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SAMIA, FILLE DU VOYAGE - Tome 2

Fiche technique
Nombre de pages 180
Langue Français
Date de parution 10/09/2020
Référence L00073

Extrait gratuit

1

Le monde du travail

L’avion, je n’aime pas ça. Comme tous les Roms je suis une voyageuse – mais par la route, pas dans les airs. Par contre ce trouillard de Julien, lui, est à l’aise. Ça va lui coûter cher. Il n’a pas à me faire honte.

On atterrit à côté de Lille et, croyez-le ou non, il fait beau ! N’empêche, je préfère l’Atlas.

On met le cap sur une banlieue pas très glamour du côté de Roubaix. C’est là que mon beau-père possède ses usines et sa belle villa. On habitera dans l’ancienne conciergerie remise à neuf ! Mon beau-père me laisse deux jours pour m’installer et conclut son petit discours de bienvenue en disant :

— Après-demain, soyez tous les deux à neuf heures au bureau.

Neuf heures ! Non, mais il est pas bien, lui ? Pourquoi pas six heures du matin tant qu’on y est ? Mais je me garde bien d’ouvrir la bouche pour lui signifier le fond de ma pensée – je connais d’avance sa réponse et le ton mielleux et paternaliste qu’il emploiera pour l’énoncer : « De quoi vous plaignez-vous, ma petite ? Les ouvriers commencent à huit heures, eux. »

Après deux journées guères palpitantes, nous voilà donc assis à l’aube – ou presque ! – sur un canapé inconfortable, face à un bureau qu’occupe la secrétaire de beau-papa, attendant que ce dernier daigne nous recevoir… Ça me rappelle l’école, quand j’étais convoquée chez le dirlo parce que j’avais fait un nez sauce tomate à un garçon ou montré mes fesses à un autre. C’est long, surtout dans la lumière trop blanche du plafonnier. L’extérieur ne manque donc pas à ces gens ?

Enfin, on entre. Le dirlo nous attend derrière son burlingue, sourire pincé aux lèvres. On contourne l’imposant meuble pour l’embrasser, mais il nous stoppe net d’un geste sec de la main :

— Pas trop de familiarités au bureau. Asseyez-vous. Voyons voir…

Non, mais quelle peau de vache !

— Tu as été nul partout, commence-t-il, en s’adressant à Julien qui pique un fard tandis que je me marre intérieurement. Ça promet !

— C’est que…

— Par conséquent, l’interrompt le vieux, tu vas t’occuper de l’entretien de l’usine. Vérifier ce qui doit être réparé, repeint, nettoyé… Tu seras aussi en charge de la surveillance du service de nettoyage. Tu devras me faire des rapports réguliers. Je veux savoir si chacun dans cette usine effectue correctement son travail. Bref, pour faire court, je nomme directeur des services d’entretien et de nettoyage. C’est une responsabilité que je crois à ta hauteur – et dont j’espère que tu te montreras digne. Lisa te mettra au courant, elle est très efficace.

— Oui, mais… bredouille Julien, liquéfié de honte – pour ma part je suis obligée de me mordre les jours pour ne pas éclater de rire.

— Je n’ai pas terminé. Si tu te débrouilles correctement, d’ici trois mois je te confierai un poste plus important. En attendant, tâche de faire de ton mieux.

Incroyable, le vieux ! La façon dont il parle à son fils, sans même le regarder ! Tu m’étonnes que mon pauvre mari soit une telle chiffe molle !….

Et puis c’est mon tour de passer sur le grill :

— Et toi, Samia ? Quels diplômes possèdes-tu ?

Le rat ! Comme si on pouvait suivre de brillantes études en passant le plus clair de son temps sur les routes !

— J’ai été jusqu’en première et puis…

— Je me doute que tu n’as pas fait de grande école, me coupe-t-il avec un sourire perfide, mais l’université ? Ou au moins un BTS ?

— Non, mais c’est parce que…

— Bon, tu pourras superviser le travail dans un des ateliers, mais ça n’est pas facile et les journées sont longues : huit heures – dix-huit heures.

Je fais la grimace, mon fou-rire de tout à l’heure bien coincé en travers de la gorge et je suppose que ça se voit…

— Ou alors… poursuit-il.

Quoi ? Il va quand même pas me proposer d’être veilleuse de nuit, si ?

— Ou alors, ou alors… Comme tu possèdes un bon contact avec les gens, surtout avec les hommes, que tu n’es pas trop bête malgré ton inculture et ne t’embarrasses pas de scrupules…

N’en jetez plus, Monseigneur, la cour est pleine !

— De plus, tu es une fille du peuple, même si c’est du peuple des Tziganes… Ça rassure les ouvriers, que tu ne sois d’un milieu somme toute proche du leur, toute Comtesse que tu sois devenue par la grâce de ce… mariage…

Je devrais me foutre pas mal de son mépris, mais malgré moi sa morgue de sale bourge me touche et je dois faire un effort pour garder un visage impassible – je sais que tout ce qu’il espère c’est m’humilier, ça l’excite ce vieux cochon, j’en suis sûre, mais je ne lui donnerai pas ce plaisir.

— Donc, termine-t-il avec le ton aimable et souriant d’un procureur réclamant la tête de son client, tu devrais bien t’entendre avec les syndicalistes. Il s’agit, tu t’en doutes, d’un poste essentiel. Sans un bon dialogue avec ces gens-là la production peut connaître toutes sortes de problèmes… Tu seras donc responsable des relations avec eux. Tu serviras d’interface, en quelque sorte, entre eux et moi. La rémunération est bien entendu à la hauteur de la tâche qui t’incombe. C’est un travail qui ne t’occupera que le matin. L’après-midi tu seras libre, hormis deux ou trois jours par semaine où tu devras servir d’hôtesse aux clients importants : tu leur feras visiter l’usine et tu les emmèneras au restaurant ou en boîte de nuit. Tu feras équipe avec Suzy, notre chargée de comm'. Je viendrai parfois avec vous, pour les clients vraiment importants. Que penses-tu de ma proposition ?

— Ça me botte.

— Évite ce genre d’expression, grimace-t-il. À propos : à l’usine comme devant les clients, je préfère que tu t’adresses à moi en m’appelant « Monsieur ».

— Et en dehors de l’usine, Monsieur ?

— Quand nous sommes seuls ou en famille, tu peux m’appeler par mon prénom.

— Oh, mille fois merci, Monsieur.

— Arrête de faire la conne, Samia !

Et voilà ! Lui a le droit de me traiter de conne, mais dire « ça me botte », verboten ! Salaud de riche !

— Va voir Lisa et établis un plan de travail avec elle, ordonne-t-il à Julien, avant de s’adresser à nouveau à moi :

— Et toi, va te présenter au délégué syndical.

— Oui Monsieur. Il s’appelle comment et il est où ?

— Il s’agit de Maxime Desallié. Ma secrétaire te renseignera sur les détails.

Toujours aussi serviable, Monsieur beau papa…

— Mais fais bien attention : ça n’est pas un enfant de chœur. Tu dois créer des liens de sympathie, bien sûr, mais aussi te faire respecter ! Tu fais partie du personnel d’encadrement et tu dois te comporter en conséquence.

Décrochant son téléphone, il appelle sa secrétaire :

— Gisèle, mon petit, veuillez conduire mon fils et ma belle-fille à leurs bureaux.

Nous quittons donc le bureau et emboîtons le pas à Gisèle, belle blonde à gros cul. Monsieur a bon goût, y a pas à dire !

Mon bureau n’est pas très luxueux mais me convient tout à fait. De la fenêtre, j’aperçois même un peu de verdure. Et sur le mur qui fait face à mon fauteuil se trouve accrochée une photo panoramique des usines. Drôle d’idée !

Tandis que ce nigaud de Julien et l’accorte secrétaire s’en vont visiter le placard à balais du nouveau « directeur des services d’entretien » (j’en rigole encore), je réfléchis à la manière dont je vais aborder mon nouveau métier…

Ma position est simple : je me situe très exactement entre le marteau et l’enclume ! Aussi, je compte sur mon charme (indéniable !) et mes formes (qui ont déjà fait leurs preuves dans bien des situations délicates !) pour me mettre dans la poche tous ces vieux syndicalistes (je ne sais pas pourquoi je les imagine quinquagénaires, affublés de moustaches pas possible et engoncés dans pulls moches).

Et pour commencer, une petite visite à Manu. Vous vous souvenez de mon enterrement de vie de jeune fille ? On était proches, toutes les deux. Elle s’est même assise sur mon visage – forcément, ça crée des liens. Une fille vraiment rock `n roll, impossible qu’on soit pas copines au sein de l’usine.

Évidemment ici je ne connais pas grand monde, mais je n’ai pas besoin de traîner longtemps dans les couloirs, les bureaux et les ateliers pour que tout le monde se fasse son opinion sur moi. Jusqu’à présent je n’avais pas tellement évolué dans ce genre de lieu clos. Mais je ne mets pas longtemps à piger que sur le plan des cancans, rumeurs et autre cassages de sucre sur le dos, les employés de cette usine n’ont rien à envier à ma famille !

Je finis par localiser l’atelier où est supposée travailler manu. Plusieurs dizaines d’ouvrières en rang d’oignon, qui me tournent le dos, affairées devant d’énormes bobines de fil, dans un vacarme infernal. Un contremaître – le seul homme de toute cette assemblée – s’approche de moi.

— Je peux vous aider ?

— Euh… oui. Je cherche Manu, je pense qu’elle travaille ici.

— Et vous êtes ?

— La femme de Julien de Préville.

— Ah oui, bienvenue Madame. Je ne connais qu’une Manu et elle est mécanicienne.

— C’est possible…

— Prenez cette petite porte au fond, elle doit être là.

Je le remercie et débouche dans une grande pièce beaucoup moins bruyante. Une poignée d’ouvriers en salopettes tâchées d’huile et de cambouis discutent autour de quelque chose qui ressemble à un moteur.

— Bonjour Messieurs, je fais. Je voudrais parler au chef d’atelier.

— C’est moi, me répond un jeune homme pas très sportif, à en juger par le bon petit bidon de buveur de bière qui déforme son bleu de travail.

— Enchantée, Monsieur. Je suis Samia de Préville et je cherche Manu.

Classe, non ? Il considère ma main avec surprise et la sienne étant sale me tend sa manche :

— Il faut que vous rebroussiez chemin et reprenez le couloir par où vous êtes venue, mais en tournant à droite au lieu d’aller à gauche. Ce sera la troisième porte. Vous voulez que quelqu’un vous accompagne ?

— Non merci, ça ira… Bonne journée Messieurs.

Quand je sors de la pièce, tortillant du cul pour attiser tous ces beaux mâles, je sens presque leurs regards traverser le tissu de ma jupe légère. Il faut dire que question style j’ai fait un effort : chemisier rouge, jupe noire collante, escarpins, lingerie La Perla.

Je suis les instructions du chef d’équipe, toque à la porte métallique et entre. Je reconnais Manu, debout devant un établi, occupée à mouler une pièce, concentrée. Elle ne m’a pas remarquée entrer. Comme tout le monde ici elle porte une salopette – sauf que dans son cas, il s’agit de son unique vêtement, ce qui est très sexy : dès qu’elle bouge les bras j’aperçois les pointes roses de ses seins et les poils noirs de ses aisselles. Jolie et prolotte à la fois. Putain ce qu’elle me plaît ! Mais je sais aussi que c’est une coriace, elle me l’a déjà prouvé. Quand elle constate enfin ma présence, un sourire illumine son visage :

— Madame de Préville, quel honneur !

Évidemment, devant les autres elle est obligée de m’appeler ainsi, mais comme nous ne sommes que toutes les deux, je sais que c’est une façon gentille de se foutre de ma gueule.

Sans chichi nous nous embrassons sur la bouche.

— Tu me cherchais pour me lécher la chatte ? me demande-t-elle sitôt nos lèvres détachées.

— Avec plaisir !…. Je te verrais volontiers en dehors de l’usine mais pour le moment je voulais surtout te demander un petit service. Tu veux bien m’accompagner et me présenter au délégué syndical ?

— Max Desallié ?

— Oui, c’est ça…

— Alors lui, t’as pas intérêt à lui tourner le dos.

— Tu rigoles ?

— Je t’en dis pas plus, tu vas vite comprendre à quel genre de zèbre tu as affaire. Il doit être chez les ouvrières, il y a toujours une machine en panne.

Et nous voilà repartis dans l’usine. Tandis que nous arpentons couloirs, coursives et escaliers qui sont encore pour moi un vrai labyrinthe, je raconte à Manu mon voyage de noces au Maroc – bon, en vrai, je ne raconte pas absolument tout, je préfère censurer les passages les plus, comment dire, croustillants.

On finit par arriver dans un très grand atelier. Des rangées entières d’ouvrières se tiennent debout devant des machines et manipulent avec vitesse et fluidité des courroies, des bobines de fil, des pédales, et d’autres accessoires. Manu demande à l’une des filles où se planque Max. On finit par le débusquer accroupi sous une portion d’établi dépourvue, occupé à dévisser une énorme plaque d’acier qui masque toute une machinerie complexe. Max est un grand type, costaud mais mince, au visage allongé. Sitôt qu’on a signalé notre présence, il se déplie sa vaste carcasse et me détaille des pieds à la tête, sans vergogne, de ses intenses yeux noirs. Avant même que j’ai pu prononcer un mot, il s’adresse à Manu :

— Qu’est que tu m’amènes de beau, dis-moi ? Un cadeau du patron pour qu’on ne fasse pas la grève ?

Elle rigole :

— En quelque sorte, oui ! Bon, je vous laisse, j’ai du boulot.

Je lui tends une main ferme et décidée et prend ma voix la plus corporate.

— Bonjour Monsieur Desallié, je suis Samia de Préville et je viens pour… euh…

Il dévisage ma main tendue sans réagir, puis répond enfin :

— J’ai les mains sales… Vous désirez ?

— C’est mon beau-père qui m’a dit que… enfin, c’est moi qui vais discuter avec vous pour…

— Il a peur qu’on ne se mette en grève lundi, c’est ça ?

— Euh… Je ne suis là que depuis ce matin et…

Il n’aurait pas essayé de me la faire à l’envers, le beau-père ?

— Vous savez comment marche une machine de ce genre ? poursuit Max.

— Non… Comme je vous l’ai dit, je… J’ai commencé aujourd’hui.

— Vous devez apprendre son fonctionnement, pour vous mettre à la place des ouvrières et comprendre leurs revendications.

— Oui, bien sûr, mais…

— Montez sur cette petite marche, voilà…

Je fais comme il dit et il vient se mettre debout derrière moi. Passant les bras sous mes aisselles, il prend mes mains pour leur faire faire des manœuvres compliquées – un peu comme un prof de golf qui se colle à son élève pour lui apprendre comment bien tenir son club.

Et bien sûr, cette hypothétique élève, je me sens tout émue de sentir ce corps d’homme collé à moi, son bas-ventre pressé pile entre mes fesses. Il m’explique comment fonctionne tout ce bazar en manipulant mes mains à qui mieux-mieux, tandis que – comme si de rien n’était – son sexe gonfle et grandit contre mon cul. Coincée entre cette machine à laquelle je ne comprends rien et un homme qui bande – et pas n’importe qui ! Le délégué syndical –, je me demande bien comment cette situation va tourner… Des chuchotements s’élèvent tout autour de nous ; les ouvrières semblent trouver le spectacle très amusant. J’ai intérêt à) réagir vite si je veux conserver un semblant d’autorité et de crédibilité !

— Vous voulez bien me laisser descendre Monsieur, euh, Max, dis-je de ma voix la plus sèche.

— Non.

— Hein ? Mais !….

Il accentue la pression de ses hanches et de sa queue bandée contre mes fesses. Il me dit à l’oreille :

— Tu sens comme tu m’excites, petite salope…

— Mais enfin ! Je vous en prie… je….

— Je vais te faire visiter l’atelier et te baiser dans un coin discret.

— Ça suffit ! Laissez-moi immédiatement descendre de cette machine. Je dois retourner au bureau et j’avertirai Monsieur de Préville de votre conduite scandaleuse !

J’ai enfin trouvé le ton qu’il fallait. Il se recule enfin – toutes les ouvrières, qui ont cessé un instant le travail pour assister à la scène, ont les yeux fixés sur la bosse qui déforme l’avant de son pantalon. Je me demande bien ce qu’elles pensent de tout ça.

— Et tant que vous y êtes, poursuit la brute, dites-lui que les négociations ont échoué et que nous maintenons le préavis de grève…

— Mais…

— Vous êtes nulle. Je vous ferai plier… ou foutre à la porte. Au revoir Mademoiselle.

— Ah mais ça ne va pas du tout, ça ! Je le veux, moi, ce boulot ! Un bon salaire et débaucher à midi, ça me convient super bien ! À moi les restos chicos, les boîtes de nuit et la grande vie ! Alors le réfléchis à cent à l’heure pendant que ce gros macho me toise et je me dis qu’il y a un temps pour faire sa tête de cochon et un autre pour se déculotter – sans compter que, si je suis tout à fait honnête avec moi-même, sa bite a laissé un gros regret du côté de mon cul.

— Vous avez peut-être raison, monsieur Max… Je crois que j’aimerais beaucoup que vous me fassiez visiter l’atelier…

Il me regarde en souriant, sans répondre. Alors, j’ajoute de ma voix la plus allumeuse :

— S’il vous plaît ?

— D’accord, venez.

Eh merde, je crois que ma réputation vient d’en prendre un sacré coup – déjà qu’elles pensaient toutes que je ne devais mon poste qu’au fait de m’envoyer le fils du patron (bon, certes, ça n’était pas tout à fait faux…) ! Accompagné du grand Max, j’entends leurs murmures désapprobateurs tandis que nous nous éloignons rapidement de la machine en panne. Mais j’aurais dû faire, quoi, d’après elle ? Risque de faire capoter les négociations ? Et, au passage, me priver d’un possible bon coup ? Elles rêvent, ma parole !

Nous marchons rapidement et il m’explique au fur et à mesure à quoi servent les machines que nous croisons en coup de vent – évidemment, je n’y comprends rien du tout. Tout ce que je retiens, c’est qu’au départ il y a de la laine, du lin ou du chanvre (des vêtements pour planer ?), et à l’arrivée de grosses bobines de fil et des tissus.

— Vous marchez trop vite, Monsieur Max, et je n’arrive pas à suivre vos explications, je lance d’une voix plaintive.

Il s’arrête et me regarde dans les yeux. Moi je les baisse aussitôt. Je me trouve stupide – mais il a des yeux si inquisiteurs, je ne peux pas faire autrement… Le temps que je me ressaisisse, il a le temps de me balancer une saloperie :

— Un problème de concentration, Madame de Préville ? Vous voulez qu’on passe à l’étape suivante ?

C’est celle où il me baise ? Bah, puisque ça doit quand même arriver… Je réponds :

— Oui, je voudrais que nous ayons de bons rapports et que vous soyez plus compréhensif et plus gentil avec moi.

Ça le fait rire – je n’arrive pas à décider s’il se paie ma tête ou si ma demande l’a un peu attendri.

— D’accord, suivez-moi…

Après plusieurs couloirs (est-ce que j’arriverai un jour à me repérer dans ce chaos ?) nous débouchons dans une petite pièce seulement meublée de deux banquettes de camion, une longue table entourée de chaises dépareillées, un réfrigérateur et un lit de camp sommairement garni.

— C’est ici que les camarades et moi on met au point des stratégies pour protéger les ouvriers de cette usine. C’est aussi ici qu’on baise les petites salopes dans ton genre, celles qui ont le feu au cul ou qui ont besoin de protection. Toi, c’est les deux catégories, non ?

Sa manière d’alterner vouvoiement et tutoiement me déstabilise. Quand je lui réponds, c’est d’une voix plus troublée que je ne l’aurais voulu.

— Pas très glamour votre lupanar, Monsieur Max.

— C’est pas assez luxueux pour une pute de la haute, c’est ça ? Parce que c’est bien ce que tu es, non ? D’ailleurs, comment il baise, le fils du patron ? D’après ce qu’on raconte, il a une pine d’escargot.

Je me mords la langue pour ne pas répondre une connerie du genre « pas très sympa pour les escargots » et ne peux pas m’empêcher de sourire. Imperturbable, Max m’ordonne de me déshabiller.

Et tandis que j’enlève robe et culotte, je me demande comment je me débrouille pour, invariablement, me retrouver dans ce genre de situations scabreuses…

Tant qu’à faire, autant lui donner du spectacle… Donc je me retourne et me cambre – je sais que je peux compter sur mes fesses pour lui en mettre plein la vue !

Bon, mais à part me mater, qu’est-ce qu’il fout ? On va pas prendre racine, quand même ?….

— Donne-moi ta culotte, annonce-t-il au bout d’une poignée de secondes qui m’ont paru un peu trop longues. Avec ce type je ne sais vraiment pas sur quel pied danser.

Elle est à mes chevilles. Je la ramasse et la lui tend mais il reste les bras le long du corps, me toisant, et je me sens conne dans cette position à la fois soumise et ridicule. Toutefois, je vois bien dans son regard lubrique que j’ai quand même quelques cartes en main – et plutôt des as que de sept, si vous voyez ce que je veux dire !

Bon, il finit par récupérer le bout de tissu humide, qu’il fourre dans la poche de poitrine de sa salopette, l’air de ne pas y penser. Mais je vois bien que malgré ses grands airs il bande comme un âne et fait un effort considérable pour garder le contrôle de ce petit jeu qu’il nous impose.

— Quand tu viendras me voir, je veux que tu n’aies pas de culotte, c’est…

Il cherche ses mots, alors je lui suggère :

— Symbolique ?

— Exactement ! Bravo, tu es peut-être moins conne que tu en as l’air. C’est vrai que tu es Rom, pas le produit consanguin des industriels du Nord.

Mais qu’est-ce qu’il raconte ? Il bande trop, ça doit être à cause de ça, il n’a plus le cerveau assez irrigué.

— Pourquoi symbolique, d’ailleurs ? finit-il par demander.

Je réfléchis un instant et hasard une réponse.

— Parce que je représente le patronat qui se déculotte devant les syndicats ?

— Bravo, petite… Et le symbole suivant, c’est le patronat qui se fait enculer par les syndicats, non ?

— Oui, Monsieur Max…

Haha, il perd pas le nord, ce cochon, tout philosophe qu’il est !….

— Alors grimpe sur cette banquette et présente-moi ton trou du cul.

Pas de toute, c’est bien un syndicaliste : beaucoup de bla-bla avant de passer à l’action !

Je m’agenouille sur la vieille banquette et j’écarte bien les cuisses…

Bon, alors, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ? Mais, insensibles aux clins d’œil que lui adresse mon petit œillet, il décide de jouer encore au chat et à la souris avec moi… Le salaud !

— Réflexion faite, je ne vais pas t’enculer aujourd’hui. Je ne le sens pas bien. Alors tu vas plutôt me sucer la bite.

Tsss, tout ça pour m’humilier, pauvre type… Je sens qu’il va bien me faire chier, le cégétiste à deux balles ! Toujours à genoux, je saisis la queue de Max qui s’est placé devant moi. Belle taille, bien épaisse, malgré ma vexation je mouille à qui mieux-mieux et j’en salive d’avance…

Je décalotte son gland, déjà humide de precum, et me mets à le sucer en soupesant ses couilles et en les caressant de ma paume.

Avec sa main épaisse, il appuie lourdement sur ma tête et me force à accélérer.

— J’ai beaucoup de boulot et je ne peux pas perdre trop de temps à me faire sucer… Alors prépare-toi à avaler mon foutre. Ça te fera de l’entraînement pour mes revendications !

Et quelques instants plus tard, le roi de la vanne joint le geste à la parole et se vide dans ma bouche par saccades amères, accompagnées de grognements bestiaux. Tandis qu’il jouit il écrase ma tête contre son bassin à s’en étouffer – j’aime bien son odeur virile…

— Bien, ça n’a pas trop duré, dit-il d’une voix essoufflée après s’être retirée de ma bouche, la queue propre comme un sou neuf. J’attends des camarades, tu peux disposer.

— Je reviendrai demain matin et…

— Tu me trouveras pas ici. Dégage maintenant.

— D’accord, à vendredi matin, Monsieur Max.

— C’est ça. Et n’attrape pas froid à la chatte !

Trop drôle !….

Je repars dans les couloirs, nue sous ma jupe et bien frustrée. Je ne cherchais pas spécialement à me faire baiser, mais je déteste les fausses alertes !

Est-ce que mon beau père savait que les choses se passeraient ainsi ? Et cette histoire de préavis de grève, est-ce que c’est vrai ? Impression désagréable de me faire manipuler de tous les côtés.

En traversant perdue dans mes pensées un atelier, un courant d’air manque dévoiler mon cul nu à tous les ouvriers.

Et me voilà de retour derrière mon bureau, d’accord, mais pour y faire quoi ? Mission du jour accomplie ! Une culotte et une pipe contre un préavis de grève. Bravo Samia, la reine des négociatrices !

Plutôt que d’attendre comme une idiote que quelque chose se passe, je décide de demande à Monsieur beau-papa la permission de quitter mon poste et retourner au domicile conjugal. Je patiente un moment en compagnie de Gisèle qui me regarde comme si j’étais moins qu’une crotte de pigeon puis il me reçoit enfin.

— Alors ? attaque-t-il sans préambule.

— Bourru, mais sympa… On a un peu discuté, il m’a montré le fonctionnement de…

— Pas de grève en vue ? Pas de revendications ?

— Non, non, de ce côté-là tout est calme, j’ai fait le nécessaire pour… l’apaiser.

— Ah, une dernière chose, ajoute-t-il. J’aurai besoin de toi demain en fin d’après-midi pour rencontrer des industriels asiatiques. Tu parles anglais ?

— Yes, Sir.

— OK. Et avant de partir, j’ai besoin que tu me donnes ton avis à ce sujet.

Il désigne un dossier ouvert sur son bureau. Je m’approche et hop – c’était pas du tout téléphoné – sa main file sous ma jupe et se plaque sur mes fesses nues. Je pousse un cri de surprise.

— Où est ta culotte ?

Je rougis connement et reste muette.

— Tu as perdu ta langue en même temps que ton slip ?

— Non… euh… je devais trop faire pipi, alors j’ai fait un peu dedans et je l’ai jetée.

Il rigole et enfonce deux doigts dans ma chatte qui est en mode mousson. Il me dit :

— Tu ne serais pas un peu excitée, toi ?

Non, mais où on va, là ? On fabrique du tissu ou des films pornos, dans cette usine ?

J’ai pas le temps de finir de me poser la question que vlan ! J’ai trois, puis quatre doigts enfoncés doigts dans ma chatte qui halète, la petite salope… Je m’appuie contre son épaule tandis qu’il me branle avec une délicieuse négligence. Gisèle entre juste à ce moment-là.

— Oh ! Pardon, Monsieur le Directeur.

— Pas de problème, Gisèle, je discute un peu avec la chatte de ma belle-fille. Qu’est-ce que vous voulez ?

— J’ai un message pour vous, de la part de Monsieur Max.

— Je vous écoute.

Oh putain ! Ils discutent comme si de rien n’était alors que je suis sur le point de larguer les amarres…

— Merci pour le petit cadeau, récite la secrétaire.

Quel salaud ! C’est moi le cadeau ?! C’est ? Oh ! Oui ! Je jouiiiiisss !!!

Un spasme tord mon bas-ventre et mon vagin se serre tellement que j’emprisonne la main de mon beau-père ! C’est si fort que j’ai besoin de plusieurs minutes pour me détendre…

— Passez-moi la boîte de Kleenex, ordonne beau-papa à Gisèle.

Il s’essuie la main tandis que je suis toujours appuyée contre son épaule, puis me colle deux ou trois mouchoirs en papier contre la chatte.

— Je te mets ça, sinon tu vas laisser une traînée derrière toi comme un escargot.

J’ai les jambes molles et suis déboussolée… Gisèle retourne dans son bureau. Il m’annonce :

— Monsieur Desallié sera absent demain, ce qui signifie que ta présence à l’usine n’est pas nécessaire. En revanche, je soir, tu devras t’occuper de ces clients.

— Je peux prendre Julien avec moi ? J’en aurai besoin pour conduire.

— Comme tu veux. Quoiqu’il en soit tu devras être prête à dix-neuf heures. Tu devras avoir une tenue sexy mais classe. Tu es un cadre, pas une pute, même si…

Même si quoi ?!

— En partant, continue-t-il, passe voir comment Julien se débrouille. Lisa comprend vite et tu devrais bien t’entendre avec elle.

— D’accord. Au revoir, Monsieur.

Je me taperais bien une petite sieste pour me remettre de tous ces émotions, mais les corvées d’abord !

Je trouve Lisa sans difficulté, dans un local technique qui sent le détergent, encombré de brosses, raclettes, seaux, escabeaux et bien sûr tout un assortiment de produits de nettoyage. La maîtresse des lieux est une petite boulotte blonde et frisée, petite brebis obèse à la bonne bouille immédiatement sympathique.

Je me présente :

— Samia de Préville, épouse de Julien.

Elle me prend aussitôt dans ses bras et m’embrasse. Vachement familier, le petit mouton. Elle m’annonce avec un accent Ch’ti 100 %, il sent le maroilles, c’est vous dire :

— J’suis bin continte d’vous voir ! s’exclame-t-elle avec un accent ch’ti 100 % maroilles.

(Pour des raisons de lisibilité, chers lecteurs, je vais vous faire grâce de l’accent pour les répliques suivantes)

— Merci, c’est gentil. Je venais voir si tout se passait bien.

— Ah, ça tombe bien que vous soyez venue ! Il est nul, pardon de vous le dire comme ça ! Comme il doit diriger ce service, je lui ai proposé de vérifier le travail des femmes du nettoyage, histoire de se mettre dans le bain. Quelle catastrophe ! Ce type serait incapable de se faire obéir dans un jardin d’enfant ! Ça ne pourra pas marcher, ici on a besoin d’autorité, ce qu’il faut aux filles qui s’occupent du ménage c’est un homme à poigne. Mais lui !…. Ce matin il a essayé de réprimander une employée qui avait fait une conn…, pardon, une bêtise, mais elle lui a donné une gifle et il est revenu en pleurant ! Parlez-moi d’une chiffe molle !

Évidemment, ça ne m’étonne pas du tout de la part de Julien

Nous sommes encore en train de nous moquer de lui quand quelqu’un toque à la porte du local. Rien qu’à l’aspect falot et timoré des coups portés contre la porte, nous devinons sans peine qui vient nous rendre visite et rions de plus belle. Aussitôt qu’il me voit, il pleurniche :

— Je ne veux pas commander à ces gens, Samia. Ils me font peur. Il y en a même un qui a un couteau.

Il a l’air si penaud que c’est carrément un fou-rire qui nous prend, Lisa et moi, et qui dure plusieurs minutes !

— Commander, je sais bien que tu n’en es pas capable, je lui réponds une fois calmée. Il te faut un truc moins viril. Je vais en parler à ton père et avec mademoiselle Lisa.

— Oui, faut lui trouver autre chose, ajoute-t-elle. En attendant, tu peux me le reprendre ? Je ne vois vraiment pas ce que je peux faire de lui, et quand il est dans mes jambes il me fait perdre mon temps !

Je repars donc avec le boulet qui me sert de mari.

— Tu n’es pas fâchée, Samia ? me demande-t-il d’une toute petite voix.

— On dirait vraiment que je suis tout le temps fâché contre toi ! On va te trouver un truc cool à faire. De toute façon, tu devrais travailler le matin, comme moi, comme ça l’après-midi, tu auras le temps de t’occuper du ménage et des courses. Demain, je dois passer la soirée avec des clients importants. Tu m’aideras à me préparer et je te prendrai peut-être avec moi si j’ai besoin d’un chauffeur. Il se peut que je flirte un peu avec eux, ça ne te dérange pas ?

— Non, Samia, réponds-il amoureusement insensible à l’ironie de ma question.

C’est quand même cool, d’avoir un mari complaisant !

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