Osez 20 histoires d’obsessions sexuelles

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COLLECTIF

La MusardineOsez 20 histoires


fétichisme


256 pages


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Résumé

Un livre par des obsédés, pour des obsédés…

Le recueil que vous tenez entre les mains s’’est donné pour mission d’’illustrer, en 20 nouvelles, un des thèmes récurrents, et peut-être le plus important, de la littérature érotique : l’’obsession sexuelle. Sous toutes ses formes. Obsession pour un fantasme, une pratique, un scénario, obsession pour une personne follement désirée, obsession pour le sexe en lui-même, obsession physique, ou mentale, ou les deux, obsession qui nous empêche de réfléchir, de travailler, obsession qui nous réveille la nuit, obsession qui nous consume, bref : 20 histoires fiévreuses, passionnées, tourmentées, où l’’obsession suinte de chaque mot !

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AMOUR NICOTINE – Héloïse Lesage

— Kikou lol !

— Bonsoir Jean-Luc.

Cela faisait déjà une semaine que nous avions commencé à discuter, Jean-Luc et moi, et pourtant je n’arrivais toujours pas à m’y faire. J’étais « jeune », j’étais censée parler le « kikou lol » couramment. Un jour, j’eus le droit à :

— Écoute, ma belle, tu sais, moi, je suis un vieux loup solitaire, il ne faut pas que tu t’accroches à moi ou tu risques de te faire du mal.

Des conversations surréalistes qui me donnaient l’impression d’être une voiture de sport et qu’il n’avait pas le permis de conduire. Peut-être était-il perturbé par notre écart d’âge. J’avais déniché J.-L. sur AdopteUnMec (« 45 ans, Paris 18e, #barbu #cradleoffilth #graphiste #guitare #quandharryrencontresally »). Il répondait à beaucoup de critères, notamment physiques. Cheveux mi-longs, clope au bec, sourire en coin. J’allais me le faire. Tout ce que je désirais, c’était retrouver quelques parcelles égarées d’Alex en lui, notamment dans la nicotine : j’étais en manque de ses baisers goût cigarette.

Avant Alex, ma vie sentimentale se trouvait au ras de l’axe des abscisses. Une courbe plate vaguement prolongée par des histoires de fesses peu enthousiasmantes dans lesquelles je m’embringuais car tout le monde me répétait que le cul était important. Avant Alex, le sexe ne m’intéressait pas, ou peu. Certes j’avais des orgasmes, mais ils semblaient se déclencher de manière automatique. Avant Alex, j’étais fade. Je ne me sentais pas belle. Je n’aimais pas montrer mon corps, encore moins le partager. Avant Alex, j’avais un type d’homme bien précis. Les blonds, les petits, les gros, les chauves n’avaient aucune chance avec moi. J’étais aussi sévère avec eux que je l’étais avec moi.

Malgré sa réticence, je réussis à convaincre Jean-Luc de convenir d’un rendez-vous en lui envoyant une photo de mes fesses rondes et généreuses. Il m’invita très vite chez lui. La drôle de surprise à laquelle je n’étais pas préparée était que le métalleux avait un accent chti. Cela pourrait paraître rebutant, sauf qu’Alex, qui a passé la moitié de sa vie à Berck-sur-Mer et ses environs, avait le même accent. Je n’avais qu’à fermer les yeux et je me retrouvais sur la côte d’Opale avec le fantôme de mon amoureux. Après quelques verres, je me jetai sur Jean-Luc pour goûter sa bouche au délicieux goût de tabac. Ses tendres baisers contrastaient avec la musique brutale qu’il avait mise, un Nine Inches Nails qu’Alex m’avait recommandé. Jean-Luc finit par se lever pour me proposer de continuer dans sa chambre. En voyant ses bandanas traîner, j’eus une idée :

— Tu sais ce que j’aimerais ? J’aimerais que tu me bandes les yeux.

Il sourit, et sans un mot, me priva de ma vue avec un bout de tissu. Jean-Luc disparu de mon champ de vision, Alex prit alors le contrôle de tout. Il commença à farfouiller dans mon soutien-gorge pour faire sortir mes seins par mon décolleté. Il me les lécha, me les téta. Ses mains se glissèrent sous ma jupe, il baissa mon collant et ma culotte. D’un doigt, il vérifia rapidement mon degré d’excitation : ma chatte était déjà trempée. Il m’embrassa de nouveau. Moi, je lui léchais ses lèvres et sa langue, j’étais morte de faim. Alex coinça mes bras dans le dos, pour me faire comprendre qu’il allait me contraindre à ses pulsions.

— Vas-y, consentis-je.

J’entendis un bruit métallique et sentis autour de mes poignets une matière douce, du cuir peut-être. Je me retrouvai menottée. Il me guida sur son lit où je m’y agenouillai, les fesses posées sur mes talons. J’entendis sa fermeture Éclair se baisser, ainsi qu’un bruit de boucle de ceinture. Je sentis sa peau douce me caresser la joue. Trop gros pour être son pouce, trop tubulaire pour être sa main. C’était sa queue. J’en eus la confirmation quand ma langue, curieuse, sortit et rencontra son gland qui s’insinua dans ma bouche, pour en ressortir aussitôt et me caresser mon nez et mes lèvres. Alex agrippa mes cheveux et s’enfonça. Elle était douce, dure. Il faisait aller et venir son membre délicieux de plus en plus profondément, me soulevant par moments le cœur, m’arrachant, je le sentais, de longs filets de bave qu’il essuyait sur mon visage. J’aurais pu passer des heures à le pomper tellement sa queue était bonne. Mais Alex s’écarta. Il revint aussitôt et me fit basculer en avant. Je me retrouvai la croupe à l’air, les seins et la tête enfoncés dans le matelas. Mon cœur battait à mille à l’heure, j’étais comme un lapin pris dans un piège, mais je ne voulais pas me débattre. Alex s’éloigna de nouveau et sembla tirer un tiroir de commode. La secousse de sa couche m’indiqua qu’il se posait derrière moi. Dans cette position, Alex pouvait disposer de ma chatte et de mon trou du cul. Je ne savais pas ce qu’il voulait. J’imaginais qu’il me regardait couler. Par réflexe, je contractai mon périnée, faisant ouvrir et refermer mes orifices sous son nez. Mes trous l’appelaient tout entier, j’aurais pu l’avaler par n’importe lequel d’entre eux tellement j’étais excitée. Mais Alex continua le supplice de l’attente. Il cracha sur sa main et tartina généreusement de sa salive mon clito, mes lèvres, mon anus. Soudain, je sentis une pression froide autour de mon tout petit trou. Comme il semblait obstiné à vouloir s’y installer, je me cambrai et poussai. En un rien de temps, un objet de calibre modeste s’enfonça dans mon anus, m’arrachant un petit cri. Alex empoigna le gras de mes fesses et enfonça d’une traite sa grosse bite qui buta contre mon col utérin. Au rythme de la musique assourdissante, il me martelait avec son organe puissant. Comme j’aimais ça… C’était si fort et intense que le bout de tissu qui me cachait les yeux glissa sur mon nez. Alex se servit du textile égaré comme d’un mors de fortune. Je devins sa jument. Sensation unique d’être comblée de partout… Les yeux fermés, je nous imaginais nous regarder, Alex et moi, emboîtés. Cette image, c’était trop pour moi… je jouis bruyamment. Alex jouit à son tour. Après avoir récupéré mon souffle, je me retournai vers mon partenaire : Jean-Luc retirait sa capote souillée. Je réalisai que je n’avais même pas pensé à me protéger d’un inconnu. Je réalisai que ce n’était pas Alex. Je réalisai à quel point j’avais été aveuglée par mon obsession. Alex. Je fondis en larmes. J.-L., tout penaud, ne savait pas comment me consoler.

— Je t’ai fait mal ? Attends, je vais te détacher. Je vais te chercher un verre d’eau. Tu veux qu’on se fasse un petit film sympa ? me fit-il avec son accent chti qui, soudain, me flanqua la gerbe.

Jean-Luc fut le premier d’une longue série. J’appris de mes erreurs de cette première relation post-Alex. Toujours de dos. Toujours avoir des capotes sur moi. Même si Alexandre était devenu un parfait salaud, il continuait à m’obséder. Jour et nuit. J’en devins insomniaque. Alex avait ouvert mon appétit sexuel, et malgré mon chagrin, il fallait que j’assouvisse ma soif de foutre. C’est ainsi que je partis en quête d’un ersatz de sa personne, en continuant à espérer qu’un jour il referait surface dans ma vie. Il fallait que je retrouve un peu de lui dans chacun des amants. Alors qu’intérieurement ma confiance en moi était brisée, je me donnais l’ordre de dominer les sentiments de mes prochaines conquêtes. Je ne devais plus retomber dans le piège de l’amour et de la souffrance. Mes critères étaient basés sur le physique et le style de vie. J’arrivais un peu mieux à cerner ceux qui avaient sa mentalité sur Internet. Gauchistes, artistes, mélomanes, épicuriens. La méthodologie était invariablement la même : engager la discussion, faire des sous-entendus, les faire mariner à fond, puis lorsqu’ils étaient bien mûrs, leur envoyer une photo de mes atouts. Il est arrivé quelques fois que les ressemblances physiques me marquent in real life. Ces types-là me faisaient un effet dingue, et je pus rarement contenir ce besoin impérieux, cet appétit animal qui prenait le dessus…

Adossé à un strapontin, cela faisait déjà quatre stations de métro que mon voisin d’en face me matait. Il avait tout ce que j’aimais chez Alex. Son air « gainsbourien », sa tignasse, son regard lubrique, son sourire pervers, ses gestes nonchalants, des lunettes de vieux presbyte. J’avais devant moi le sosie de mon amoureux. Il avait environ cinquante ans, et j’avais deviné que l’idée de se faire une fille de mon âge, la moitié du sien, lui était vite montée au cerveau, et lui avait illico irrigué la teub. Moi, je ne faisais que mettre de l’huile sur le feu avec mes yeux qui scrutaient sa bosse, et mon sourire aguicheur. Quand la rame se vida à Saint-Lazare, je migrai vers son strapontin voisin et m’assis. Je me tournai de trois quarts vers lui et frottai mon front sur son entrejambe, comme un toutou réclamant son nonos. Sa queue trépignait sous son jean. La petite moue décrivait sur mon visage un « Oh, s’il te plaît, laisse-moi y goûter ! », alors que mon index grattouillait sa braguette. L’inconnu me tapota gentiment la tête, style « bon chienchien », et sortit sa queue toute raide. Je l’engloutis aussitôt dans ma bouche et la dégustai jusqu’à Liège. Personne, comme toujours à cette station. Je sortis de mon sac à main une capote. Je me relevai, lui remis le préservatif, et lui dis au creux de l’oreille :

— Vite, je descends à Place de Clichy.

Je me retournai pour lui présenter mon derrière, baissai mon pantalon et ma culotte jusqu’aux chevilles et me cambrai. Alex tâtonna un instant, me pénétra, flatta mes fesses d’une main, chercha mon clitoris de l’autre et me fit exploser.

— Han ! Han ! Alex ! C’est bon !

Son haleine de fumeur avait accéléré mon orgasme. Je remis ma culotte et mon jean.

— Euh… Moi, c’est Christian.

— Désolée, je descends ici. Bonne soirée Christian.

J’avais rencontré Alexandre en soirée. Il s’était présenté à moi comme journaliste. Son charisme m’avait mise mal à l’aise. Il n’avait pourtant rien d’un don Juan, et paraissait même timide quand il m’adressait la parole. C’était un homme grand, un peu gras, beaucoup plus âgé que moi, à la dentition imparfaite et jaunie par le tabac. Son teint grisé le vieillissait. Alex tenait à sa chevelure qu’il conservait mi-longue malgré la calvitie frontale qui la rongeait, et sa couleur vieux blond tirant sur le grège. Ses lunettes, qu’il n’avait manifestement pas changées depuis 1989, lui donnaient un petit côté Francis Heaulme. Alex me faisait rire, c’est ainsi qu’il avait gagné toute mon attention. À la fin de la soirée, il m’avait glissé sa carte de visite. Les jours suivants, je ne l’avais pas recontacté. Sa carte restait épinglée sur le tableau au-dessus de mon bureau. Par timidité, par peur qu’il m’ait déjà oubliée, je n’osais pas… Ce n’est qu’un mois plus tard, lors du jour de l’an, que je m’étais décidée à lui envoyer un message. Point de départ de nos échanges. D’abord amicaux, ponctués de sous-entendus coquins. Pornographiques. Au bout de quelques semaines à discuter, nous nous étions donné rendez-vous place de la République et nous nous étions posés dans un bar. Alex me regardait comme jamais on ne m’avait regardée avant. Avec envie, gourmandise. Amoureusement. Alex était le plus beau de tous mes miroirs, l’image qu’il renvoyait de moi était la plus belle. Alors que je lui donnais les détails des embûches RATP qui justifiaient mon retard, Alex me coupa la parole :

— J’ai très envie de t’embrasser.

Ces mots me firent l’effet d’une bouffée d’oxygène, un shoot de drogue, une décharge excessive d’hormones déferla dans mes veines et dans mon cœur. Ma première dose d’amour nicotine. Je fermai les yeux et me penchai vers lui. La première fois que j’embrassai Alex, ce fut son cou. Là où se logeaient toutes ses odeurs : son gel douche, sa lessive, sa sueur. Sa vie. Alex. Par faute de lit et manque de temps, nous n’avons rien fait de plus qu’échanger des baisers passionnés. Alex embrassait divinement bien.

La suite de nos échanges fut une montagne russe émotionnelle : il alternait des périodes de silence radio, avec des moments où il me disait combien il m’aimait. Un amour partagé. Je le portais aux nues. Nous avions des envies d’évasion : j’avais envie qu’il m’enlève de ma vie ; il voulait me faire l’amour à Deauville, à Milan, à Rio. Alex insuffla en moi du bonheur. J’étais heureuse, épanouie. Je rayonnais tout l’amour qu’il m’envoyait. Les hommes commencèrent à me regarder, à m’aborder. Je n’ai jamais eu autant de succès avec eux que lorsqu’Alex m’aimait. Durant cette longue phase de séduction, la plus longue de toute ma vie, je restais perchée sur mon petit nuage rose bonbon. Malheureusement, Alex était rarement disponible. Une fois, une seule, il se rendit chez moi. J’allais enfin pouvoir lui offrir ma chatte béante d’envie, c’était bien la première fois que j’avais si soif de sexe. Je touchai mon fantasme du bout des doigts… Nous nous retrouvâmes dans mon lit, nus, sa belle verge veineuse raide d’amour, gorgée de désirs, dressée pour moi. Le plus beau des cadeaux. Alors que nous nous enlacions et nous embrassions, fusionnels, amoureux, prêts à faire l’amour pour la première fois, il reçut un appel, dont jamais je ne découvris ni l’objet ni la provenance. Alex dut partir la queue (encore dure) entre les pattes,« archidésolé ».

Depuis ce jour-là, le vide. Plus rien. Le néant. Alex disparu laissait en moi un gouffre sexuel infini, aussi profond que la plaie dans mon cœur. Je nourrissais mon obsession par la frustration d’un acte sexuel jamais accompli. Alex ne répondait ni à mes mails ni à mes SMS. Mon Alexandre n’était inscrit sur aucun des réseaux sociaux, et sur Google, je ne retrouvais que ses articles de presse. Je réalisai alors qu’il ne m’avait jamais donné son adresse postale, ce qui me plongea dans une paranoïa dévastatrice. Jamais il ne m’avait invitée chez lui. Pourquoi m’avait-il privé d’une partie de sa vie ? Me trouvait-il trop envahissante ? Trop chiante ? Était-il parti car il me trouvait moche ? Je ne méritais rien. Ni explication à cette fin ni réponse à mes messages. Je pouvais tout m’imaginer : marre de moi, mort, pris par son travail, portable perdu. Chaque jour, je me faisais un scénario différent. Parfois, je voyais le verre à moitié plein et m’imaginais qu’il reviendrait vers moi après avoir perdu toute notion du temps, et alors, je lui aurais fait une petite scène, mais lui aurais tout pardonné, comme une mère crie après son enfant, pleure, et le chérit après l’avoir perdu dans la foule. Parfois, le verre était à moitié vide, et là, ma vie n’avait plus aucun sens. Sans la raison de sa disparition, j’étais incapable de faire le deuil. Me retrouver en tête à tête avec moi-même devenait un calvaire, ma conscience me punissait pour chaque parole dite qui aurait pu le faire fuir. Quoi que je fasse, Alex occupait chacune de mes pensées. Il m’arrivait parfois de sentir des bribes de son odeur qui disparaissaient dès que je tournais le visage pour tenter de les saisir pleinement dans les narines. Je finis par faire trois supermarchés, à fouiller les rayons gels douches pour réussir à trouver sa fragrance.

Près de neuf mois après le début de la fin, après avoir connu une vingtaine de simili-Alex, j’atteignis le comble de la folie lorsque je me retrouvai, un mercredi, cachée derrière une poubelle en face de la rédaction de son journal. Vers dix-huit heures, pas d’Alex, mais j’aperçus Pascal, un collègue et ami à lui. Un « camarade » dont il m’avait déjà parlé une ou deux fois. Sans réfléchir, je fonçai tête baissée vers son trottoir, et le percutai « sans faire exprès ». Pascal était un astre qui gravitait autour d’Alex, en m’écrasant contre lui, j’avais le sentiment de me rapprocher de mon amoureux. Je n’avais aucun plan prédéfini. C’est à son sourire et son regard bienveillant que je me dis qu’encore une fois, j’allais pouvoir jouer la carte de la séduction. Pascal me maintenait tout contre lui comme pour amortir le choc.

— Excusez-moi, je ne regardais pas devant… mentis-je timidement.

— Je vous en prie, vous ne vous êtes pas fait mal, au moins ?

Je lui répondis par un sourire, et mes bras encerclèrent sa taille.

— J’ai eu chaud…

Il ne dit rien sur le coup, mais je sentis son sexe durcir contre mon ventre.

— Que… que diriez-vous d’un café ? Je n’ai rien de prévu ce soir… Et vous ?

Nous finîmes dans une brasserie, boire un coup, d’abord, puis dîner ensuite. J’avais tout fait pour le chauffer ; du coup, il tenait à prolonger chaque instant en ma compagnie. Sous la table, je retirai un escarpin pour lui caresser la cheville, le genou, la cuisse… sa trique. Quand mon orteil atteignit son organe durci, il ferma les yeux et reposa bruyamment son coude sur la table, en poussant un soupir d’exaspération. D’une main timide, il me caressa le cou-de-pied. En sortant, j’attendis qu’il se grille une clope pour me plaquer à lui et lui voler un baiser. Je le sentis se raidir.

— Chez toi ou chez moi ? me demanda-t-il, tremblant comme un camé sans sa dose.

— Chez toi, lui dis-je en souriant.

En arrivant chez lui, il me proposa un verre et me pria de faire comme chez moi. Je fis tranquillement le tour de la pièce et découvris dispersés un peu partout ses dessins de presse. Alex. Il devait forcément y avoir des traces de mon amant dans ces journaux… Je pris le temps de les regarder, chercher des articles. L’homme arriva derrière moi avec ses verres à la main et m’embrassa le cou. Je poussai un long gémissement et lui présentai mes fesses. Il posa alors ses verres sur la surface la plus proche et me malaxa le cul, le complimenta. Comme le faisait Alex. Je remontai ma robe jusqu’à la taille et commençai à enlever ma culotte trempée. Alex se mit à genoux devant mes fesses pour mieux les contempler. Il m’aida à ôter ma dentelle, regarda l’intérieur taché… il huma, grogna… lécha avec appétit. Son souffle chaud s’approcha de ma fente par-derrière pour renifler mes odeurs. Alex posa son oreille sur une de mes fesses et cajola l’autre.

— Il est beau… il est doux… me dit-il avec sa voix grave.

Mon Dieu, Alex… J’en lâchai un filet de cyprine qui coula le long de ma cuisse. Alex enfouit son nez dans mon sillon, le recouvra de baisers doux et humides. Il écarta mes deux dunes et lécha mon anus avec gourmandise. J’étais chaude-bouillante. Je faisais aller et venir mon bassin pour accompagner les mouvements de sa langue. Alex s’agrippa à ma toison pour mieux appuyer son visage contre mes fesses. Mon sexe brûlant l’appelait. Il glissa sa main sur mes lèvres qu’il sépara pour laisser mon jus s’échapper. Il enfonça confortablement deux doigts dans ma chatte, j’en criai de surprise et de plaisir. Puis il se mit à me secouer de l’intérieur et provoqua en quelques secondes un orgasme sismique. Il se releva rapidement, fit sortir sa queue au bord de l’explosion en poussant une plainte de soulagement, et se branla sur mes fesses comme un ado sur une photo du cul de Kim Kardashian. Pascal partit chercher son rouleau de Sopalin et m’essuya cordialement le postérieur.

J’utilisai le même mode opératoire le mercredi suivant avec un autre journaliste, à qui je proposai de venir chez moi, puis de se laver avec le gel douche d’Alex, prétextant préférer l’amour propre. Baiser un homme sans le voir, un homme qui sentait Alex, avait fait rejaillir une foule de sentiments. Je voulais lui faire l’amour lentement, tendrement. Et recommencer, encore et encore, jusqu’à ce que l’odeur du gel douche se dissipe et rompe le charme. La semaine d’après, ce fut Laure, une collègue lesbienne qui, après m’avoir appris qu’Alex s’était fait virer du journal, m’a fait jouir en me godant.

Plus nous avancions dans le temps, plus j’avais l’impression de reculer. Les lueurs d’espoir s’amenuisaient. Les SMS, que j’envoyais quasi quotidiennement à Alex, avaient des allures de SOS, de bouteilles à la mer. Mon portable était le dernier fil fragile qui me reliait à Alex, sans trop savoir s’il s’était rompu à l’autre bout. La nuit, je dormais à quelques centimètres de lui, après avoir relu religieusement l’évolution de nos textos. Le jour, il restait en permanence sous mes yeux. Je veillais à ne rater aucun message, je sursautais à la moindre notification et me retrouvais au fond du gouffre en m’apercevant que ce n’était pas lui. Mon cœur était en aplasie et mes sentiments s’atrophiaient. Alex était mon cancer.

En réalisant un jour le boulet que je pouvais être pour mon amoureux à le harceler de messages, en réalisant que j’étais devenue dépendante de son amour, je tâchai tant bien que mal de lâcher prise et d’arrêter. Il existe des patchs à la nicotine pour se sevrer du tabac. Qu’en est-il pour l’amour ? Cure de désintoxication de mon smartphone, le dernier cordon ombilical. Je le laissais à la maison pour faire les courses. Je l’éteignais la nuit. Je le rangeais au fond de mon sac pour ne pas l’avoir à portée de main. C’est évidemment à ce moment que le miracle Alex se produisit. Son nom s’afficha sur mon téléphone comme par enchantement. Je reçus enfin une réponse de sa part : « Ma chère Héloïse, je suis disponible mardi soir. » Le cœur battant, je lisais et relisais ses huit mots, un par un. « Ma »« chère »« Héloïse »« disponible ». Ils avaient tous un sens et résonnaient dans mon cœur jusqu’alors vide, dorénavant en forte réplétion d’amour. Je tremblais, claquais des dents. Je dus prendre trois quarts de Lexomil pour lui répondre qu’il serait le bienvenu à l’heure de sa convenance. Il n’y avait plus de maman fâchée, j’allais tout faire pour qu’il reste à mes côtés.

Le mardi soir, Alex se pointa chez moi. Quand j’ouvris la porte, il avait sa tête des mauvais jours, sa tronche de bulldog contrarié. Je ne résistai pas malgré ça à l’envie de le serrer contre moi et respirer à pleins poumons son odeur qui m’avait tant manquée, mon amphétamine. Alex descendit une main peu convaincue vers mes fesses qu’il pelota et pinça sans enthousiasme.

— J’ai à te parler, me lança-t-il d’un ton solennel que je ne lui connaissais pas.

Sentant mes dernières chances s’échapper, je fis mine d’avoir compris en lui adressant un sourire pincé où une larme vint s’écraser. Je lui embrassai la bouche, lui refilant ma tristesse salée. Alex semblait vacciné, il me regardait sans sourciller. Une once d’espoir me ranima : je lui pris les poignets et l’entraînai vers mon fauteuil cosy où je l’installai. Ses fesses bien lovées dans la ouate recouverte de velours, je m’agenouillai, débouclai sa ceinture, ouvris sa braguette pour le préparer à l’éventuelle érection que j’allais provoquer. Je me redressai. Debout, face à lui, j’ôtai mon déshabillé de satin. Mon corps nu lui faisait front, mais il gardait sa tête de molosse sur la défensive : je ne lui faisais aucun effet. Je m’effondrai à terre, m’allongeai sur le dos et posai mes pieds aux ongles vernis sur ses genoux pour lui présenter ma fente entrebâillée. Je lui fis ma parade nuptiale, mon prélude à l’amour : je soulevai mon bassin par intermittences, pour l’inciter à venir me rejoindre et me baiser sur le parquet. Alex ne regardait pas ma chatte. Il fixait mes yeux noyés de larmes, et sans aucune pitié, il se releva doucement, faisant glisser mes pieds sur le sol. Du haut de son mètre quatre-vingt-cinq, il me flingua du regard en refermant sa braguette. Il aurait pu me tirer une balle dans le cœur, c’eût été le même effet.

— J’ai à te parler, je te dis.

Je pleurais toutes les larmes de mon corps. Son téléphone sonna, il jeta un coup d’œil sur l’écran.

— C’est ma femme.

Je perdis le fil. Sa femme ? Je ne pouvais plus respirer. L’air hagard, j’attendais qu’il me livre la suite. Il décrocha :

— Oui. J’y suis. Oui. OK, je te la passe.

C’est donc ainsi, nue, étendue par terre, pleine de larmes et de morve, que je répondis à la femme de mon Alex au téléphone :

— Écoute-moi bien, Héloïse. Y’en a assez de tes messages, à toute heure du jour et de la nuit. Alexandre est marié, tu m’entends ? Marié ! Bientôt père qui plus est. Tu vas maintenant jeter ton dévolu sur un autre mec et tu vas tout de suite arrêter de fantasmer une vie amoureuse avec Alex. Tu vas arrêter ton délire de gamine. Alex ne t’a jamais aimée. Si tu continues, on ira porter plainte pour harcèlement.

Puis elle me raccrocha au nez. Moi qui pensais avoir touché le fond, cette conversation fut le coup de grâce. Alex n’avait plus rien d’un bouledogue. C’était un porc, une merde, une raclure. Ce bâtard n’a jamais eu les couilles de mettre fin à notre relation ; il envoya sa femme, enceinte et cocue, au charbon, en fabulant un amour unilatéral.

Mon obsession s’évacua par le deuil que je pus enfin faire. Je ne revis jamais Alex.

 

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