• Nouveauté
Fiche technique
Nombre de pages 144
Dimensions 135*185 mm
Langue Français
Date de parution 03/09/2021
Référence K00012

Extrait gratuit

1

J’avais préparé mon suicide comme d’autres programment leurs week-ends à Disneyland. Il ne me restait plus qu’à mettre un point final à ma lettre, sauf qu’au moment d’écrire la phrase de fin (« Désolée maman, j’ai tout essayé »), je devais m’avouer qu’il me restait deux ou trois trucs à tester avant de laisser dans mon lit un corps froid dont plus personne ne pourrait nier le manque d’affects.

Écrire ces mots fit ressortir de vieux souvenirs. Les conseils dʼamies qui savaient bien mieux que moi de quel mal je souffrais. Si je ne trouvais aucun goût à la vie, c’est parce que j’étais coincée, m’avait-on dit. Et si je ne prenais aucun plaisir au lit, c’est parce que je ne savais pas en donner aux hommes.

Personne ne voulait comprendre que je n’étais ni déprimée ni frigide. L’ennui me collait tout simplement à la peau. Une incapacité à ressentir une émotion, même durant ce qui auraient dû être les instants les plus sombres et les plus heureux de ma vie, comme la mort de mon père, la naissance de ma nièce ou la réussite de mon cabinet de conseil en diététique.

Je garde bien quelques traces de souvenirs de joie ou de peur dans ma jeunesse. En revanche, je n’ai jamais éprouvé de désir sexuel. Une certaine curiosité. Souvent de la gêne. Mais rien qui s’approche de près ou de loin de cette ivresse des sens décrite par mes amies. La vue d’une bite ou d’une chatte m’a toujours laissée impassible et il y a longtemps que j’ai enterré l’idée de me faire jouir avec les doigts. Toutefois, me rendre capable de donner du plaisir à un homme restait une piste à explorer. Au pire ce serait une bonne chose de faite avant de mourir. Au mieux je trouverais des réponses à des questions existentielles restées en suspens.

Au lieu de me foutre en l’air, je me fixai pour objectif de me transformer en une bombe sexuelle. Partant du principe qu’il devait bien exister une méthode pour devenir une vraie salope en moins de trente jours, comme on apprend une langue étrangère ou la guitare.

Bien sucer me paraissait un bon début. Rien de tel qu’une pipe de qualité pour donner pleine et entière satisfaction à un homme, disait l’une de mes anciennes amies. Encore fallait-il être au point techniquement. La première fois qu’une bite s’était présentée à moi, lors d’une soirée étudiante, j’y avais mis les dents et le garçon m’avait renversé la moitié de sa bière dans les cheveux.

Ma seconde tentative ne fut pas moins désastreuse. Il s’était fini à la main car ça durait trop longtemps à son goût. Il avait joui sur mon pull et s’en était vanté aussitôt à sa bande de potes.

Pour éviter de reproduire de tels fiascos, j’avais effectué des recherches sur un site de vidéos porno. Une véritable mine d’or ! L’association de certains mots-clés dans le moteur de recherche donnait accès à des niches de pratiques insoupçonnées. Tous les croisements de fantasmes étaient possibles, voire souhaitables. « Girl, solo, fellation et sextoy » m’avaient conduite vers des spécialistes du sexe amateur sans violence. Loin de la cour des miracles des productions hardcore que j’évitais avec soin. Elles étaient une poignée de filles à s’adonner au sexe par écrans interposés. Leurs instructions s’adressaient à des hommes qui viendraient se connecter bien longtemps après la captation vidéo. Les spectateurs n’avaient pas d’autre choix que de suivre les ordres de ces filles seules dans leur chambre ou leur salle de bains. Elles décidaient de chaque étape du plaisir masculin : quand ils pouvaient commencer à se toucher, quand ils devaient accélérer, ralentir et surtout quand le temps était venu d’annoncer le décompte de leur jouissance à distance :

— 5, 4, 3, 2, 1, vas-y, jouis dans ma bouche, salaud.

Ça portait un nom : jerk-off instruction. Instructions pour se branler, en français.

À chacune sa spécialité, de la plus dominatrice à la plus sucrée. Certaines affichaient leur visage, d’autres ne montraient rien au-dessus de leur bouche. Toutes avaient tourné au moins une vidéo consacrée à la fellation. Dix à trente minutes de simulation de blowjob face caméra dont n’importe quelle fille en âge de sucer une queue pouvait prendre modèle.

Voilà comment je me suis retrouvée un soir de janvier avec une banane recouverte d’une capote rose dans la bouche, tentant d’imiter les gestes provocateurs de gamines habillées comme des strip-teaseuses ou des héroïnes de manga. Je reproduisais leurs gestes dans les moindres détails, inclinaisons ravageuses de la tête, regards en biais, bruits de succion crapoteux... Autant de signes qui envoyaient un message très clair à tous les mâles de la planète :

— Bande dur et prépare-toi à jouir sans retenue dans ma bouche.

J’en ai vite eu marre de sucer des bananes. Alors je me suis offert un gode. J’ai choisi celui avec le gland et la taille les plus réalistes. Je m’entraînais tous les jours, assidue au cours de mes coachs virtuels. Toutes ces filles m’apprenaient quelque chose de différent, de manière à trouver mon style. Quand je parvenais à imiter parfaitement ce que je voyais sur l’écran de mon laptop, j’étais fière de moi. Je m’étais moi-même filmée pour observer la réalité de mes progrès – le résultat m’avait paru plus que concluant. À en croire l’image, j’étais une belle suceuse qui n’avait pas honte des super pouvoirs de sa bouche.

Il ne me manquait plus qu’une chose. Sentir pour de vrai la chaleur d’une vraie bite entre mes mains et entre mes lèvres, la sentir enfler sous la caresse de ma langue, la sentir enfin se vider en spasmes, et le sperme couler dans ma gorge – et voir après tout ça le regard apaisé, brillant de plaisir et de gratitude, des hommes que je viderais.

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