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LA PRINCESSES DES CHANTIERS

Fiche technique
Nombre de pages 192
Langue Français
Date de parution 24/07/2020
Référence K00007

Extrait gratuit

1

Narcia grignotait le bout de son stylo plume, jambes croisées, regard plissé. Elle n’écoutait le candidat que d’une oreille. Comme tous les autres, il expliquait avec plus ou moins d’allant combien il serait utile à cette entreprise, combien il comptait s’investir dans son emploi, combien ses compétences correspondaient au poste proposé. Ils suivaient tous les mêmes cours estampillés Pôle Emploi… qui ressemblaient de plus en plus à un menu McDo, selon elle. Connu, simple et sans surprise.

Pourtant, ce jeune homme-là, un certain Marco Riberro, lui plaisait. Pas pour son cursus, d’une banalité affligeante (mais à 22 ans il n’avait pas encore eu l’occasion de faire ses preuves, bien sûr). Non… Il lui plaisait physiquement. Assez grand, bien charpenté, le teint hâlé, la tignasse noire et les yeux bleus. Encore peu de barbe et un sourire éclatant !

À bientôt 48 ans, Narcia Berger occupait depuis une décennie déjà le poste de responsable des ressources humaines chez CortePont, une entreprise de travaux spécialisée dans la réhabilitation d’anciennes usines. Beaucoup d’hommes sur les chantiers, de femmes dans les bureaux… à part ça, aucun sexisme professionnel.

Il était temps de vérifier ce qu’il avait dans le ventre, ce candidat.

— Vous dites correspondre au profil, Marco… Je peux vous appeler Marco ?

Le beau brun opina sans cesser de sourire. Encore un truc commun à tous ces jeunes…

— Bien. Donc, Marco, vous postulez à un poste de chef d’équipe… Mais vous n’avez aucune expérience…

Narcia se chargeait elle-même des recrutements. Le turnover, important comme dans beaucoup d’entreprises du bâtiment, imposait de consacrer deux journées par mois à cette tâche. Ses critères de sélection s’avéraient très… particuliers. Ce jour-là elle portait une robe moulante qui mettait sa lourde poitrine en valeur et voyait bien que ce Marco observait autant ses seins que son visage. Un bon point.

— C’est vrai, madame Berger, mais je…

— Mademoiselle…

— Comment ?

Il parut surpris, reculant dans son siège pour la première fois depuis le début de l’entretien.

— Je ne suis pas mariée. Donc, « mademoiselle Berger »…

— Ah… Heu… oui… si vous voulez, mademoiselle Berger…

Elle savait bien que dans le combat illusoire pour l’égalité des sexes, ce terme avait été officiellement supprimé. Elle trouvait ça dommage. À ses yeux il ne paraissait pas aussi néfaste que certaines le prétendaient.

— Ce que je voulais dire, c’est que j’ai passé mes examens avec d’excellentes notes. Si vous me laissez ma chance, je suis sûr de pouvoir diriger une équipe !

Pas plus déstabilisé que ça, encore un bon point ! Pour autant, elle ne pouvait pas lui confier la gestion d’hommes plus âgés et plus aguerris sans une expérience préliminaire.

— Chez nous, les promotions s’effectuent au mérite.

Un mensonge partiel, Narcia ne précisant pas quel genre de mérite.

— Je comprends, mademoiselle Berger. C’est normal.

— Votre profil est intéressant, Marco… Vous semblez avoir la tête sur les épaules et possédez des qualifications susceptibles de nous intéresser… Ce que je peux vous proposer, c’est de vous forger une expérience sur le terrain.

Il fronça les sourcils. Adorable. Ce Marco, malgré ses origines ibériques et son petit costume cravate bon marché, gardait un soupçon d’adolescence. Narcia ne pouvait s’empêcher de l’imaginer nu tout en mordillant son stylo. Comme ce serait amusant et émoustillant de faire passer tous ces candidats (et candidates) à poil dans son bureau. De plus, elle s’éviterait quelques mauvaises surprises.

— Comment ça ?

— Et bien, si nous vous engageons, il faudra passer six mois dans une de nos équipes… et si votre supérieur hiérarchique vous en juge apte, vous bénéficierez d’une formation d’un an comme responsable. Qu’en dites-vous, Marco ?

Elle lisait la déception dans ses belles prunelles bleues. Il venait enfin de perdre de son assurance. Narcia serra les cuisses, gardant ses jambes croisées. Il ne pouvait pas voir ses collants noirs. Peut-être les avait-il remarqués quand elle l’avait accueilli ? La plupart des jeunes restaient impressionnés. Narcia le savait. Et quoi d’étonnant à cela ? Une femme pulpeuse, grande, les cheveux noirs enserrés dans un chignon… et possédant le pouvoir de fournir un emploi ou de briser un rêve.

— Je… je ne sais pas trop, mademoiselle Berger… Je dois vous avouer que si j’ai suivi des études, c’est un peu pour éviter de devoir gravir les échelons depuis tout en bas…

Déstabilisé mais pas désarçonné. Intéressant. Elle sentit les bouts de ses seins durcir.

— Oui, je comprends… Malheureusement, c’est la politique de la société. Et puis, ce ne sera que pour six mois. Vous êtes encore jeune… sans compter que ça vous permettra de découvrir les aléas de ce job…

Il dodelinait avec une petite moue. Jolies lèvres pleines. Visage bien rasé, contrairement à cette stupide mode des barbes courtes qui prévalait ces derniers temps.

— Et pour le salaire ?

Il était accroché. Narcia retint un sourire de triomphe. Elle chassa aussi l’image d’un torse musclé, bronzé… épilé. Un torse qu’elle prendrait plaisir à caresser avant de laisser ses mains glisser lentement vers un beau membre tendu de désir.

— Vous commencerez aux alentours de 1 800 euros…

— Net ? hoqueta-t-il.

— Non, brut. Vous convoitez une place d’encadrant, Marco… Les salaires se donnent toujours en brut, dans l’encadrement.

— C’est à peine plus que le SMIC…

— Oui, mais vous percevrez également une somme forfaitaire de 16 euros par jour de travail pour les déplacements et les frais de bouche.

— Ah…

Elle devinait qu’il calculait combien il toucherait au final. Autant savoir immédiatement s’il comptait s’investir… et apprendre l’air de rien ce qu’elle voulait savoir.

— Il arrive que des chantiers se situent à l’autre bout de la France… Il faudra donc partir la semaine. Est-ce que ça vous pose un problème ? L’hôtel et les dîners seront réglés par la compta.

— Heu… Non… Ma… ma copine travaille dans une clinique, avec des horaires décalés. Elle comprendra…

Une petite amie… Le contraire aurait étonné Narcia. Une gueule d’ange pareille… Elles devaient faire la queue, toutes les petites grues qu’il croisait. Loin de ressentir de la jalousie, elle se réjouit.

— Infirmière ?

— Oui… Enfin, quand elle aura terminé ses études… Encore une année ! Mais… pour le salaire d’encadrant ?

Décidément, même impressionné, il ne perdait pas le nord. Et ses yeux revenaient sans arrêt sur sa poitrine. Petits seins, la copine ?

— Oh, ce sera aux alentours de 3 000 euros… pour commencer.

Son souffle devint plus court. L’argent semblait être un vrai moteur pour ce candidat. S’il intégrait une équipe, elle s’amuserait bien avec lui.

— C’est… pas mal !

Comme tous les jeunes, il ignorait comment aborder les questions salariales. Autant glisser sur un autre terrain, plus intéressant :

— Je lis sur votre CV que vous faites du sport…

— Oui…

— Quel sport ?

— Oh, je pratique pas mal de choses… Du vélo, de la natation… j’ai un abonnement dans une salle de musculation… et j’ai fait du judo, même si j’ai dû arrêter à cause des études.

Musculation… Rien que le mot faisait naître en elle des désirs moites. Elle imagina à nouveau un torse dur, des pectoraux saillants et des abdominaux bien dessinés. Elle aussi suivait des cours de fitness deux fois par semaine, dans le groupe de l’entreprise.

— Bien… Très bien, même. Le travail dans les équipes est physique… Alors ? Est-ce que mon offre vous intéresse ?

Il fit semblant de réfléchir. C’était tellement… visible ! Tout ça pour finir par opiner.

— Oui… Je ne m’attendais pas vraiment à ça, mais je veux bien essayer. Enfin… si… si vous êtes d’accord.

— Je vous le ferai savoir très rapidement, que la réponse soit positive ou négative. J’ai encore quelques candidats à recevoir.

Il parut contrit, presque vexé, en se levant et en tendant une main ferme.

— Votre profil m’intéresse, en tout cas !

Un sourire, entre soulagement et crispation. Elle ne pouvait pas lui dire que c’était dans la poche. Il n’y avait pas d’autres candidats. Pour autant, mieux valait toujours donner l’impression du contraire.

— Merci, mademoiselle Berger…

— À bientôt, Marco…

Il tourna les talons, direction la porte du grand bureau. Narcia retint un petit soupir de plaisir en contemplant les fesses rondes, bien moulées dans le pantalon à pinces, qui s’éloignaient dans un chaloupé sensuel. Le faisait-il exprès ?

Elle se rassit dans son siège en cuir, songeuse, vulve trempée. Elle devait se libérer de cette tension sexuelle, ou elle ne pourrait plus avancer sur aucun dossier cet après-midi !

Décrochant le combiné, elle composa le numéro de sa secrétaire, qui se trouvait derrière le comptoir, à deux mètres de la porte.

— Stéphanie ?… C’est madame Berger. Je n’ai plus de rendez-vous et j’ai une migraine atroce.

— Oh, je suis désolée, madame Berger… Vous… vous voulez un cachet ?… Ou un café, peut-être ?

Adorable petite cruche blonde sursautant au moindre éclat de voix…

— Non, ça ira. Assurez-vous simplement qu’on ne me dérange pas jusqu’à 17 heures. Il me reste des dossiers à finaliser.

— Bien, madame Berger ! Comptez sur moi !

Elle raccrocha sans rien ajouter, pas même un remerciement. Faire comprendre aux autres qu’ils ne représentaient pas grand-chose à ses yeux faisait partie de ses petits plaisirs.

Un autre de ses petits plaisirs, tout aussi honteux, elle s’apprêtait à se l’offrir.

Se relevant, elle poussa un soupir. Sans fermer la porte à clé, elle déboutonna sa robe… la retira entièrement. Il y avait un risque que quelqu’un entre… S’il s’agissait de Stéphanie, elle frapperait pour s’annoncer, ou l’appellerait sur la ligne interne. Mais si la secrétaire s’absentait, un visiteur impromptu pouvait alors ouvrir la porte. Ce risque ajoutait le piment nécessaire à sa libido.

Elle dégrafa son soutien-gorge et laissa s’épanouir librement ses seins lourds à la pâleur nacrée, contrastant avec son corps plus hâlé. Elle se sentait fière de sa poitrine. Elle tenait encore bien et faisait fantasmer les hommes, tandis que les femmes la jalousaient.

Les doigts de plus en plus fébriles, elle descendit son string rouge, assorti au soutien-gorge. Hors de question de porter une lingerie dépareillée !

Son fessier rond, elle l’estimait un peu trop mou, malgré le fitness. Pour autant, ses jeunes amants ne s’en étaient jamais plaints. Au contraire, la plupart adoraient ses fesses.

Narcia ne se considérait pas comme une ogresse ni une cougar. Trop jeune pour ces qualificatifs qu’elle laissait aux femmes de plus de 50 ans. Elle y viendrait, cependant, car les hommes de son âge ne l’intéressaient pas vraiment. Elle préférait les jeunes sportifs beaux et soignés… et surtout ceux qu’elle impressionnait le plus.

Levant une jambe après l’autre, elle renifla l’entrejambe de son string, humide de sécrétions. Le parfum acidulé, marin et puissant la combla et accentua la lourdeur dans son bas-ventre.

La voilà quasiment nue, ne portant plus que ses escarpins noirs à talons hauts. Sans attendre, le cœur cognant dans sa poitrine en surveillant la porte (qu’elle craignait autant qu’elle espérait voir s’ouvrir subitement), Narcia se rassit dans son fauteuil.

Écartant largement ses cuisses, elle laissa ses mains commencer leurs caresses. Légères et porteuses de chatouilles, pour bien débuter.

Elle avait eu dans l’idée de s’imaginer forçant le beau Marco à se dévêtir entièrement devant elle. Lui, rouge de honte et d’excitation, n’aurait pu dissimuler longtemps une belle érection. Elle aurait ensuite suivi la route de ses fantasmes habituels. Agenouiller l’étalon et s’offrir à sa langue experte, avant de le chevaucher avec sauvagerie.

Pourtant, et comme cela arrivait parfois quand elle se caressait dans son bureau, son esprit prit un sentier de traverse pour l’emmener dans son passé. Car elle ne s’était jamais expliqué ses penchants les plus étranges… et n’avait jamais cédé non plus à l’appel de ses fantasmes les plus secrets, ceux qui la troublaient et l’effrayaient.

Tandis que deux doigts pinçaient tendrement un téton gorgé d’envie et qu’une main descendait vers le buisson court et bien entretenu de sa toison pubienne, elle se revit à 20 ans… jolie jeune femme brune, déjà pulpeuse mais encore timide ! Et déjà traversée de pulsions incontrôlables.

Dire qu’elle devait son premier véritable émoi sensuel à sa belle-mère, Jacqueline, qu’elle avait toujours détestée.

Ses parents divorcés depuis son adolescence, elle avait toujours passé l’été chez son père. Et ce mois d’août là n’avait pas commencé différemment des précédents. À un détail près : Jean, son père, parti aider un ami à rénover une grange, dans un village éloigné de plus de 200 km, était resté absent.

Une semaine en tête-à-tête avec Jacqueline ne l’avait pas enchantée. Sa belle-mère était l’exact contraire de sa mère. Une grande femme stricte, autoritaire, soucieuse de sa personne bien plus que des autres. Narcia ne s’était jamais entendue avec elle. Aujourd’hui encore, son père décédé depuis longtemps, Jacqueline revenait hanter ses rêves érotiques d’une manière étrange bien qu’elles ne se fréquentent plus depuis des années.

Il ne s’était pourtant rien passé entre elles. Rien de réellement physique, en tout cas. Mais un incident avait bouleversé la jeune femme et, sans doute, orienté sa sexualité.

Durant cette semaine d’absence paternelle, Narcia était restée enfermée dans sa chambre le plus clair de son temps. Elle ne connaissait personne dans la ville. Aussi s’était-elle laissée aller à ses penchants lubriques. La masturbation. Sans jouet (ce n’était pas encore en vogue, à cette époque) ni rien d’autre que ses doigts et son imaginaire.

Elle n’était déjà plus une oie blanche. Deux garçons qui l’avaient déniaisée… imparfaitement, elle n’en avait pris conscience que bien plus tard. D’abord Mathias, un camarade de classe, puis l’année suivante Grégoire, un flirt de vacances. Amoureux, oui, mais inexpérimentés. Durant leurs relations, ils prêtaient plus attention à leurs désirs personnels qu’aux siens. Pour autant, elle avait connu quelques orgasmes et cela lui avait énormément plu. La jouissance se terminait toujours par de longues minutes de plénitude qui l’apaisaient. Elle cherchait à revivre ça, bien sûr, mais pas seulement. Elle avait toujours aimé se fabriquer de petites histoires, étirer son plaisir aussi longtemps que possible.

À l’époque de l’incident, comme elle l’appelait encore, ses fantasmes tournaient beaucoup autour de tendres relations, de baisers passionnés, de caresses délicates. Dans sa petite chambre à l’étage, Narcia avait passé des heures nue au milieu des draps, moite de sueur, à laisser délicieusement jouer ses doigts sur les parties les plus sensibles de son anatomie.

Les choses auraient-elles été différentes si, ce mercredi-là, Jacqueline n’avait pas débarqué dans la chambre sans prévenir ? Sa libido aurait-elle emprunté d’autres voies ? Qui sait ?….

Jacqueline l’avait découverte nue dans son lit, une main contre sa vulve détrempée, l’autre taquinant un mamelon. Et la frayeur mêlée à la honte extrême ressentie à cet instant restera sans doute l’émotion trouble la plus intense de toute sa vie.

Elle se souvenait avoir crié de stupeur… s’être recroquevillée contre le mur en essayant de tirer le drap sur elle… Elle se remémorait la chaleur intense sur ses joues et l’envie de disparaître dans un petit trou. Des émotions terribles, qu’elle ne voudrait revivre pour rien au monde, pensait-elle. Mais alors, se demandait-elle… pourquoi ne fermait-elle pas la porte de son bureau à clé ?

Le souffle de Narcia se contracta. Elle astiquait doucement sa tétine, pianotait aux abords de ses grandes lèvres gorgées de sang. Le souvenir, s’imposant face au fantasme mettant Marco en scène, se poursuivit sur l’inattendue et surprenante réaction de sa belle-mère.

Scandalisée, Jacqueline avait crié, questionné, supputé et suggéré des choses détestables. Mais derrière le masque de la femme outragée, Narcia avait clairement deviné un éclat de vice malfaisant dans les yeux gris. Sa belle-mère avait eu beau crier son prétendu dégoût face aux pratiques honteuses de sa bru, cette dernière restait persuadée qu’une forme de plaisir tortueux se dissimulait dans les paroles assenées sans égards.

La suite s’est révélée encore plus perturbante. Dans un premier temps, Jacqueline avait décrété qu’elle raconterait tout à Jean. Inimaginable ! Si son père avait appris qu’elle se masturbait sans retenue, plus jamais elle n’aurait pu le regarder en face. Narcia avait envisagé de s’enfuir plutôt qu’affronter une telle humiliation. Majeure, personne ne pouvait la retenir.

Les choses avaient évolué pendant le dîner. Honteuse, tête basse, Narcia avait enduré les sermons de sa belle-mère, qui la jugeait détraquée. Stupidement, elle avait répondu aux questions pressantes avec un peu trop d’honnêteté. Se livrait-elle régulièrement à cette activité ? Jusqu’au bout ? À chaque fois ? Avait-elle des pensées vicieuses en se tripotant ? Une réflexion en entraînant une autre, et peut-être aussi devant l’attitude passive et honteuse de sa bru, Jacqueline avait fini par proposer de la faire examiner par un médecin. Et pourquoi pas le sien, qu’elle pourrait faire venir à la maison pour éviter le scandale d’une visite à son cabinet.

La jeune femme avait promis d’y réfléchir et y songea la moitié de la nuit, avant de sombrer dans un sommeil sans rêves. Le matin suivant elle avait décidé d’accepter uniquement si Jacqueline jurait de ne jamais rien dévoiler à Jean. Une poignée de main incongrue avait conclu ce marché tordu.

Le docteur Timone devait passer dans la soirée, après sa dernière visite. Toute la journée de ce jeudi, Narcia s’était sentie fébrile. Il avait fait très chaud. Les derniers événements n’avaient cessé de harceler son esprit, jusqu’à l’heure du rendez-vous.

Elle était déjà pivoine en lui serrant la main. Un type dans la cinquantaine, grosse barbe grisonnante, cheveux bien ordonnés et épaisses lunettes sur le nez. Un peu bedonnant, elle se souvenait du polo avec le petit crocodile, de la sacoche en cuir élimé et de son parfum boisé.

Jacqueline lui avait offert un thé. Avait suivi une humiliante conversation dans le salon, durant laquelle Narcia avait hoqueté, soupiré et rougi jusqu’à la racine des cheveux sans pouvoir empêcher sa belle-mère de narrer avec trop de détails ce qu’elle avait vu en ouvrant la porte. Pire encore, elle avait largement exagéré les aveux de sa bru, la veille au dîner, la transformant en une petite salope nymphomane.

Dans un premier temps, le docteur Timone avait pris la défense de la jeune femme de sa voix grave et profonde, expliquant à Jacqueline que les hormones titillaient Narcia, que l’onanisme ne menaçait pas la santé mentale contrairement à une croyance très répandue, que cela concernait bien plus de personnes qu’on ne l’imaginait.

Devant l’insistance de la maîtresse de maison, le médecin avait fini par proposer un examen physique. La jeune femme avait protesté et assuré que ce n’était pas nécessaire, Jacqueline lui avait opposé tous ses arguments et fini par la menacer d’appeler Jean le soir même si elle ne cédait pas. Elle avait donc cédé.

Le docteur Timone, sortant son stéthoscope de sa mallette, lui avait demandé de soulever son tee-shirt. Ce n’était pas la première fois qu’un médecin allait l’ausculter, bien sûr. Mais pour ce motif et en présence de sa belle-mère, elle en avait eu un petit vertige. Elle avait pourtant soulevé son vêtement, sous lequel elle ne portait pas de soutien-gorge, et dévoilé sa jeune poitrine ronde et pleine, tellement sensible. Elle aurait pu demander que Jacqueline sorte. Avec le recul, elle était presque certaine que le docteur Timone l’aurait soutenue. Elle ne l’avait pas fait. Pourquoi ? Trop d’angoisse ? Peur des représailles sournoises par la suite ? Ou à cause de ce petit éclat de jalousie et d’envie, lorsque sa belle-mère avait contemplé à nouveau ses seins pâles et fermes ?

Il y avait eu le contact frais du stéthoscope, à plusieurs endroits… le haut de sa poitrine… son dos… suivi d’une question mortifiante : « Vous avez toujours les tétons aussi durs, Narcia ? »

Elle avait ressenti une telle gêne et connu un tel embrasement de ses joues !…. Et dans le même temps avait imaginé les doigts calleux du médecin saisir ses bouts tendus pour les tripoter. Il ne l’avait pas fait, bien sûr. Mais elle n’avait pu s’empêcher de l’imaginer. Sa réponse, vague mais affirmative, n’avait été qu’un murmure rauque. Et cet éclat bizarre dans les yeux froids de Jacqueline… Elle ne savait toujours pas quoi en penser, même après toutes ces années.

Cet examen préliminaire n’avait rien révélé d’anormal. Elle ne s’était pourtant sentie ni soulagée ni rassurée. Cela l’avait même plutôt énervée. La tension sexuelle, grandissante au fil des minutes, l’avait chamboulée. Son vagin englué de sécrétions, ses seins durs d’envies inassouvies, son esprit partant en vrilles fantasmatiques…

Narcia se rappelait avoir hoqueté en voyant le docteur Timone sortir une paire de gants en latex, d’un blanc douteux. L’unique couleur disponible à cette époque, pour autant qu’elle le savait. Il les avait enfilés machinalement, tout en lui demandant de se lever… puis d’abaisser son short et sa culotte.

Ses jambes avaient tremblé si fort. Ses doigts aussi, en déboutonnant gauchement son vêtement, en le faisant descendre à mi-cuisses en même temps que sa lingerie basique.

Ces précieux moments de honte extrême, d’émotions folles, de sensations troubles, elle cherchait à les revivre en mimant les gestes. Elle se souvenait de tout avec précision. Les bras croisés de Jacqueline, ses yeux fixes et son sourire en coin… L’odeur pisseuse de son parfum le plus intime, lui chatouillant les narines comme celles du médecin… Le poids terrible de l’excitation dans le creux de ses reins.

« Penchez-vous un peu en avant, s’il vous plaît… Je vais procéder à un examen interne. C’est juste pour vérifier qu’il n’y a pas de grosseurs suspectes au niveau des muqueuses… Vous pouvez écarter un peu les pieds… Prenez appui sur le dossier du fauteuil, ce sera plus facile… »

Elle se répétait les mots du docteur Timone dans sa tête, tout en faisant pénétrer ses doigts dans son vagin.

Pliée en deux, la poitrine sur le haut du dossier, elle avait tendu les fesses. Une grosse main s’était posée dessus, sans doute pour prendre appui. L’autre avait glissé entre ses cuisses, la faisant soupirer avec concupiscence. Jacqueline avait poussé une petite exclamation outragée.

Et puis, deux doigts couverts de latex s’étaient insinués entre ses grandes lèvres. Narcia avait aspiré de l’air entre ses dents serrées, se contractant.

« Détendez-vous… Ce ne sera pas douloureux, je vous assure… »

D’un large soupir elle avait relaxé ses muscles. Elle se souvenait l’avoir fait presque naturellement. Les gros doigts s’étaient enfoncés dans le cloaque brûlant de son intimité. Tournant sur eux-mêmes, ils avaient palpé toutes les zones de son vagin gluant, provoquant des clapotis aussi obscènes qu’humiliants.

Combien de temps avait duré cette palpation ? Une minute ? Deux ? Elle n’était pas certaine. Ça lui avait semblé à la fois interminable et horriblement court. Son clitoris tendu à l’extrême aurait voulu une caresse. Quelques attouchements rapides auraient suffi à déclencher un orgasme ravageur, à cet instant. Mais les doigts étaient ressortis, la laissant avec un vide ignoble et une faim sexuelle insupportable.

Il y avait eu la voix légèrement chevrotante de sa belle-mère : « Alors, docteur ? »… « Il n’y a rien d’anormal… Vous pouvez être rassurées, toutes les deux ! »

Narcia s’était redressée, faible et veule comme jamais. Elle avait entendu le petit échange la concernant sans intervenir.

« Mais alors, docteur, pourquoi est-elle comme ça ? » « C’est une jeune femme. Elle a des besoins physiologiques un peu au-dessus de la moyenne, voilà tout. » « Mais enfin, docteur, elle se masturbe tous les jours ! » « Ça changera quand elle sortira avec un garçon. Je vous assure qu’il n’y a vraiment pas de quoi s’alarmer. »

Le médecin n’avait pas annoncé à Jacqueline que sa belle-fille n’était plus vierge. Après son départ, Narcia avait prétexté l’envie de se balader seule pour fuir la maison. Un seul objectif : trouver un endroit calme et enfin se délivrer de ce pressant besoin de jouir.

Pas besoin d’aller très loin. À une centaine de mètres, au bas de la rue, on construisait une maison. Les ouvriers étaient partis. Aucun véhicule garé et un accès facile. Elle avait exploré le chantier jusqu’à trouver un coin tranquille, entre une bétonneuse et une palette chargée de briques rouges.

Elle s’était mise nue, au mépris du risque. Exactement comme dans son bureau. Elle s’était emparée d’un marteau qui traînait, au manche couvert de traces de peintures séchées. Un manche qu’elle avait sucé en gorge profonde, tout en branlant son clitoris douloureusement dressé.

Le docteur Timone s’était montré très professionnel. Mais elle avait tout de même vu son érection, lorsqu’il avait rangé ses affaires et encaissé le prix de sa visite. Narcia lui avait fait de l’effet, à ce médecin aussi âgé que son grand-père, avec sa grosse barbe et ses lunettes épaisses. Et elle-même s’était fait jouir en quelques minutes en se figurant violemment baisée par lui.

Narcia se tendit dans son fauteuil en cuir, réprimant des gémissements de plaisir. L’orgasme la submergea tandis qu’elle revoyait ce toubib… ses doigts gantés… la bosse dans son pantalon…

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