SEXE ET 4L

 

Ça s’est passé début février. On devait partir le 18 février pour Biarritz où des mécaniciens vérifieraient nos véhicules et de là pour le Maroc.

On était dans cette sorte de fausse euphorie qui précédait notre départ, heureux d’en arriver là après un an de préparation et de nombreuses embûches, heureux aussi en pensant à l’aventure qui nous attendait. Je m’y laissais glisser moi aussi. Oui, cela faisait un an, on n’avait pas vu le temps passer , qu’on préparait, David et moi, ce qu’on appelle le 4L Challenge. Je suppose que vous en avez entendu parler car il est très médiatisé. Si je devais le résumer, je dirais que c’est un rallye qui se donne bonne conscience. Il est ouvert à des jeunes, et ceux-ci parcourent le Maroc pendant cinq jours, dans un schéma très classique, mais en amenant avec eux des fournitures scolaires et des médicaments qui seront remis à des associations sur place, et en ayant l’obligation de faire le rallye à bord d’une 4L, évidemment réparée, rafistolée, remise à neuf. On ne fait plus de 4L depuis 1995.

Il y avait plusieurs raisons pour lesquelles j’avais choisi de participer à ce rallye. La première c’était parce que mon ami David m’avait convaincu. On avait toujours été proches, et il m’avait présenté ce projet, que je ne connaissais pas du tout et qui m’avait plu. Au-delà, j’avais toujours souhaité, depuis que j’étais petit, m’impliquer et faire, à mon niveau, quelque chose pour que le monde change. J’étais convaincu que c’était en mettant bout à bout de petites actions qu’on pouvait réellement faire changer évoluer notre monde dans sa globalité.

Le dernier point, c’était que j’étais depuis toujours passionné par la mécanique, et si j’avais choisi de faire des études dans un autre domaine, je bricolais dès que j’avais l’occasion. Si c’était David qui avait déniché la 4L, elle venait d’un voisin de son père qui la remisait dans un hangar, et s’il s’était chargé de décaper la carrosserie, rouillée en bien des endroits, et de la repeindre, c’était moi qui avais refait le moteur.

Le véhicule était enfin prêt, et ce soir du 6 février, sur le coup de dix heures du soir, un peu pompette, je l’avoue, je m’étais ouvert une bouteille de champagne pour accompagner mon repas, et j’avais descendu plus de verres que je n’aurais du, je suis sorti de chez moi, une maison que je louais provisoirement, et je suis parti admirer la bagnole au garage.

J’étais vraiment fier de mon travail.

Et je n’étais pas le seul.

C’est comme ça que j’ai fait la connaissance d’Alexandra.

Elle se tenait debout devant la 4L et elle posait un regard songeur sur elle.

Je suis immédiatement tombé sous son charme, en même temps que je me demandais ce qu’elle faisait là. Mais il était vrai que j’avais laissé le garage ouvert. J’ai d’abord pensé qu’elle était passée sur le chemin, et, amatrice de vieilles voitures, elle n’avait pu résister à son envie d’admirer celle-ci.

Sa beauté m’a sauté aux yeux dès les premières secondes. C’était vraiment une fille magnifique, qui resplendissait de tout l’éclat de sa jeunesse. Elle devait avoir à peu près le même âge que moi, vingt-quatre ans, et le Créateur, ou la Nature, ça dépendait du point de vue, avait été généreux avec elle. Elle avait un visage magnifique, un ovale aux traits bien dessinés. Elle avait une épaisse chevelure blonde, à laquelle étaient bien assortis deux magnifiques yeux bleus. Elle portait, en cette période de l’année, un manteau en laine ouvert sur un pull gris tout aussi collant que son jean, lesquels soulignaient une silhouette impeccable.

Elle a levé la tête et elle m’a souri.

Cette 4L est vraiment magnifique. C’est vous qui l’avez restaurée ?

J’ai fait le moteur, mon ami la carrosserie.

C’est une voiture que je connais bien. Elle est comme neuve.

Je me suis demandé ce qu’elle voulait dire par « C’est une voiture que je connais bien. » Elle aimait les 4L, ou bien elle avait connu cette voiture… Difficile à croire… Mon voisin m’en avait fait l’historique. Aujourd’hui âgé de 85 ans, il l’avait achetée d’occasion pour sa femme en 1971. Celle-ci s’en était servi pour aller travailler pendant des années. Si elle ne servait plus aujourd’hui, c’était parce qu’ils étaient l’un et l’autre trop vieux pour conduire. Cela faisait dix ans qu’elle était au hangar.

Elle semblait en tout cas connaisseuse. Elle a fait le tour du véhicule, l’examinant soigneusement. Pas un détail n’a paru lui échapper.

Je n’avais été un gros dragueur, et pourtant, je me suis lancé. Puisqu’elle était là, dans le périmètre de la maison, pourquoi ne pas en profiter.

Ça vous dirait que je vous offre un verre ? J’ai du champagne au frigo, je viens d’en boire une coupe…

Pourquoi pas ?

C’est une fois qu’on a été installés devant la cheminée, où j’avais fait redémarrer le feu en début de soirée qu’elle m’a dit :

Vous y avez passé combien de temps ?

Je lui ai expliqué tout notre cheminement. Elle posait un regard attentif sur moi. J’appréciais son attitude. Trop souvent, quand on parle aux gens, ils ont semblant d’écouter, mais pensent à autre chose.

Alors, comme ça, vous aimez les 4L ?

J’ai eu une 4L, autrefois. Je pense même que c’est celle-ci, elle m’a répondu.

Je l’ai regardée, très surpris. Ce qu’elle me disait ne correspondait pas à ce que m’avait dit le propriétaire du véhicule. Et de plus je ne voyais pas à quoi pouvait correspondre cet autrefois. Elle était aussi jeune que moi, et on avait cessé de manufacturer des 4L en 1995.

Il y avait décidément quelque chose de très mystérieux en elle. Ce qui a été moins mystérieux, ça a été quand elle m’a soudain dit :

J’ai envie qu’on fasse l’amour. Ça fait… très longtemps que je n’ai pas eu de rapport sexuel, et ça ma manque trop.

C’était le genre de fille que je trouvais tellement belle que je n’aurais jamais même imaginé que quelque chose puisse se passer entre nous. J’ai été surpris par son envie, autant que par sa franchise. Mais je n’ai pas eu vraiment le temps de me poser des questions. Elle a glissé du fauteuil où elle était installée, au canapé où moi j’étais installé. Elle ne manquait pas d’audace, il en fallait sans doute pour pénétrer dans un garage, même pour admirer une 4L, sur une propriété privée. Mais elle avait bien fait. C’est ce que je me suis dit, alors que, tranquillement, avec une mine gourmande et des yeux avides, elle me défaisait. C’est seulement à ce moment que j’ai réellement eu conscience du fait que j’avais le ventre en feu et que j’étais tout dur.

Bon, je vois que je ne te laisse pas indifférente, elle m’a dit, en mettant ma queue à nu.

J’ai eu envie de lui répondre que non, belle comme elle était, elle ne me laissait vraiment pas indifférente. Finalement, la 4L m’avait porté chance. Et le fait que je n’aie pas fermé mon garage. Une série de hasards.

Mais je n’ai rien répondu, alors qu’elle venait sur moi, et me parcourait de sa langue, une langue tellement habile qu’il était clair que ce n’était pas la première fois qu’elle faisait une fellation à un homme. Elle a tourné sur moi, vive et souple, me mettant dans tous mes états.

Quand elle m’a lâché, j’étais plus raide que je ne l’avais jamais été. Autant sous l’effet de ses caresses que parce que l’idée de faire l’amour avec une aussi jolie fille me mettait dans tous mes états. Il y avait en elle quelque chose de radieux que je n’avais connu chez aucune femme auparavant. Elle dégageait quelque chose de très fort.

Elle s’est redressée, et déshabillée. Le manteau, puis son pull. Elle avait un corps parfait, totalement harmonieux. Elle a dégrafé son soutien-gorge, ses seins jaillissant à l’air libre, Ils étaient pleins et fermes, tendus vers moi. Elle a fini avec son jean, le descendant, et restant juste en culotte.

Tu vas me l’enlever.

Elle s’est approchée de moi. C’est avec des mains un rien tremblantes que je suis venu attraper la culotte sur ses hanches, pour la descendre. J’ai été un rien surpris de sentir sa chair plutôt froide, au bout de mes doigts, alors que je l’avais imaginée brûlante, mais voir son sexe à nu a détourné mes pensées. Elle ne se rasait absolument pas, bien loin de la mode d’aujourd’hui, et voir la fente de son sexe, bistre parce que ses lèvres en jaillissaient, chacune d’un dessin différent, entouré et même en partie couvert d’une forêt de poils m’a troublé. On aurait dit qu’elle sortait  d’un autre temps, d’une époque où les corps étaient autres.

Je voudrais que tu mettes une capote, elle m’a dit. Tu en as ?

Sur la table là-bas.

Elle s’est retournée, me présentant ses fesses hautes et charnues, a marché jusqu’à la table, est revenue jusqu’à moi, et a fait descendre le préservatif sur ma queue. Deux secondes plus tard, elle venait se positionner juste au dessus de moi, son sexe proche du mien, sans cependant la toucher. Ma queue frémissait, agitée de petits spasmes de désir. Elle l’a attrapée, et s’est mise à frotter mon gland contre ses lèvres, sans me faire rentrer en elle. Je sentais parfaitement, contre moi, le relief de ses lèvres. C’était une caresse à double sens, qui lui procurait du plaisir, mais m’en donnait aussi. Je ne me suis rendu compte qu’elle m’avait fait rentrer en elle qu’à mi-trajet, alors que je glissais contre ses parois vaginales, douces comme de la soie, mais moins chaudes que je n’aurais pu l’imaginer. Je me suis trouvé complément enfoncé en elle. Elle me souriait, et la mélancolie que j’avais lu en elle, lorsque nous nous étions rencontrés autour de la 4L semblait gommée.

Revoir la 4L, et faire l’amour avec toi. Le Destin a été clément.

Ainsi, il s’agissait bien d’une 4L qu’elle avait connue. Mais comment cela était-il possible ? Plus je la connaissais, plus j’étais amené à me poser des questions. Mais mes questions se sont dissoutes quand, prenant appui de part et d’autre de mon corps, elle s’est mise à se faire monter et descendre sur moi. C’était bon de sentir son sexe me frotter ainsi. Il y avait quelque chose en elle, une expertise, une habileté que j’ai pensé ne pas pouvoir retrouver ailleurs, et effectivement je ne l’ai jamais retrouvée.

Si je prenais du plaisir à sentir que son sexe me gainait et me caressait, elle semblait elle aussi être en plein Nirvana. Pas seulement parce qu’on faisait l’amour. On aurait dit qu’elle était sevrée depuis longtemps et qu’elle retrouvait quelque chose qu’elle n’avait pas connu pendant une longue période, et qui lui avait vraiment manqué.

Quand elle s’est soulevée, j’ai pensé qu’elle voulait qu’on change de position. Au lieu de cela, elle a fait sortir ma queue de son ventre, et l’a guidée quelques centimètres plus en arrière.

J’espère que ça ne te choque pas, elle a dit, en faisant reposer mon gland contre les plis de son anus.

Pas vraiment.

Elle s’est laissée descendre, mon gland venant forcer le passage. Il y a eu un moment, très bref, où la pénétration a été freinée, et puis j’ai glissé dans son conduit anal. Elle a poussé un long râle, une expression extatique sur le visage. Apparemment, elle aimait par là, plus que par la chatte, même si sa main tournait frénétiquement sur son clitoris pendant qu’elle se faisait monter et descendre.

Ça n’a été que le début. J’ai compris qu’il fallait que je me retienne de jouir pour profiter au maximum de ce moment, et qu’à cette condition, nous pouvions passer une soirée inoubliable.

Ce qui a été le cas. Cela faisait longtemps que je n’avais pas fait l’amour ainsi, avec ce naturel, cette fluidité, cette intensité. On a réellement joué avec l’autre, avec son corps, avec un plaisir constant, et des orgasmes qui ont ponctué cette soirée.

Les meilleures choses ont une fin. Je me suis endormi, et réveillé au milieu de la nuit. Elle n’était plus près de moi. Je me suis redressé, j’ai fait un tour de la maison, pour me rendre compte qu’elle avait disparu. Elle avait pourtant laissé derrière elle un élément, son manteau. Par curiosité, j’ai glissé les mains dans les poches, sans y trouver autre chose qu’une photo. C’était une photo Polaroid, une de ces photos qu’on prenait autrefois, qui sortait immédiatement et qu’il fallait laisser sécher. On voyait, à sa texture, aux couleurs, et à ce qu’elle avait capturé que la photo avait été prise il y avait très longtemps de cela. J’aurais dit dans les années 60 ou 70. On y apercevait une 4L, certainement celle que nous avions restaurée David et moi, et devant deux jeunes femmes. Elles étaient toutes jeunes. Une belle brune et une belle blonde. La belle blonde, c’était la fille avec qui je venais de faire l’amour.

J’ai mis le manteau de côté, laissant la photo dedans. Tout cela était bien mystérieux. Trop de choses m’échappaient.

Je n’ai plus pensé à tout cela. Le lendemain, on a revérifié la voiture, et fait quelques essais sur route. On devait sous peu partir à 300 kilomètres d’ici pour la faire vérifier. Deux jours après avoir été examinée, elle était validée par les mécaniciens, et trois jours plus tard, encore, on traversait la Méditerranée pour arriver au Maroc.

C’est deux mois plus tard que, en vacances pour trois jours chez mes parents, j’ai fait un saut chez le voisin. On se connaissait depuis longtemps. Il était morose depuis qu’il avait perdu son épouse trois ans auparavant. On a pris le café ensemble, meilleur chez lui parce qu’il y rajoutait toujours une eau-de-vie maison.

J’avais avec moi, mise dans une pochette plastique protectrice, la photo Polaroid. Cela faisait trois mois que je pensais à elle, en sachant que je ne la reverrais jamais. Je regardais souvent la photo. Dessus, elle était gaie, comme son amie.

Je l’ai sortie et poussée vers lui. J’ai compris à son regard qu’il en savait bien plus que moi.

C’est deux ans après que j’aie acheté la 4L que je l’ai vue pour la première fois. Elle tournait autour du véhicule. Je n’ai pas compris immédiatement ce qu’elle était. Je pensais qu’elle était une intruse, mais surtout qu’elle était bien vivante. Elle m’est apparue plusieurs fois, surgissant et disparaissant comme ça… D’un claquement de doigts. Une magnifique jeune femme… On parlait mécanique… Et puis un jour, elle a cessé d’apparaître.

J’avais acheté le véhicule à un garage. J’ai été trouver le directeur et je lui ai posé des questions. Il n’a pas voulu répondre au début, puis il m’a craché la vérité. La 4L était associée à une histoire tragique. C’étaient deux amies, deux employées de bureau qui l’avaient acheté en commun. Elles étaient toutes jeunes. Elles allaient se balader ensemble, ou bien elles la prenaient l’une ou l’autre.

Il y avait à l’époque un homme que l’on surnommait Le Tueur de L… C’était un militaire qui profitait de ses moments de loisir pour errer dans la forêt autour du camp où il était stationné. Il s’attaquait à des jeunes femmes, les violait, les tuait, et les enterrait.

La jeune femme blonde sur la photo passait par là, elle avait décidé de pique-niquer seule… Encore que… Si elle avait été accompagnée, la personne en sa compagnie aurait sans doute subi un destin semblable.

Il a confessé plus de 25 meurtres, mais on n’a jamais retrouvé tous les corps… Il se trouve qu’il s’en est pris un jour à une jeune femme qui était policière, et qui s’est vigoureusement défendue. Les policiers ont fait le lien avec la série de disparitions, et il a bien vite avoué, plutôt fier. Le procès n’a jamais eu lieu, il s’est pendu dans sa cellule.

Je n’ai jamais cru aux fantômes. Il paraît que ce sont des âmes qui ne sont pas en paix, et qui attendent un moment libératoire pour partir, il a conclu.

Je me suis demandé si faire l’amour en était un.

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