• Nouveauté
Fiche technique
Nombre de pages 288
Dimensions 110*175 mm
Langue Français
Date de parution 17/02/2021
Référence S00235

Extrait gratuit

CHAPITRE PREMIER

Le patio

J’ai passé la meilleure partie de mon enfance à la Petite Sicile, un des quartiers européens les plus pauvres de Tunis, à proximité du port. Notre maison, une vieille bâtisse à un étage, à toit en terrasse, se cachait au fond d’une impasse peu fréquentée. Elle comportait cinq appartements, deux à l’étage et trois au rez-de-chaussée. Un des appartements du rez-de-chaussée, celui qui se trouvait en façade, était inoccupé, à la suite d’une sombre histoire d’héritage. Nous habitions les deux autres, qui donnaient de plain-pied sur le patio. Ma mère et ma tante avaient chacune le leur.

Pendant des années, divorcées toutes les deux, elles ont vécu ainsi en voisines. Il aurait suffi de percer une cloison pour réunir nos deux logis et n’en faire qu’un seul ; le propriétaire, Solal, qui était également le patron de ma mère, et un de ses amants, ne s’y serait pas opposé, mais elles ne le firent jamais. Ainsi, chacune avait son chez soi.

En fait, les deux sœurs, qui n’auraient pu se passer l’une de l’autre, n’auraient pas supporté de vivre ensemble. Ni trop près, ni trop loin, la solution bâtarde des appartements mitoyens leur convenait à merveille ; passant une bonne partie de leur vie à se chamailler, elles se trouvaient bien de ce compromis qui leur permettait de claquer la porte quand elles s’étaient engueulées. Et c’était aussi plus pratique quand elles recevaient leurs amants, les enfants pouvaient émigrer à côté.

Comme nous étions les seuls occupants du rez-de-chaussée, le patio nous appartenait ; c’était notre domaine et nous y vivions autant qu’à l’intérieur, à ciel ouvert, mais en vase clos. Quand je dis nous, je veux surtout parler des enfants, c’est-à-dire : ma sœur Rita, mes deux cousines, Gladys (dite Guimauve), et la petite Lili, et moi. De temps en temps, Marcel, le fils de la couturière, descendait se mêler à nos jeux ; mais sa mère lui tenait la bride courte, et nous ne le voyions arriver que lorsqu’elle s’absentait.

Car, en dehors de nous, la maison hébergeait deux autres locataires, tous les deux à l’étage : du côté de la façade, la couturière, Mme Esposito, une veuve, dont une seule fenêtre, celle d’une pièce exiguë qui lui servait d’atelier, donnait sur le patio, et, de l’autre côté de celui-ci, au-dessus de nous donc, un veuf, mécanicien au chemin de fer, et sa fille, Arnica, âgée d’une vingtaine d’années. (J’ai oublié leur nom de famille ; quand on parlait de lui, on disait « le veuf », ou « le père d’Arnica ».)

Pour monter à l’étage, en arrivant de l’impasse, il fallait d’abord franchir une voûte obscure qui passait sous la pièce qui servait d’atelier à la couturière, puis l’on débouchait dans la cour et, tout de suite à gauche, l’escalier grimpait le long du mur pour rejoindre une galerie en fer à cheval qui surplombait le rez-de-chaussée, et par laquelle on accédait aux appartements du haut.

 

La galerie était le territoire de Marcel Esposito, il y vivait pour ainsi dire à demeure, et se l’était annexée, un peu comme nous avions fait du patio. Du matin au soir, on pouvait l’y voir, accroupi sur un pliant, des magazines de cinéma ou des illustrés répandus autour de lui. De là-haut, il reluquait tout ce qui se passait chez nous, à l’affût des nudités de ma mère et de ma tante qui se promenaient souvent en tenue légère et ne faisaient pas plus attention à lui qu’à un pot de géranium ou un chat. Il y avait un vrai chat, d’ailleurs, un gros castrat roux, Mickey, qui appartenait à Arnica. Faisant le tour de la galerie, il venait se jucher sur les genoux de Marcel et tous les deux observaient ma mère qui essayait ses robes, devant le miroir de sa coiffeuse, comme une actrice dans sa loge. Elle ne tirait son rideau que lorsqu’elle changeait de culotte, ou se faisait masser les seins ; quant à ma tante, elle s’en fichait carrément.

 

De son poste d’observation, Marcel pouvait voir tout ce que nous faisions. Il était au théâtre, et nous lui donnions la comédie. Comédie volontaire : ma sœur et mes cousines se délectaient d’avoir un spectateur aussi assidu, et prenaient plaisir à lui exhiber leurs parties sexuelles. C’est surtout ma cousine Gladys-Guimauve, l’aînée, qui était déjà formée et avait ses règles depuis plusieurs mois, qui faisait les frais de ces exhibitions ; Rita, ma sœur, qui régnait sur elle en tyran (pas seulement sur cette guimauve de Gladys, d’ailleurs, mais sur nous tous) faisait exprès d’ouvrir la fenêtre de la chambre des filles quand notre cousine se changeait. Elle l’obligeait à aller et venir, nue comme un ver, face à la galerie et même à prendre les postures les plus révélatrices. Par exemple, elle lui faisait faire sa gymnastique sur le lit, et Guimauve, rouge d’une sale excitation, devait agripper ses chevilles et ramener ses genoux sur sa poitrine pour s’écarteler, face à Marcel qui, du coup, bondissait de son pliant et se penchait par-dessus la rampe au risque de tomber dans la cour.

Mais j’aurai l’occasion de revenir sur les mœurs sexuelles des trois filles, et sur nos rapports assez complexes avec le fils de la couturière. Disons simplement, pour en donner une idée que, lorsque nous savions ma tante dans l’appartement voisin, celui de maman, il m’est arrivé, à l’instigation de ma sœur, de me faire sucer le sexe par Lili devant la fenêtre, ou même de sodomiser Gladys sur le lit, sous les yeux attentifs et envieux du voyeur.

Marcel disposait d’ailleurs d’un autre observatoire, où il ne se rendait qu’à la nuit tombée : le toit de la buanderie, une petite construction trapue, sans fenêtre, qui se trouvait sur la terrasse. Elle formait à elle seule un second étage, qui dominait le voisinage comme la tourelle d’un navire. Elle-même avait un toit en terrasse, goudronné, que cernait un muret d’une vingtaine de centimètres de haut destiné à canaliser vers les gouttières les eaux de pluie. C’est sur ce toit que, chaque soir, Marcel se juchait, en prenant la précaution de rester à plat ventre, pour ne pas être vu par ceux qu’il épiait.

D’ici, il surplombait les fenêtres d’Arnica et celles des alentours, ainsi que le patio d’un inspecteur de police, Brancaléoni, qui habitait la maison voisine. Quand je fus admis sur la buanderie, je pus constater que le sol goudronné de la petite terrasse était littéralement jonché de flaques de sperme sec, que je pris tout d’abord pour du salpêtre. C’était ce qui restait des effusions que lui arrachaient les scènes qu’il surprenait dans la chambre d’Arnica, et dans le patio voisin, où l’inspecteur et sa femme, ignorant qu’on pouvait les voir, collaient à la belle étoile, sur une natte. Mme Brancaléoni était une créature assez grasse, à la chair très blanche ; comme elle était presque toujours enceinte, elle se mettait en général à quatre pattes quand son mari exerçait ses prérogatives conjugales, et j’avoue que c’était assez troublant de voir son gros ventre blême et ses mamelles gonflées de lait aux larges pis roses se balancer sous elle pendant que l’inspecteur, qui était noir et velu comme un bouc, se démenait derrière elle en grimaçant.

 

Quand je suis venu habiter chez ma mère, Marcel venait d’avoir seize ans ; c’était un grand garçon voûté, à la poitrine creuse, au visage osseux armé d’un long nez qu’il tripotait à tout instant ; il avait les paupières tombantes et ne regardait jamais en face, ce qui, joint à son teint blafard et à ses yeux cernés, lui donnait un air maladif et sournois. Le pauvre garçon était laid d’une laideur rédhibitoire, d’une laideur intérieure, en quelque sorte : il respirait le malheur. Et malgré ça, ou peut-être à cause de ça ? longtemps déjà avant mon arrivée à Tunis, mes cousines et ma sœur en avaient fait leur jouet sexuel. Leur distraction favorite consistait à le traire. À le branler, si vous préférez, ou, comme elles disaient elles-mêmes, à le « marcelliser ». La chose les amusait follement, elles adoraient faire gicler son sperme.

Pour mon compte, je le trouvais foncièrement antipathique ; aversion réciproque, car il me jalousait de vivre parmi les filles et m’en voulait d’être le témoin des brimades qu’elles lui infligeaient. Elles s’en étaient aperçu, et prenaient un malin plaisir à l’humilier devant moi quand elles le tripotaient. J’ai du mal à définir ce que j’éprouvais à le voir se laisser traiter ainsi. Mon malaise était d’autant plus grand que je pouvais constater quel plaisir honteux il y prenait, et que de mon côté je trouvais excitant d’assister à ce que lui faisaient subir ma sœur et mes cousines. Mais, par moments, je me sentais diminué, en tant que garçon, qu’il accepte ça, et je lui en voulais. Indirectement, il a joué un grand rôle dans ma vie sexuelle, car il me servait de garde-fou ; je ne voulais pas devenir comme lui.

 

Quant à ce qu’il éprouvait, lui, je serais bien empêché de le dire, car je n’ai jamais rien compris à son caractère. Même par la suite, quand notre animosité réciproque s’est dissipée et qu’après mon admission au lycée Carnot qu’il fréquentait déjà, nous prîmes l’habitude de nous y rendre ensemble et d’échanger, chemin faisant, certaines confidences, nous liant peu à peu d’une prudente amitié, Marcel, en dépit de tout ce qu’il put me confier, devait rester pour moi une énigme vivante. Tout ce que je peux dire, c’est que la façon dont les filles le traitaient ne devait pas lui déplaire, car, de lui-même, chaque fois qu’il en avait l’occasion, il venait se faire traire. Dès que sa mère allait porter une commande chez une cliente, ou faire un essayage à domicile, nous étions sûrs de le voir s’amener. Une minute ne s’était pas écoulée depuis le départ de la couturière qu’il rangeait ses Cinémonde et ses Film-complet et descendait l’escalier, faussement affairé, comme s’il venait tout à coup de se souvenir d’une course à faire chez Moktar, l’épicier du coin.

— Psssttt… Marcel ? 

— Quoi ?

 

À seize ans, il avait fini de muer. J’ai encore dans l’oreille les inflexions rouillées de sa voix de crapaud-buffle.

—T’as un moment ? lui faisait Rita.

Il tournait de notre côté son long visage au teint cireux, sans nous regarder vraiment et prenait un air ennuyé.

— Pourquoi ?

Du pouce, ma sœur indiquait Gladys, dont les traits se vidaient instantanément de toute expression.

— Tu veux la lécher ?

Affligée d’une surdité subite, Guimauve contemplait fixement le gros chat roux qui faisait sa toilette, sur le pliant abandonné par Marcel. À leur habitude, les filles se tenaient assises sur le bord de la fenêtre de leur chambre, les jambes dans le vide ; elles lisaient ou elles cousaient. Pendant que Gladys s’absorbait dans la contemplation du chat, Rita envoyait Lili voir dedans ce que fabriquait ma tante.

Quand elle était à la maison, tante Marie consacrait la plus grande partie de ses journées à lire les romans sentimentaux que lui prêtaient Arnica et Mme Esposito, ou ses collègues ouvreuses du Colisée, qui en faisaient une grande consommation. Étendue sur son lit, elle en dévorait parfois cinq ou six d’affilée, tout en se gavant de glibettes, jonchant le carrelage de la chambre de leurs fines épluchures blanches pareilles à des élytres d’insectes, qui craquaient ensuite sous les pieds.

S’en étant assurée, Lili revenait donner le feu vert aux deux grandes.

— Elle est couchée, elle lit ses conneries. Vous pouvez y aller. 

— Elle est sur le lit, ou dedans ?

— Dessus, mais elle a sa combinaison noire…

La combinaison noire ne lui arrivait qu’en haut des cuisses, et jamais, si peu pudique fût-elle, ma tante ne serait venue ainsi dans le patio.

— Je fais gaffe. Allez-y ! Elle vient juste d’en commencer un. Si elle va pisser, je vous ferai signe.

Mâchant du chewing-gum, la fille s’adossait au chambranle de la porte d’entrée, d’où, en effet, elle avait vue, au fond de la belle pièce, sur la porte de la chambre.

Poussée du coude, Gladys revenait sur terre, et dévisageait interrogativement ma sœur de ses grands yeux vides.

— Oui ? Excuse-moi, Rita, je n’écoutais pas… Je regardais le chat, tu as vu comme il se lèche ?

— C’est toi qu’on va lécher, maintenant. Pas vrai, Marcel ?

Les traits de Guimauve redevenaient aussi inexpressifs que ceux d’une statue. Nouveau coup de coude pour la sortir de sa transe.

— Eh bien, mademoiselle Pipi, tu rêves ? Ce n’est pas le moment, tu ne vois pas que les garçons attendent ? Fais leur voir ton trou !

Comme quelqu’un qu’on arrache à ses pensées, Gladys arquait ses sourcils, qu’elle commençait à épiler, comme ma mère, et à souligner d’un sournois trait de crayon pour se vieillir. Perdant progressivement leur cécité rêveuse, ses yeux pâles paraissaient découvrir Marcel.

— Tu disais ?

Ma sœur s’armait d’une patience angélique.

— Je disais : montre ton trou qui pisse aux garçons ! 

Inévitablement, un haut-le-corps secouait alors ma cousine.

— Arrête de dire des bêtises, Rita ! se gendarmait-elle, jouant à la jeune fille qui s’adresse à des enfants. Et d’ailleurs, il est tard, il faut que j’aille faire mon latin. Amusez-vous sans moi, les enfants…

Elle esquissait un mouvement mou pour descendre de la fenêtre, mais savait bien que ma sœur allait la retenir d’une main ferme.

— Rosa la rose attendra ; fais-leur voir ton cul !

Un flot de sang inondait le visage de Guimauve.

— Tu es folle, Rita ! chuchotait-elle. Mais il y a maman, voyons ! 

— T’es sourde, ou quoi ? Je t’ai dit de leur faire voir ton trou !

— Rita ! Et si madame Esposito revient ? 

Onaniste invétérée, l’aînée de mes cousines était alors entièrement soumise à ma sœur qui, à force de la tripoter du matin au soir, et encore la nuit, dans le lit que partageaient les trois filles, en avait fait une vraie droguée de la masturbation. C’était une grande blondasse asthénique, aux yeux sournois, qui avait déjà d’assez gros seins un peu mous, dont elle tirait vanité (comme du fait d’avoir ses règles) et avec lesquels sa cadette et ma sœur, qui étaient quasiment plates, s’amusaient de cruelle façon. Elle avait beau être habituée à nous exhiber son sexe et son anus, elle n’en rougissait pas moins jusqu’aux oreilles chaque fois que Rita le lui demandait.

— Pourquoi c’est toujours moi, se rebiffait-elle mollement. Pourquoi tu leur montres pas le tien ?

— Parce que c’est ton trou à toi que j’ai envie de leur montrer, ma chérie. Tes trois trous et ton gros cul blanc de vilaine cochonne !

— Rita, arrête ! J’te jure que j’ai pas envie…

— On s’en fiche que tu aies envie. Es-tu sotte ou quoi ? Ton cul m’appartient, je montre tes trous à qui je veux ! Allez, fais-les voir à Marcel.

— J’ai pas envie, j’te dis !

— Tu veux que je te pince ?

Alors, ignorant dédaigneusement Marcel qui s’était immobilisé, en attente, et qui se triturait anxieusement le bout du nez, ma cousine reprenait instantanément son air le plus lointain, et, comme s’il s’était simplement agi de s’exposer au soleil, elle écartait ses cuisses pâles en retroussant sa robe de vichy sur son ventre.

— Voilà, approuvait ma sœur, en lui tapotant la croupe, on est une gentille mademoiselle Pipi, on montre bien son trou aux garçons !

À mon habitude, j’étais assis sur la première marche de l’escalier, en train de lire un Jack London, ou de m’exercer aux dames en jouant contre moi-même, dans l’espoir toujours déçu d’arriver à faire figure honorable en face de Moktar, l’épicier, qui comme tous les Djerbiens était de première force. En voyant la tournure que prenaient les choses et me doutant de ce qui allait suivre, j’interrompais ma partie. Pour bien profiter du spectacle, après avoir déposé mon damier dans un coin, j’allais chercher une chaise à la cuisine, je la retournais et je m’installais dessus à califourchon, les bras sur le dossier.

Le grand Marcel, les yeux rivés au triangle rose de la culotte de Gladys que barrait verticalement un repli humide, avalait nerveusement sa salive, ce qui faisait danser sa glotte proéminente.

— Tu le vois bien ? faisait ma sœur.

Il faisait un geste négatif.

— Elle a sa culotte… 

Gladys battait des paupières et me lançait un coup d’œil sournois.

— Comment ? ironisait Rita. Elle a sa culotte ? Quelle drôle d’idée !

Elle se penchait pour le constater.

— Mais oui, elle a bien sa culotte ! Oh, c’est mal, ça, comment veux-tu qu’il voie ton cul si la tu gardes ? Idiote que tu es ! Allez, écarte-la. Fais-lui voir ton mistigri…

Toute rouge, ma cousine décollait la partie frontale de son slip de coton rose et le tirait vers l’aine pour dévoiler son sexe. Elle possédait une grosse vulve lippue et protubérante, entièrement couverte de poils d’un blond sale aussi fins que des soies de porc, si fins en fait qu’ils n’arrivaient pas à masquer la fente, dont on voyait bâiller à travers eux les viandes luisantes d’un rose un peu fade qui évoquait celui du jambon d’York.

— C’est mieux ? demandait ma sœur à Marcel. Tu le vois, maintenant, son trou qui pisse ?

Il hésitait à répondre, car il savait qu’il paierait cher, ensuite, les faveurs qu’on allait lui accorder maintenant. Mais son envie de voir était la plus forte.

— Faudrait qu’elle s’écarte plus… Il est fermé, son truc. On voit pas bien le dedans…, chuchotait-il de sa voix rauque.

Il parlait bas à cause de tante Marie et, de temps en temps, jetait un coup d’œil à l’étage, vers les fenêtres d’Arnica, qui aurait pu s’étonner de le voir planté là, immobile, en bas de l’escalier.

— T’as entendu, Guimauve ? gloussait ma sœur. Ouvre bien ta fente, ma chérie. Il veut voir le dedans… allez, fais-lui voir comme tu mouilles !

Les yeux fixes, Gladys achevait de tirer sa culotte vers l’aine et, de l’autre main, elle aplatissait une des lèvres de sa vulve, pour faire s’écarquiller la fissure. Des perles de sueur luisaient sur son front et dessinaient une moustache humide au-dessus de sa lèvre supérieure qu’elle mordillait.

— Pousse ! lui chuchotait Rita.

Gladys poussait dans son ventre, et les petites lèvres s’érigeaient, le clitoris pointait. Elle restait ainsi, immobile, les yeux perdus dans le vide, à exhiber ses muqueuses.

— Pousse davantage, idiote ! Je t’ai dit d’ouvrir ton trou !

— Lequel ? murmurait Guimauve. Celui d’en haut, ou celui d’en bas ?

— Les deux !

Gladys faisait alors remonter les lèvres de sa vulve, en y plaquant ses deux mains, et les écartait pour bien dégager le méat urinaire, en même temps elle avançait les fesses pour faire éclore l’étoile pourpre du vagin. Fasciné, Marcel osait se rapprocher et venait s’accroupir pour mieux voir. Alors les yeux de Guimauve cherchaient les miens, pleins d’une morne indignation ; en fait cela l’excitait que je sois là, et que je la voie exhiber ainsi son sexe à un garçon que nous méprisions. Et elle savait que je le savais.

Savourant l’humiliation de sa cousine, ma sœur nous prenait à témoin.

— Vous avez vu comme elle vous montre bien ses trous ? C’est une gentille mademoiselle Pipi, hein ? Vous pouvez vous branler, en la regardant, si vous voulez ! À moins que tu préfères l’enculer, Gerald ?

Ma sœur savait que ce n’était pas possible quand ma tante était là. Elle ne le disait que pour avoir le plaisir de tourmenter Gladys.

— Elle pourrait se toucher devant eux, suggérait Lili. Et eux… (geste explicite de la main pour figurer celui de la masturbation masculine)… Ils le feraient en même temps qu’elle ?

— Qu’est-ce que vous en dites, les garçons, vous voulez qu’elle se touche devant vous ?

Bien qu’englobé dans la question de ma sœur, Marcel se gardait bien d’émettre un avis ; ce n’était que pour la forme que ma sœur le lui avait demandé, indirectement, et pour rendre encore plus humiliante la soumission de ma cousine ; il ne l’ignorait pas, et savait rester à sa place, comme un domestique avec qui les maîtres ont décidé de s’amuser un moment ; c’est un fait que pour nous, il ne comptait pas comme une vraie personne ; nous ne le tolérions dans le patio que pour nous divertir de lui ; pour les filles, Marcel n’était pas vraiment un garçon, mais un pénis, ou, dans le meilleur des cas, une sorte de chien humain.

— Tu as peut-être une meilleure idée, Gerald ?

Guimauve attendait mon verdict, les yeux fixés sur la voûte du porche, prête à reprendre immédiatement une attitude décente si la porte s’ouvrait Je ne résistais pas au plaisir de mettre à mon tour mon grain de sel sur la plaie ouverte de son ventre.

— Je trouve qu’elle devrait se montrer davantage. On voit seulement son devant… Tu devrais lui faire retirer sa culotte, Rita. Et quand elle aurait le cul nu, elle s’accroupirait sur le bord. Comme ça, ça s’ouvrirait bien, et on pourrait voir aussi son trou du cul…

Gladys me décochait un regard de bête blessée, mais je voyais durcir les boutons mauves de ses seins sous le polo de cotonnade blanche, ce qui nous révélait que Guimauve se métamorphosait en Mlle Pipi.

— Tu crois ? me faisait Rita. Oui… tu as peut-être raison. Comme si elle voulait faire pipi, tu veux dire ?

À ce mot de pipi, Guimauve frissonnait bouche bée, Marcel nous écoutait, les yeux fixés sur la fente de ma cousine. Après une bourrade de ma sœur, elle descendait de la fenêtre et retirait sa culotte. Puis elle se hissait de nouveau sur le bord, s’y juchait dans la posture exigée : à croupetons, les genoux éloignés. Face à nous, sa vulve se déployait comme une limande éventrée, et on pouvait également voir la fleur violette de l’anus, entre les fesses un peu molles, d’un blanc d’endive, qui s’écrasaient sur ses talons.

Après avoir vérifié que tout était bien visible, ma despotique sœur s’en prenait à Marcel.

— À genoux, le chien ! Sale chien !

C’était horrible de voir son empressement à obéir, et la rougeur malsaine qui envahissait ses joues ordinairement blafardes.

— Alors, le taquinait ma sœur, tu te régales, hein, salopard ? C’est mieux que tes Cinémonde ? Elles n’en montrent pas autant, tes Viviane Romance et tes Martine Carol ! Ouvre bien la fente, Gladys, fais sortir ton mistigri, sale fille !

Ma cousine se hâtait d’obtempérer tout en faisant celle qui n’avait rien entendu, conservant son visage dénué d’expression et ses yeux innocents.

— Tu es propre, Guimauve ? Elle est propre, Gerald ?

Je m’approchais à mon tour, désinvolte, et je me baissais pour scruter la viande ouverte. Quand elle était excitée, le sexe de ma cousine exhalait une fade odeur de vase.

— Elle ne sent pas la rose… et il y a du blanc…

Un peu d’écume, résidu de mouille qui avait séché, blanchissait les racines des poils, et, à l’intérieur de l’encoche, de fines striures s’étoilaient sur la muqueuse enflammée, aux commissures des nymphes érigées.

— Il y a du blanc ? Oh, mais c’est dégoûtant ! Heureusement que nous avons un chien, pas vrai, Marcel ?

Le fils de la couturière, éperdu, acquiesçait en hochant la tête.

— Fais voir ta langue, le chien ?

Marcel tirait une grande langue blanchâtre d’hépatique.

— Va lécher, mon chien, va…

Sur les genoux et les mains, il se traînait jusqu’à la fenêtre, puis se redressait et reniflait l’entrecuisse de Gladys. Celle-ci le regardait, maintenant, comme elle aurait regardé un vrai chien, avec une attention effrayée. Un tic faisait remonter sa lèvre supérieure dont le retroussis découvrait jusqu’à leur racine les incisives, très longues, séparées par un interstice, qui la faisait ressembler à un lapin.

— Tu veux que le chien te lèche, Guimauve ?

— Si tu veux…

— Si je veux ? Non ! Si tu veux toi ! Tu veux qu’il te le lèche ou pas ?

— Oui…

— Le trou qui chie aussi ?

— Oui !

— Et le trou à bébés aussi, bien sûr ? Tu as entendu, le chien ? Va, Médor, lèche, lèche tout, nettoie bien !

Gladys s’éventrait de ses doigts tachés d’encre, aux ongles rognés, offrant ses trois orifices. Dans une grimace de gargouille, le fils de la couturière dardait sa langue et venait l’appliquer sur la corolle du vagin.

— Aaaaahhhh… geignait Gladys.

Lili pouffait tout bas, elle s’était assise par terre près de moi pour bien voir Marcel lécher son aînée. La longue langue remontait gloutonnement entre les poils couleur de chaume, puis redescendait en frétillant. On entendait des bruits de salive…

— Le trou du cul aussi, mon chien. Nettoie-lui son caca !

La langue de Marcel se faufilait dans la raie des fesses et nettoyait l’anus ; puis elle revenait dans la fente vulvaire et lapait, inlassable, de bas en haut, tandis que Gladys geignait d’une voix monotone en lui poussant avidement sa vulve sur le mufle.

 

Après, venaient les punitions du chien. Subitement, Rita le tirait par les cheveux pour qu’il décolle sa bouche. Il tournait vers nous son visage hagard, aux lèvres tuméfiées. Entre les cuisses de Gladys, les chairs velues avaient augmenté de volume ; les lèvres, gonflées de sang par la succion, étaient d’un mauve ardent, et les nymphes pendaient hors de la fente comme les pétales fripés d’un gros glaïeul difforme…

— Sale chien qui lèche les filles ! Et si ta mère savait ça, hein ? Tu as vu dans quel état tu l’as mise ? Regarde un peu ce que tu as fait, elle a toutes ses tripes qui sortent, maintenant !

Marcel haussait les épaules, maussade, et s’essuyait les lèvres du dos de la main. Puis il reniflait, et ses yeux me décochaient un regard peu amène. Il savait ce qui l’attendait et aurait souhaité me voir à mille lieues.

Ma sœur fouillait d’un doigt dégoûté les « tripes » de notre cousine. Elle titillait, tripotait, triturait, et, toute honte bue, Guimauve à qui l’approche du plaisir faisait perdre tout respect humain, la suppliait à voix basse.

— Oui… Oui… j’t’en prie… Fais-le…

— Que je fasse quoi ?

— Tu sais bien… avec le doigt…

Mais ma sœur ne l’entendait pas ainsi. Elle jugeait plus humiliant pour Gladys, et donc plus excitant pour nous, de l’obliger à se masturber en public.

— T’as envie qu’on te chatouille le bouton, c’est ça ? Et qu’on te mette le doigt dans le cul ? Eh bien tu vas le faire toute seule, comme une grande !

Ses entrailles béantes, Mlle Pipi nous décochait son regard le plus fourbe.

— Je peux aller au cabinet ?

— Tu veux rire ? Touche-toi ici !

— Devant eux ? Rita !

— Devant eux, parfaitement, mademoiselle Pipi ! Allez, touche-toi le bouton !

— Rentrons dans la chambre, au moins ! Je me mettrai sur le lit… et ils regarderont par la fenêtre ?

Plus on tenait tête à ma sœur, et plus elle s’obstinait.

— Tu me ferais faire ma gymnastique ? suggérait Gladys, pour la tenter. Le grand écart…

— Et on lui mettrait la bougie dans le cul ? ajoutait Lili.

Mais Rita ne voulait rien savoir ; elle avait décidé que Gladys se branlerait sur la fenêtre, et Gladys devrait se branler sur la fenêtre.

 

Sans doute d’ailleurs ne se défendait-elle ainsi que par un raffinement de vice, afin de faire monter notre excitation, et, par contrecoup, la sienne. Elle avait l’habitude de le faire, en effet : se toucher devant nous était une chose que nous lui demandions fréquemment Et presque toujours à brûle-pourpoint. Par exemple, si nous étions en train de faire nos devoirs, tous ensembles, chez tante Marie, et que celle-ci lisait ses niaiseries, sur son lit, ma sœur me poussait du coude et me montrait Gladys qui regardait dans le vague, les yeux flous, tout en mordillant son porte-plume.

— Tu fais de beaux rêves, Guimauve ?

Prise en faute, ma cousine rosissait.

— Mais non, je réfléchissais à mon algèbre…

Un pli studieux barrait son front, elle feignait de se plonger dans son cahier.

— T’as envie de toucher, hein ? lui murmurait ma sœur.

Gladys l’implorait du regard.

— Mais pas du tout ! J’t’assure, j’pensais vraiment à mon problème !

— T’entends ça, Lili ? Mamzelle Pipi pense à son problème !

— Moi, je sais bien ce que c’est son problème ! ricanait Lili.

Formant un cercle avec le pouce et l’index de la main gauche, elle y faisait coulisser son index droit.

— Quelle est bête !

— Mademoiselle Pipi, veut toucher son pipi ! chantonnait la pimbêche en faisant aller et venir son doigt tendu.

— Dis-lui d’arrêter, Rita, maman va entendre !

— Je suis sûre qu’elle y pensait, Rita ! Quand elle prend sa tête de sainte nitouche c’est qu’elle y pense ! Dis-lui de nous montrer son trou, on va bien voir !

— Tu as entendu, Gladys ?

— Non. Pas… pas maintenant… ce soir, Rita, quand maman sera au cinéma…

Mais il suffisait d’un regard de ma sœur ; vaincue d’avance, Gladys reculait sa chaise.

— Et si maman vient ? chuchotait-elle.

— On l’entendra. Dépêche…

Avec une moue faussement chagrine, ma cousine se déculottait, puis se rasseyait et relevait sa robe en écartant les cuisses pour nous montrer son sexe. Évidemment, comme elle venait d’avoir une rêverie scélérate, les chairs en étaient humides et enflammées, et la fente bâillait.

— Ouvre-le bien, idiote, fais voir le dedans !

À ce stade, Guimauve-Mlle Pipi n’en était plus à vouloir donner le change ; elle obtempérait, débridait la plaie rose de son ventre. Nous restions ainsi immobiles, Lili, Rita et moi, comme trois juges derrière la table, et elle, en face, faisant figure d’accusé. Lentement, son clitoris s’érigeait…

— Tu vois, triomphait ma sœur, que tu en as envie ? T’as le mistigri qui sort ! Mouille ton doigt et touche-toi bien ! Grosse vicieuse que tu es !

Gladys, après l’avoir sucé, appuyait son index sur son clitoris, et commençait à y donner de brèves impulsions.

— Regarde Gerald quand tu te touches ! Et ouvre bien le trou avec l’autre main ! Quelle idiote, il faut tout lui dire ! Tu es une mademoiselle Pipi, non ? Les mademoiselles pipi montrent leur trou aux garçons, quand elles se branlent !

Toute fiévreuse, Gladys obéissait Ses yeux fixés sur les miens, elle se donnait méticuleusement son plaisir, bouche bée. Après quoi, pour la punir de s’être conduite aussi mal, Lili allait chercher la bougie rose (le « petit mari », alias « petit chéri ») et Guimauve-Pipi, comme un suppositoire, se l’introduisait avec précaution dans l’anus. Une fois la bougie en place, elle devait la garder dans son rectum et rapprocher sa chaise de la table. Elle se remettait à ses devoirs et de temps à autre ses yeux rêveurs se levaient furtivement sur nous et nous contemplaient sans nous voir.

— Tu le sens bien, ton petit chéri ?

Quand nous lui demandions de se lever et de venir « nous montrer ça », elle s’amenait à petits pas raides, et nous lui faisions mettre le buste sur la table, nous la retroussions…

— Pousse… doucement… fais ta crotte… fais ton gros caca rose !

En éclosant, l’anus laissait s’échapper la bougie. Ma sœur la lui renfonçait, puis relâchait la pression, et Gladys la gardait en elle, comme un étron qu’on retient. Elle savait qu’elle devrait la garder ainsi jusqu’au soir, jusqu’à ce que tante Marie s’en aille travailler au cinéma, et que je les rejoigne dans leur lit tout le temps du film, pour nos séances nocturnes.

Dans le patio, après que Marcel l’avait léchée, nous nous installions sur des chaises, en face de la fenêtre, et Guimauve se donnait son plaisir, en nous regardant avec une expression hébétée.

Rita et moi lui dictions ce qu’elle devait faire.

— Mets ton doigt dans le derrière… enfonce-le au fond… touche-toi le mistigri, maintenant… pince-le… frotte… doucement, doucement… arrête… sors ton doigt du derrière… remets-le… Mets-en deux en même temps, élargis bien le trou… Pousse bien au fond…

Debout derrière ma chaise, Marcel respirait par la bouche, angoissé, attendant son tour.

Quand Gladys s’était donné sa secousse, il devait retourner la lécher, pour la nettoyer, puis, en guise de remerciements, venaient les punitions du chien. Marcel sortait du pantalon son gros sexe blême au prépuce en forme de tétine rabougrie, et le proposait aux trois filles. Mlle Pipi prenait sa revanche.

— Qu’est-ce que tu veux, le chien ? lui demandait-elle. Ah, ton saucisson ? Voyons voir… Fais sortir le bout… allez, le chien, plus vite !

Marcel se décalottait ; d’un rouge vineux de viande crue, son gland oblong et aplati, qui ressemblait de façon frappante à celui d’un vrai chien, dégageait une odeur rance de saleté qui faisait grimacer ma sœur.

— C’est mou ! Fais-le durcir, imbécile ! Qu’est-ce que tu veux qu’on en fasse de ta grosse nouille ?

C’était son tour de s’astiquer en public, d’un geste saccadé. Il fermait à demi ses paupières tombantes, pour se concentrer, et son regard voilé cherchait je ne sais quoi dans sa mémoire pour y greffer son lugubre plaisir. Au prix d’exténuants efforts, sa grosse verge flasque consentait à prendre vie, et les filles daignaient s’en occuper. Le sexe de Marcel passait de main en main, comme une poupée ; elles le trituraient, le malaxaient, le tordaient sur lui-même comme pour l’essorer, ou bien elles s’amusaient à lui pincer les couilles jusqu’au sang, à lui griffer le gland ; elles y enfonçaient leurs ongles avec une sadique ferveur, en observant avec satisfaction sur son visage les grimaces qu’elles lui arrachaient ; dès que le gros pénis ramollissait, il devait se remettre à l’ouvrage, ou alors Lili s’en chargeait, car elle adorait branler les garçons. Elle le barattait à toute vitesse, d’un mouvement saccadé et mécanique qui faisait peu à peu monter la mayonnaise du plaisir dans le grand corps veule qui s’abandonnait en haletant aux affres qui annoncent le spasme ; le fils de la couturière se contorsionnait, suffoquait, grimaçait, ses veines se gonflaient sur son front, ses yeux jaillissaient des orbites.

— Rita, Rita, implorait-il, ça vient… putain, ça vient… dis-lui d’arrêter ! (Abruptement, sa grosse voix de crapaud-buffle s’enrayait, grimpait de plusieurs octaves jusqu’aux aigus.) Je vais juter ! piaillait-il.

 

Or il n’y avait pas droit ! Pas encore : avant d’être autorisé à arroser le patio de son sperme, le chien Marcel devrait subir l’ignominie suprême, et de chien qu’il était, se métamorphoser en chienne. Dans ce but, Gladys allait chercher son « petit mari ». Et voilà maintenant le fils de la couturière à quatre pattes, comme un chien qu’il est, son pantalon baissé sur ses mollets poilus. Accroupie près de lui, la perverse Lili s’est remise à le traire. Les yeux luisants, la pâle Guimauve lui écarte les fesses des deux mains.

— Vas-y… je l’ouvre…

Marcel retient son souffle. Cruellement, ma sœur Rita lui visse la partie effilée de la bougie rose dans l’anus. Elle commence à pousser…

— Doucement, putain, tu fais mal… tu fais mal !

— Tu n’as qu’à t’ouvrir… ça rentrera tout seul !

Elle continue à pousser ; horrifié, je regarde le cylindre de cire rose s’engloutir dans la chair blême. Marcel ne proteste plus, les yeux fixes, il contemple dans le vide quelque chose qui paraît le terrifier (peut-être son avenir ?) tandis que ma sœur, qui a introduit entièrement la bougie, la laisse ressortir toute seule, puis, au dernier moment, la renfonce brutalement et, d’un va-et-vient mécanique de piston, la fait coulisser pour éveiller la femme qui se cache dans le ventre de Marcel. Et c’est cette femme inconnue que nous entendrons gémir, d’une voix aiguë, alors que le sperme aspergera les dalles du patio. En accouchant d’elle par le cul, Marcel poussera une longue plainte angoissée, et s’affaissera en sanglotant aux pieds de Gladys.

La crise passée, il remontera son pantalon, et sourd aux quolibets cruels des filles – « Alors, Marceline, on a donné son trou » –, pacifié, presque dédaigneux, il regagnera son territoire, la galerie où l’attendent ses Cinémonde, ses Film-complet et Mickey le Castrat, le gros chat roux d’Arnica, qui est son seul ami.

En entamant mon premier chapitre, mon intention n’était pas de consacrer tant de pages aux mornes plaisirs de Marcel ; mes souvenirs en ont décidé autrement ; c’est chose faite, maintenant, et je ne vais pas déchirer ce que j’ai écrit. D’autant moins que je ne compte pas revenir sur lui, dans le cours de ce volume. Et ni non plus sur Arnica, notre autre voisine ; Arnica, « la sage Arnica », qui s’était taillé dans le quartier une réputation de sainte nitouche, d’oie blanche montée en graine.

Laissons les étrangers pour l’instant ; à partir du chapitre suivant, je voudrais ne plus me consacrer qu’aux démêlés intimes de la « tribu ». Quant au reste de la famille, et notamment nos cousins Ludovic et Bergame, les enfants d’Angèle, l’aînée de mes tantes, il n’en sera question que bien plus tard. Je vais me contenter maintenant de vous donner un aperçu des rapports équivoques et compliqués que nous avions entre nous, grands et moins grands, et dont le nœud central était constitué par l’attirance perverse que ma mère et moi éprouvions l’un pour l’autre, attirance dont tous les autres membres de la famille étaient les témoins impuissants et qui, malgré leur réprobation plus ou moins tacite, nous poussait candidement vers l’inceste.

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