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CHANTAGES SEXUELS

Fiche technique
Nombre de pages 128
Langue Français
Date de parution 09/07/2020
Référence A00528

Extrait gratuit

CHAPITRE PREMIER

En arrivant chez ses patrons à huit heures du matin, Séraphine se débarrassa de son manteau et prit un tablier blanc sur l’étagère du placard de service. Elle le passa sur sa robe noire. Ce cérémonial durait depuis trois ans qu’elle était au service de la famille Cothon. Madame tenait à ce qu’elle soit « tirée à quatre épingles ».

Tandis qu’elle tapotait ses cheveux blonds devant le miroir du vestibule, elle remarqua de la lumière dans la salle de bains, au fond du couloir. Elle ne fut pas surprise que Madame soit debout à une heure aussi matinale. Son emploi du temps s’en trouvait modifié. Au lieu d’aller comme chaque matin apporter le petit déjeuner au lit à Mademoiselle Charlotte, la fille du patron, elle décida de commencer son service par la chambre d’Eliane Cothon, sa patronne.

Elle profita que celle-ci prenait sa douche pour faire le ménage dans sa chambre. En y entrant, elle trouva un désordre inhabituel. Un tel relâchement dans le comportement de Madame trahissait son anxiété et se traduisait par une mauvaise humeur qui ne la quittait pas depuis une quinzaine de jours. Elle ramassa, ça et là, une combinaison, des bas, des soutiens-gorge, des culottes, éparpillés aux quatre coins de la chambre. Rien que du beau linge en soie, frangé de dentelle, que Séraphine n’avait pas les moyens de se payer. Elle rangea dans leur boîte plusieurs paires de chaussures, remit de l’ordre sur la coiffeuse jonchée de flacons et de pots de crème de beauté.

En peignoir, les cheveux enveloppés dans une serviette, Eliane Cothon fit irruption dans la chambre.

— Bonjour Séraphine… Tu as fait la chambre ?

— Oui, Madame… répondit la bonne en sursautant.

— Elle en avait bien besoin, je n’ai plus toute ma tête en ce moment. Ne prévois pas de repas pour midi, nous mangerons au restaurant… Tu fais juste le minimum et tu rentres chez toi… Je t’accorde quelques jours de congés car je préfère qu’il n’y ait personne à la maison durant le procès.

— Bien, Madame… mais… je n’ai pas encore fait la chambre de Mademoiselle…

— Cette souillon n’aura qu’à la faire elle-même si le cœur lui en dit.

Séraphine fut déçue mais se garda bien de le montrer à sa patronne. Une heure plus tard, avant de refermer la porte derrière elle, la bonne fit un petit signe amical à Madame.

Une fois seule, le sentiment d’abandon qui accablait Eliane Cothon depuis quelque temps devint encore plus pesant.

Il était dix heures. Elle était prête depuis un bon quart d’heure et elle faisait les cent pas dans l’immense salon de son appartement du seizième arrondissement. Chaque fois qu’elle passait devant le miroir du vestibule, elle soulevait ses lunettes et se lamentait sur les cernes sous ses yeux.

Parfois, excédée par l’attente interminable, elle s’approchait de la baie vitrée et jetait un regard morne sur le boulevard. Parallèle à celui-ci, la Seine en crue venait lécher la voie sur berge de son eau huileuse. Elle pianota sur la vitre d’un geste nerveux et jura entre ses dents, maudissant le retard de Pierre Chanier, l’avocat de son mari.

La pluie battante qui tombait sans interruption depuis trois jours n’était pas faite pour apaiser son anxiété. Pour un peu, elle aurait tarabusté sa belle-fille qui n’en finissait pas de se pomponner dans la salle de bains.

Elle se rongeait les sangs ; c’était comme un enterrement pour elle, d’aller assister au procès de Julien Cothon, son mari. Cette nuit, elle avait eu un mauvais pressentiment. Aussi s’était-elle vêtue d’une robe noire très digne pour la circonstance. Pierre Chanier lui avait vivement déconseillé de s’y rendre mais elle avait insisté. Elle était certaine que sa présence et celle de sa belle-fille allaient réveiller la torpeur qui semblait accabler son mari depuis qu’il avait été mis en examen, un an auparavant.

Quand la sonnette de la porte d’entrée retentit, elle se précipita pour ouvrir. Un homme élégant au visage anguleux, de taille moyenne, fit son apparition dans le vestibule. Il effleura du bout des lèvres la main que lui tendit Madame Cothon. Il se débarrassa de son imperméable ruisselant en pestant contre le temps épouvantable et se recoiffa d’un coup de peigne.

Eliane Cothon n’aimait pas beaucoup Pierre Chanier, et la suffisance dont il faisait preuve, depuis que son mari était en préventive, l’irritait. Pourtant ce matin, elle était rassurée qu’il soit là. Il était la seule personne sur qui elle pouvait compter, du moins, elle essayait de s’en persuader. L’avocat défit le dernier bouton de son costume croisé, gris anthracite, posa sa sacoche en cuir sur la table basse du salon et en sortit une chemise. Il en examina le contenu rapidement.

— Alors, Maître, rien de neuf ? fit Eliane Cothon en lorgnant par-dessus son épaule.

— Si ! Les journalistes nous attendent, ils sont nombreux et ils vont nous tomber dessus. Il faudra faire vite pour entrer. Surtout, ne répondez à aucune de leurs questions !

Eliane fit la moue. Elle aurait tant voulu parler pour disculper son mari aux yeux de la presse. Elle se sentait prête à affronter les journalistes qui, ces dernières semaines, et plus encore à l’approche du procès, avaient multiplié leurs attaques.

— Mais il faut leur dire que Julien n’est pas un escroc, qu’il n’a pas fait d’abus de biens sociaux comme le dit la presse et qu’il n’a spolié personne…

L’avocat plissa les paupières. Son teint frais, presque juvénile se plomba. Il passa la main dans ses cheveux épais et prit un air obséquieux pour lui répondre.

— Madame… calmez-vous. Ce n’est un secret pour personne que Monsieur Cothon a manipulé des élus locaux, qu’il a fait des faux et usé de ces faux, pour… disons… assurer la pérennité de ses sociétés… Pardonnez ma franchise… mais il a ruiné bon nombre de gens qui lui avaient fait confiance ; cela dit, le problème n’est pas là. Il faut prouver que ce sont ces élus locaux qui lui ont tendu la perche et que c’est à cause d’eux et de leur malveillance inexcusable que votre mari se retrouve au banc des accusés… Ce n’est pas une mince affaire, croyez-moi.

Il toussota et s’en excusa, un peu ému tout de même d’avoir dit tout haut ce qu’il pensait tout bas depuis longtemps.

Madame Cothon avait blêmi. De l’index, elle remonta ses lunettes sur son nez et redressa son buste pour respirer plus librement.

— Maître… je ne crois pas un mot de tout ça, j’ai même l’impression que vous crachez dans la soupe et que vous vous rangez dans le camp de nos détracteurs !

— Oh, Madame, comme vous y allez ! Non, je ne crache pas dans la soupe, fit-il d’un ton frisant l’hypocrisie, mais jouer les avocats du diable fait partie de ma déformation professionnelle, vous le savez bien.

En fait, Pierre Chanier, s’il avait en charge leur défense, n’était pas mécontent de la situation dans laquelle se trouvait la famille Cothon. Depuis cinq ans qu’il était au service de Monsieur, celui-ci n’avait cessé de le traiter comme un moins que rien. N’avait-il pas coutume de l’appeler « l’avocaillon » ? L’envoyant au casse-pipe dans des affaires tordues et sans intérêt ; l’obligeant parfois à jouer les détectives privés pour accumuler des preuves sordides contre ceux qui osaient s’opposer à lui. Chanier avait d’ailleurs gardé un petit dossier explosif qu’il avait soigneusement mis de côté dans le coffre d’une banque, au cas où…

Aujourd’hui, il jubilait. Même si le procès semblait perdu d’avance, il allait être sous le feu des projecteurs. Jamais il n’avait été à pareille fête et depuis quelques semaines qu’il répondait aux interviews des journalistes, son nom s’étalait à la une des journaux. Il n’en était pas peu fier.

Il buvait du petit-lait. La « vieille », comme il avait coutume de l’appeler (bien qu’ils eussent pratiquement le même âge : trente-six ans), lui mangeait dans la main. Elle ne l’appelait plus « Chanier » de son air hautain, mais « Maître ». Aujourd’hui, sa nervosité la rendait accessible, presque fragile, et l’avocat la regardait d’un autre œil.

Malgré ses cernes, sa tenue trop stricte, elle était belle. Le regard de l’avocat se fixa dans le creux du décolleté où l’on distinguait la naissance des seins que l’on devinait lourds mais fermes. Elle se déplaça d’une démarche nerveuse pour fouiller dans un tiroir de son bureau. Il ne put détacher ses yeux de ses hanches évasées, de ses fesses rebondies, bien fendues sous sa robe moulante. Un instant, il essaya de l’imaginer nue mais chassa cette vision de son esprit.

— Que fait Mademoiselle ? questionna-t-il.

Il aurait voulu dire : « que fait cette petite salope ? » car cette garce – il en était persuadé – avait le vice dans la peau.

Charlotte Cothon, adolescente attardée et grassouillette, aux fesses et aux seins trop volumineux qui lui donnaient des complexes, était une allumeuse. Ses yeux noirs et perçants, sans cesse en mouvement, avaient le don, quand ils vous fixaient, de vous mettre mal à l’aise. Ses cheveux châtains, frisés, coupés court, n’arrangeaient rien. Une belle plante auraient dit certains. Sans être moche, elle ne suscitait que peu d’intérêt chez les mâles de son âge. Pierre Chanier trouvait bizarre de ne l’avoir jamais vue avec un garçon.

La méchanceté et le mépris qu’elle manifestait envers tous ceux qui l’entouraient étaient la conséquence de cette frustration. Pierre Chanier n’en doutait pas. La perfidie dont elle avait usé deux ans auparavant quand il avait refusé ses avances, alors qu’il était seul avec elle, l’avait persuadé de la perversité de cette fille à papa.

Ce jour-là, Charlotte était venue lui ouvrir la porte en slip et en soutien-gorge. Elle venait de sortir de la salle de bains et avait feint la surprise en le voyant. Puis, au lieu de s’habiller ou de regagner sa chambre, elle s’était assise dans un fauteuil, genoux repliés contre sa poitrine, face au bureau où il consultait un dossier. Cuisses écartées, elle s’était peint les ongles des pieds.

Se replongeant dans son dossier, il avait eu beaucoup de mal à détourner son regard des seins volumineux sous le soutien-gorge et surtout de l’entrecuisse. La bande de coton de la culotte était si fine, si étroitement ajustée qu’il avait pu distinguer le relief de la vulve avec précision. Sous l’épaisse touffe qui bombait le pubis, le pli de la fente s’incurvait dans le tissu jusqu’au périnée et exagérait le renflement des lèvres qui saillaient de façon obscène. Son trouble s’accentua quand, dans l’interstice à la jonction des cuisses et des fesses, il vit l’ombre des poils noirs qui s’échappaient sur les côtés. Il sentit son sexe grossir et essaya de penser à autre chose. Charlotte eut un sourire narquois quand elle croisa son regard.

— Ma chatte vous plaît ? Je peux me rapprocher si vous voulez… ça vous évitera de vous contorsionner et de vous abîmer les yeux.

L’impertinence de la jeune fille sidéra Pierre Chanier. Refoulant son trouble, il répliqua sèchement :

— Des chattes, comme vous dites, j’en ai déjà vu des dizaines et la vôtre ne peut que m’attirer des ennuis. Attendez votre majorité, Mademoiselle, et n’hésitez pas à vous masturber en attendant.

La réponse avait été si cinglante que le visage de l’adolescente s’était empourpré. Vexée, elle avait tout fait par la suite pour faire congédier l’avocat. Sans succès, car à ce moment, son père commençait à avoir des ennuis avec la justice et avait besoin de lui pour débrouiller certaines affaires.

 

Un paquet de sucreries dans une main, frottant ses cheveux encore humides de l’autre, Charlotte fit son apparition dans le salon où se trouvaient sa belle-mère et l’avocat.

Outrageusement maquillée, vêtue d’une robe rouge ultra-courte qui dissimulait à peine le haut de ses cuisses gainées de bas foncés, elle toisa l’avocat d’un air arrogant.

— Tiens, vous êtes là, vous !

Son impertinence irrita sa belle-mère.

— D’abord, tu pourrais dire bonjour, ensuite je trouve ta tenue indécente ! C’est toute la famille que l’on va juger. Ton père comme escroc et toi comme allumeuse. Tu ne crois pas que nous avons assez d’ennuis comme ça ?

— Et vous comme une pauvre femme éplorée, peut-être… rétorqua-t-elle sur un ton insolent. Et qui n’a jamais rien vu ni entendu… comme disent les journalistes…

Pierre Chanier comptait les points. Il n’était pas rare que les deux femmes, les yeux luisants de haine, se provoquent devant lui. La rivalité des femelles l’avait toujours amusé et il espérait bien, par le biais du procès, s’en réjouir encore, quitte à mettre de l’huile sur le feu.

— Regardez ce que j’ai reçu ! enchaîna Madame Cothon pour couper court au persiflage de sa belle-fille.

L’avocat déplia le courrier qu’elle lui tendait. Il réprima un sourire devant le tissu d’insanités et lut à haute voix pour que Charlotte entende : « Ton mari, on va le pendre par les couilles. Et vous, les deux morues… (il s’arrêta un instant, faisant mine d’être choqué), un traitement spécial vous attend : un petit séjour à Barbès, à l’abattage, vous fera le plus grand bien… »

La lettre avait été tapée à la machine et si Madame Cothon pouvait reconnaître l’écriture (elle l’avait lue et relue, ressentant chaque fois une émotion), elle reconnaissait le style de son ex-amant, Robert Dumont, l’avocat de la partie civile. Elle sentit son cœur s’affoler mais se garda bien d’en parler à Chanier. D’une main tremblante, elle plia la lettre et la rangea dans sa poche.

— C’est ignoble, vous ne trouvez pas ? Nous devrions porter plainte, fit-elle sans grande conviction.

— Effectivement, c’est affreux… fit Pierre Chanier en essayant de garder son sérieux. Mais contre qui voulez-vous porter plainte ? Il y a tellement de gens qui vous en veulent. Vous n’avez pas une petite idée ?

— Des jaloux ! s’écria Charlotte, des envieux que la réussite de mon pauvre papa a rendus malades. Raison de plus pour se battre ! Et quand il sortira, il leur en mettra plein la gueule, à ces pisse-froid !

Eliane Cothon fit une grimace agacée. Elle n’aimait pas le langage de sa belle-fille et pour la faire taire, elle enfila son imperméable.

Ce fut le signal du départ.

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