils baisent n’importe qui.

Elle frémit sous l’insulte mais, sachant qu’il l’avait fait exprès, elle ne dit rien. Elle n’allait pas lui faire ce plaisir.

– Alors, allons-y !

– Tu es sûre de ce que tu fais ?

Il la défiait.

Elle lui retourna un regard noir.

– Nous sommes là pour ça, non ?

Le type derrière la caisse était un poussah d’une trentaine d’années, avec une barbe de huit jours. Il les dévisagea avec curiosité et avança deux tickets sur la tablette en faux marbre.

– Tarif couple, 180 francs…

– Paye, dit Perros.

Une façon de lui montrer qu’elle consentait à s’avilir, mais elle n’allait pas caler maintenant. Les doigts tremblants, elle fouilla dans son sac et en sortit deux billets.

– Il y a du monde ? demanda Perros.

– Les habitués, grogna le caissier. Il déshabillait Fanny des yeux. Et pas une dame. La petite mademoiselle, elle va dérouiller.

– On est là pour ça, conclut Perros.

– Je monterai peut-être après, dit le type en rendant la monnaie. Et je vous rembourserai vos entrées.

– Elle se fait prendre par le cul, dit Perros d’un ton neutre.

– Comme tout le monde ici, dit le type.

Ils franchirent une autre porte et débouchèrent dans les vestiaires : deux rangées de caissons en métal, avec des cadenas prolongés d’un cordon qu’il fallait nouer à son poignet.

Ce qui frappa Fanny, ce fut moins l’exiguïté de l’endroit que l’impression d’être dans une cabane, au mieux une roulotte, quelque chose d’improvisé, de clandestin. Les murs étaient en contreplaqué, le plafond doublé d’un isolant dont les plaques ondulaient, et l’éclairage au néon sifflait en projetant une lumière spectrale sur le misérable décor. Au fond de la pièce, un client achevait de se dévêtir, un marocain ou un algérien très jeune, le teint mat, les cheveux frisés, qui leur jeta un regard rapide.

– Je t’avais prévenue, souffla Perros. Ce sont surtout des immigrés. Ils n’ont nulle part où aller et passent toute la journée là, à guetter et attendre…

– Il vient parfois des femmes ? demanda Fanny, la gorge serrée.

– Qu’est ce que tu crois ? Du beau monde, de celles que tu croises dans les salons. Ou des commerçantes, celles qui ont des boutiques de fringues. Quand elles ne les font pas bosser au noir avant de les dénoncer aux flics, elles leur achètent cash un moment de passion…

Il déverrouilla un placard et ouvrit la porte.

– Ce sont de superbes garçons, bien plus beaux que nos pâles français, tu verras…

Il ajouta :

– Toi, tu es là pour te donner. Pour rien.

– Je sais, murmura Fanny.

Elle avait redouté de devoir se déshabiller en public, car Perros lui avait précisé qu’il n’y avait qu’un vestiaire commun, et le soulagement l’emportait sur son malaise. Quelle situation étrange, se dit-elle en regardant le jeune homme qui passait un peignoir en éponge rêche, trop court et trop étroit. Elle était habituée depuis l’enfance à n’aller que dans des endroits réservés à son sexe, et elle se retrouvait ici, dans cette espèce de no man’s land où tout pouvait se passer. Où tout allait se passer. Le client referma la porte de son placard et se dirigea vers eux, l’air absent.

Fanny s’effaçait pour le laisser passer mais il s’arrêta et regarda Perros avec une expression suppliante. Son visage était convulsé d’envie.

– Je crois que notre ami attend quelque chose de toi, dit Perros, l’œil moqueur.

– Oh non, pas tout de suite ! implora Fanny.

– Pourquoi pas ?

L’Arabe sourit et ouvrit les deux pans de son mince vêtement. Son pénis à demi durci, sans capuchon, se dressait orgueilleusement.

– Il veut que tu le branles, traduit Perros.

– S’il te plaît… mendia Fanny. Elle détestait la voix qu’elle avait, une voix serrée par la peur et l’envie.

– Tourne-toi, dit Perros au client, avec la rudesse d’un homme habitué à être obéi.

Souriant, le garçon s’appuya au mur, les dix doigts bien écartés, jambes légèrement fléchies. Ses muscles tendus dessinaient un étrange damier sur son dos, et ses fesses rondes comme des pommes s’écartaient rythmiquement.

– Allez ! intima Perros.

Le cœur battant la chamade, Fanny s’approcha et entoura la taille du garçon de ses bras, par-derrière.

– Colle-toi contre lui indiqua Perros. Il s’était adossé au mur, et fixait le bas-ventre du client. Contre ses fesses, oui. Prends sa queue à deux mains et branle-le. Fort ! Je te regarde…

Agissant comme dans un rêve, elle saisit la mentule à pleines mains. Les fesses dures du garçon bougeaient contre elle, le membre énorme et fibreux tressautait entre ses doigts. Prenant appui sur les talons, elle donna un coup de reins au garçon pour le forcer à se cambrer.

La nuque frisottait, à quelques centimètres de sa bouche, et il sentait bon. Il était si gros qu’elle avait de la peine à faire le tour avec ses doigts.

Aller vite, pour ne pas être surprise. Elle n’aurait pas supporté d’être vue ainsi, en train de masturber un inconnu. Mon dieu, qu’il était épais ! Elle bougeait les deux poignets ensemble, et sentait le gland heurter sa paume, un gland très doux, velouté comme une petite pêche.

– Plus vite ! intima Perros. Autant t’en débarrasser le plus vite possible. Il y en a d’autres…

Elle accéléra son mouvement. L’Arabe soufflait et renâclait, griffant le mur de ses ongles. Puis il gicla interminablement en poussant une longue plainte, et elle agita la chair mâle et odorante, comme une salade, oui, tout à fait comme une salade que l’on égoutte.

Elle se dégagea, les jambes tremblantes. La voix dure de son ex-mari la cloua sur place :

– Eh bien ? À poil, vite ! Et mets ce peignoir.

Fanny arracha ses yeux du sperme qui dégoulinait lentement sur la paroi. Il lui semblait tenir encore la matière chaude et élastique du sexe de l’homme, mais celui-ci avait filé au fond de la rangée et se rhabillait hâtivement.

Quand il eut fini, il passa à toute vitesse près d’eux, sans même un sourire, et disparut par la porte.

– Il n’a pas demandé son reste ! se moqua Perros. Eh bien, qu’attends-tu ? Que je te déshabille moi-même ? Aurais-tu déjà oublié notre pacte ?

Il était nu et exhibait complaisamment un sexe turgescent. La veille, elle ne l’avait pas très bien vu et elle ne put refréner sa curiosité. Tout en ôtant ses vêtements, elle examina la verge et les couilles de son ancien mari, essayant de trouver en quoi elles différaient de son souvenir.

Elle avait accueilli cette chair dans sa bouche et son ventre des dizaines et des dizaines de fois. Elle l’avait caressée, flattée, sucée, tournée et retournée contre sa langue ou dans ses mains, et souvent elle l’avait vue pendre au-dessus d’elle, lourde grappe herbue, chaude et odorante qu’il écrasait sur son visage, et pourtant, c’était comme si elle la découvrait. Le corps de Perros avait changé, plus lourd, plus hostile, oui, c’était cela, hostile. Bien sûr, il ne m’aime plus, se dit-elle en ôtant sa culotte, il est seulement là pour jouer, jouer au mari exigeant.

Elle saisit le peignoir et l’enfila. Dans le mouvement qu’elle fit, ses beaux seins coniques penchèrent alternativement, d’un côté puis de l’autre.

– Tu es toujours aussi bien foutue, dit Perros.

Elle en fut contente et, en même temps, trouva cela absurde. Et c’est alors qu’elle les entendit.

Les hommes.

Le peuple d’hommes pressés à l’étage au-dessus, car le sauna, curieusement, était situé au premier étage et les salons de repos dont lui avait parlé Perros, au-dessus, sous les toits. Les salons où ils vont me violer à tour de rôle. Leurs piétinements, le bruit étouffé de leurs corps impatients se devinaient par-dessus l’incessante ronde de l’eau, les martellements de la plomberie, l’écho d’un jet de douche frappant la céramique…

– Allons, dit Perros. Il avait passé la clé à son poignet et brandissait un rouleau de plastique alimentaire, ce film très fin, transparent, dont on enrobe les plats que l’on désire conserver au réfrigérateur. Il jeta l’emballage dans un coin et poussa la jeune femme dans l’escalier aux parois ornées d’une mosaïque en matières synthétiques représentant des faunes et des vierges se pourchassant sous les branches.

Un bourdonnement naquit dans les oreilles de Fanny, comme si elle traversait une couche nuageuse, et elle vit défiler toutes les marches une à une tandis que le bruit enflait au-dessus de sa tête.

Ils débouchèrent à l’étage. Une vapeur épaisse stagnait dans l’air, obscurcissant un couloir de trois mètres de large, si long qu’il disparaissait à son extrémité dans une pénombre grise. Un homme les croisa, qui redescendait et hésita avant de plonger dans la cage d’escalier.

Fanny, le cœur au bord des lèvres, faillit le suivre mais Perros la poussa vers la cabine de douche, un simple bassin ouvert sur trois côtés, visible par tous.

– Lave-toi.

– Ici ?

Toute sa chair se révulsait.

– Ils te verront dans une minute, expliqua patiemment Perros. De face, derrière, sur les côtés, par en-dessous. Tu comprends ? Ils te verront sous toutes les coutures. Ne fais pas ta mijaurée.

Mijaurée. C’était le mot qu’il utilisait autrefois, pour se moquer de ses pudeurs. « Cette mijaurée qui se faisait enculer dans les toilettes du lycée, » précisait-il crûment. D’un mouvement des épaules, elle se débarrassa du peignoir et descendit dans le bassin. De toutes façons, il était trop tard pour reculer. Bravement, elle actionna le robinet.

L’eau chaude lui fit du bien. Il lui sembla que c’était une autre Fanny qui se dégageait de l’ancienne, une Fanny prête à toutes les expériences, prête à vivre enfin, une Fanny avec une peau toute neuve, une soif inextinguible de plaisir. Qu’est ce que ça pouvait faire ? Qui pouvait la voir ? Personne. Elle allait se livrer à un public anonyme, pareil à ceux pour lesquels elle jouait tous les soirs, un public doté de mains, de queues, et la seule question qui la taraudait, c’était de savoir si elle allait jouir. Si elle allait vraiment se montrer à la hauteur du rôle.

À travers le rideau de perles cascadant sur sa chair, elle vit Perros qui l’examinait, et elle se cambra, provocante. Eh bien, fais-moi prendre devant toi. Fais-moi défoncer, puisque tu le veux, je ne calerai pas.

Elle sortit de la douche et refusa le peignoir qu’il lui tendait.

– Je suis folle. Je suis folle de t’avoir écoutée, mais tant pis…

Perros défit son vêtement et le jeta sur le sien. Dans ses yeux, elle vit qu’il l’admirait. Il bandait et elle fixa le membre viril avec un mélange de convoitise et de répulsion.

Puis elle vit les hommes.

Ils émergeaient du brouillard un à un, comme de monstrueux flotteurs. Nus pour la plupart. Ils étaient tous sombres de peau, avec cette matité splendide des mâles africains ou maghrébins. Leurs yeux flambaient

– Eh bien avance ! lança Perros. Tu vas te montrer, puis ils disposeront de toi. Tu prendras toutes leurs bites dans ta bouche, dans ton ventre et dans ton cul…

Une panique soudaine la prit, un retrait de tout le corps, un sursaut. Elle ramassa son peignoir.

– Non, non. Allons-nous-en ! Il est encore temps, n’est-ce pas ? Il est encore temps ? Sa voix montait, plaintive, sous la voûte gluante d’humidité, et là-bas, les hommes se tournèrent vers eux, alertés par le timbre aigu, frémissant.

Ils l’avaient vue.

Il y eut soudain dans l’air un parfum de meurtre.

Perros haussa les épaules. Un agacement se fit jour dans l’expression butée de son visage, gagna jusqu’aux plis durcis de ses mâchoires, éclata en triomphe dans les yeux sombres qui luisaient.

– Eh bien, non, il n’est plus temps. Tu es là, nue. Sens-tu comme tes seins, ton sexe, tout cela est offert, consommable ? Allons !

Il avait tiré sur le mince vêtement, en même temps qu’il la poussait en avant. Elle laissa échapper un cri, vite étouffé, et sa nudité éclata aux regards de tous, presque bleue sous la lumière talquée des vasistas.

Là où ses seins pesaient, où son ventre s’arrondissait, et jusque dans l’ombilic serré où se rejoignent la ligne médiane des cuisses et les plis sous-fessiers, une ombre sépia, presque brune, sinuait, évoquant de lourdes senteurs et des macérations indiscrètes. Fanny avait beau serrer les bras, les jambes : sa peau se tendait à craquer, grenue, hérissée par une révolte instinctive. Perros, en lui ouvrant les bras, mit à jour brutalement sa chair abondante, drue, dessinée à grands pans laqués : les flancs, le dos, les cuisses, les épaules…

– Montre-toi donc ! Tu es là pour te vendre, expose ta marchandise ! Comme cela, les jambes écartées, mieux encore ! Il la maintenait à bout de bras. D’un revers du pied il lui sépara les chevilles. Offre-toi !

– Non, non… se révolta Fanny. Elle tenta de se dégager, mais s’il était plus petit, il était aussi plus fort.

Perros serra ses poignets à les briser.

– Ouverte ! Qu’on te voie toute !

Elle était toute entière sous leurs yeux, pleine et noire, blanche et fourchue, sa toison et sa chevelure épaisses, égyptiennes, odorantes. Sa large bouche entr’ouverte laissait filtrer un souffle furieux :

– Ah, dit-elle, tu me tues ! Je suis morte.

Et, s’abandonnant, elle écarta grand les cuisses.

Perros la tint ainsi, pendant que les hommes faisaient cercle. Pendue, les bras étirés, et ses interminables jambes à demi pliées comme un compas sans force, elle avait laissé pendre sa tête, et dérobait son visage. Perros la secoua pour faire ballotter ses seins, et un murmure naquit dans les rangs…

– Tâtez, messieurs, tâtez cette viande, ces muqueuses… Remplissez-vous les mains, c’est gratuit !

Il rit atrocement. Les hommes tendaient des mains tremblantes, encore un peu méfiants. L’un d’eux referma les doigts sur les outres luisantes, où les mamelons tendaient leur pointe.

– Mais… ce… n’est ce pas… Il pétrissait, la chair généreuse et tiède. C’est elle, n’est-ce pas ? Elle fait bien de la télévision ?…

– Peut-être, rit Perros. Ne pose pas tant de questions, profites-en !

Le cercle s’était refermé. Les haleines pressées soulevaient les lourdes boucles noires, on soupesait ses seins, on écartait ses fesses. Fanny se tordit, folle. Une main s’enfonçait en elle, forçant les parois de son vagin. On glissait dans sa bouche une langue épaisse, sucrée. Un doigt fora son anus.

Perros, cramponné à elle, lui chuchotait des mots ignobles dans l’oreille.

– Laisse-toi faire… Laisse-toi bien faire, à fond… C’est bien ce que tu voulais, non ? Tu voulais ça, te retrouver à poil au milieu d’inconnus, et leur servir de pute ? Avoue-le, dis-le…

Et comme elle ne disait rien, aspirée, sucée, pénétrée par tous les orifices, au bord de l’asphyxie, il la gifla posément. Une fois, deux fois.

– Avoue donc, ou je t’enfonce le rouleau dans le cul !

– Oui, oui… L’œil exorbité, Fanny fixa frénétiquement les pénis brandis. C’est ce que je voulais. Je voulais me prostituer… être vendue…

– Eh bien avance !

Et Perros, l’arrachant aux sangsues humaines, la catapulta au centre de la pièce.

Il y avait maintenant une bonne vingtaine de clients. Il en venait d’autres qui, alertés par le bruit, descendaient du salon de repos situé sous les toits. Hagarde, haletante, Fanny fit face bravement.

Tu as rêvé de cela pendant des années. Ne recule pas.

Perros, grimaçant, discutait avec une groupe de jeunes gens surexcités dont les peignoirs dévoilaient de gigantesques érections. Il me vend, se dit-elle. Il discute le prix.

Puis ce fut le silence.

De la main gauche, désignant alternativement son index, son annulaire, son majeur et son auriculaire, Perros indiqua le bras droit, le bras gauche, la jambe droite et la jambe gauche de la jeune femme. L’œil faunesque la défiait.

– Compris ?

Elle inclina la tête : j’ai compris.

Il bougea l’index.

Elle hésita, puis leva la jambe.

Il avait rabattu le majeur : elle mit son bras droit dans le dos, faisant saillir le globe luisant de son sein.

Les clients avaient compris, eux aussi. Une houle d’excitation parcourut leurs rangs serrés. Plusieurs d’entre eux se manuélisaient pour entretenir leur excitation.

Alors, toujours en silence, par gestes, Perros lui fit prendre une à une les positions les plus ignobles. Il commença par indiquer le sol avec les quatre doigts : fermant les yeux, Fanny se mit à quatre pattes.

Ses seins ballaient, lourdes outres gonflées par l’excitation, si sensibles qu’elle faillit crier quand un client la toucha, de l’orteil. Elle ferma les yeux mais elle entendait le bruissement que faisaient les pieds de tous ces hommes en se déplaçant : ils voulaient être dans l’axe de sa chatte, pour tout voir.

Perros claquait des doigts avec impatience. Elle rouvrit les yeux.

Il avait replié l’index et le majeur. Abandonnant toute idée de résistance, elle s’inclina en avant, posa ses seins sur le sol glacé et allongea ses bras sous elle. C’est ce que je voulais : me prosterner devant eux, leur montrer mes secrets.

Dans cette position, rien ne leur échappait de la vallée profonde de ses fesses et, plus bas, du buisson velu de sa motte. Il la fit rester longtemps immobile. Placée ainsi, elle ne voyait plus rien. Il n’y avait plus que la fraîcheur du carrelage, l’humidité, le martèlement des pieds nus qu’elle percevait à travers ses paupières closes. Il n’y avait plus que cette délicieuse, cette torturante anxiété qui imprimait entre ses fesses et ses jambes une barre rougie au feu…

L’assistance sifflait, chahutait. On lui lançait des compliments, de lazzis, des ordures. Les hommes dansaient la sarabande, des bruns, des chauves, des moustachus, des glabres, tous avec la même étincelle de folie dans le regard. Leurs verges battaient dans le vide, monstrueux hochets de chair rouge. Elle sentait leur fumet de viande salée.

Perros ne se décidait toujours pas à la livrer.

Juste comme elle allait s’effondrer, en pleurs, il la fit accentuer sa position, croupe haut levée, reins cassés.

– Mieux que cela ! Ouvre toi ! On doit voir les lèvres de ton cul ! Pousse ! Pousse encore ! Creuse la taille !…

Puis, d’une voix rauque :

– Maintenant…

Il l’avait enjambée. Il tira sur le film transparent, en déchira une bande, la plaqua sur la chair fiévreuse de la jeune femme, l’enfonça entre ses fesses. Fanny gémit de mortification.

Un homme s’était laissé tomber derrière elle et l’empoignait aux hanches. Il pesa sur l’anus béant, et, sans attendre, s’engouffra en elle, enfonçant le film alimentaire du même coup.

Les yeux fous, Fanny poussa un cri, plein d’horreur et d’attente. L’attente, l’effroi, l’excitation avaient lubrifié son sexe, mais le client avait choisi ses reins, sur un signe de Perros. Elle avait beau être mouillée, là aussi, elle n’était pas préparée à l’irruption du dard. Et pourtant, c’est la faille étroite et tendre de son anus qu’elle tendait à la meute, plus que la vallée béante de sa vulve. Perros l’avait-il compris ? S’était-il rappelé que c’est par là qu’elle avait été initiée aux joies de la chair, toute petite ?

Dans cette position de chienne, dans le vacarme, l’odeur, l’humidité du sauna, elle retrouvait intactes les émotions de son enfance, quand ses petits camarades la sodomisaient de l’index. Elle n’était plus la jeune femme à l’acmé de sa beauté, de son talent, mais la gamine maigrichonne, aux hanches d’amphore, livrant son pertuis doré à l’inquisition des petits voyous. Elle avait treize ans. On l’enculait. Elle était vierge.

Ce ne fut pas long. Trois allers-retours, et son enculeur éjacula dans la poche du film. Fanny ne sentit rien, prise dans le tournoiement du plaisir. Pas plus qu’elle ne sentit d’autres mains qui écartaient ses fesses, un autre sexe qui pesait, entrait, allait et venait.

Perros avait posé un autre morceau de film alimentaire d’un geste preste, le client l’avait enfoncé en s’introduisant. Il limait, gainé par le préservatif improvisé, martelant la croupe épanouie de la jeune femme avec vigueur. C’était un petit gros transpirant, fermé sur son désir. Il jouit en bramant, se retira du même mouvement

Perros veillait. Il moula le fessier rougi de Fanny d’un autre morceau de film. Un troisième homme s’enfonça, un vieux avec une belle barbe blanche, l’air majestueux, qui prenait son temps.

Ils la sodomisèrent tous. Vingt, trente mâles ? Les coudes et les genoux en sang, Fanny poussait à chaque fois une plainte heureuse, et chaque fois ils poussaient plus loin leur queue raide, comme pour lui fouiller les entrailles, trouver quelque part en elle le nœud de son plaisir à elle, de sa monstrueuse disponibilité. Leur chair clapotait sur la sienne, leurs mains broyaient ses seins tièdes, leur peau glissait sur sa peau trempée. L’un après l’autre, ils s’ancraient dans l’écubier de son rectum et, une fois en elle, tels des rats dans un piège, se taillaient un passage dans son mystère.

De toute sa chair tremblante, de ses reins meurtris, elle les y aidait désespérément. La salive moussait aux commissures de ses lèvres, elle aspirait l’air surchauffé avec de longs geignements de malade. Une poussée, un retrait, une poussée, un retrait… Perros grognait pour éloigner les impatients.

Un autre, encore et encore. Les hommes se retiraient empaquetés, tenant à la main leur rosée chaude dans la poche de cellophane, Ils s’éloignaient avec des étoiles plein les yeux. Il n’en resta plus que trois, puis deux, puis un.

En l’enculant, ils l’avaient acculée dans un coin. Fanny tenait à pleins bras une fausse colonne de stuc. Elle accueillit celui-là comme les autres, le cul tendu, jambes bien écartées. C’était un gamin de seize ans, pourvu d’une verge de bouc, ou d’âne, un appendice rougeoyant que Perros avait engouffré de lui-même dans le puits offert. Il la massacra longtemps. Il tentait de tricher, de s’enfoncer plus bas, dans le sexe béant. Perros l’arracha au corps martyrisé comme il crachait son jus blanc.

Et il n’y eut plus rien, que le chuintement de l’eau dans les canalisations, le murmure cristallin des évacuations, une clameur, parfois, dans les profondeurs du sauna. Un domaine enchanté, qui retournait au sommeil. Les hommes fuyaient, toutes ces brutes déchaînées redevenues des enfants, pleins de honte et de remord. Perros se laissa tomber sur le sol. Il souriait dans le vide.

Elle roula sur le flanc. Elle était belle.

Il lui dit :

– Tu es belle.

Ajouta, morose :

– Enculée, ramonée, pourfendue, astiquée. Tu n’as jamais été aussi belle.

Fanny chuchota :

– Comment peux- tu dire cela ?

Elle se sentait brisée, distendue, mais un formidable contentement l’habitait. Le plaisir, comme une vague, l’avait roulée et purifiée. Perros fixa sa gorge marbrée d’hématomes rosés, le ventre plat qui se soulevait avec des tumultes.

– Je crois que tu es faite pour cela. Pour être baisée. Pour qu’on te regarde en train de baiser. Tu comprends ? C’était aussi beau qu’un lever de soleil. Ils sont repartis éblouis.

– Ces types ?…

– Tes enculeurs.

Elle répéta, rêveuse :

– Mes enculeurs. Éblouis ?

– Bien sûr. Tu es en eux pour toujours. Jusqu’à la fin de leur vie, ils raconteront comment ils ont eu Fanny Lenfant, la comédienne, dans un sauna de Marseille. Personne ne les croira. Quelle importance ? Eux sauront que c’est vrai.

Il se tut. Qu’est ce que j’ai fait ? se demanda Fanny, qu’est ce que je viens de faire ? C’était un jeu entre lui et moi, rien que des mots. Personne ne m’y a obligée. J’ai fait tout le chemin et maintenant, c’est fait : je me suis prostituée. Pire : je l’ai fait pour rien. Pour le plaisir, pour connaître ça, ce dont on parle entre copines, ce dont on rêve, baiser sans penser, n’être qu’un sac de viande, qu’on bourre, qu’on ballote, qu’on se repasse de main en main…

Ça avait duré quoi ? Une heure ? Deux heures ? Une éternité, une seconde, une interminable chute qui la laissait pantelante. Il va me falloir vivre avec ça maintenant. Vivre avec l’idée qu’elle s’était fait enculer dans un sauna par tous les clients.

Perros la fixait. Mon joli mari. Ce vieux beau. Ce vieux tordu avec sa queue droite, il peut toujours attendre pour que je…

– Ce n’est pas fini, dit-il.

Le caissier se tenait debout dans l’entrée. Elle n’avait vu que son buste, un totem gras. Le reste était pire : une boursouflure de chair dans un survêtement bleu à rayures blanches. Il était pieds nus dans de vieilles tennis dépareillées et la fixait, l’œil trouble.

— Il y a une salle de repos, là haut. On sera tranquilles.

Elle soufflait : Non… mais Perros se leva.

– On vous suit.

Il lui tendit la main.

– Debout. Il va te prendre aussi.

Elle fixa le gros porc. Un homme comme les autres, avec le même mélange de fragilité et de grossièreté. Un de ces petits truandes tournés comme un mauvais vinaigre, trouillards et sournois, qui vit à l’ombre des tueurs et bouffe les miettes du festin. Le festin, c’était elle.

Le dégoût lui hérissa le duvet des bras mais, sous le dégoût, il y avait le souvenir du plaisir glauque, acide, éclatant en gerbes dans son ventre. Car elle avait joui d’être profanée. Chaque pénétration lui avait arraché un spasme. Elle avait crié, probablement, bien qu’elle ne s’en souvînt pas.

– Passe devant, ordonna le caissier.

Et Perros ne releva pas, parce qu’il avait décidé de lui donner tous pouvoirs, devina-t-elle, pas seulement le pouvoir d’abuser d’elle, mais celui de l’abaisser.

Un escalier très raide, dans un bois blanc branlant, conduisait à l’étage. Il était si ardu, les rambardes placées si bas, que celle ou celui qui l’empruntait se penchait et livrait ainsi sa croupe à celui qui suivait. Combien de scènes semblables à celle-ci s’étaient-elles déroulées dans cet escalier ? À peine avait-elle grimpé deux marches que le caissier lui saisissait les fesses à pleines mains et les écartait comme les quartiers d’un potiron.

Elle cria, mais les pouces s’enfonçaient dans la chair tendre de son intimité, de part et d’autre de la couronne enflammée de son anus. Le type huchait du cou et, grognant et bavant, collait sa bouche comme une ventouse sur la bouche secrète de Fanny. Une langue fora le passage, tourna et retourna sur les fronces, s’insinua dans ses intérieurs.

Elle sentit qu’elle s’ouvrait toute, qu’elle n’avait plus de verrous et que son agresseur le savait. S’abandonnant, elle s’arqua sur les marches l’escalier et le laissa faire ce qu’il voulait

Quand la propulsa à l’étage, elle n’était plus qu’une torche : la caresse obscène, la piqûre de chacun des poils de la barbe, les flots de salive et le pelotage éhonté du type avaient eu raison de ses dernières résistances.

Ils émergèrent l’un après l’autre, le caissier puis Perros, dans ce qui avait été une suite de soupentes dont on avait abattu les murs et que l’on avait réunies et gainées du même velours rouge passé, imprégné des relents de sueur et d’huile de massage. La pièce était grande, mais si basse de plafond que l’on ne tenait debout qu’au milieu. Des fenestrons donnaient sur la houle des toits avec, au loin, la gare Saint-Charles, mais ils étaient si crasseux qu’ils ne diffusaient qu’une lumière grise, renforcée ça et là par des spots rougeâtres.

Fanny jeta un regard apeuré aux lits de repos : c’étaient des couches crasseuses, défoncées, très hautes sur pied, pour favoriser sans doute des accouplements fugaces. Elle aurait tout donné pour sortir de là, se rhabiller, fuir, mais les deux hommes lui barraient le chemin. Perros, très calme, les bras croisés sur son ventre nu, et le caissier, qui déboutonnait sa braguette et fouillait dans son linge de corps sans la quitter des yeux.

Quand il sortit son sexe, elle détourna le regard.

– Ici, debout, au milieu ! jeta l’homme.

Elle prit docilement place. Au-dessus d’elle, fixé sur la poutre faîtière, il y avait un crochet. Elle comprit immédiatement ce que l’homme voulait et leva les bras très haut au-dessus de sa tête.

C’était la position préférée de Perros, celle qu’il aimait qu’elle prenne quand il la possédait, autrefois. La position de l’Inquisition.

– Vous l’avez déjà ?… demanda l’homme, et le reste de sa question se perdit dans un murmure.

– Jamais, disait Perros. Elle n’a jamais voulu, mais c’était il y a longtemps, c’est peut-être différent maintenant.

Il voulait sans doute la prendre par-devant, par la voie naturelle, mais Perros ne serait sans doute pas d’accord. Pourtant, il inclinait la tête, une lueur mauvaise dans le regard. De quoi voulaient-ils donc parler ?

L’angoisse et l’excitation creusaient les flancs de Fanny, tandis qu’elle restait là, sous leurs yeux, les seins remontés par sa position, les cuisses tremblantes et des éclairs de fatigue plein les yeux. Son cœur battait si fort que, lorsque l’homme s’approcha, elle crut qu’il allait exploser.

Il tenait une cordelette, de celles dont on se sert pour fermer une valise ou renforcer les anses d’un panier. De la corde de ménage, affreusement banale. Il lui lia les poignets. Il sentait la transpiration et le parfum médicamenteux des onguents.

Il tira, fort, la hissant sur la pointe des pieds, fit trois tours autour du crochet, deux nœuds. Elle pendait comme un jambon, rose et blanche, tous les muscles étirés.

– Tous, vraiment ? demanda le caissier. Elle les a tous pris dans son cul ?

– Tous, dit Perros. Il semblait se désintéresser de la scène. C’est la première fois qu’elle le faisait. C’est aussi la première fois qu’on va lui faire ce que tu prépares…

– Vraiment, j’adore ça, fit l’homme. Il avait ouvert un placard et fouillait les étagères ; un flacon d’huile roula sur la moquette. Et j’adore l’idée qu’elle n’a jamais connu ça. Je le fais souvent avec les gars d’ici. Il y a toujours un petit jeune qui ne s’y est jamais frotté, et vous savez quoi ? Pas un ne se plaint. Ils y reviennent tous.

– Oui ? Perros examinait Fanny, les yeux plissés.

Eh bien, j’espère que ce sera le cas pour elle. Parce que ce n’est que le début…

Le caissier revint vers la jeune femme. Il cachait quelque chose dans le dos, et la peur envahit Fanny. Ce n’était pas de son sexe qu’elle avait peur, ni de son gros corps adipeux, mais de ce qu’il tenait. De ça.

Il bougea et elle vit ce que c’était. Une sueur glacée ruissela sur son corps.

– Pas plus de vingt coups

La voix de Perros était lointaine, et pourtant il n’avait pas bougé. Une terreur compacte, mousseuse, dense, obstruait l’esprit de Fanny. La terreur d’être livrée, abandonnée à cette brute, avec la certitude que rien ni personne ne pouvait différer son destin. La terreur révoltante de n’être plus qu’une cible pour le fouet à six lanières que le caissier tenait en main.

– Pas un de plus, grogna la brute.

Les yeux étincelants de plaisir, il tournait autour d’elle à pas comptés. Le parquet craqua. Leslanières bougeaient un peu, comme des serpents, de simples rubans de cuir mais devant lesquels Fanny n’était plus rien, qu’une proie gémissante, tétanisée.

– Non, nooon…

La prière coulait de ses lèvres, une prière d’enfant, un ruisseau de pleurs charriant toutes les craintes. Elle se transforma en jappement. Il y eut un éclair. Les lanières zébraient l’air, mordaient la chair offerte, s’enroulaient autour des hanches rondes.

Sous la brûlure, Fanny se cambra. Les obus de sa gorge moite oscillèrent, tandis que ses hanches tentaient désespérément d’éviter le retour des lanières. Elle poussa un hurlement étouffé quand les flammes de cuir s’abattirent de plus belle et mordirent la chair blanche de ses seins, y imprimant six marques rouges, en éventail.

Déjà, le fouet revenait, happant les reins tordus, cinglant le beau fessier. L’homme connaissait son travail. Il l’accomplissait méthodiquement, en clinicien ou en artiste. Sourd aux hurlements de la malheureuse, il frappait de droite et de gauche, son bras accomplissant des voltes d’une grâce étonnante autour de son gros corps dépenaillé. Sa verge molle accompagnait le mouvement, tressautant chaque fois que Fanny se cabrait sous le coup, s’abaissant quand les lanières retombaient.

– Pourquoi ? Pourquoi ?… suppliait la jeune femme.

Ses cheveux noirs balayaient son visage empourpré, sa bouche immense laissait échapper un râle ténu, rauque. Elle secouait la corde et poussait de petits cris de douleur entre deux hurlements, car la corde entrait dans la chair de ses poignets. Le fouet faisait à chaque impact un bruit de succion, une sorte d’écrasement mat, avide, évoquant l’attaque d’une pieuvre surgie de sa cachette et plaquant sur sa victime l’étreinte mortelle de ses bras caoutchouteux. La peau devint rouge là où il cinglait ses fesses, ses hanches, ses reins, ses cuisses.

– S’il vous plaît, oh, non… s’il vous plaît ! mendiait-elle tandis que son bourreau frappait l’intérieur de ses cuisses, remontait vers la motte, cherchait l’entré du sexe. Elle oscillait, suante, hagarde, extatique.

Puis soudain muette, les yeux fixes, tout le corps tendu comme un arc ; elle se laissa aller, la barrière de ses dents serrées, blanches, parfaites, coupant net ses pleurs et ses hurlements.

Elle avait reçu ses vingt coups. Le portier posa le fouet sur un lit de repos, baissa son pantalon et, prenant tout son temps, se campa derrière elle. Il lui souleva les cuisses aussi facilement que si elle n’avait rien pesé, les écarta à angle droit et entra en elle. Il la relâcha et sa verge dure buta au fond du rectum, arrachant à Fanny un geignement.

– Ouvre les yeux ! ordonna Perros.

Il s’était approché et regardait le beau corps supplicié empalé sur la bite turgescente. Le bourreau le maniait avec vigueur, attentif à soulager la tension de la corde et Fanny s’abandonna à lui, reconnaissante.

– Attends ! dit Perros.

Le portier se retira. Il soufflait comme une locomotive.

– Vite ! Vite !

Perros emmaillota sa verge avec du film alimentaire et la replaça à l’entrée des reins de la jeune femme.

– À fond !

Le type poussa et s’engloutit. Il gicla, les yeux clos, bavant de plaisir, tandis que Fanny, blanche et muette, fixait Perros dans les yeux.

Et ce fut fini. La nuit tombait, et la salle de repos plongeait dans une ombre sulfureuse, trouée ça et là de spots vermeils. Les chaudières qui donnaient l’eau chaude s’étaient éteintes, les canalisations émirent un dernier borborygme et se turent. Le sauna tout entier s’était endormi, comme si sa vie prodigieuse était toute passée dans le beau corps suspendu, souillé de sperme, de sueur et de zébrures, qui oscillait au sommet de l’immeuble.

Perros s’emplissait les yeux du spectacle extraordinaire.

Il dit, longtemps après :

– C’était ta première leçon. Tu satisferas toutes les convoitises.

 

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