TÉLÉPATHIE SEXUELLE

 

Encore aujourd’hui je me demande si ce qui m’est arrivé est vraiment réel. Parfois, j’aimerais que ce ne soit pas le cas. Pourtant, c’est que ce que je vais vous raconter, beaucoup d’hommes, moi y compris, et probablement beaucoup de femmes ne refuseraient pas de le vivre. À une condition.

Tout a débuté lorsque je me suis réveillé dans une chambre d’hôpital. En fait, je ne savais pas vraiment où j’étais. Mais j’ai rapidement reconnu l‘environnement malgré le mal de tête qui s’obstinait à m’empêcher de penser à autre chose qu’à stopper le marteau-pilon qui faisait des heures sup’ sous mon crâne. Je n’ai pas pu rester éveillé longtemps, la douleur était trop forte, je me suis évanoui.

Quand je suis revenu à moi, la douleur était toujours présente, mais supportable. Un homme était penché au-dessus de moi.

— Votre tension est stable, 13-8, c’est bien. Restez éveillé, on vous apporte vos médicaments.

J’ai senti mon crâne enturbanné, mon corps douloureux comme sorti d’un compresseur. Je n’ai pas essayé de bouger ni de me souvenir de ce qui pouvait m’avoir amené dans ce lit. J’ai attendu.

Une infirmière m’a amené des cachets et un verre d’eau. Je les ai avalés. Des pensées étranges flottaient dans mon esprit. Je n’ai pas cherché à comprendre. Rideau. Sommeil.

Je ne sais plus combien de fois ce cycle s’est répété.

Régulièrement, une doctoresse venait me poser des questions auxquelles je ne pouvais répondre. Je ne comprenais rien, mais j’ai retenu que son domaine de compétences se situait dans les neurosciences.
Puis je me suis rebranché physique, pas à la science. Dès que mes paramètres de santé ont retrouvé des courbes acceptables, mes yeux ont retrouvé les courbes des infirmières. J’allais donc un peu mieux.

Peu à peu j’ai retrouvé des bribes de mémoire. J’ai pu enfin répondre aux questions de la doctoresse. Mon nom, mon âge, mon adresse, tout mon état civil, mais je ne me souvenais pas du pourquoi de ma présence dans cet hôpital. Elle m’a appris que j’avais eu un accident qui avait salement touché mon cerveau, mais que par chance je pourrais certainement retrouver l’essentiel de ses fonctions. J’avais subi de nombreuses interventions chirurgicales.

Effectivement, je me sentais bizarre parfois comme si deux personnalités, ou même plusieurs personnalités aux contours diffus occupaient mon esprit. La neurologue m’a expliqué qu’il me faudrait un peu de temps pour que tout se remette en ordre. Des séances de psychothérapie me seraient nécessaires, car les médicaments que je prenais et les opérations que j’avais subies devaient faire l’objet d’un suivi régulier.

J’ai constaté que ce phénomène s’atténuait lorsque j’étais seul et se manifestait lorsque les infirmières ou la neurologue me rendaient visite. Et il allait en s’amplifiant.

À ma sortie de l’hôpital, un ami est venu me chercher et m’a ramené chez moi. Comme l’accident avait détruit ma voiture, ce dont je n’avais aucun souvenir, il m’a proposé de passer me chercher chaque matin à mon appartement pour m’amener au boulot lorsque viendrait le temps de retravailler. Il me restait encore plus de deux semaines d’arrêt de travail, je l’ai remercié en disant que je testerais le métro. Si je n’arrivais pas à me faire à cet environnement alors j’accepterais volontiers son offre. J’avais ces fameuses séances de psychothérapie à suivre avec les déplacements qu’elles impliquaient.

Pour l’instant je devais me remettre dans le rythme de la vie active et en premier lieu, je devais remplir mon frigo. Je suis descendu à la supérette du coin remplir un panier avec quelques trucs essentiels à la survie d’un célibataire en milieu urbain. Comme des bières. J’échangeais quelques mots avec la caissière à propos de mon accident quand des images inattendues se sont superposées à celles que je voyais de la caissière. Des loubards, trois, entraient dans le magasin et se faisaient remettre la caisse par cette même caissière. Puis comme ils trouvaient qu’elle traînait trop, lui arrachaient ses vêtements, la mettaient nue et la pénétraient à trois dans chaque orifice disponible en menaçant les clients présents de leurs armes. La scène était quasiment impossible, irréelle. La caissière ne faisait aucun mouvement de défense. Elle recevait leur foutre avec beaucoup de plaisir, les images étaient muettes, mais son visage ne trahissait aucun dégoût plutôt de la satisfaction. Enfin, les malfrats l’emmenaient en otage avec eux, complètement nue, la traînant comme un vulgaire paquet sans qu’elle se débatte ou semble protester. Elle paraissait même ravie d’être traitée de la sorte, otage de trois mâles vigoureux. D’impossible la scène devenait surréaliste. J’étais perturbé, je ne comprenais pas ce qui m’arrivait.

J’ai réglé la facture et je suis sorti rapidement du magasin. Avais-je eu la prémonition d’une attaque de la supérette ? Dans ce cas, pourquoi la caissière de cette vision n’avait-elle pas protesté ou crié, pleuré, gémi ?

Dans la rue, des images parasites, mais de faibles intensités venaient parfois brouiller ma vue. De manière étrange, elles avaient toutes une connotation sexuelle. Je suis assez porté sur le sexe, mais pas au point de dériver sur le sujet à tout bout de champ et d’en rêver éveillé en pleine rue. Pas de manière aussi désordonnée en tout cas.

Je m’arrêtai à la boulangerie en bas de chez moi. Il n’était pas loin de douze heures trente, l’heure de la fermeture. Deux clients étaient devant moi. Je commençai à être perturbé par des images parasites, de la même manière que je l’avais été à la supérette. Exactement comme lorsque l’émission d’un émetteur plus puissant vient se superposer à celle d’une première station émettrice et que les deux signaux se mélangent. Une femme au corps rondelet, mais agréablement équilibré, prenait le sexe d’un homme entre ses seins puis le suçait avidement. Les traits des visages de l’homme et de la femme étaient mal définis. Les images étaient floues et fugaces, mais revenaient avec insistance. Lorsqu’il n’y eut plus qu’un client devant moi, la scène se précisa. Le visage de la femme était celui de la vendeuse de la boulangerie, une nouvelle embauchée apparemment. Celui de l’homme restait indéfini. L’homme payait une baguette avec un gros billet en disant qu’il n’avait pas d’autre argent que ce billet. La vendeuse répondait qu’elle était désolée, mais qu’elle n’avait pas de monnaie. Je ne comprenais pas comment cela se produisait, mais elle lui proposait de rendre la monnaie en nature. Elle ouvrit soudain sa blouse et sortit deux belles loches, engloutit la queue du client, qui se branla dans la vallée profonde avant d’être aspirée goulûment par la bouche de la femme pour finir par éjaculer sur sa poitrine. Sur quoi elle referma les pans de sa blouse sans plus de cérémonie pour masquer l’évidente traînée blanche.

J’avais l’impression que la scène venait de se dérouler sous mes yeux lorsque j’ai entendu :

— Et pour monsieur qu’est-ce que ce sera ?

J’ai répondu machinalement :

— Une baguette, je vous prie.

Une idée soudaine m’a traversé l’esprit. J’ai sorti un billet de vingt euros et l’ai tendu à la fille.

— Je suis désolé, je n’ai rien d’autre. Je viens juste de sortir de l’hôpital comme vous le voyez à mon pansement et je n’ai pas eu trop de temps pour tirer de l’argent et réactiver ma carte bleue.

Je racontais vraiment n’importe quoi, mais pour mon objectif cela n’avait pas d’importance, et sur le coup je m’en moquais.

— C’est gênant car je n’ai plus de monnaie en caisse ; j’ai tout épuisé, a répondu la vendeuse.

J’ai décidé de me lancer en étant suffisamment ambigu pour me ménager une porte de sortie vers quelque chose de plus « boulanger ou pâtissier » au cas où je ferais fausse route.

— Rendez-moi la monnaie en nature, ai-je dit en la regardant droit dans les yeux puis en m’essayant à un sourire un peu sexué.

Un sourire un peu sexué est un sourire accompagné d’un mouvement de la tête vers une partie explicite du corps, et même explicitement sexuelle. Je sais que ce n’est pas malin comme expression, mais sur le moment ça me paraissait bien. Je sortais de l’hosto, je n’avais pas eu de relation avec une nana depuis, tiens je ne m’en souvenais plus. De plus je n’étais pas moche, même affublé d’une tête de fakir hindou tentant de dissimuler un troisième œil ; en tout cas, j’étais assez bien pour me taper la boulangère avec la baguette et sa monnaie sur les coups de douze heures trente. Criez pas les féministes ! Je n’ai jamais dit que je n’étais pas un peu macho sous les bords du turban. Mais au milieu, il y a un cœur tendre et câlin, vous verrez.

— Je ne sais pas, minauda la rondelette. Le patron m’a dit que toutes les pâtisseries sont réservées.

— Il y a sûrement une manière de rendre cette monnaie, que vous avez en tête et qui n’appartient qu’à vous. C’est le moment de franchir le pas !

Si je ne me trompais pas, elle franchirait ce fameux pas. Cela ne dépendait plus que de la force de son fantasme érotique.

Les images étaient vraiment fortes, à tel point que j’aurais pu les confondre avec la réalité si je n’avais pensé que ce que je percevais était une partie de l’intimité de la fille.

— Est-ce que ceci pourrait faire l’appoint, dit la fille ouvrant sa blouse.

Son soutien-gorge maintenait deux seins blancs et lourds. Je passais de l’autre côté du comptoir tandis que la fille dégrafait le soutien-gorge et se mettait à genoux. Elle dézippa ma braguette.

Dans les images qui se superposaient, l’homme avait maintenant mon visage. Il n’y avait plus guère de différences entre mes deux visions.

Je mangeais rapidement pour pouvoir réfléchir à ce qui venait de se passer et aux conséquences qui en découlaient. Allongé sur mon lit, je repassais tous les événements et tous semblaient indiquer que je captais certaines pensées intimes, évocations sexuelles ou fantasmes érotiques des femmes, mais pas celles des hommes, que la puissance de cette « vision » semblait liée à ma proximité physique avec la femme et à la profondeur à laquelle résidait ce fantasme dans l’esprit de la femme, si j’en jugeais par mes expériences récentes à la supérette, à la boulangerie et dans la rue. Il me restait à savoir quel impact pouvait avoir la présence de plusieurs femmes dans mon environnement immédiat. Je décidai de prendre le métro pour tester l’hypothèse de la proximité des sources multiples.

Attendre sur le quai a été une véritable épreuve. Imaginez le bruit, le brouhaha des conversations, ajoutez une confusion identique pour la vision, des images qui se mélangent, j’allais écrire sans queue ni tête, ce qui est faux, des queues et des têtes il y en avait. Il manquait des visages. Des visages complets car les bouches ne manquaient pas. Je ne sais pas quelle proportion de femmes avoue, officiellement, aimer la fellation, mais en fantasme ou évocation érotique elle est considérable. Les femmes sont les reines des pipes et les hommes des pipes tout court. Je me déplaçais sur le quai pour tenter d’atténuer le nombre et l’intensité des images que je percevais, mais cela me semblait peine perdue. Malgré quelques brèves périodes d’accalmies, sûrement dues à la pauvreté de l’imaginaire ou au peu de goût pour l’érotisme de certaines, en quelques minutes j’eus droit à une collection de bites, grosses, longues, tendues, de seins, fermes, lourds, refaits, étirés, tendus, de vagins, ouverts, offerts, humides, trempés, de clitoris, dressés, pincés, tendus… Je n’en pouvais plus. J’étais aussi tendu que les organes qui se pressaient dans ma tête. Il y avait toujours une femme qui passait près de moi pour les mettre en scène avec une richesse de détails et une variation de thèmes insoupçonnées, générant une suite d’images intimes, plus ou moins érotiques, plus ou moins pornographiques, plus ou moins perverses, avalanches épuisantes pour mon pauvre cerveau. Et surtout pour ma libido, j’étais littéralement en feu. Toutes transportaient leurs fantasmes sexuels à mon libre accès, et de manière de moins en moins brouillée. Je n’étais pas vraiment voyeur. Elles n’étaient pas exhibitionnistes.

J’étais sur une plage naturiste de l’âme érotique féminine.

Ma vie ne comptait plus une seule oie blanche, uniquement des chattes roses.

J’hésitais à monter dans la rame, je redoutais d’être assailli violemment par la multiplicité des images et coincé dans la rame, sans échappatoire. Tôt ou tard je serais confronté au problème, je me suis décidé. J’ai suivi une jeune lesbienne dont la pensée, de prime abord m’excluait, en tant qu’homme je veux dire. Je me trompais, car sa sexualité très masochiste m’a beaucoup troublé lorsque la puissance de son fantasme m’a frappé de plein fouet. Si je peux dire.

Je me suis éloigné d’elle dès que j’ai pu.

Assis au milieu du wagon, j’étais installé dans un gigantesque peep-show où toutes les prestations se mélangeaient. Je ne pouvais pas focaliser mon attention sur une de celles-ci en particulier, elles arrivaient et repartaient de manière erratique sans même que les sources se déplacent dans le wagon. Je supposais que l’intensité changeait dans l’esprit de celle qui en était à l’origine. Il se pouvait même que pour certaines, ce que je percevais reposait dans les tréfonds de leur inconscient et ne remontait à la surface que lorsqu’elles choisissaient de l’évoquer ou que, pour la plupart peut-être, il émergeait simplement stimulé par le hasard et éclatait alors comme une bulle de savon sans que jamais elles ne le sachent. Mais moi, j’avais l’impression de délirer car tout était là, en cacophonie.

Je suis descendu à la troisième station, car les quais des deux stations suivantes étaient bondés. Je me suis assis sur un banc pour récupérer, une seule femme attendait sur le quai d’en face. Son imaginaire, je ne veux plus écrire fantasme, était reposant. Peut-être parce qu’il n’y avait pas d’autre femme et donc pas de parasitage. Je l’écoutais, je ne trouve pas d’autre terme dans son cas. Son imaginaire, celui que je recevais d’elle en tout cas, en faisait une star du X. Elle souhaitait rencontrer plein de beaux mâles et surtout très bien montés. De là où j’étais, je percevais bien mieux son imaginaire érotique que je ne voyais son physique et ce qu’il lui permettait d’espérer comme rencontre masculine.

Je rentrais chez moi à pied. Le métro m’avait épuisé, ma tête commençait à me faire souffrir. Marcher dans la rue ne fut pas une sinécure non plus.

Cette nuit-là nuit n’a pas été simple. J’ai entendu ma voisine. Du point de vue acoustique, les cloisons sont suffisamment épaisses dans la plupart des cas. Cependant sa chambre et la mienne sont contiguës. D’autre part, elle a une jouissance naturellement très… expressive et expansive. De plus, mes nouvelles capacités ajoutant l’image au son… ma voisine me projetait des visions très fortes, très claires et très sonores donc, lorsque son copain et amant était avec elle. Elle me fournit également une nouvelle indication, les femmes naturellement expressives du point de vue oral comme ma voisine, pourraient bien également être très expressives de mon point de vue visuel, c’est-à-dire générer des images très intenses, très détaillées.

Le principal désir érotique de ma voisine était d’arriver à éjaculer, ce que les Anglo-saxons appellent « female squirting ». Elle essayait vainement d’y parvenir avec son copain, sans lui en parler d’ailleurs. J’avais obtenu cette dernière information de manière beaucoup plus standard, traditionnelle. J’avais sonné à sa porte, elle m’avait ouvert. Au même moment son portable avait sonné, elle avait répondu à une copine et m’avait prié d’attendre sur le pas de la porte. Elle m’avait oublié, oubliant également que j’entendais sa conversation, planté que j’étais devant cette porte.

À la fin de l’appel, elle s’était rendu compte que la porte était restée entr’ouverte. Elle s’était soudain souvenue de moi. Elle se doutait que j’avais entendu sa conversation, la rougeur de son visage en témoignait. Je percevais des émanations imagées très fortes et très nettes de sa part et je devais faire un grand effort pour la voir telle qu’elle était dans son appartement et non en telle qu’elle se fantasmait en plein orgasme. J’éprouvais une très forte attirance pour son côté « petite fille » rougissante surprise dans l’envers du décor d’une confidence, pour son côté fortement jouisseur aussi et qui désirait explorer un peu plus les possibilités de cette jouissance. J’ai changé mes plans sur une impulsion. J’ai décidé que je devais partager mon état avec une femme qui pourrait m’aider à maîtriser mes visions et qu’elle serait cette femme. Pourquoi elle alors qu’elle avait un copain ? Aucune idée !

Je lui expliquais que j’avais entendu sa conversation, mais qu’elle n’avait rien à craindre de moi. Que j’étais là à cause de mon opération du cerveau qui me rendait réceptif aux fantasmes érotiques des femmes sans que je ne puisse rien y faire. Que je connaissais les siens. Et que je pourrais peut-être l’aider à les réaliser.

Sa réaction fut celle que je craignais. Pas très bonne. Personne n’a envie d’entendre un étranger vous révéler qu’il connaît tout de votre intimité la plus secrète et que vous n’avez aucun moyen de la lui cacher.

Je lui ai fait remarquer que même sans mon « don » elle m’avait déjà quasiment tout exposé lors de sa conversation téléphonique. Passé le premier moment de surprise et de rebuffade, et au-delà de l’intérêt immédiat pour sa quête éjaculatoire, je crois qu’elle avait une tendance exhibitionniste que mon intrusion satisfaisait. Elle s’est calmée un peu et elle m’a écouté plus attentivement.

Il y a en nous, et encore plus chez quelques femmes, un côté curieux frôlant parfois le voyeurisme, et je crois bien que Marlène, prénom de ma voisine, était également bien dotée de ce point de vue, érotiquement parlant tout du moins.

Je dois faire une pause dans ce récit pour dire que je ne me souviens plus du tout à quoi ressemblait Marlène. Je suis incapable de la décrire. Comme beaucoup d’autres femmes dont j’ai vu les fantasmes. Plus je percevais leur imaginaire érotique, leurs fantasmes, bref plus je voyais leur intimité moins j’accordais d’importance à leur physique, au point de ne plus y faire assez attention pour pouvoir me remémorer à quoi ces femmes ressemblaient. D’une certaine manière, je suis arrivé à ce que les romanciers et romancières à l’eau de rose appellent la beauté intérieure qui transcende le physique. Évidemment ils ou elles ne pensent pas à cette beauté intérieure là, avouez que c’est assez ironique.

Marlène n’était pas donc farouche côté confidences et était avide de connaître les petits secrets de chacune des habitantes de l’immeuble. Elle était aussi très curieuse de savoir ce qui se passait dans ma tête lorsque j’étais en présence d’une femme. Pour qu’elle s’en rende compte, je lui ai décrit les images que j’avais en tête quand j’étais avec elle.

Je ne pouvais pas percevoir son ressenti à mon récit, il aurait fallu qu’elle fantasme là-dessus. Et il m’est difficile d’imaginer ce qu’elle a pu ressentir en m’entendant lui faire la description de son imaginaire sexuel dans les moindres détails. Je n’ai rien omis de lui décrire. Ni les détails physiques des jets de liquide clair sur le sol dans lequel elle se roulait en continuant à se masturber frénétiquement pour en faire jaillir toujours plus, ni, et plus important, ce qu’elle ressentait mentalement, toutes les émotions qui la traversaient et qui contribuaient à faire croître et amplifier ses orgasmes. Qui provoquaient ses décharges électriques la traversant de part en part et générant ses éjaculations. Tout en parlant, je le vivais en direct. J’avais cela sous mes yeux. J’avais une érection formidable. Marlène s’en rendait compte. Mais la véracité des mots que j’employais, comme si je lisais en elle, la remuait profondément. C’est elle qui me disait qu’elle se sentait épluchée. Comme complètement nue et soumise, totalement offerte, comme si elle avait été attachée les membres en croix, impuissante et sans défense. Et cette sensation était magique, jouissive. Elle avait envie. Pur désir. Elle me le disait et je le voyais littéralement, mais avec mes yeux. Fabuleux mélange.

Elle commençait à se déshabiller. Mais pour être en accord avec son imaginaire, je ne pouvais pas avoir de rapport avec elle, pas de suite. Je la laissais aller jusqu’au bout tout en préparant des accessoires que j’avais achetés avec une amie précédente particulièrement joueuse.

Je ne pus résister au plaisir de la goûter. Ses lèvres, légèrement toisonnées et déjà bien humides, étaient musquées. J’enfournais ma langue dans ses replis intimes cherchant le bouton. Il était depuis longtemps en position ON, durci par mes préliminaires verbaux. Je testais sa résistance à l’agacerie, puis l’interrogeais sur ses aspirations. Il restait ferme sur ses positions tandis que ses petites lèvres amies bavaient d’envie. J’usais de ces humeurs fraîchement recueillies pour enduire la porte arrière dont les gonds ne devaient pas grincer lorsqu’elle serait forcée. J’en profitais pour introduire un auxiliaire en latex de taille convenable qui ne la fit pas prier, tout juste gémir puis soupirer. L’avantage de lire l’esprit de la dame était que je ne pouvais guère me tromper, maintenant que cet esprit était occupé à transformer en émotions les sensations que le corps lui transmettait, elle fantasmait, elle érotisait son ressenti. J’emmanchais un autre dieu païen, d’une taille bien plus qu’admirable, aussi bien en épaisseur qu’en longueur, dans l’orifice que peu de temps encore je léchais avec application. Enfin, l’engodage n’aurait pas été complet sans la présence d’une baguette magique pour transformer la princesse en une effroyable sorcière prête à déchaîner tous les démons de ses enfers orgasmiques. J’activais le mode vibratoire médium, je trouvais le niveau devin divin dans ce cas, et l’appliquais sur cette petite bite que les femmes cachent entre leurs lèvres. La réaction ne se fit pas attendre, la gueuse se tendit, s’arc-bouta, à deux mains saisit la main qui tenait ce secoueur de bouton charnel. Elle pressa ma main plus fort sur son corps. Comprenant le message, d’office je mis en branle les deux autres invités des orifices. Ils vibrèrent de concert dans cul et chatte comme larrons en foire. À l’étage supérieur au même instant un cri de plaisir, promptement suivi de flopées, s’échappa d’une bouche figée de surprise. Il était temps de franchir les limites de la sagesse. J’accélérai la vibration magique malgré les deux mains m’enserrant le poignet, tout en gardant à l’engin une réserve de puissance tandis que de la main libre je poussais les jumeaux olympiens disparates gode-cul et gode-chatte à approfondir leur exploration des profondeurs et à bien se câliner contre la fine paroi les distinguant. J’encourageais la gourgandine en tirant sur les pointes de ses mamelons et lui assénant quelques mots particulièrement salaces qui n’étaient que l’écho de ceux qui frayaient dans son esprit. Ils tournaient tant et si bien que nous psalmodiâmes en chœur salope, chienne, putain, traînée et j’en passe qu’une honnête femme ne devrait jamais prononcer (non, je rigole bien sûr, c’était un autre temps… dont les fantômes nous hantent à nouveau) .

Ce qui devait arriva, et ça tombait bien puisque c’était le but. Marlène éjacula. Elle éjecta plusieurs traits d’un liquide translucide. J’augmentai d’abord la vitesse du branleur de clitoris au maximum tandis qu’elle se tordait les seins à se les arracher. Elle expurgea une nouvelle dose. Puis elle écarta la main qui tenait la baguette magique et se mit à se branler plus que vigoureusement le clitoris. J’avais retiré le godemichet de sa vulve pour lui permettre d’y introduire sa main. Elle ne se ménageait pas, autant la pression sur le clitoris que les va-et-vient dans sa chatte étaient d’une intensité rien de moins que violente. À moment donné, je l’entendis dire « le cul, le cul », je supposai qu’elle voulait que j’en retire le godemichet. Je commençai à extraire l’engin lorsque de sa main libre, elle me fit faire le mouvement inverse. Je lui branlais donc le cul avec force. Enfin, elle lâcha un grognement guttural, prolongé, très masculin, mâle et viril même. Elle écarta les cuisses largement et éjacula à nouveau bien plus abondamment que les fois précédentes tout en expulsant de longs grognements semblant sortir de ses tripes tandis que sa tête valdinguait de droite et de gauche. Enfin, son éjaculation cessa, ses jambes largement ouvertes qui formaient des accents circonflexes se décontractèrent et reposèrent sur le sol. Elle se caressa la poitrine, elle semblait complètement vidée de toute force. Elle se mit à pisser sous elle « désolée, je ne peux pas me retenir et je ne veux pas me lever ». Sa vessie était très pleine.

Elle resta ainsi un très long moment. Puis elle se roula dans ce liquide mélange de son urine et de son éjaculation, comme une minette pleine miaulant « hum que c’est bon, que c’est bon ». Quand elle en fut bien couverte, elle me demanda de la baiser.

— Sauvagement, je veux que ce soit sauvage, dit-elle

— Pas besoin de me le dire, lui répondis-je. Je sais… c’est l’inconvénient…ou ton avantage.

— J’ai oublié que tu voyais dans mon esprit tous mes désirs et tous mes fantasmes sexuels.

— Je ne vois pas tout apparemment, tout à l’heure je n’ai pas vu que tu voulais que je te branle avec le gode que tu avais dans le cul…

— Tu ne pouvais pas le voir, je crois que je ne savais pas ce que je voulais moi-même, dit-elle en souriant.

Je m’allongeai sur elle qui reposait dans cette mixture, heureux de m’y vautrer non avec elle mais en elle. Je n’étais pas dégoûté, car je voyais dans son esprit le plaisir intense qu’elle prenait à cet accouplement. Tout était clairement affiché, car tout était à la surface de son esprit. Cette image d’une clarté et d’une force incroyables, ce plaisir me faisait bander avec la même puissance. Je vis qu’elle avait envie que je goûte cette nouvelle Marlène. Je léchai son cou et remontai jusqu’à son oreille. Ses cheveux étaient collés par la transpiration, l’urine et cet éjaculat que je baptisais ainsi, ne connaissant pas son nom, comme on baptise une terre nouvellement découverte. Sans l’image dans son esprit, je ne sais pas ce que j’aurais ressenti : dégoût ? Plaisir ? Rien ? Est-ce que je l’aurais fait ? Mais en la léchant, je voyais et ressentais son plaisir directement dans sa tête. Je continuai pour lui donner ce plaisir et, l’accroissant sans cesse, en profiter encore plus.

En la pénétrant puis la défonçant sans égards comme elle l’espérait, j’eus l’impression d’être au milieu de ces miroirs qui se font face et se renvoient votre image à l’infini. Ce n’était pas narcissique, car il ne s’agissait pas de mon image, mais de notre jouissance qui se reflétait dans ces miroirs en cascade. J’étais le seul à voir mais à ce moment-là nous étions deux à en profiter. Pour la première et seule fois peut-être, mes visions m’avaient amené bien au-delà de l’orgasme commun.

Les jours qui suivirent n’apportèrent pas d’amélioration à mon état. J’évitais les lieux très fréquentés, puis assez fréquentés et enfin peu fréquentés. Je me réfugiais dans les lieux les plus déserts et les moins sexuels auxquels je pouvais penser. D’abord, je pensais que les jardins d’enfants aux heures creuses seraient un bon endroit, une jeune mère aurait plutôt tendance à penser à son enfant ce qui devrait beaucoup gommer la puissance du fantasme érotique. Grave erreur. D’abord, les fantasmes sont peut-être un peu plus enfouis, ce qui reste à démontrer, mais ils rôdent toujours. Ensuite, il y a les nounous qui ne sont pas les mères qui viennent d’accoucher. Pour elles, il s’agit de surveiller l’enfant d’une autre, pour le reste c’est open-bar à profusion, et donc mon principe ne tenait pas. Je dus fuir.

J’essayais les églises. Au moins là, hors cérémonies, il y avait peu de monde. J’y trouvais un calme relatif. Les femmes qui fréquentent les églises sont souvent âgées. Mais je dus conclure que la sexualité, les pensées qui lui sont liées pour le moins, ne s’éteint pas avec l’âge, elle reste présente à des degrés divers et sous diverses formes. Cette constatation me procura un certain réconfort si ce n’est que je n’y trouvais pas le refuge ultime que j’espérais. Néanmoins, ces lieux de culte pouvaient être un refuge en cas d’urgence. Sauf les jours de cérémonie. Les jours de mariage pouvant s’avérer être un véritable enfer brûlant, je vous jure.

Je devenais de plus en plus sensible.

J’arrivais à discriminer la source d’émission entre plusieurs femmes dans une foule. Ceci grâce à l’aide de Marlène qui me servait de référence. L’inconvénient est que ces séances ne pouvaient pas durer très longtemps, mes maux de tête, en grimpant très vite en flèche, l’empêchaient. À sa demande, et je lui devais bien ça, j’aidais Marlène à avoir une expérience homosexuelle. Elle me décrivit exactement ce que la fille devait pouvoir faire et aimer, et je devais la trouver. Je ne pouvais dire si la fille était sympa, j’aurais pu éventuellement le déduire en passant du temps avec elle, mais ce temps je ne l’avais pas. En revanche, je pouvais dire assez rapidement si les fantaisies érotiques de la fille correspondaient à ce que Marlène cherchait. Pour une expérience, c’était suffisant. Marlène ne voulait pas d’une fille à caractère fort pour ne pas avoir de conflits d’ego, voulait une fille assez exhibitionniste pour ne pas avoir à espérer qu’elle oserait, une fille assez perverse pour ne pas avoir à la convaincre de faire des jeux osés. Marlène m’accompagnait pour pouvoir aborder la fille lorsque je la détecterais. Elle me servait de sécurité, car je risquais facilement le malaise en dépassant mes capacités de résistance. Nous finîmes par trouver la fille correspondant à son profil. Je détectais Camille dans le métro, c’était le meilleur endroit pour cela et, hélas le plus fatigant pour moi. Camille était petite et fluette, des yeux bleus derrière des lunettes cerclées métal, des cheveux blonds, coupés à la garçonne. Je me souviens de quelques détails d’elle, peut-être parce que je la cherchais et que c’est la dernière fille dont j’ai perçu les fantasmes volontairement. Elle aimait les femmes sans que je détecte une homosexualité militante chez elle. Son fantasme érotique était d’être montrée nue dans un lieu public par la personne qui prendrait les décisions pour elle et qui lui donnerait des ordres humiliants. Ce n’était qu’un fantasme, semblait-il sans claire volonté de passer à l’acte. Je désignais Camille à Marlène qui l’aborda.

Je ressortis laminé de cette quête. Je me réfugiais dans mon appartement, mais la présence dans l’appartement mitoyen de Camille avec Marlène générait de puissantes images dont je recevais les moindres détails. Et tous les cris. Dans une période moins perturbée, j’aurais facilement géré cet afflux. Mais elles étaient très puissantes, je dois le dire très « chaudes » et j’étais très épuisé, au bord de la rupture.

Je sautais ma séance de psychothérapie pour prendre rendez-vous avec ma doctoresse neuropsychologue. Elle me reçut de suite.

J’étais décidé à lui exposer mon cas en détail, espérant une solution miracle sans trop y croire.

Elle savait que j’avais quelque chose à l’intérieur du crâne puisque c’est elle qui l’y avait mis. Mais elle n’a jamais voulu croire que je voyais tous les fantasmes érotiques des femmes qui m’entouraient jusqu’à ce que je lui dévoile les siens. J’ai reçu une baffe et l’ordre de me taire. Les femmes sont bizarres parfois : je me suis tu, mais cela ne m’empêchait en rien de continuer à voir et à lui demander de m’aider à ne plus le faire. Mais au moins elle m’a cru. Il y a des détails qui ne peuvent s’inventer et ne peuvent être connus que si on n’a couché. Et on n’avait pas couché.

Et là, je vous vois venir cher lecteur.

Certains pensent qu’elle l’a opéré et lui a retiré le machin du crâne et hop, finies les visions. Eh bien non, inopérable le gazier !

Bon, j’en vois d’autres qui se disent que la doctoresse a trouvé le truc, le traitement neuro-érotico-porno adéquat. Et ils ont vécu de baise intense et d’eau fraîche. Et hop plus de visions ! Ben non plus, j’aurais bien aimé mélanger mes humeurs et mes sécrétions avec celles de la neuropsychologue, mais à bien voir ses fantasmes je n’en faisais pas partie.

Restaient les médocs, sans garantie, probablement sans effet autre qu’un abrutissement à vie.

Oui, mais j’en vois au moins un ou plutôt une, les filles sont souvent très malignes question sexe, d’entre vous qui a trouvé : je me suis tiré dans un monastère. Que des moines, c’est dire si je n’en pouvais plus. Le silence à tous points de vue, un silence qui a assourdi mes oreilles et mes visions. Un sevrage tellement intense et brutal que j’ai failli en crever. La privation et le manque de foufounes en folie ont été si durs à supporter que je me suis mis à écrire cette nouvelle pour apaiser ma libido déjantée. Au moins un peu. Un tout petit peu.
Mais ce machin dans ma tronche est comme les racines d’un roseau en manque d’eau. Les racines, elles la cherchent cette eau.

Ouais ce truc, il sniffe la moule, il hume la marée. Et il grandit, et il s’étend, et il progresse.

Il cherche.
À une dizaine de kilomètres de là, il y a un lycée privé pour jeunes filles adolescentes, le Lycée Sainte-Odile de Bellevue ou quelque chose comme ça.

Et je commence à voir les fantasmes pervers qui hantent les petites culottes blanches tachées de ces sales gamines vicieuses.
Bon sang, je ne vais pas m’en sortir, virez-moi ce truc de ma tête ! S’il vous plaît !

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