MANNEQUINS

Je me suis souvenu des années après des paroles du vieil homme.

Je devais avoir huit ans à l’époque. Le samedi ma mère allait souvent dans un grand magasin du centre ville. Une structure d’un autre temps, qui n’existe plus aujourd’hui et n’a sans doute plus d’équivalent. Sur deux étages, on y trouvait tout un univers dédié à la femme : des vêtements en prêt à porter, des coupons de tissu, de la mercerie, des sous-vêtements…

Et dans la vitrine ces mannequins habillés des dernières créations des marques que défendait le magasin.

Difficile de me souvenir, des années après, de ce que j’ai pu ressentir à l’époque. Même à huit ans, et même si on n’est pas est vraiment sexué, on ressent quand même du trouble par rapport à l’autre sexe. Et sans doute, même si c’était d’une manière très légère, que ces femmes immobiles me troublaient. Mais je n’ai vraiment compris que plus tard, mis des mots sur le fait qu’elles représentaient une sorte de quintessence de la féminité, et surtout qu’elles avaient été conçues pour cela. L’idée de base, c’était que les femmes qui regardaient les mannequins portant les tenues se disaient : « Je serai aussi belles qu’elles avec cette jupe, cette robe… » Oubliant bien sûr qu’elles étaient toutes loin de ce standard.

Et donc, pendant que ma mère essayait des tenues, moi, je venais me poser à l’autre bout de l’immense salle, pour contempler les mannequins.

D’une semaine sur l’autre, elles changeaient. Si vous l’avez déjà remarqué, on habille les mannequins, et quand je dis habiller, je ne pense pas aux vêtements qu’elles portent, mais on donne à leur corps modelé pour ressembler au corps d’une femme grande, élancée, fine, un certain nombre d’accessoires. On leur met des perruques, on a de plus en plus tendance à les maquiller, on leur met des sous vêtements, des bas, des chaussures…

Et au final, mais je ne sais pas si c’est ce que je pensais à l’époque on se dit qu’elles sont à ça, à un claquement de doigts d’être humaines. Il faudrait quelque chose, un tour de magie, un envoûtement, pour qu’elles le deviennent. Qui n’a jamais pensé ça ?

Et puis un jour, le vieil homme est venu s’asseoir à côté de moi.

Je ne me souviens même pas de son visage, simplement que pour moi, enfant de huit ans, il était très vieux, ce qui n’était pas forcément le cas, et d’une épaisse crinière de cheveux blancs. Il s’était posé près de moi, et il m’avait jeté :

Elles sont belles, n’est-ce pas ?

J’avais bien compris qu’il parlait des mannequins. Il y a aussi des mannequins homme, mais ce jour-là, aucun n’était installé dans la vitrine. 

Un jour, elles seront à toi, comme elles ont été à moi. Il est trop tôt, mais le moment viendra.

Et il s’était éloigné, me laissant avec ces paroles dont je n’ai sans doute pas mesuré la portée sur le moment.

Et puis mon enfance s’est noyée dans mille autres détails. Ce qui ne m’empêchait pas, chaque fois que j’accompagnais ma mère dans ce magasin d’aller voir les mannequins, et, sans aucun doute, d’être troublé, dans ma sexualité d’enfant, qui n’était qu’un embryon, comparée à ce que devait être ma sexualité par la suite.

Pas mal de temps a coulé, et je suis revenu bien plus tard, aux mannequins. Je devais avoir seize ans. On avait déménagé entre temps. Je me souviens bien que j’étais avec une copine, elle m’a dit :

Tiens, regarde, je vais te montrer la robe que je compte porter pour le bal de promo. Je l’ai achetée, mais il y a le même modèle en vitrine…Enfin, s’il y est encore…

Il y était encore. Effectivement, une très belle robe noire, longue, avec dessus des imprimés rouge, des roses.

Elle est belle n’est-ce pas ?

Magnifique !

Elle n’a pas compris que, quand j’ai dit « magnifique », je ne pensais pas seulement à la robe, mais aussi au mannequin.  Ses traits se dessinaient avec une grande netteté, elle avait des yeux bleus,  une perruque brune, avec une frange. Elle avait été installée sur une chaise, les jambes croisées, chaussée d’escarpins à talons, et il y avait dans cette position, donnée par l’étalagiste, un mélange de féminité, d’étrange, de sophistication et d’érotisme qui me plaisait.

Sophie a glissé sa main contre mon pantalon, et elle m’a soufflé :

Dis donc, t’es tout dur ! T’as envie ! Tu veux qu’on aille chez moi ? Moi aussi, j’ai envie…

On avait seize ans tous les deux, on découvrait la sexualité, on avait le désir dans le sang et l’envie de tout essayer. Sophie était une grande blonde longiligne mais avec des formes bien marquées, et on avait eu une longue période, de six mois, où on faisait l’amour dès qu’on avait un moment, en essayant des positions différentes.

Cet après-midi là, je l’ai prise sur le canapé de la maison familiale. Elle s’était calée d’autorité dessus, à quatre pattes, défaisant son jean et le tirant à ses genoux, puis faisant suivre le même chemin à sa culotte noire, m’offrant sa croupe rebondie, bien fendue, et le boursouflement de son sexe. Difficile de ne pas avoir envie d’elle dans de telles conditions, surtout quand elle tournait la tête vers moi, mettant en branle son épaisse chevelure dans laquelle j’aimais passer les mains, et qu’elle me disait,  en plantant ses yeux dans les miens :

Viens !

Un viens qui valait tous les messages. Et auquel je ne résistais généralement jamais. Deux secondes plus tard, je glissais dans sa muqueuse, la faisant gémir de contentement.

Pourtant, au moment où j’ai joui, crachant ma semence dans la capote, il y a eu cette image incongrue qui est venue, s’imposer, du mannequin.

Ce que je veux dire, c’est que je n’ai pas joui en pensant à la fille mannequin, j’ai bien joui parce que j’étais avec Sophie, parce qu’elle me plaisait, et parce que sa muqueuse vaginale frottait mon sexe depuis cinq minutes. Mais il y avait quelque chose dans le mannequin qui m’avait troublé.

Ça été à partir de ce moment que j’ai commencé à tourner autour des magasins et à observer les mannequins.  Quand on n’y prête pas attention, on ne sait pas trop où chercher. Quand on se lance dans une quête, on est surpris du nombre de magasins qu’on peut trouver, qui vendent des vêtements, et les proposent en utilisant des mannequins dans leur vitrine.

J’ai commencé à tenir un petit carnet d’observation. Je vous en donne une page, prise au hasard.

3 février . Magasin P… La vitrine de gauche est occupée par trois mannequins. Une debout, deux assises. Deux brunes, une blonde. Elles vantent toutes les trois de la lingerie. L’étalagiste les a positionnées dans des attitudes troublantes. La blonde a un porte jarretelle, et elle semble vérifier si l’accroche pince bien le bas. La brune, elle, tient un bas dont elle gaine sa jambe.

Magasin S… Quand j’arrive, les vendeuses refont la devanture, et positionnent les mannequins. Celles-ci sont déjà parées, maquillées. La collection printemps-été. Elles les habillent. Un strip-tease est troublant. Un strip-tease à rebours aussi. Elles finissent parées de couleurs acidulées. J’ai souvent envie de prendre des photos, mais les vitrines empêchent qu’elles soient réussies.

Sophie et moi nous nous sommes séparés, j’ai eu d’autres copines, j’ai fini le lycée, je suis parti en université. Le seul fil rouge, désormais établi, qui ne variait pas, c’était ma passion pour les mannequins. Mes meilleurs moments, c’était quand je faisais le tour de la ville, et que j’allais contempler les vitrines.

Je venais d’avoir vingt ans quand j’ai repensé aux paroles du vieil homme. A vrai dire, si elles sont ressurgies, ce n’est pas par hasard. Ce qui s’est produit, c’est qu’un après-midi, je m’étais calé face au magasin D… C’était un magasin devant lequel j’avais plus de facilités pour me positionner que devant d’autres, pour la simple raison qu’il était face à une placette qui bénéficiait de trois arbres pelés et de quatre bancs. Je me calais sur un banc et je matais les jolis mannequins, bien conscient de la singularité de ma passion. Avec qui aurais-je pu partager cette passion pour les mannequins… Personne, c’était certain… Enfin, personne… Il y avait eu ce vieil homme… Pour la première fois depuis toutes ces années, j’ai repensé au vieil homme, et à ce qu’il m’avait dit.

Un jour, elles seront à toi.

Que voulait-il dire par là ?

Et puis il y a eu cette situation étrange. Ça a été, l’espace de quelques secondes, comme si j’avais basculé sur un autre univers. J’ai eu l’impression que les mannequins étaient réellement vivants. Ça a tenu à pas grand-chose, un visage qui se tourne vers un autre, un regard vivant, un sourire. Avant que les choses ne se stabilisent.

Je me suis demandé ce qui s’était produit. Une hallucination ? Ma seule drogue jusqu’à présent, ç’avait été le sexe, je n’avais jamais consommé le moindre produit stupéfiant. Un basculement sur une autre dimension ? Je ne croyais pas à grand-chose, mais j’avais toujours été convaincu, peut-être naïvement d’ailleurs, qu’il existait une infinité d’univers parallèles aux nôtres. Se pouvait-il qu’il y ait un monde où les mannequins soient vivants ?

Ou peut-être plus simplement, dans notre monde, les mannequins cachaient leur jeu depuis des années. De même qu’il y a eu une évolution de la race humaine, peut-être y avait-il eu une évolution de ces créatures inanimées, qui avaient basculé vers un état de conscience.

Non, je m’égarais.

Pourtant, certaines idées, une fois qu’elles sont ancrées, ont du mal à partir.

Je me suis rapidement convaincu que j’étais, moi seul, capable de réellement apprécier les mannequins. Et qu’en conséquence, elles me donneraient ce qu’elles ne donnaient pas aux autres.

Le meilleur d’elles-mêmes.

C’est comme ça que j’ai décidé de me laisser enfermer dans l’un des magasins.

D’une manière logique, si elles prenaient vie, c’était au moment où personne ne pourrait les voir. Donc au plus profond de la nuit.

J’ai jeté mon dévolu sur le magasin M… au centre de la ville. Il s’étalait sur plusieurs étages, et le rayon féminin, avec les mannequins, se trouvait au troisième. Je pensais qu’elles basculaient plus facilement dans un 3ème étage plus discret que d’une vitrine offerte à tous les regards. L’autre avantage, c’était qu’un de mes anciens camarades de lycée avait fait une formation dans la sécurité. Je le voyais quand je me rendais dans le magasin, et comme il aimait beaucoup parler, il m’avait expliqué comment les systèmes de sécurité fonctionnaient. J’avais compris que je pourrais facilement me laisser enfermer dans le bâtiment, et désactiver ceux du 3eme. La nuit, il n’y avait de toute façon pas de vigile.

J’ai encore attendu, mais la certitude était trop ancrée en moi pour que j’y renonce. Alors, un mercredi soir, je suis rentré dans le magasin de sept étages, un commerce vieux d’un siècle qui était resté entre les mêmes mains, et je n’en suis pas ressorti. J’ai tout simplement été me cacher dans les greniers, qui contenaient une partie des biens en réserve. J’ai attendu et je suis redescendu. Au troisième, j’ai été jusqu’au boîtier qui permettait de désactiver les alarme de cet étage. J’étais libre jusqu’au matin. Ensuite, il me suffirait de remonter dans les réserves et de redescendre quand le magasin ouvrirait.

Je n’y ai pas vraiment cru, quand je les ai vues, au milieu du magasin, discutant entre elles. Dans l’après-midi, elles étaient figées, réparties au milieu de l’étage. Et là, elles étaient bien vivantes, parlant, fumant. Humaines. Elles se sont retournées vers moi quand elles m’ont entendu. Une jolie rousse a déclaré :

Tiens, tiens, un humain qui nous rend visite. Alors, mon garçon, tu aimes les jolis mannequins ?…

J’ai repensé aux paroles du vieux. Avait-il fait la même expérience que moi en d’autres temps ? Séparées dans le temps, nos expériences s’inscrivaient-elles en parallèle ?

Tu as envie de nous… Crois-moi, on sait faire beaucoup de choses.

La rousse, agissant comme la porte parole du groupe, a attrapé ma main, et, sans la lâcher, elle l’a promenée sur elle. Elle portait un tailleur, veste et jupe. Au bout de mes doigts, au-delà du tissu, j’ai senti quelque chose de chaud qui ne m’a pas semblé si différent de la chair.

Ses copines se sont approchées. Il n’y avait pourtant rien de menaçant dans leur mouvement. Plutôt un mélange d’envie et de curiosité.

Elles étaient six au total, la rousse, une autre rousse, une blonde et trois brunes. Elles m’ont guidé vers le canapé pas loin.

C’est parti très vite. La rousse s’est penchée sur moi et elle a débouclé mon pantalon. Mon désir, ce désir pour les mannequins qui s’était accumulé au fil des années s’est manifesté sous la forme d’une érection comme j’en avais rarement, sinon jamais eu. Elle s’est exclamé :

Hum ! Belle queue !

En la sortant de mon pantalon, et en la caressant. La blonde est venue se positionner tout près de moi, et elle a pris ma bouche. Les autres filles se sont mises à jouer entre elles. Je ne l’avais pas conçu, j’imaginais maintenant sans mal des nuits très sexuées où elles se donnaient du plaisir comme une détente et une échappatoire. La langue de la blonde est venue frotter la mienne, avec toute l’énergie et la sensualité qu’elle pouvait y mettre. Je concevais bien qu’elles n’avaient pas forcément beaucoup d’hommes à se mettre sous la main. Sauf si on leur adjoignait un mannequin homme. La rousse baladait sa langue sur ma queue avec un air extatique. L’autre rousse et l’une des brunes s’embrassaient en se caressant les seins, pendant que les deux brunes se masturbaient mutuellement, se tordant sous la main de l’autre.

Si vous veniez partager cette queue, les filles… On n’en voit pas si souvent…

C’était sans doute un bon argument, en tout cas elles se sont réparties autour de moi, et elles sont venues sur ma queue, la partageant. Je n’avais jamais vécu une situation pareille. Deux, trois langues tournant sur moi, sur ma queue, une sur mon gland, l’autre sur ma tige, la troisième sur mes couilles… Je les observais, toutes identiques et cependant différentes… Et les paroles du vieil homme tournaient encore et encore dans ma tête…J’avais déjà eu plein de petites copines, mais sans doute que rien ne serait jamais semblable à ce moment.

On a été plus loin très rapidement. La rousse, c’était elle qui passait en premier, est venue s’empaler sur ma queue. Elle est montée sur le divan. Sa chatte qui n’était qu’esquissée sur son corps de mannequin, avait pris, maintenant qu’elle avait basculé et changé de statut, un autre aspect, celui d’un sexe féminin normal, et je voyais des lèvres, un clitoris qui saillait, et des sécrétions vaginales coulaient, faisant ses chairs intimes luisantes.

D’un seul mouvement, elle est venue s’empaler sur moi.

Cette sensation, celle de ses muqueuses me gainant, je ne l’oublierai jamais. J’avais déjà été dans beaucoup de chattes, mais ça n’avait jamais été comme ça… C’était…Comme si j’étais caressé par la plus exquise des soies, qui serait venue envelopper ma queue. L’espace d’un instant, j’ai cru que j’allais jouir, ici, tout de suite, mais je suis parvenu à me contrôler. D’ailleurs, le mannequin en était conscient, conscient de beaucoup de choses, comme si elle parvenait, et n’était-ce pas le cas, à lire mes pensées…Elle m’a dit :

Ce dont tu rêvais depuis longtemps, tu vas enfin l’avoir… Nos chattes autour de ta queue vont te caresser comme jamais aucune chatte n’a caressé ta queue… Contrôle-toi pour que ça dure longtemps…

Je ne peux pas oublier ce moment… De l’eau a coulé sous les ponts depuis… Mais jamais, non jamais, ça n’a été aussi bon qu’avec ces filles qui m’encadraient, qui m’entouraient, et qui se succédaient, enveloppant ma queue de leur main, de leur bouche, de leur chatte, pendant que les autres se caressaient, s’embrassaient, se donnaient du plaisir… C’est la rousse qui est finalement revenue me prendre une fois ultime de son vagin souple, et qui m’a fait jouir, se donnant elle aussi du plaisir…

La nuit avait avancé… Je suis resté sur le divan, mais maintenant, elles m’ignoraient, parlant entre elles de choses que je n’entendais pas et que je n’aurais sans doute pas comprises…Elles avaient me semblait-il un langage qui leur était propre…Il était temps pour moi de me retirer… Il s’est d’ailleurs produit un phénomène étrange, à mesure que le jour approchait… Elles ont regagné leurs positions d’origine, et elles ont commencé à se figer…

Je suis remonté dans les réserves. Je me suis tapi dans un coin d’ombre, pour ne pas être surpris par un employé qui serait venu chercher des objets. Je ne le voulais pas, mais je me suis endormi. Quand je me suis réveillé, il était temps pour moi de redescendre.

Au troisième étage, le magasin avait repris son rythme habituel. Je me suis approché des mannequins, immobiles.

L’espace d’un instant, le mannequin roux qui m’avait fait l’amour la veille m’a envoyé un clin d’œil, avant de se figer à nouveau.

Je me suis éloigné.

Il n’y a plus jamais eu de tels moments par la suite. Simplement parce que je ne les ai pas cherchés. Je me suis dit que cette fois-là avait été exceptionnelle, et qu’il ne fallait pas tenter de reproduire ce qui avait été, il fallait bien le reconnaître, une sorte de miracle.

Mais chaque fois que je passe devant une vitrine, j’ai de la nostalgie.

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