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OSEZ 20 HISTOIRES DE SEXE INAVOUABLES

Fiche technique
Nombre de pages 240
Langue Français
Date de parution 04/06/2020
Référence Z00045

Extrait gratuit

Aires - Bonnie Boucan

Il fait nuit sur l’aire d’autoroute, une nuit de début d’été, tiède, pas encore moite, une nuit bleue.

J’écrase ma cigarette, je sors de l’habitacle. Je tire sur ma jupe de peau synthétique, rajuste mes seins dans leurs balconnets, puis dégrafe un bouton supplémentaire de ma blouse, bleue comme la nuit. Je ne suis pas très stable sur mes talons, un peu étourdie par l’alcool et l’herbe consommés dans la voiture pour me donner l’illusion d’être prête, l’impression de me regarder de l’extérieur comme un personnage. Je veux et je ne veux pas ce que je vais enclencher.

Des camions sont rangés en épis. De certaines cabines filtre une lumière parfois crue, parfois douce, souvent bleutée : la lumière des écrans.

Je m’avance vers le plus proche véhicule. Les rideaux sont tirés, mais il y a quelqu’un. Je vérifie ma tenue, lisse les plis imaginaires de mes vêtements. D’une enjambée, je grimpe sur le piédestal, frappe à la fenêtre côté passager. Pas vraiment de mouvement. J’ai le souffle court. Si je dois reculer, c’est maintenant.

Je frappe à nouveau. Trois coups secs. Un œil vers la voiture, mais le rideau s’entrouvre et la vitre s’abaisse.

— Oui ?

— Bonsoir.

— Bonsoir. Vous avez besoin de quelque chose ?

L’homme est banal, comme son camion, pas de signe distinctif à part les initiales de la société de transport.

— Je vous dérange peut-être ?

Le son d’une émission de divertissement pré-soirée provient de l’arrière de la cabine.

— Non, non, c’est bon. Vous avez besoin de quelque chose, vous êtes en panne ?

— Tout va bien, je me sens juste un peu seule, je me disais que, peut-être, vous aussi… je voulais vous proposer un peu de compagnie.

— Je n’ai pas d’argent pour ça, allez voir plus loin.

— Je n’en demande pas, je ne fais pas ça pour l’argent, je veux juste des mains d’homme.

Il hésite, entrouvre le rideau pour voir si on nous regarde. Personne sur le parking. Ses yeux reviennent sur moi pour évaluer la marchandise. « Elle est bonne, celle-là », semble-t-il penser, dans les deux sens de l’expression.

— OK, vas-y, monte, mais je n’ai pas d’argent pour ça, je te préviens.

— Ce n’est pas ce que je veux.

Il appuie sur la poignée, je redescends pour laisser la portière s’ouvrir, un dernier coup d’œil vers la voiture, et je grimpe.

Il fait chaud dans le camion. L’homme s’est assis sur la marche qui mène à la couchette. Je regarde autour de moi : des draps épars sous un duvet, la télé accrochée sur le côté. Du menton je lui fais signe de monter d’un niveau, sur la banquette, puis je me place devant lui, penchée, jambes écartées. Je prends ses mains, les pose sur mes hanches. Il n’est pas encore sûr de ce qui lui arrive, paraît même trouver ça incongru. Je le dérange dans son absence de programme. Moi qui croyais que ça leur arrivait tout le temps !

Il n’est pas jeune, je dirais une petite cinquantaine. Ni laid ni beau, quelconque en tout. Ah, ses mains descendent sur mes cuisses. Le toucher du skaï, ça ne crisse pas, c’est plutôt doux. Il les remonte sur mes fesses, en tâte la fermeté. En pinçant sur les côtés, il remonte la jupe. Pas de culotte sous cette jupe, prête à l’emploi ! Il me jette un regard rapide, revient à mon entrejambe. Le pubis est épilé, juste assez pour que ses doigts sentent les quelques poils courts volontairement épargnés. Ses mains ne me chauffent pas, je les sens, mais ne frissonne pas. Je ferme les yeux, enlève ma blouse sans l’ouvrir, en la passant par-dessus ma tête. L’homme remonte ses mains sur ma taille nue ; elles ne sont pas assez douces. Comme il ne le fait pas, je me caresse les seins à travers le soutien-gorge, je pince les bouts pour m’exciter. Ça fonctionne…

Ça fonctionne d’autant mieux qu’il s’est décidé à glisser un doigt dans ma chatte. Je sens bien que je ne suis pas encore humide, il le sent, lui aussi. Alors, je me dégage de ses mains, je défais sa ceinture et je le déboutonne. Il se soulève pour faire tomber son pantalon et son caleçon sur ses chevilles. Son sexe n’est pas encore dressé quand je le prends en main. Je commence à le branler, doucement d’abord, et je pose un genou sur la marche. Cette odeur de queue moite d’être restée enfermée, mais il est propre, et son gland que je touche du bout de l’index s’humidifie. Une jambe encore tendue, à demi accroupie, je le branle plus vite pour le faire durcir. Ça monte, je ne regarde que sa queue, et quand je n’y tiens plus, quand je le sens assez ferme, je le prends dans ma bouche.

D’abord, le gland… en faire le tour de mes lèvres, titiller de la langue, lécher, reprendre, et assez vite, ouvrir grand et avaler tout, voir jusqu’où il rentre, en tenant la base dans ma main serrée pour ne pas m’étouffer. Je continue à le branler, en salivant bien autour pour que ma main glisse sur sa queue. Il halète, pose sa main sur mes cheveux pour guider ma tête au rythme qui lui plaît. Je sens la base gonfler, palpiter. Je ne veux pas qu’il jouisse dans ma bouche, et pas déjà. Sans le lâcher, j’attrape dans la poche sur ma fesse une capote, la lui tends. J’entends s’ouvrir le plastique, il met sa main sous mon menton pour que je le libère de ma bouche. Je le laisse enfiler le latex.

Une fois équipé, il attrape ma nuque, ramène ma bouche sur son sexe, en forçant un peu, se contorsionne pour me mettre sa main entre les cuisses. Il enfonce un doigt en me branlant les lèvres, frotte, enfonce plus loin. Je relève la tête, j’arrête de le sucer pour profiter au mieux de sa caresse malhabile. Je suis debout dans la cabine, la tête touche le plafond. Je ne le regarde pas, j’ai en face de moi la lumière de l’alcôve, et dans les oreilles, le bruit provenant de la télé. Je jette un œil sur l’écran. Je mouille, mais pas assez ; alors, il met ses doigts dans sa bouche, et quand ils sont bien enduits de salive, il les frotte sur mes muqueuses puis à intérieur de l’orifice vaginal pour bien me lubrifier. Je ne veux pas m’asseoir sur lui. Pas de face-à-face, c’est trop intime.

Je lui fais signe de se pousser, je m’installe à genoux sur la banquette, la tête dans le coin de la cabine, et je lui tends mon cul. Il se décale pour me ramener dans le bon angle, me prend par les hanches, me met un doigt, puis un deuxième, pour m’ouvrir, il s’enfonce en moi.

Elle n’est pas mauvaise, cette queue, elle est même plutôt grosse quand je tends le bras en arrière et l’entoure de ma main pour la calibrer. L’homme n’est pas brutal, mais pas sensuel non plus ; il ne me traite pas de salope, mais souffle suffisamment pour que je sente qu’il y met du sien. Des va-et-vient réguliers, il a envie, je le sens et je mouille bien maintenant. J’ai la tête dans le coussin, je n’aime pas cette odeur rance, mais je laisse échapper de plus en plus de soupirs, tandis qu’il accélère, en tenant mon cul dans ses mains.

Je presse mes seins, me pince un téton. De l’autre main je me frotte le capuchon du clitoris. La queue, devenue raide et gonflée, passe entre mes doigts, je sens qu’il aime me voir me toucher ; sa respiration devient haletante, il cogne plus profond. Je le sens venir, je me caresse les lèvres, les tords entre mes doigts. Il grogne, émet un cri rauque, éjacule après deux ou trois à-coups. Il se retire. Alors mes doigts prennent la place de sa queue pour calmer en douceur les sensations de ma chatte. Je reste le cul tendu jusqu’à ce que je l’entende remonter son pantalon, remettre sa ceinture.

Alors je me retourne, je remets ma jupe en m’asseyant, replace mes seins dans le soutien-gorge, ils en débordent. Je ramasse ma blouse, l’enfile. Levant les yeux, j’aperçois mon reflet dans le rétroviseur. Je me reconnais, oui, c’est bien moi, mais… je me regarde avec distance. Je me recoiffe. L’homme est assis à mes côtés, tranquille.

— Une cigarette ?

— Non, je te remercie, j’y vais maintenant.

— Alors, bonne soirée.

— Oui, bonne soirée à toi aussi.

J’ouvre la portière, je descends le marchepied. Mes talons claquent sur le bitume du parking. La porte se referme, le rideau tiré ne laisse passer qu’un filet de lumière. Il retourne à son programme télé, j’imagine.

*

Je regarde vers la voiture. Je vois le bout rougeoyant de la cigarette dont ta bouche aspire la fumée.

*

Je ne suis pas seule du côté des camions. À quelques mètres de distance, deux hommes m’ont vue descendre de la cabine.

— Hey miss, hey ! Viens par là, mon pote et moi, on s’ennuie, ce soir, ya rien à la télé. Hey, viens par là, on a à boire et à fumer.

 

Derrière le pare-brise, tu allumes une autre cigarette.

Je tangue un peu. Je te sens me dire « ça me fait mal, ça me fait du bien, vas-y, encore ».

 

Je me rapproche du camion, les rideaux et les portes de la cabine sont ouverts. Des lettres lumineuses ACDC sont posées sur le tableau de bord, un énorme ours en peluche à la place du passager, une radio mainstream en fond sonore. Celui qui m’a appelée est grand, plutôt pas mal, assez carré dans son T-shirt. Il me tend un joint quand je suis près de lui, l’herbe sent bon, je le prends et fume. Son collègue est assis sur les marches. Il me regarde par en dessous, furtivement. Il n’est pas très beau, un peu lourdaud, il boit sa bière à petites gorgées.

— Alors, tu travailles ici ? Je ne t’ai jamais vue, tu es nouvelle ?

— Non, je ne travaille pas.

— Ahah, tu t’encanailles… y en a de temps en temps des comme toi, qui veulent tâter du routier, mais pas assez souvent. T’es pas rassasiée, il ne t’a pas suffi, le premier, t’en veux encore ? Mon pote, là, ça lui ferait du bien… hein, Rémi, qu’est-ce que t’en penses ?

— Ouais, ça me ferait du bien.

Pas si furtif que ça, finalement.

— Allez, bois une gorgée.

Le grand m’attrape par les hanches et me colle à lui en approchant le goulot de sa bière de ma bouche. Je prends la bouteille à la main, la lève pour la boire. Il en profite pour attraper mon sein, le malaxe sans ménagement, ce qui me fait gémir.

— Ah, ça réagit, là, Rémi. Allez, viens, grimpe, à toi l’honneur, on te regarde.

Je serre les dents, mais quand il passe sa main sous ma jupe pour me pousser dans le camion, ses doigts touchent les lèvres encore sensibilisées ; je frissonne.

— Assieds-toi sur la couchette, là, relève ta jupe, fais voir, écarte… C’est appétissant ça, Rémi, hein ! Elle est bien chaude, la petite salope sans sa culotte.

Ils sont assis chacun sur un siège, le plus bavard contre l’ours en peluche, Rémi à sa place de conducteur.

— Enlève ton chemisier. Bien. C’est pas mal, hein… Vas-y, caresse-toi les seins, bébé.

Il se déboutonne, sort sa queue déjà bandée. Il se branle doucement.

*

Du haut de la couchette, je vois la voiture. Je t’imagine te caressant, toi aussi, tenant tes bourses d’une main, pressant ta queue de l’autre. Je ne sais pas si tu me vois, mais c’est pour toi que mes doigts fouillent mon sexe, que je les porte à ma bouche pour bien le mouiller, pour toi, pour eux, et surtout pour moi.

*

— Rémi, reste pas là, va goûter, dis-moi si c’est bon.

Rémi se lève, s’agenouille entre mes jambes. Il regarde sans toucher, je me pénètre d’un doigt, puis de deux, ça le fascine de les voir ressortir trempés.

 

Je t’imagine toujours dans la voiture, je vais plus vite, je jouis presque.

 

— Goûte, je te dis, si t’y vas pas, j’y vais.

Rémi approche sa tête de ma chatte, mais ne se résout pas à la toucher. La main sur la braguette, il se frotte comme on se gratte quand ça démange. Il me dégoûte, mais j’ai envie d’une bouche, je l’attrape, colle son visage sur mon sexe sans retirer mes doigts. Je me frotte contre son nez, contre sa bouche qui refuse de s’ouvrir. Finalement, il bascule en arrière et se redresse, tétanisé.

— Putain, Rémi, tu fais chier, pousse-toi !

La bouche du grand m’avale, je sens sa langue s’insérer, deux doigts entrer en force dans mon vagin, puis aller et venir rudement.

*

Je sais que tu les as vus bouger de loin, je sais que tu imagines ce qui se passe…

*

Le grand me tire vers lui par les hanches, me bascule pour me mettre au bon niveau. Il sort une capote de sa poche, se l’enfile. Rémi, à nouveau assis à sa place de conducteur, observe la scène et se frotte le sexe. L’autre me prend, tire mon bassin vers lui, grogne, et je me laisse aller sous ses coups.

— Tiens, prends ça, salope, tiens… Regarde Rémi, c’est comme ça qu’on les prend, les salopes.

Ça me brûle l’entrée du vagin, mais quand il cogne, mon clitoris gonfle. Il va vite… il va finir… Pousse un dernier grognement.

Il ne s’écroule pas sur moi. Heureusement, car il m’étoufferait. Il se retire sans me regarder, retire la capote, la jette dans le cendrier.

— Putain, Rémi, tu sais pas ce que tu rates !

Si, il sait, je crois. Sa main est posée sur son entrejambe. Il ne gratte plus.

À nouveau, je remets ma blouse, rabaisse ma jupe.

— Une petite bière ?

— Ça ira, non merci.

Comme je me lève, Rémi descend pour me laisser sortir.

— Bonne soirée ! Faites attention.

— Oui, merci, bonne soirée.

Rémi me dégoûte, mais il est gentil. L’air me fait du bien.

*

Je vois ta silhouette derrière le volant. La vitre est ouverte, tu fumes encore. Je me retourne vers la cabine dont je viens de descendre. Je vois les deux hommes que je viens de quitter. Ils ouvrent une nouvelle bière et trinquent.

De là où tu es, tu as dû bien profiter du spectacle : les voir bouger, voir des fesses et des cuisses nues s’activer entre mes jambes. Et tu complétais par l’imagination ce que tu ne pouvais que deviner.

*

Personne sur le parking. Les autres cabines sont fermées. Uniquement des lumières bleutées, maintenant… sauf chez Rémi, qui se fait sans doute malmener.

*

Je me tourne vers toi, je veux te rejoindre. Je te vois hocher la tête. J’ai le droit de revenir, maintenant. Je marche droit, je dois rouler des hanches. Quand je suis proche, tu ouvres la portière de l’intérieur. Pas de musique. Un cocon calme.

Tu poses la paume de ta main sur ma joue, tu me caresses les cheveux, comme pour me consoler, et comme pour me remercier. Tes yeux sont tristes et fiers. Alors, je me serre contre toi, je fourre mon nez dans ton cou, je prends ma dose de ton odeur, je n’ai même pas senti celles des autres. Ma main sous ton T-shirt, sur ton torse, qui descend vite sur ta queue, je t’embrasse la nuque, ton pantalon est ouvert et tu bandes toujours, tu m’as attendue pour jouir.

Vite, je te prends dans ma bouche, je t’avale entièrement en faisant rouler tes couilles dans ma main, en les caressant fermement, en respirant ton entrejambe, en te léchant avidement. Tu ne mets pas ta main sur ma tête, tu n’as pas à me guider. Par à-coups légers, tu fais reculer le siège ; l’espace se libère. Dans le mouvement que je fais pour monter sur toi, j’appuie sur le volant et je déclenche le klaxon. Est-ce que les gars dans les camions vont avoir la curiosité de regarder, de m’entendre gémir avec toi ? Certains d’entre eux, peut-être, suivent le déroulement depuis le début, en se touchant derrière leur rideau.

Mélangés, nous nous regardons, nous scrutons au plus profond de nous ce que nous sommes, dans le don et la douleur, dans le désir et le dégoût du sale.

Il ne me faut pas longtemps pour jouir et couler sur toi, mon amour, je me glisse sur le côté, te reprends dans la bouche nos odeurs et nos goûts mêlés et il ne faut pas longtemps pour que tu coules dans ma gorge, mon amour.

Je mets en marche la radio, la musique nous enveloppe, tu roules un joint, l’allumes…

Nous reprenons la route.