UN PIED EN ENFER

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MERODACK Robert

ContraintesMedia 1000


BDSMpunitionSM


Broché / 122 pages


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Résumé

Estelle a 21 ans. Elle est libre, indépendante et curieuse. D’une expérience d’esclave sexuel, d’abord vécue contre son gré, elle a tiré toutes les audaces. Maintenant, elle sait imposer à ses partenaires les jeux cruels qui vont leur procurer des frissons toujours plus intenses : la douleur est parfois si proche du plaisir…

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Mortagne-au-Perche, mardi soir

Estelle pendait enchaînée contre le mur d’une cave, la tête recouverte d’une cagoule opaque, les mâchoires distendues par une boule de tissu imprégnée d’une substance sirupeuse et alcoolisée dont les vapeurs achevaient de lui donner le vertige et de la désorienter.

La cave était fraîche, peu humide. Il n’y avait aucun bruit.

Ses cheveux châtain roux que maintenant, elle portait longs et joliment ondulés afin de mieux ressembler à Mélusine, sa demi-sœur, lui donnaient un air angélique. Avec sa jupe de laine et son corsage blanc, elle ressemblait à l’une de ces petites filles sages, crédules et un peu gourdes, qui sourient dès qu’on leur adresse la parole…

La maison, une demeure bourgeoise assez modeste, à deux étages, datait des années 1890. Ses occupants successifs avaient progressivement installé différents éléments de confort sans prendre soin de retirer les dispositifs antérieurs. Des tuyauteries multiples couraient dans chaque recoin : gaz d’éclairage, eau chaude et froide, deux installations de chauffage central, sans parler d’innombrables baguettes électriques peintes et repeintes qui contournaient menuiseries et cheminées, traversaient les plafonds ou rampaient au milieu des murs jusqu’à de gros interrupteurs de faïence également noyés sous la peinture. Une salle de bains curieusement située dans une ancienne chambre de bonne mansardée, au second étage, avait été abandonnée pour une cabine de douche au rez-de-chaussée, sous l’escalier, tandis qu’un placard, à mi-étage, avait été transformé en W.-C.

Un siècle après sa construction, mettre aux normes nouvelles cette maison sans grand caractère, aux pièces étriquées, aurait coûté plus cher que de la remplacer par une maison neuve.

Voûtée mais haute, s’étendant sur toute la superficie de la maison, la cave était divisée en trois salles principales, en plus de la pièce dans laquelle débouchait l’escalier. La plus grande salle, de six mètres sur huit, constituait un endroit idéal pour séquestrer quelqu’un durant des mois, voire des années, sans que personne aux alentours ne pût rien remarquer d’anormal.

Quatre ouvertures donnant sur le jardin avaient maintenu une aération suffisante pour préserver les murs. Ces soupiraux étaient condamnés et scellés par un double vitrage. Dans la journée, la lumière pénétrait mais, de l’extérieur, les épaisseurs de vitre créaient des reflets qui rendaient vains les regards indiscrets. Le soir, une planche de contre-plaqué soigneusement ajustée suffisait pour empêcher la moindre lueur de filtrer au dehors.

Aucun bruit ne pouvait s’échapper de cette cave.

De larges tuyaux souples glissés dans les cheminées assuraient une parfaite aération du sous-sol en même temps qu’une isolation phonique presque absolue. La structure ondulée des tuyaux de plastique brisait les sons et, tout au plus, en dispersaient les derniers échos à dix ou douze mètres du sol. Des cartons alvéolés tapissaient les murs et le plafond de l’escalier intérieur qui débouchait par une porte épaisse et matelassée dans l’entrée de la maison. Ni les voisins ni un visiteur imprévu ne pouvaient rien soupçonner. Seul un concours de circonstances particulièrement improbable aurait permis qu’on entendît de l’extérieur les hurlements d’une victime séquestrée dans la cave.

Estelle connaissait tous ces détails. La maison lui appartenait et elle en avait commandé et financé les aménagements intérieurs.

 

*

 

 

Après le claquement du penne dans la serrure, la lourde porte de bois s’ouvrit sans un bruit.

Estelle était assise sur un banc étroit placé haut contre un mur de la grande salle. Son dos appuyait contre la paroi de pierres et ses poignets cerclés de fers étaient maintenus écartés et relevés à la hauteur de ses épaules par de courtes chaînes fixées à des anneaux scellés. En fait, seule la moitié de ses fesses reposait sur le banc et, entre ses genoux, une table basse la contraignait à conserver les jambes ouvertes.

Plusieurs engins en bois épais se dressaient dans la grande salle voûtée, chacun destiné à immobiliser la victime dans une position particulière : assise, allongée sur le dos ou le ventre, écartelée, mais toujours impuissante et disponible pour des tourments variés.

En amenant Estelle dans la cave, un peu étourdie par l’agression qu’elle venait de subir et l’alcool dont il avait imprégné son bâillon, Christophe avait préféré s’en tenir à l’immobilisation la plus simple.

D’ailleurs, avant de l’attacher, il lui avait seulement ôté son manteau. Il lui avait levé les bras et elle s’était débattue faiblement. Cela avait suffi pour arracher les deux premiers boutons de son corsage blanc, si bien qu’il pouvait voir le sillon doux entre ses seins. Cette seule touche d’audace, si ténue, accentuait son apparence pudique, virginale.

Christophe vint s’asseoir sur la table basse et, sans un mot, retira la cagoule qui couvrait la tête de la jeune fille. La lumière froide mais violente d’une rangée de néons atténuait la rougeur de ses joues échauffées par le contact du tissu épais, laineux, sous lequel elle ne respirait qu’avec peine. Quelques larmes perlaient de ses paupières et laissaient sur sa peau une ligne scintillante. Aux coins de ses lèvres, de la bave sortait en petites bulles.

Christophe détacha le foulard qui lui sciait la bouche et, à deux doigts, retira la boule de tissu à laquelle restèrent suspendus de longs filets de salive.

Estelle inspira aussitôt une large bouffée d’air. Elle haletait un peu comme si cette liberté retrouvée la faisait suffoquer.

— Détache-moi…

Il éclata de rire.

Les yeux d’Estelle s’écarquillèrent avec angoisse puis se refermèrent jusqu’à ne former que deux fentes crispées. Elle inspira profondément, pour maîtriser son émotion et parler avec calme.

— Tu es hors des règles… C’est trop, vraiment ! Détache-moi et on n’en parlera plus. Je te le promets… Mais arrête, je t’en prie…

Christophe haussa les épaules et répéta en se moquant.

— On n’en parlera plus ? Jamais ?… C’est bien vrai ?

Estelle hocha la tête avec énergie. Ses prunelles scintillèrent quand elle observa son geôlier. Un mélange d’angoisse et d’espoir.

— Regarde autour de toi, dit-il. Regarde bien et raconte-moi ce que tu vois. Prends ton temps…

Sa voix était douce et assurée. La jeune fille l’observa encore un instant, cherchant à deviner ce qu’il désirait lui faire dire, puis elle tourna les yeux vers les différents appareils de bois, les accessoires nickelés, alignés sur une table, les faisceaux de cordes qui traînaient ici ou là, les nombreux fouets accrochés au mur qui lui faisait face.

— Eh bien ?

— C’est une cave aménagée en salle de torture… Je la connais !

Christophe fit un mouvement de la main, comme si cette remarque expliquait tout.

— Oui, c’est une salle de torture… Et qu’est-ce qui va t’arriver, maintenant ?

Estelle déglutit, balbutia.

— Je ne sais pas… Tu as déplacé quelques objets, mais je ne vois aucun changement véritable…

Elle marqua un instant de silence. Que va-t-il m’arriver ? Pour poser une telle question, Christophe n’avait plus l’intention de respecter aucune règle.

Le silence pesa. Estelle retenait sa respiration. Le regard vide, suspendue à ses lèvres, elle fixait le visage de ce jeune homme qui était aussi, depuis une dizaine de mois, son amant régulier.

Elle tenta de parler d’un ton calme, presque indifférent.

— Tu vas me violer… me torturer…

Puis, les yeux troubles, elle tourna la tête vers une sorte de grand coffre percé en son centre d’un orifice d’une trentaine de centimètres de diamètre. Elle fronça les sourcils, s’attarda sur la cage aux barreaux d’acier ternis qui évoquait, en plus solide, ces grilles que l’on place autour des arbres en ville, pour les protéger. Elle observa ensuite l’étrange hamac fait de larges bandes de cuir mais qui n’était pas destiné au farniente…

— Tu es fou ! déclara-t-elle. Tu es un pervers et un fou ! Jamais je n’aurais dû…

Elle s’interrompit car, d’un pas, Christophe se dressait tout près d’elle. Il lui caressa une joue de la main gauche et tout de suite, de la main droite, lui asséna une gifle qui lui coupa le souffle. Dans un réflexe animal, bestial, Estelle tourna la tête et lui mordit le poignet avant qu’il ne recule la main. Ses dents saisirent un pli de peau et de chair qu’elles tranchèrent dans une giclée de sang.

Christophe esquissa une grimace et la gifla à nouveau.

— Je vois que tu as compris… grinça-t-il.

L’instant d’après, tous les boutons du corsage d’Estelle roulaient sur la terre battue. Du même geste, Christophe accrocha le galon qui réunissait les bonnets de son soutien-gorge, juste entre les seins et il tira tant qu’il put.

La jeune fille sentit les bretelles qui la cisaillaient sous les bras et dans le dos. Elle cria. Puis les coques de tissu blanc s’envolèrent. Ses seins jaillirent, blêmes et fragiles dans la lumière froide, gonflés par sa respiration saccadée.

La brièveté et la violence de cet affrontement laissèrent Estelle sans voix. Elle semblait effrayée, repentante de ce qu’elle venait de faire, hésitante quant à ce qu’il conviendrait de dire pour faire oublier à son agresseur cet instant de révolte. Peu à peu, l’empreinte des doigts apparut avec précision sur sa joue, comme une photo dans un bain de révélateur, et des larmes lui troublèrent la vue.

Elle déglutit, secoua la tête pour chasser une mèche de cheveux qui avait glissé sur son front. Mais la mèche retomba aussitôt.

— Tu as tout prévu… dit-elle d’une voix faible.

— Tout ! Il n’y a plus à revenir en arrière.

 

*

 

 

Christophe saisit une paire de ciseaux sur la table voisine. Des ciseaux de couturier, longs, droits, pointus, avec de grandes gardes contre le pouce et l’index pour écarter le tissu découpé.

— Tu es fou, répéta Estelle.

Elle allait ajouter quelque chose mais se ravisa, demeurant un instant la bouche ouverte et le souffle retenu.

Elle se recroquevilla dans ses liens.

— J’ai peur… dit-elle simplement.

De nouveau assis sur la table basse, Christophe lui saisit le pied droit, le posa sur son genou et ôta la chaussure qu’il laissa tomber à terre. Puis il pinça le collant sur le dessus du pied pour le détacher de la peau. Le tissu se déchira au premier contact de la pointe du ciseau.

D’un seul mouvement du bras, il le fendit depuis la cheville jusqu’à l’entrecuisse, piquant le pubis renflé sous la culotte de coton blanc. Estelle poussa un petit cri de surprise quand l’acier pressa sur sa chair.

— Oh !

Christophe lui leva le pied et le collant se détacha comme la mue d’un serpent, conservant un instant la forme de la jambe.

— Tu as vraiment de très jolies jambes, Estelle… Des mollets solides mais fuselés…

— Merci…

Un automatisme de jeune fille bien élevée.

La main du garçon lui caressa le dessous de la jambe, s’arrêta derrière le genou. Il lui prit la cheville et porta le pied vers ses lèvres. Estelle le regarda faire, plus intriguée que craintive.

Ensuite, Christophe baisa le gros orteil puis, brusquement, le mordit comme s’il voulait le trancher. La jeune fille poussa un hurlement qui se répercuta dans toute la cave.

— Ça, c’est pour m’avoir mordu tout à l’heure ! Il lui montra son poignet. Une large tache rouge, encore poisseuse, collait le tissu de sa chemise à la blessure.

— Je… Pardonne-moi… Je ne voulais pas…

Estelle chercha l’attitude ou l’argument qui pourrait convaincre son ravisseur de l’épargner, mais Christophe la regarda avec un amusement distant, comme si rien ne pouvait l’atteindre.

— Si tu veux, tu peux me violer, murmura-t-elle. Mais ne me fais pas mal, je t’en supplie ! Ne me fais pas mal…

Cet aveu d’impuissance la bouleversa comme si elle prenait pour la première fois conscience de sa situation. Elle se mit à pleurer tandis que Christophe qui avait repris en bouche l’orteil meurtri le suçait avec des gargouillis obscènes. Il lui adressa un regard surpris puis amusé.

— C’est idiot, ce que tu dis… Si j’ai ta permission, ce n’est plus du viol ! Et si je ne te fais pas mal en te violant, ce n’est pas un viol non plus, juste de la baise ordinaire…

Comme si la remarque d’Estelle avait interrompu une tâche importante, il posa aussitôt le bout des lèvres sur les petits orteils, et sortit la pointe de sa langue pour les chatouiller en dessous. Estelle chercha à dégager sa jambe, mais Christophe lui tenait solidement la cheville.

D’un coup, il saisit trois orteils entre ses dents et la mordit à nouveau, très fort, avec un mouvement renouvelé, lui infligeant une rafale de souffrance.

La jeune fille cria, pleura, hurla. Elle s’agita dans ses chaînes et parvint à se mettre debout dans une position tordue, complètement déséquilibrée, appuyée sur son pied gauche et suspendue par les poignets. Cela ne fit qu’aggraver ses souffrances. Christophe lui maintenait sans peine la cheville et il se mit à jouer latéralement des mâchoires pour que ses dents cisaillent la chair sensible des orteils.

Il poursuivit durant quelques minutes, comme s’il voulait vraiment lui dévorer le pied. D’ailleurs, la peau céda à plusieurs endroits et quelques lignes de sang vinrent rougir le pourtour de ses lèvres.

Soudain, il s’interrompit, lâcha la cheville et repoussa la jambe pour se relever. Estelle s’écroula tout à fait. Comme ses genoux restaient écartés par la table basse, tout le poids de sa chute se porta sur ses bras retournés. Ses poumons se vidèrent dans un sifflement. Ses cris se transformèrent en râles essoufflés.

— Il est temps de passer aux choses sérieuses…

 

*

 

 

Christophe disposa la plus grande longueur de la table basse en parallèle au mur. Puis il déplia une sorte de rallonge latérale, échancrée de deux demi-cercles dans lesquels il plaça les chevilles de sa victime. Il lui suffit ensuite de pousser deux grosses targettes de bois pour que les pieds d’Estelle soient immobilisés, écartés d’une soixantaine de centimètres l’un de l’autre.

Elle demeura suspendue par les poignets, les reins sciés par le petit banc mural. Alors Christophe contourna la table et lui saisit la taille pour la remettre en place, la moitié des fesses appuyée sur la planche de bois. Il la souleva sans peine, la disposa et, plongeant la main entre ses cuisses, remonta deux chaînes fixées au mur juste sous elle. Passées dans ses aines puis accrochées à des pitons, ces chaînes la maintinrent plaquée contre le mur.

— Je tiens à ce que tu sois confortablement disposée, expliqua-t-il sans sourire. Lorsque je te torture, je veux que tu sentes bien les douleurs que je veux t’infliger, et celles-là uniquement…

Estelle se laissa manipuler. Mains et pieds entravés, les quelques gesticulations qu’elle accomplit ne pouvaient lui apporter aucun soulagement. Elle se retrouva à demi assise contre le mur, dans la position qu’elle avait quand Christophe était entré dans la cave, à cette différence que ses pieds étaient relevés, moins écartés que tout à l’heure, mais emprisonnés dans le double étau de bois, ce qui était moins pénible que de demeurer suspendue par les bras.

— Qu’est-ce que tu vas me faire ? gémit-elle.

Christophe ne répondit pas tout de suite. Il s’éloigna d’elle, se retourna pour la contempler et, satisfait de cette nouvelle disposition, alla choisir une fine cravache parmi la collection d’instruments cinglants suspendus à un râtelier accroché au mur.

— Je vais te fouetter la plante des pieds.

Estelle écouta mais elle le regarda comme si elle n’avait pas entendu.

— Douze coups de cravache sur chaque pied. Tu vas beaucoup souffrir…

La jeune fille demeura encore un instant la bouche entrouverte, les yeux écarquillés, puis elle se remit à sangloter sur un rythme plus lent.

— Je serai gentille avec toi… affirma-t-elle en hoquetant. Je te ferai des tas de choses agréables… Des choses cochonnes… Tu pourras faire avec moi tout ce que tu as rêvé de faire… Je serai ta poupée… ta putain docile… Mais ne me fais pas mal, je t’en supplie… Je ne veux pas souffrir… Fais-moi tout ce que tu voudras mais ne me fais pas mal…

Cette supplique laissa d’abord Christophe indifférent puis il s’immobilisa devant elle, appréciant le spectacle qu’elle lui offrait ainsi.

Un petit rire de ravissement le saisit.

— Bien sûr que je vais te faire tout ce dont j’ai rêvé ! Et tu feras l’impossible pour m’être agréable… Aussi pénible et dégradant que cela puisse être… Il n’y a pas d’autre issue !… Mais mon plus grand plaisir, justement, c’est de te faire souffrir, physiquement et moralement !

Il gloussa de contentement puis se tut. Estelle l’écoutait attentivement. Ses sanglots s’apaisaient.

— Tu t’en souviens certainement, reprit-il d’une voix plus grave. Je te l’ai dit dès notre première rencontre, le soir, au restaurant… Je déteste les masochistes ! Je n’en ai rien à faire… Alors maintenant, les choses sont plus simples. Désormais, il n’y a plus de règles : tu m’appartiens, corps et âme. Tu n’es pas une esclave que j’entretiendrais pour mon service ou mon plaisir, tu n’es pas une « soumise » comme disent tes amis branchés. Je n’ai aucune envie de te « dresser » comme une féministe qui a besoin qu’on lui remette les idées en place. Depuis une heure, tu n’existes plus que pour mon plaisir et le reste, je m’en moque !… Je peux te garder ici durant des semaines, des mois peut-être… Tes amis me connaissent. Ils savent que nous jouons ensemble… Je peux te tuer à petit feu et disparaître tranquillement avant qu’ils songent à te chercher… Alors, ce n’est pas la peine de parler. Tes suggestions sont nulles et hors de propos. Je préfère entendre tes cris…

Christophe approcha un tabouret et s’assit juste devant les pieds entravés dans l’étau de bois. Le collant d’Estelle couvrait encore sa jambe gauche, filé d’une longue bande plus claire au milieu du mollet. D’un coup de ciseau rapide, le garçon le fendit entre les orteils puis le repoussa vers la cheville jusqu’à venir buter sur la planche. Il passa la main de l’autre côté pour tirer le tissu plus haut. Un crissement acide accompagna la déchirure des mailles qu’il continua à effilocher au-delà du genou.

Puis il revint vers le pied, se pencha en souriant, tira la langue et, de la pointe humide, lécha les orteils qui se crispaient, s’écartaient, se recroquevillaient, se détendaient à nouveau…

Estelle s’agita et se mit à rire malgré elle. D’abord quelques gloussements nerveux au milieu de ses sanglots. Puis bientôt, ces ricanements agacés firent place à de grands éclats.

— Oh, oui ! Oh, oui !… C’est ça… Fais-moi des trucs comme ça… Tu me chatouilles. Tu me chatouilles… Mais ça fait du bien… Oh, oui ! Oh, oui !

La langue musarda entre ses orteils, s’attarda sous la pliure, s’égara à la base des phalanges. Estelle se trémoussait de plus en plus fort dans ses liens. Sa poitrine dénudée se soulevait au rythme haletant de ses spasmes, son ventre frémissait. De nouvelles larmes se mirent à couler sur ses joues, mais il s’agissait maintenant d’une manifestation euphorique de sa gaîté artificielle.

Puis elle hurla quand Christophe lui mordit les orteils du pied gauche comme il avait fait tout à l’heure avec ceux du pied droit, les embouchant, les pinçant et les cisaillant jusqu’à ce qu’il sente un goût de sang sur sa langue.

Estelle exhala des cris désespérés, une mélopée dans laquelle se mêlaient sanglots, halètements et protestations avortées.

 

*

 

 

— Ça va te faire très mal, mais je t’autorise à hurler tant que tu voudras… Tu es prête ?

La morsure de ses orteils était si violente que les yeux d’Estelle se révulsaient dans leurs orbites. Elle crut qu’elle allait s’évanouir mais, lorsque Christophe lui lâcha enfin le pied, la douleur se transforma d’un seul coup en une ankylose persistante.

— Je t’en supplie… gémit-elle.

Christophe se plaça de biais par rapport au double étau qui maintenait relevés les pieds nus. Il fit siffler la cravache dans l’air puis lui tapota les talons pour s’assurer qu’il se tenait à la bonne distance. Ensuite, levant haut le bras, il cingla de toutes ses forces juste au milieu de la semelle. La rencontre du cuir et de la chair provoqua un claquement sec, discret au regard de la violence déployée.

Durant une seconde, Estelle n’eut aucune réaction puis elle poussa un cri atroce, expulsant d’un souffle tout l’air de ses poumons. Dans un sifflement angoissé, elle inspira puis cria encore, aussi fort que la première fois.

Christophe frémit de plaisir. Souriant, il attendit qu’elle cesse de hurler, comme s’il voulait profiter pleinement de chaque intonation. Et il leva de nouveau la cravache.

— Noooonnn !

Estelle cria encore, avec des modulations déchirantes.

Cette fois-ci, Christophe n’attendit pas qu’elle se taise. Il frappa un troisième coup, un quatrième, un cinquième… visant toujours un peu plus haut ou plus bas que la fois précédente.

Estelle cria sans interruption, sinon pour inspirer une goulée d’air. Elle haletait. Ecarquillait les yeux ou les fermait dans une crispation si forte que des larmes jaillissaient, projetées par le mouvement de ses paupières.

Christophe réajusta sa position pour viser le pied gauche. La jeune fille tenta de profiter de ce court instant de répit.

— Arrête ! Non ! Arrête !

Elle frotta ses épaules contre les pierres du mur, comme si elle voulait s’y enfoncer et disparaître. Elle serra les dents, crispa les mains sur les chaînes qui soulevaient ses poignets. Elle tordit ses jambes en tout sens, leur imprimant des angles si étranges et violents que ses genoux semblaient prêts à se déboîter. Malgré le rembourrage des étaux de bois, la peau de ses chevilles était à vif, rougie comme à la suite d’une brûlure.

Au premier coup qui atteignit son pied gauche, elle ne laissa filtrer qu’un grognement. Christophe sourit de sa résistance. La cravache siffla encore.

— Arrête !… Tu ne peux pas faire ça !… Ça fait trop mal !… NON ! Je ne peux pas le supporter !… Aaahh !

Christophe frappait avec soin, visait pour répartir les marques sur toute la surface délicate. Évidemment, quand il en aurait terminé, tout le dessous du pied serait gonflé, peut-être même la cheville. Estelle souffrirait trop pour apprécier chaque coup. C’était pour cela qu’il prenait le temps de varier ses effets. Il se voulait artiste…

Entre deux hurlements, Estelle tenta de faire appel à son bon sens.

— Tu vas me mutiler ! protesta-t-elle. Je ne pourrais pas me tenir debout pendant des semaines !

— M’en fout ! chantonna le jeune homme, goguenard. Je te violerai à l’horizontale, ou bien je te suspendrai par les bras…

 

*

 

 

Après six coups sur le pied gauche, Christophe revint au pied droit. Estelle ruisselait de sueur. Son corsage trempé et refroidi par la fraîcheur du mur lui glaçait les reins. Ses cheveux collaient à son front et guidaient jusqu’à ses seins nus les larmes qui ruisselaient sur ses joues.

Jamais elle ne s’est sentie aussi vulnérable, aussi impuissante. Le château de Cœur-Cognant était loin où, dans les instants les plus horribles, elle pouvait se répéter qu’il ne lui arriverait rien dont elle ne puisse guérir.

Là, elle savait seulement qu’elle était à la merci de son ravisseur et qu’il ne servait à rien de discuter tant qu’il n’aurait pas pris son plaisir. Il ne servait à rien de retenir ses hurlements. Il les aimait, il les cherchait…

Elle se débattit de plus en plus faiblement. Toute la force qui lui restait se consumait dans ses cris et sa respiration oppressée. Consciente, mais incapable de réfléchir, elle entra dans un état second quand Christophe recommença à lui cravacher le pied droit. Elle n’avait même plus la force d’avoir peur.

 

*

 

 

— Douze !… Tu avais dit douze coups…

Après de longs moments de stupeur, Estelle semblait prendre du recul par rapport à ce qui lui arrivait. Christophe lui avait donné un douzième coup sur le pied gauche mais, au lieu de cesser, ainsi qu’il le lui avait annoncé, il était maintenant revenu au pied droit pour une série supplémentaire…

Malgré la douleur, malgré son indifférence pour ces détails qu’elle ne contrôlait pas, Estelle avait compté les coups dans quelque recoin caché de son cerveau.

Christophe demeura un instant immobile, debout, le bras levé. Sa verge gonflée déformait le devant de son pantalon. Il semblait réfléchir puis il haussa finalement les épaules.

— Oui, en effet, j’ai dit douze, je crois… Mais quelle importance ? Ta fameuse reine de souffrance n’est pas là, que je sache. Alors, s’il y a une règle ici, c’est celle de mon seul caprice, n’est-ce pas ?

Il ponctua cette déclaration d’un coup de cravache plus cinglant que les précédents.

— Ah ! Je crois que tu saignes… Heureusement, ça n’a pas l’air trop grave… Ce serait vraiment trop bête que tu en éprouves un peu de soulagement…

Jusqu’à la fin de ce supplice, Christophe alterna les cinglées de façon à peu près régulière. Il s’interrompait souvent pour observer la progression des marques qu’il dessinait sur la chair broyée et appuyait d’un index précis à certains endroits tout en épiant le visage d’Estelle.

Après chaque examen, il se redressait, reprenait position et cinglait toujours aussi durement. Ce jeu dura un quart d’heure, une demi-heure, peut-être. Estelle avait perdu toute notion du temps. Au milieu de ces vociférations de douleur, elle protestait parfois, ou insultait son bourreau, ce qui avait pour seul effet de le faire sourire.

— Tu commences à faiblir… déclara-t-il soudain. Je vais arrêter, sinon tu seras massacrée plus que nécessaire et je tiens à faire durer le plaisir…

— Merci, répondit Estelle.

L’effet d’un vieux réflexe acquis à Cœur-Cognant et entretenu par ces divertissements cruels qui lui étaient devenus si familiers… Elle sanglotait sur un rythme lent, irrépressible.

— Tu es le pire des salauds… souffla-t-elle.

— Oui, je sais… Mais, avoue que c’est bien plus excitant ainsi, non ? C’est de la douleur pour de vrai, contre laquelle tu ne peux rien… Si je voulais, je pourrais te torturer encore jusqu’au lever du jour, jusqu’à ce que tu deviennes folle… Je te violerais puis je te tuerais ensuite…

Estelle jugea inutile de répondre. Elle l’avait déjà traité de fou.

Techniquement, Christophe pouvait mettre ces menaces à exécution, mais ce n’était pas ce qu’Estelle redoutait. À l’évidence, il avait l’intention de profiter d’elle aussi longtemps que possible et, comme elle comptait bien survivre, le pire danger résidait dans les séquelles.

Elle le suivit des yeux sans un mot tandis qu’il inspectait ses poignets écorchés par les bracelets de cuir et la peau de ses chevilles qui allait faire des ampoules.

— Est-ce que tu as mal ?

Estelle crut d’abord qu’il s’agissait d’une provocation moqueuse et elle ne dit rien. Quand Christophe répéta sa question, elle gémit.

— Eh bien ?

Comme s’il ne le savait pas !

— Oui… j’ai mal…

— C’est parfait ! dit-il d’un ton joyeux. Je vais aller dormir un peu, maintenant… J’ai eu une longue journée et…

— Non… Non ! Ne me laisse pas ainsi, je t’en supplie ! Mets-moi de la glace sur les pieds… De la pommade… Sinon, demain, je…

Elle se tut en croisant son regard.

— Je te l’ai dit, Estelle, déclara-t-il en articulant bien chaque syllabe, comme s’il parlait à une attardée. Nous ne sommes pas dans l’un de tes scénarios. Je t’ai prise en otage en respectant nos petites conventions ridicules, mais tu n’as pas bien compris : tu es réellement ma prisonnière et je fais exactement ce que je veux sans que tu n’y puisses rien… Plus vite tu auras compris ça, mieux ce sera… Mais tu as quand même raison sur un point : je vais m’occuper encore un peu de tes pieds. Ce serait trop bête qu’il y ait une infection… Un jour prochain, je les cautériserai peut-être au fer rouge, ou en te faisant courir sur des braises, mais pour l’instant, je vais me contenter d’y passer de l’alcool…

— Non… Oh, non !

Estelle suivit son bourreau des yeux tandis qu’il cherchait un grand flacon de verre dans un placard fixé au mur. Elle hésita à implorer encore.

— C’est à cause de Samir Bushido ?

Christophe écarquilla les yeux. Son étonnement semblait sincère.

— Non, dit-il enfin. Tu as foutu en l’air le petit arrangement que j’avais avec lui, mais ce n’est pas pour te punir… Si je voulais te punir, ce serait encore comme une règle à respecter. La faute, la punition, le repentir, le pardon… Non, je n’en ai vraiment rien à foutre !

— Mais alors, pourquoi ?

— J’ai l’envie et l’opportunité, c’est tout… Christophe plaça le doigt sur le goulot du flacon pour en réduire le débit et laissa tomber des gouttelettes incolores sur les pieds entravés.

Après la sensation de fraîcheur, la brûlure fit hurler Estelle.

— Ça devrait faire l’affaire, mais par précaution… La phrase resta en suspens tandis que Christophe fouillait dans la poche de son pantalon. Il en sortit un briquet qu’il alluma aussitôt et approcha des pieds imprégnés d’alcool.

— Comment voulez-vous vos pieds de cochon, mademoiselle ? Flambés ?

— NON !

Une grande flamme bleue jaillit, tandis qu’une odeur âcre se dégageait, mélange de poils grillés et de l’embrasement de fils de tissu autour du rembourrage de l’étau. La douleur, par contre, demeura insignifiante, après la brûlure de l’alcool.

Christophe poussa un gloussement ravi.

— Ton calvaire ne fait que commencer, Estelle… Passe une bonne nuit !

 

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