VIERGE VIRGINIE

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CARDWAY Carolyn

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Broché / 120 pages


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Résumé

Ils sont frère et sœur, jumeaux et orphelins. Leur vie serait monotone sans leurs goûts pour la musique, la lecture et surtout la passion incestueuse qui les unit et les tient hors du temps. Jour après jour, son frère invente pour Virginie des tortures et des voluptés souvent au-delà du supportable. Elle s’y prête avec enthousiasme et, à l’occasion, suggère de nouvelles idées. Virginie vit aussi une passion tranquille avec leur seule voisine, une cantatrice qui lui enseigne le chant et les amours lesbiennes. Il ne reste qu’une limite qu’ils n’ont pas franchie : Virginie est vierge, au sens strict du terme. Ils repoussent sans cesse l’audace ultime qui les arracherait peut-être à cette adolescence éternelle et cruelle qui leur est si douce… La découverte du cadavre d’une jeune fille vient bousculer leur vie. Fasciné par leur ressemblance, le commissaire ne tarde pas à découvrir leurs jeux malsains. Pourquoi n’en profiterait-il pas ? Dans l’intérêt de l’enquête, bien sur !

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L’endroit est hors du temps. On le chercherait en vain sur les cartes ou les guides touristiques. Encaissé dans une valleuse, une de ces échancrures dans la continuité de la falaise, l’endroit conserve le charme des stations balnéaires fin de siècle. Les maisons à colombages sont noyées dans les jardins à peine entretenus, comme pour être en accord avec une végétation qui a repris ses droits au fil des décennies. Une double promenade en fer à cheval conduit à la plage qui s’étend sous une esplanade délabrée par le temps, envahie par le sable, bordée d’une balustrade à colonnes, fichée de lampadaires rouillés dont les silhouettes rococo se dressent, noires dans la clarté laiteuse.

Plus personne n’habite là. Ou presque. Dans une de ces vieilles demeures figées dans le temps et rongées de mousse, ensevelies dans une verdure humide qui se nourrit de sa propre décomposition, vivent des faux jumeaux. Paul et Virginie. À l’accouchement, le père a vu une première tête agrandir la vulve rougie et gonflée de sa femme. Jusqu’à ce que, passé au plus large, l’enfant fuie avec un ondoiement rapide de poisson dans un magma de sang, de merde, de pisse, de liquide amniotique et de débris placentaires. « Ah, voilà Virginie. » Et peu après, satisfait : « Et voici Paul ! » Les prénoms avaient été choisis après qu’une échographie avait révélé la gémellité hétérosexuelle.

Ils ont grandi dans cette enclave ignorée ou dédaignée par la plupart de ceux qui passent là-haut, sur la grand route, vers Saint-Valéry ou vers Dieppe. Ils sont allés à l’école à Ault, puis au lycée, à Cayeux. Différents des autres enfants, ils ne s’y sont guère fait de camarades. Déjà repliés dans une mutuelle fascination. Si semblables. Reflets l’un de l’autre. Celle-là ébahie de se voir garçon dans celui-ci qui s’émerveillait de se découvrir en fille ! Sauvageons, ils s’épanouissaient mieux dans le grand jardin à l’abandon.

Leurs parents sont morts le jour anniversaire des dix-huit ans de Paul et Virginie. Le vol Buenos-Aires/Paris a disparu pendant le survol de l’Atlantique. Ils ont évoqué la descente des corps vers les abysses et l’ascension simultanée des âmes au Ciel. Puis une lettre apporta la confirmation. Elle parlait entre autres choses de « rapatriement des dépouilles mortelles ». Il y eut l’enterrement, et enfin le notaire.

 

*

 

Après le bac, aucun des deux n’a eu envie d’aller en faculté. Paul joue du piano, lit des romans policiers anglais et s’est inscrit à une école par correspondance pour devenir journaliste. Virginie est passionnée par Sartre et Camus. Elle se branle plusieurs fois par jour. Elle affirme que cela l’aide à réfléchir. Elle prend aussi des cours de chant chez Dagmar Lundengroen, une ancienne cantatrice danoise retirée là avec ses souvenirs de gloire. Sa maison est tout en bas de la descente. La dernière avant le front de mer. Virginie est passionnée d’opéra. Elle a une belle voix de contralto dramatique léger qui lui permet d’espérer le rôle de Brangaene dans Tristan et Isolde. Dagmar qui a souvent interprété le rôle titre au cours de sa carrière, est exigeante avec son élève. La femme âgée et la jeune fille sont devenues amantes parce que cela semblait aller de soi. Un jour, pendant une leçon, Dagmar l’a embrassée, l’a touchée aux seins et entre les cuisses. Elle a dit :

— Allons dans ma chambre.

Virginie l’a suivie. Par la suite, c’est devenu un rite. Dagmar a un peu plus de soixante ans. Virginie aime caresser sa peau très fine, douce et sèche, et lécher son con blond cendré, grisonnant, au goût de pisse très prononcé. La première fois, cette saveur forte l’a fait rire. Dagmar a expliqué qu’avec l’âge, l’urètre se relâche.

Une liaison qui n’en est pas une, sans pesanteur, sans aveux, sans serments. Paul, mis au courant, n’y voit qu’une forme supérieure de l’amitié et, pourquoi pas, le versus féminin de la pédérastie grecque. Il apprécie la compagnie de la vieille dame qui est elle aussi une fervente lectrice d’Agatha Christie. Ils ont de longues conversations. Spéculent, sérieux jusqu’au fou rire, sur la sexualité de Miss Marple ou d’Hercule Poirot.

 

*

 

Depuis toujours, le frère et la sœur partagent le même lit, la même chambre. Peu de temps après le double décès, alors qu’ils venaient de se coucher, Paul, avec une expression soucieuse, est resté assis, le dos calé contre l’oreiller.

— Je t’aime.

Elle s’est redressée, l’a regardé, perplexe.

— Moi aussi, je t’aime. Tu es jaloux de Dagmar ?

— Non. Il s’agit d’autre chose.

— Je comprends.

Elle a repoussé les draps, s’est prosternée, lui a offert sa croupe. Elle a envoyé les mains derrière elle et s’est ouverte autant qu’elle le pouvait. L’anus presque en saillie dans la raie effacée. Une position qu’elle prend lorsque l’été, nus, ils se lavent au jet d’eau, dans le jardin. Par ailleurs, ils se sont toujours divertis des chiens mâles, camarades de jeu et sodomites convaincus. À tel point que c’est devenu pour eux le symbole d’une sexualité ludique, heureuse. Ils en ont souvent parlé. Surtout pendant leur puberté. À cette époque, un couple de chiens errants fréquentait la valleuse. Inséparables. Ils les ont baptisés les Dioscures. Captivés, ils observaient leurs simulacres de bagarres. L’inévitable et naturelle saillie qui s’ensuivait.

Paul a donc dédaigné la longue fissure frangée de viande rose saumon, et a léché l’orifice dont les minces plis étalés formaient des lignes plus pâles.

— Je préfère t’enculer.

— Tu as raison, c’est plus sain.

Il l’a pénétrée sans égards. Sans lubrification, sans préparation au doigt qui eût prévenu le sphincter de l’effraction. Énervé par la résistance musclée, il s’est montré presque brutal. Des saccades brusques jusqu’à ce que sa queue soit enfoncée en totalité. Puis des poussées convulsives. L’éjaculation. Facilité soudaine de la bite à naviguer dans le rectum noyé de sperme. Ensuite, curieuse, Virginie s’est touchée entre les fesses.

— Je suis toute retournée !

Peut-être a-t-elle voulu dire qu’elle était émue. Elle a eu un rire mouillé, le regard un peu chaviré.

— Ça fait mal. J’aime bien.

Son frère a remué la tête. Une façon d’exprimer sa compréhension. Il a pris un marqueur noir pour écrire sur le dos de sa sœur : « ENCULÉE ».

Ils s’endorment l’un contre l’autre, bras et jambes mêlés.

 

*

 

Ils recommencèrent tous les soirs, et même parfois dans la journée. Virginie souffrit de moins en moins et en fit la remarque avec une nuance de regret amusé. Elle a trouvé seule de sucer Paul quand il ressort sa verge enduite de sperme, et un peu brunie parfois. Il s’est étonné qu’elle n’en ait pas répugnance.

— C’est sale !…

Elle a ri.

— C’est encore mieux, non ?

Il ne débande pas et éjacule une seconde fois. Elle garde le sperme dans la bouche, le roule longtemps sur sa langue avant de l’avaler tandis qu’elle lève sur lui des yeux emplis d’admiration.

 

*

 

Quelque temps plus tard, Paul pénètre dans la douche alors que sa sœur s’y trouve. Ses cheveux trempés collent à ses épaules, à sa poitrine plate, presque inexistante mais piquée de tétons longs et épais. De la mousse demeure à ces ergots charnus. À la toison claire aussi. Il la regarde d’une façon prolongée.

— Ce matin, j’ai eu envie de te faire mal.

D’un revers de main, elle essuie un flocon accroché à sa joue. Son regard exprime une vague inquiétude.

— Pourquoi ? Tu ne m’aimes plus ?

— Si. Au contraire. De plus en plus. Je crois que c’est pour ça.

— Alors, c’est intéressant !… Il y a des gens qui font ça.

— Je sais. Ce sont des sadomasochistes.

Elle hausse les sourcils.

— Tu as l’air de t’y connaître !

— Non, je ne sais pas grand-chose.

Elle lui tourne le dos. Cambrée, elle se savonne entre les fesses et regarde son frère par-dessus son épaule.

— Tu as des idées ?

— Oui.

— Me battre ?

Les yeux de Virginie ont un éclat métallique.

Paul ramène de la corde qu’il a trouvée dans le bric-à-brac du sous-sol. Il attache sa sœur sur le lit. Écartelée aux quatre coins. Il serre au point que les pieds et les mains bleuissent. Il dit que c’est très bien. Éprouve du bout du doigt les extrémités gonflées par la pression sanguine.

— Tu es une prostituée et je suis ton proxénète. Je te bats parce que tu n’as pas gagné assez d’argent.

— Pas mal !… Ça doit être amusant de se prostituer. Quand je serai cantatrice, en tournée, j’irai faire la putain dans les rues des grandes villes après les représentations.

Il s’exalte.

— Je fixerai une somme avant ton départ, et s’il n’y a pas le compte…

Il laisse planer une menace. Le corps blanc ondule, le rappelle à la réalité. Une invite claire. Il ôte la ceinture de son jean. Le temps se fige. Les longues marques rouges s’accumulent de la nuque aux fesses qui se contractent à chaque impact. De petits grognements de douleur échappent à Virginie qui garde le visage encastré dans l’oreiller, le corps raidi, tremblant. La peau meurtrie gonfle, tuméfiée par les attaques du cuir. Son frère frappe jusqu’à ce que de petites gouttes de sang se forment là où les coups se superposent. Il repose la ceinture.

— Tu saignes.

Des mouvements d’approbation secouent le crâne de Virginie. Plusieurs secondes avant qu’elle relève la tête. Ses yeux sont pleins de larmes.

— C’est bien, pour une première fois, non ?

Il dit que oui, que c’est bien pour une première fois, et demande si elle a très mal.

— Oui et non. J’ai envie de me branler. Détache-moi.

— Non. Je vais t’enculer.

Il se couche sur elle. Les fesses musclées renoncent sous son membre. Le gland se cale dans la dépression dure de l’anus. Virginie émet un drôle de geignement, tressaille, impatiente. Son cul est rodé à présent. Les reins pâles de Paul montent et s’abaissent comme une lueur mouvante dans la pénombre de la chambre. La sueur de son torse se mêle au sang sur le dos de sa sœur.

Plus tard, il dit :

— Ça te plairait une salle de torture au sous-sol ?

— Comme au Moyen Âge ?

 

*

 

Paul, au piano, accompagne Virginie qui travaille la Romance de maître Patelin. Un exercice.Je vous revois, bonheur suprême… Elle s’interrompt.

— J’ai tout dit à Dagmar, cet après-midi.

— Que lui as-tu dit ?

— Que tu m’encules et que tu me bats. Que je te suce.

— Il n’y a pas de raison qu’elle l’ignore. C’est notre amie. Qu’en pense-t-elle ?

— Elle nous approuve. Elle m’a giflée. C’est la première fois. Avant de partir, elle a voulu mon ventre pour y écraser sa cigarette.

— Fais voir.

Virginie baisse son jean à mi-cuisses, repousse sa culotte. Il y a une petite marque ronde et blanchâtre au centre d’une aréole rouge vif.

Il dit que c’est beau.

Virginie approuve d’un petit coup de tête. Les doigts fins de Paul vaguent à nouveau sur le clavier, agiles mais comme privés de force. Elle reprend :…et de loin je vous suis des yeux…

Sa voix s’altère dans les notes les plus basses. Elle n’a pas repris son souffle à temps. Cette fois, c’est Paul qui s’arrête.

— Il faut respirer après « loin ».

— J’ai oublié. La prochaine fois que tu verras Dagmar, j’aimerais que vous parliez de moi. Que vous organisiez ce qu’il convient de faire à mon sujet.

— Tu aimerais qu’elle te batte aussi ?

— Je ne sais pas. Peut-être d’autres choses.

— Comme la cigarette ?

— Par exemple.

Les exercices de chant reprennent.

 

*

 

Il la veut nue. Elle quitte son pull trop long, trop grand. Se débarrasse de ses tennis et de son jean. La culotte de coton blanc creuse la fente de son con, épouse le pubis très saillant sous le ventre plat et dur. Elle l’ôte. C’est à peine si le regard de son frère effleure la courte flamme claire de la toison surmontée de la brûlure encore fraîche.

— Allonge-toi.

Virginie se couche sur le sol, à plat ventre. Ses fesses sont animées de contractions. Paul lui envoie un coup de pied dans les côtes. Maquereau désinvolte, blasé, qui solde la correction d’une gagneuse.

— Sur le dos.

— Par devant ? C’est nouveau !

— J’ai envie.

Virginie se mord les lèvres. Le ceinturon tombe sur sa poitrine. Pourtant, elle ne se plaint pas. Pas un mouvement pour esquiver la morsure du cuir. Pas un frémissement, non plus, qui trahirait un quelconque plaisir. Le torse se couvre de marques rouges. Certaines commencent à virer au bleu.

— Arrête. Ça fait mal, c’est tout.

Paul laisse tomber la ceinture, secoue la tête avec une moue contrariée. Elle se rhabille. Une expression préoccupée sur le visage du jeune homme. Il dit qu’il est désolé de l’avoir flagellée aux seins. Il ne pouvait pas prévoir que ce serait un échec. Elle l’enlace, l’étreint, caresse les cheveux qui se mêlent aux siens, s’y confondent. Leurs têtes rapprochées. La bouche de la sœur près de l’oreille du frère. Elle parle avec douceur. Des paroles rassurantes, qui disent qu’elle ne lui en veut pas. Qu’ils ne connaissent pas encore grand-chose à tout ça. Qu’il faut faire des essais pour découvrir ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. Il retrouve confiance en lui. Un même sourire éclaire leurs visages.

 

*

 

Paul relit pour la énième fois Le Meurtre de Roger Ackroyd. Une édition de luxe sous jaquette cartonnée. Installé dans un fauteuil du salon. Le cône de lumière d’un lampadaire. Virginie à plat ventre sur le tapis, accoudée, le menton dans les mains, lit son premier Yourcenar : Anna, soror…Ses cheveux masquent son visage. À intervalles réguliers, elle tourne les pages. Un mouvement bref, mais qui résume la grâce brutale de la jeune fille.

— Suce-moi.

— Attends, je termine le chapitre.

— C’est bien ?

— Si on arrive à dépasser la page vingt, ensuite, ça va… On a pris le coup, on s’est fait à la langue, au rythme.

— Quelle est l’histoire ?

— L’amour d’un frère et d’une sœur.

— Il l’encule ?

— Non.

— Alors, nous avons de la chance, toi et moi…

— Peut-être, oui. Tant que l’on ne s’éloigne pas d’ici. Il hoche la tête. Elle se replonge dans sa lecture.

 

*

 

Elle est à genoux. Ses jambes à lui sont écartées avec cette impudence des jeunes mâles qui disent ainsi la masse de leurs couilles. Elle ouvre la braguette du jean, sort la longue bite blanche et encore souple. Elle branle. Il bande. Le gland mauve pâle qu’elle découvre en totalité. Qu’elle lèche à petits coups de langue empreints de respect.

— Dire que tu me mets ça tout entier. Elle mesure combien ?

— Je ne sais pas.

Elle rit.

— Il vaut peut-être mieux ! Pour moi, quand tu m’encules, c’est comme si tu enfonçais un tronc d’arbre dans mon cul.

Il veut savoir si Dagmar lui met des doigts. Oui, elle lui met des doigts. Avant, c’était juste l’index. Alors, elles restaient comme ça, sans bouger, soudées par la bouche pendant de longs moments. Quand elle a su que la jeune fille est une enculée, elle l’a forcée à trois doigts.

— Ça t’a fait mal ?

— Les ongles m’ont écorchée. J’ai un peu saigné. Ça m’a plu.

— D’accord. Suce-moi.

D’un mouvement avide, elle avale la bite. Un bon tiers. Les lèvres arrondies montent et descendent. Paul la regarde faire un instant, puis se replonge dans son roman policier. La bite pénètre loin dans la bouche. Pas assez peut-être.

— Plus profond !

Elle tient par la base la bite luisante de salive.

— Je n’y arrive pas.

— Si je te frappais ?

Elle rit. Pourquoi pas ? De nouveau la bite dans sa bouche. Les mouvements du crâne agité des efforts qu’elle fait. Il abat son livre. Le volume est lourd. Sous le choc, le gland s’encastre dans le gosier. Un spasme violent la secoue. Le gland se dégage, revient sur le velours tiède de la langue. Il recommence. Cette fois, il jette l’ouvrage, pèse à deux mains sur la tête. Les contractions du pharynx pressent le gland. Il éjacule pendant qu’elle suffoque. Le visage violacé, les yeux exorbités et remplis de larmes. Elle est au bord de l’asphyxie, mais il la maintient jusqu’à la dernière goutte. Le foutre remonte dans les fosses nasales, ressort par les narines. Il la repousse. Elle tombe à la renverse.

Elle s’assoit avec peine. Les flancs soulevés d’une respiration rauque, pose sur son frère un regard hébété. Sa bouche ouverte dans une expression stupide. Il éclate de rire.

— Tu as l’air d’une attardée mentale ! Va chercher un marqueur.

 

*

 

Elle a retrouvé son souffle, essuyé le bas de son visage englué de sperme. Elle soulève la frange qui tombe jusqu’à ses sourcils clairs, à peine visibles. Présente son front encore humide de sueur. Il écrit : « SUCEUSE ».

 

*

 

— Des tortures conviendraient mieux que les coups, pour tes seins.

— Je pense, oui. C’est une idée beaucoup plus excitante, de toute façon.

Ils passent dans la salle de bains. Désuète, comme le reste de la maison. Le jour y pénètre par une étroite fenêtre à petits carreaux bleus, jaunes et rouges de verre dépoli. Les taches de lumière colorée tombent sur une énorme baignoire de fonte émaillée, à pieds de griffon. Les robinets col de cygne sont en laiton. Chacun d’eux est pourvu d’une plaque qui renseigne sur l’eau chaude et l’eau froide. Il y a aussi un lavabo et un bidet. Une petite armoire à glace de style colonial, au décor bambou, contient les affaires nécessaires à la toilette. Une commode renferme le linge dans ses tiroirs. Les peignoirs de bain, les serviettes, les gants de toilette.

— Ça sera un endroit parfait.

— Ça semble naturel que tu me tortures ici.

— Je crois que c’est important que tu te sentes bien.

— Tu vas me faire très mal ?

— Je vais essayer.

Elle approuve d’un petit coup de tête. L’air sérieux et concentré.

— Je me déshabille ?

— Oui, ça sera plus facile.

 

*

 

Elle est debout. Il lui a demandé de mettre les mains derrière la nuque, doigts enchevêtrés.

— Comme une prisonnière, alors ?

— C’est ça. Tu es internée par les Soviets dans un hôpital psychiatrique de la banlieue de Moscou.

Elle rit.

— Je te rappelle que l’U.R.S.S. n’existe plus.

Il hausse les épaules. Rétorque que lorsqu’ils jouaient aux Indiens et aux cow-boys, il y avait belle lurette que les premiers étaient parqués dans des réserves, et que le travail des seconds se résumait à faire monter les vaches dans des wagons de chemin de fer. Elle l’admet.

— Écoute, nous n’allons pas nous disputer. J’ai envie que tu me tortures. Alors, d’accord, je suis une jeune dissidente tombée aux mains du K.G.B. En fait, ça me plaît.

— Tu vas voir, c’est bien. Ils avaient des méthodes très efficaces. L’électricité, l’eau. Je suis le colonel chargé de t’interroger.

Elle approuve avec des petits mouvements de tête. Il la gifle. Un aller-retour dur qui lui fait ballotter la tête.

— Putain trotskyste ! Tu croyais pouvoir nous dissimuler longtemps que tu suivais une psychanalyse clandestine avec le traître Popoff ?

Elle rit, se reprend.

— C’est faux !

— Parle ! Tu dois avoir l’habitude !

— Va te faire enculer, ordure stalinienne.

Il referme une grosse barrette à cheveux à la naissance de chaque mamelon. Leur longueur excessive facilite l’opération. Aplatie par les lamelles qui forment ressort, la chair lie de vin qui en saille prend une coloration livide. Les lèvres entrouvertes, tremblantes, Virginie respire à petits coups prudents. Elle accentue la position de ses bras en arrière. La peau de la poitrine se tend. La pression des barrettes s’en trouve aggravée. Ses jambes énervées frottent l’une contre l’autre.

— Touche-moi au con.

Il secoue la tête. Il ne veut pas. Elle bande les muscles de ses cuisses. Tentative vaine pour masser le clitoris dur. Gorgé de sang.

— Laisse-moi me branler, alors !

— Non. Résiste. C’est amusant.

Elle gémit. Son bassin roule. Exaspéré, il tiraille sans égard sur les barrettes. Les seins à peine développés deviennent pointus. Elle abaisse son regard. Une poitrine nouvelle orne son torse.

— Plus fort ! Ils sont beaux comme ça.

Il augmente la traction jusqu’à ce qu’elle pousse un cri aigu, chancelle, se reprend. Une brume voile son regard clair. Il recommence. Elle résiste mieux. Les limites du supportable reculent. C’est un cri différent, mouillé d’une volupté paradoxale, qui lui échappe. À la troisième reprise, elle coopère à son supplice par des sursauts en arrière. Le jeune homme lâche prise. Peut-être décontenancé par cette participation. Elle implore.

— Non, n’arrête pas ! Ça me descend dans le ventre. J’allais avoir un orgasme !

Il reprend le jeu cruel. Il y met une violence accrue. Les mamelles brutalisées se déforment. Virginie garde les yeux fermés. Haletante, elle vacille. Ses jambes, soudain, se dérobent sous elle. Elle s’écroule, secouée de spasmes violents. Une main à son con qu’elle écrase de pressions convulsives. La face interne de ses cuisses grandes ouvertes, est animée d’une trépidation rapide, incontrôlée, tout le temps que dure l’orgasme. De la fente close sur le vagin vierge, une grosse larme suinte. Sirupeuse et brillante, elle roule jusqu’à l’anus rose.

 

*

 

La pluie ruisselle sur les vitres, diffracte la lumière, morcelle en milliers de fragments la mer grise et verte. Gros rouleaux bouillonnants qui explosent en silence sur la plage en contrebas. On ne voit que les jaillissements écumeux par-dessus l’esplanade. Les tentures de velours sombre, damassé d’insectes et de végétaux, s’écartent sur les hautes fenêtres au châssis Modern Style. Des bronzes de Bugatti attendent dans les recoins ombreux des meubles de Carabin, de Sauvage. C’est au milieu de ce décor où chaque objet semble être là depuis toujours, que vit Dagmar Lundengroen. Installées dans une bergère de Majorelle, l’ex-cantatrice et son élève prennent le thé, grignotent des langues de chat puisées dans un grès flammé de Dalpeyrat.

— Ça a la couleur de l’urine…

— La bière aussi a la couleur de l’urine.

— Je n’aime pas la bière.

La pluie redouble contre les vitres.

— Il t’a battue longtemps ?

— Un quart d’heure, peut-être.

— C’est beaucoup sur la poitrine.

— Tu veux voir ?

Sous le casque de cheveux gris coupés court, le visage doux et rude de Dagmar exprime la curiosité, un peu d’amusement aussi. Un visage parcouru d’une infinité de rides minuscules sous lesquelles persiste une jeunesse surprenante. Virginie remonte son pull jusqu’à son cou. Des meurtrissures violettes et pourpres s’entrecroisent sur le torse fin. Dagmar les parcourt du bout du doigt.

— Toujours des coups de ceinture !

Il y a un agacement perceptible dans la voix de la femme. Elle lèche les écorchures.

— Mon pauvre petit, il faut t’attendre à beaucoup souffrir. Ton frère ne s’arrêtera pas là.

— Je sais. Il ne me frappera plus aux seins. Je n’aime pas. Mais il me les a torturés ensuite, et j’ai joui. Nous avons des projets. Nous allons installer une salle pour ça au sous-sol.

— C’est humide. Il y fera froid. Il t’y laissera seule avec ta souffrance.

— C’est probable, oui.

Virginie tend les lèvres pour le jeu de la becquée. Dagmar mâche deux langues de chat à la fois, se penche, pousse de la langue dans la bouche rose, baignée de salive limpide, la pâte qui a le goût du thé et des pastilles à la violette qu’elle suce du matin au soir.

— Comme un oisillon.

Elle enfonce la main dans le jean. Virginie ne porte plus de culotte pour que l’épaisse couture en saillie de l’entrejambes s’incruste dans son sexe. Elle se déplace un peu pour trouver une position plus confortable, sépare les cuisses. Dagmar la branle. Son doigt éprouve avec prudence la membrane de l’hymen au fond du creux mouillé.

— Il faudra crever cette couenne ! Il envisage de te baiser ?

— Non. Ça serait bien que tu voies Paul et que vous parliez de moi tous les deux. Il est d’accord. Il réserve mon con et mes seins pour les tortures, c’est tout. Il veut y enfoncer des choses. C’est surtout de cela dont vous devez discuter, toi et Paul. Je sais que tu es intéressée par mon con. Il faut que tu me l’ouvres. Tu comptes pour moi, Dagmar…

La femme s’écarte un peu, gifle la jeune fille. Deux fois. Puis elle dégage le haut de son corps du peignoir de soie. Ses seins séparés d’un faisceau serré de minces rides, sont restés beaux, à peine alourdis par l’âge. Elle lève ses bras.

— Lèche-moi.

Les narines de Virginie s’élargissent, frémissent, sa langue tremble d’excitation dans le creux tapissé de quelques poils blond terne.

— Je suis comme une bête… Je n’ai plus de volonté.

— Ton frère s’y est pris de quelle manière pour te torturer les seins ?

Sa réponse est entrecoupée par ses coups de langue aux aisselles tièdes et parfumées.

— Dans la salle de bains… Nous avons joué à la trotskyste et au K.G.B… Une idée à lui…. Il m’a écrasé les bouts dans des barrettes à cheveux… Il tirait dessus si fort qu’au début, j’ai cru que j’allais m’évanouir… Ensuite, j’y allais autant que lui…

Elle rit, amusée par ce souvenir.

— Et tu as joui ?

— Oui.

La femme allume une cigarette.

— Veux-tu essayer ça à tes seins ?

— Je veux bien. Paul trouve la marque très belle. Moi aussi ! Tu as déjà brûlé des filles aux seins ?

— Oui.

— Raconte.

— J’avais habitué une de mes élèves à ne jouir que de cette manière. Une fille très belle. Elle avait dix-neuf ans à l’époque. Ses parents sont des notables importants de la région. J’étais arrivée à obtenir que les brûlures aux seins soient pour elle un tel plaisir, qu’elle dénudait son buste dès son arrivée et me demandait de commencer. Elle en était au point qu’il n’était même plus nécessaire de la branler. C’était un peu long. Souvent plus d’une demi-heure. Mais elle finissait toujours par avoir un orgasme très intense, et prolongé pendant plusieurs minutes parfois. Après quelques mois, sa poitrine était couverte de marques. Elle ne pouvait plus s’en passer. Et elle s’habituait. Il lui fallait des brûlures de plus en plus graves. Un jour, elle n’est pas arrivé à jouir. Je l’avais brûlée pendant plus d’une heure pourtant. Elle a fait une crise de nerfs terrible. J’ai dû lui promettre d’utiliser un fer rouge. À sa visite suivante, j’avais acheté un petit réchaud de table, à alcool, et des fers de relieur que j’avais trouvés chez un antiquaire. J’en ai mis un à chauffer. À blanc. Un orgasme terrible l’a foudroyée à la seconde brûlure. Les motifs du fer étaient incrustés en sillons profonds et noirâtres dans la peau. Ses seins finirent par être si abîmés qu’il devint difficile de continuer. C’est à peu près à cette période que ses parents découvrirent de façon fortuite l’état de sa poitrine. Elle prétendit que c’était elle-même qui se martyrisait de la sorte. Ses parents la crurent, mais la traînèrent chez le psychiatre.

Virginie s’indigne.

— C’est ignoble ! Elle était majeure ! Elle avait le droit de faire ce qu’elle voulait de ses seins ?

— Je ne sais pas, ma mésange ! C’est peut-être mieux ainsi. Je devenais folle, moi aussi.

— Non ! Vous vous amusiez, vous preniez du plaisir. Tu l’as revue ? Qu’est-elle devenue ?

— J’ai eu de ses nouvelles de façon indirecte. Elle est mariée, et elle a deux enfants…

Virginie montre la cigarette qui se consume aux doigts de Dagmar.

— Tu veux m’entraîner à ça, moi aussi ?

— Non, mon rossignol, une fois m’a suffi. Lèche-moi sous les bras.

Le visage de la jeune fille s’incruste. Dagmar effleure à petites touches, sans les brûler, les tétins longs et gros comme la dernière phalange d’un index, absurdes sur ces seins à peine développés. Ils s’allongent encore, durcissent au contact de la braise. Des gémissements de plaisir échappent à Virginie. La femme la repousse avec douceur.

— Mon con maintenant.

Virginie se laisse glisser à genoux. La femme avance les fesses au bord du siège, écarte ses cuisses un peu fripées. Le con est là. Détrempé. Elle doit se tordre le cou pour y joindre ses lèvres. Déplisser du bout de la langue les enroulements charnus. Trouver la bille dur du clitoris. Dagmar fume. Son regard se déplace d’un objet à l’autre. Un vague sourire flotte sur sa bouche, comme si elle suivait une idée plaisante. De temps en temps, elle caresse la tête de la jeune élève qui lèche son con de vieille femme. Il faut longtemps pour qu’un soupir de plaisir lui échappe. Elle se déplace pour que sa croupe surplombe en partie le vide. Virginie se glisse dessous. La tête à la renverse. Au-dessus d’elle, le vagin s’étire dans un bâillement de chairs rouges envahies de sécrétions blanchâtres. Elle aspire ces concrétions laiteuses, les avale, murmure avec une expression extasiée :

— Je ne suis plus rien…

Cet aveu doit bouleverser Dagmar au point qu’elle se relâche. Dans son anfractuosité de chairs luisantes, le méat palpite, laisse échapper une brève coulée d’urine. La bouche de la jeune fille s’en trouve à moitié remplie. Elle boit la pisse avec la même exaltation masochiste. Les yeux clos. Frémissante.

— Tu as pissé, Dagmar, tu as pissé. C’est la première fois !…

— Pardon, ma mésange. C’était involontaire.

— Ne t’excuse pas. Je suis fière de te servir de chiottes… Tu recommenceras ?

La femme rit.

— C’est probable.

— Tu es pleine de crème aussi. On dirait du yaourt ! J’ai tout mangé.

Dagmar s’alarme.

— Tu es folle ! Ce n’est peut-être pas sain ! J’irai montrer ça au gynéco dès demain. Tu vois, il y a des inconvénients à baiser avec une vieille femme !

— Ce ne sont pas des inconvénients ! Je trouve ça très excitant, au contraire. Tu sais, pour me branler, j’imagine des scènes avec des vieilles femmes. Plus âgées que toi encore. Souvent mutilées ou handicapées. Je me vois faire des choses ignobles avec elles. Une vraie déchéance. Je rêve aussi que j’ai une amie infirmière qui m’emmène dans un hôpital. Je vais de lit en lit pour lécher les femmes malades. Des cancéreuses proches de la mort. Elles me regardent avec leurs grands yeux fiévreux, et me remercient. C’est si émouvant que ça me fait venir les larmes. C’est toujours à ce moment que je jouis !…

Dagmar lui caresse la joue.

— Mon rossignol… Je pourrais te faire faire ce genre d’expériences. J’ai quelques vieilles amies tout à fait dépravées. Pour l’hôpital, l’idée est excitante, mais je n’ai pas de possibilités… Enfonce-moi tes doigts. Fouille-moi, s’il te plaît.

Virginie pousse ses doigts dans le con. Les phalanges réunies en faisceau pénètrent sans mal l’orifice. Dagmar pousse un soupir, s’abandonne.

 

*

 

Un peu plus tard, la lueur orangée, intermittente d’un gyrophare attirent leur attention. Elles observent la voiture de police qui s’arrête sur l’esplanade. D’autres arrivent ensuite. Il y a très vite beaucoup de monde.

 

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